‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 151 sur 190 · BeU. GalLy VU, iXviii · texte numérisé non relu

BeU. GalLy VU, iXviii

Le proconsul avance à chaque instant des choses contradictoires, comme il est aisé de s'en convaincre. Naguère il nous parlait de troupes de pied fort nombreuses, maintenant il nie presque leur existence.

Les Gaulois, poursuivis par César, eurent à parcourir une distance de 60 kilomètres. II fallut à Vercingétorix trente heures environ pour faire ce trajet. La lenteur de sa marche s'explique par un double fait : il avait avec lui des bagages, et de plus il devait sans cesse repousser les attaques des cavaliers romains et de leurs auxiliaires.

Le surlendemain de la bataille César vint camper devant Alésia.

Vercingétorix, après avoir installé ses troupes auprès A' Alésia, résolut de consulter les oracles druidiques. Il n'ignorait pas que dans la situation dans laquelle il se trouvait, s'il pouvait exalter les masses par une sorte de sanction religieuse, il doublerait le courage de ses guerriers. Il prit donc la résolution de se rendre dans l'île de Sayne pour connaître de la bouche même des druides le sort qui était réservé à Alésia.

Nous emprunterons le récit de cette consultation à M. Christian; voici comment s'exprime cet auteur* : « Les druides qu'il trouva sur ce rocher sacré l'accueillirent avec honneur. Les neuf vierges qui gardaient le sanctuaire fatidique descendirent sur la grève occidentale, pour accomplir les rites mystérieux qui évoquent Tarann. Pendant que brûlaient sur un autel de granit les parfums voués à ce génie des tempêtes, l'une de ces vierges invita Vercingétorix à monter avec elle sur un esquif. Elle se tenait debout à la proue, chantant des paroles inconnues, et il sembla que par la puissance de ses incantations, l'esquif se mettait de lui-même en mouvement vers la haute mer. Tout à coup, le ciel devint livide et couleur de plomb; un vent violent souleva les eaux, et la foudre éclatant trois fois à la gauche du héros des monts Arvernes sillonna de trois lames de feu

1. p. Christian, anc. bibl. au minist. de Tlnstr. pubL, Histoire de la magiey p. 235, 1 vol-in S\ Paris, s. D.

la tète du phare accroché aux falaises de Tîle. « Tarann a répondu, > dit alors la druidesse; « Alésia sera frappée comme ce phare. Fils des Galls, souviens-toi du cri de guerre de nos aïeux : Malheur, aux vaincus t Tu jetteras encore la hache à deux tranchants dans la mêlée des braves, et le soleil se couchera dans le sang. Mais les aigles aux pieds jaunes mangeront la cervelle des Galls, et les vierges du pays des chênes resteront seules pour pleurer les morts !.. » Vercingétorix s'en alla tristement de Tîle de Sayne, mais décidé à s'ensevelir dans la catastrophe annoncée. Sa suprême illusion croyait encore à un dieu sauveur des nations héroïques*. i>

La légende qui précède est une simple fiction poétique : mais si cette narration était historique, elle serait entièrement à l'honneur de Vercingétorix qui combattit en désespéré, bien que connaissant le résultat final de sa glorieuse lutte. Si cette narration était vraie, nous pourrions voir dans ce récit un infâme stratagène employé par les druides pour enrayer la défense, pour décourager Vercingétorix et l'empêcher de poursuivre son œuvre nationale. Mais pour tous, il est mieux de supposer que c'est une fiction poétique, rien de plus.

Pour bien connaître la situation de l'emplacement d'Al^sia et les opérations militaires qui vont suivre, il convient d'ajouter encore quelques détails topographiques à ceux qui précèdent. Le plateau de Fossard, autrement dit le plateau d* Alésia, se trouve au sommet d'une hauteur dont les flancs sont assez escarpés pour rendre leur ascension difficile. Aujourd'hui en tournant la colline, on arrive, du côté de l'est, à une espèce de pointe presque de niveau avec les localités voisines, mais s'il en est ainsi à cet endroit, c'est que le terrain a été bouleversé par la construction d'un chemin moderne. Ce sont les propriétaires des champs qui ont tourmenté le plateau de la colline pour se frayer vers leurs fonds un passage nécessaire et qu'il serait impossible de trouver sur les autres points.

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