Cf. GraLVoif Études sur V Alésia de César
La transformation dont nous venons de parler est tellement sensible que personne» ne pourrait la nier, et que par une simple inspection, il est évident pour tout le monde que de ce côté le plateau de Fossard était jadis escarpé comme tous les autres côtés.
Nous l'avons déjà dit, â Alise-Sainte-Reine, pas plus qu'à Alaise-les-Salins, il n'y a de cours d'eau, lavant^ pour nous servir de l'expression même de César, le pied même des deux collines rivales. Il n'en est pas de même à Izernore. L'Ënconnant et le Fossard passent au pied même du plateau qu'ils limitent des deux côtés; on s'aperçoit aisément que leurs lits, tels qu'ils sont encore aujourd'hui, gardent la trace manifeste du travail des hommes. Avant qu'une cité occupât la colline du Fossard, ils ne coulaient pas à l'endroit où ils ont été amenés dans un but de défense. Le nom de Fossard que porte encore un de ces ruisseaux ne permet pas le moindre doute, Enfîn la plaine qui s'étend devant le plateau que nous pensons avoir porté Alésia a bien les dimensions que César lui donne.
Nous reconnaissons volontiers cependant qu'il y a dans les Commentaires une phrase qui semble de prime abord faire crouler notre théorie. Il y est dit que « des collines séparées seulement par un petit espace et s'élevant à la même hauteur formaient une ceinture à la ville. »
Celte condition, nous en convenons, se retrouve absolument au mont Auxois. Derrière le plateau du Fossard, au contraire, se dresse une colline plus élevée que les autres, mais comme le montre fort bien l'auteur que nous prenons pour guide, au chapitre lxxx César a écrit quelques lignes qui donnent absolument gain de cause aux partisans de notre Alésia.
an De tous les camps qui de toutes parts occupaient les hauteurs, on avait vue sur la plaine. :» Ainsi s'expriment les Commenlaires.il faut donc absolument que la colline située derrière la place par rapport à la plaine soit plus élevée que celle-ci et par conséquent « plus élevée aussi que les collines, dont la hauteur, par suite de ces trois mêmes mots, était égale à celle du plateau où Alésia était assise. Si, en effet,
ce plateau eût été de niveau avec la colline postérieure, d'aucun des camps situés sur celle-ci on n'eût pu découvrir la plaine que la ville eût cachée et par suite la moitié des lignes romaines auraient été privées de la vue du combat de ce chapitre Lxxx; en sorte que César n'eût pas affirmé que tous ses soldats pouvaient des hauteurs en être témoins, puisque c'eût été faux et que le mensonge eût été sans motif, comme aussi sans résultat, soit pour lui, soit pour les siens. La colline un peu plus haute excède au surplus de fort peu toutes les autres ^ }>
On pourrait s'étonner que le grand nom d*Alésia ait complètement disparu du pays. Il est évident que le plateau du Fossard et les localités qui Tentourent immédiatement n'ont conservé aucune trace de ce vocable. Nous aurons à expliquer que plusieurs de ces endroits portent des noms romains qui évoquent en nous des souvenirs du siège. Si nous nous éloignons un peu d'Izernore nous trouvons un . hameau qu'on appelle indifféremment Châles ou Alex, Ces deux mots pour nous n'en font qu'un. Alex est dépouillé de la rauque prononciation du Ch^. Les Romains n'avaient aucun moyen de rendre cet effet dans leur langue. Les Grecs pouvaient le faire approximativement, avec leur esprit rude ; de même que, grâce à leur 0, ils pouvaient rendre certaines accumulations de consonnes gauloises qui subsistent encore dans les langues néo-celtiques. On conçoit maintenant que nos pères fissent usage des caractères grecs, bien que cette langue fût ignorée de la généralité du peuple; nous savons en effet que César envoyait ses ordres quelquefois en grec, lorsque les officiers avec lesquels il voulait correspondre n'étaient point au courant de son écriture chiffrée.
Châles ou Alex tire son nom de la forêt qui occupe le sommet du coteau, au pied duquel elle est située. Cette forêt s'appelait donc la forêt d'Alex^ ou d'Alesia, parce qu'elle était située très près de cette ville.