Bell, galL, VII, lxxxiv
terre qu'ils jetaient dans les fossés de ces retranchements leur donnait la facilité de les franchir et comblaient les pièges creusés par les Romains.
La position des troupes de C. Ântistius Reginus et de G. Caninius Rebilus devint bientôt des plus critiques. Les armes furent sur le point même de leur manquer. Le proconsul fut obligé de les faire soutenir par six cohortes de renfort. Elles étaient commandées par Labiénus, son meilleur lieutenant. Elles devaient s'efforcer de dégager les légions épuisées et de prendre leur place pour mieux résister à l'élan impétueux des Gaulois. A la dernière extrémité, elles devaient même faire une sprtie.
Il parait que l'attaque de Vercingétorix était aussi très bien conduite, puisque César crut devoir se porter en personne de ce côté, pour haranguer ses soldats; il leur dit :
« Bravez la fatigue, songez que tout le fruit des combats précédents dépend de ce jour, de cette heure*. ï
La présence momentanée de César releva le courage des légionnaires. La garnison d'Alésia, voyant qu'elle ne pouvait réussir à franchir les défenses des Romains, tenta d'escalader les points escarpés (loca prœrupta). C'est de la sorte qu'elle parvint jusqu'aux retranchements. Avec ses faux, elle ouvrit une brèche dans le vallum et dans la palissade {loricam). Les soldats qui combattaient du haut des tours furent bientôt chassés par une grêle de traits, et les Gaulois du Pen-Tiern purent se mettre à combler les fossés et à élargir le passage.
Les Romains qui faisaient tête à Vercingétorix comprirent qu'ils seraient perdus s'ils ne demandaient point des renforts à leur général. Celui-ci leur envoya d'abord le jeune Brutus avec six cohortes, puis ensuite C. Fabius avec sept autres. Malgré l'arrivée de ces troupes fraîches, les Gaulois gagnaient toujours du terrain. César alla de nouveau secourir ses soldats avec d'autres renforts. La marche en avant des Gaulois paraît alors avoir été arrêtée. Le proconsul nous
l.BelL gall.fVU, lxxxvi : omnium superiorum dimicationum fructum in eo die aique hora docet consistere.
aiïïrme qu'ils furent même repoussés (repulsis hostibus), ce qui est inexact, puisque nous verrons qu'à la fin de la journée Vercingétorix était encore maître des positions qu'il avaient conquises. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il perdit peut-être un peu de terrain. César dut ensuite se porter au secours de Labiénus, auquel il amène quatre cohortes tirées du fort le plus voisin. Le vainqueur de Camulogène avait grand'peine à résister quand il fut rejoint par César. Il avait dû tirer des forts trente-neuf cohortes nouvelles.
Cette accumulation de toutes les troupes romaines sur deux points prouve jusqu'à Tévidence que le gros de l'armée gauloise ne donna point.
Le proconsul se ût suivre d'une partie de sa cavalerie tandis qu'il ordonnait à l'autre de sortir du camp pour prendre les ennemis en flanc. Il prit aussi avec lui quelques cohortes.
Quand les Gaulois qui occupaient les pentes de Samognat le virent à la tête de ses escadrons, ils poussèrent de grands cris. César dans toutes les batailles portait un vêtement qui le rendait très reconnaissable. Les Arvernes de Vergasillaune comprirent qu'ils devaient redoubler d'efforts. Tousse précipitèrent alors vers le rempart, qui peut-être aurait été emporté sans l'apparition de la cavalerie romaine. Les assaillants, se voyant attaqués par derrière, furent saisis de frayeur et prirent la fuite. Les turmes, au dire de César, en firent un grand carnage. « Sédul, générai et prince des Lémovices, est tué. Vergasillaune est fait prisonnier; soixante-quatorze enseignes sont rapportées à César; d'un si grand nombre d'hommes, bien peu rentrèrent au camp sans blessures*. »
Rien n'eût été plus facile pour les trois brenns qui commandaient le gros des forces gauloises d'empêcher ce mouvement de la cavalerie ennemie. Ils ne le firent point. Avec près de deux cent mille hommes, ils restèrent les froids spectateurs de cette effroyable lutte.