‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 169 sur 190 · Bell. Gall, VI, Lxxxvin · texte numérisé non relu

Bell. Gall, VI, Lxxxvin

prit l'inutilité de ses efforts, l'aoéantissement de toutes ses espérances, sa défaite définitive enfin. Il comprit que l'âme de la patrie s'envolait avec sa défaite. 11 ne resterait plus qu'un cadavre de la Gaule, c'est-à-dire une masse inerte que pourrait à son gré façonner la main du vainqueur. Que devait-il faire lui-même? N'ayant pu mourir à la télé de ses troupes, il aurait pu fuir, car il n'était ni prisonnier ni blessé. Il n'y songea pas un instani, mais il résolut de servir encore sa patrie par le sacrifice de sa personne. Il avait combattu en brave, il voulut finir de même.

Le sacrifice! Vercingétorix, qui dansaucune de ses harangues n'a jamais fait allusion aux dieux de la Gaule, Vercingétorix, qui eut toujours les druides pour ennemis, Vercingétorix était religieux, sa religion, c'était le dévouement le plus absolu.

A l'aube, le Pen-Tiern réunit ses compagnons d'armes pour leur parler une dernière fois. Il leur dit : , — f Je n'ai pas entrepris cette guerre guidé par mon propre intérêt, mais bien pour la liberté commune. Puisqu'il faut céder à la fortune, je m'offre à vous, et vous laisse le choix d'apaiser les Romains par ma mort, ou de me livrer vivant'.

11 semble qu'un sentiment de pudeur ait retenu les assistants. Ils n'osaient prendre une résolution. 11 fut seulement décidé qu'on enverrait des parlementaires vers César pour traiter de la reddition.

Vercingétorix compritbien que le vainqueur ne souhaitait rien tant que de l'avoir en sa puissance. Il ne voulut pas attendre que les licteurs vinssent le charger de chaînes dans cette Alésia qu'il avait si- vaillamment défendue. 11 ne voulait pas voir l'étranger franchir le seuil des portes de Voppidum. Il se revêtit donc de ses plus belles armes, s'élança sur son cheval de bataille, et prit au galop la direction du camp de César.

Le proconsul était assis sur son tribunal, à la tête de son camp. Ses officiers l'entouraient et à chaque instant on lui

Àii ' HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.

amenait de nouveaux prisonniers. Les armes des vaincus étaient amoncelées devant lui.

Vercingétorix, dont le visage était fier et grave, vit la foule de soldats s'écarter devant lui. C'était un spectacle bien nouveau pour les légionnaires que celui de cet homme qui venait se livrer librement. Le Pen-Tiern fit décrire trois cercles à son cheval autour du tribunal de César; puis il mit alors pied à terre, se dépouilla de ses armes, et en silence vint se livrer aux licteurs de son ennemi, qui le chargèrent de chaînes.

Florus raconte la scène d'une manière un peu différente et prête à Yercingétorix des paroles qu'il n'a point prononcées.

Il lui fait dire : < A toi ces armes ! Très brave, tu as vaincu un brave *. >

Une pareille fanfaronnade n'est point dans le caractère de notre grand héros national.

On a prétendu aussi que César ayait reproché à Yercingétorix les bienfaits dont il l'aurait comblé à la mort de son père. Les Commentaires ne nous permettent pas d'admettre cette prétention. On a dit aussi que le proconsul prit plaisir à insulter son ennemi enfin abattu. Si ce fait n'est pas vrai, il est en tous cas vraisemblable, étant donné le caractère haineux et vindicatif du proconsul. Yercingétorix fut sur le champ dirigée sur Rome sous bonne escorte. César, nous dit Plutarque, le réserva à l'ornement de son triomphe*. On lui donna pour demeure, pendant six longues années, la prison Mamerline. Nous aurons à revenir sur sa captivité.

« A l'exception des Ëduens et des Arvernes, qu'il se réserva pour essayer de regagner ces peuples, le reste des prisonniers fut distribué par tête à chaque soldat, comme butin de guerre ^.

Alors on vit des marchands d'esclaves, ou pour parler plus justement des maquignons^ s'approcher des vaincus, les

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