C'était une croyance de la mythologie gauloise
fonde que par Tarrivée des principaux de la tribu qui venaient trouver Gwenrigh-henn.
Le peuple, excité par les amis de Lugovèse, demandait à marcher à l'ennemi. Quelque désir qu'il eut, lui laul, de combattre et surtout de mourir, il s'efforça de calmer la multitude.
Pas une parole d'insulte ne sortit de la foule aux mille voix. Le jeune chef était défendu parle cadavre de Vivliane morte pour répondre de sa bravoure.
laul répéta ce qu'il avait expliqué aux Sedunes. 11 ne fallait point agir avec précipitation. On devait attendre l'instant favorable, L'Helvétie n'était pas encore prête à se soulever.
«, Sois tout à la patrie! » avait dit Vivliane. C'eût été ne pas l'aimer que de ne pas s'opposer à un projet qui, selon lui, devait entraîner la tribu à sa perte et compromettre la sainte cause de la revanche.
Ce fut vainement qu'Iaul parla. — Vous voulez courir au-devant de la mort! dit- il enfin, quand il eut perdu toute espérance de faire prévaloir ses idées. — Je le veux comme vous et plus que vous, moi qui ai tout perdu en perdant Vivliane et qui n'ai plus d'espoir.
Et laissant le corps de sa jeune femme aux soins de ses compagnes éplorées, il tira son épée et se mit à la tête des guerriers de la tribu.
L'endroit où toute cette scène avait eu lieu était assez loin de la partie d'Octodur occupée par les Romains pour que Galba n'apprît rien de ce qui s'était passé devant la maison du brenn.
Le bruit du torrent avait couvert les cris des guerriers acclamant laul que Gwenrigh-henn voulut revêtir lui-même de son armure étincelante.
A la tombée de la nuit, le nouveau brenn suivi de tous les hommes valides et de bon nombre de femmes qui, elles aussi , voulaient combattre, se retira sur les montagnes qui avoisinent la \ille.
Il y fut rejoint par les contingents Sedunes avertis en toute hâte de la décision qui avait été subitement prise d'attaquer les Romains.
Parmi nos guerriers, un seul cette nuit-là ne se rendit point à son poste. Ce fut Lugovèse. A la première heure du jour, ce traître fut trouver Galba pour l'avertir.
Ce dernier assembla promptement son conseil. Plusieurs de ses officiers furent d'avis qu'on se repliât en abandonnant tous les bagages. D'autres dirent qu'il fallait défendre les retranchements, bien que sur divers points ils ne fussent pas achevés et qu'on eût peu de vivres.
Ce dernier avis prévalut. Tous les Romains n'occupaient pas encore leur poste de combat, lorsque les deux tribus confédérées descendant des montagnes vinrent assaillir le campement .
Les traits des ennemis étant lancés de haut frappaient plus sûrement que les nôtres. Mais peu importait que les fossés fussent remplis de cadavres ou de quartiers de rochers; il fallait les combler.
laul, toujours au premier rang, nous encourageait par ses paroles et son exemple. Gwenrigh-henn s'était fait attacher sur un cheval que deux soldures tenaient par la bride, et du haut d'une éminence, il assistait à l'action.
La lutte durait depuis six heures et sur plusieurs points les pieux des retranchements étaient déjà arrachés, quand Sextus Baculus et Gaïus Volusenus conseillèrent à Galba d'ordonner une sortie.
Par toutes les portes à la fois les Romains se précipitèrent sur nous qui déjà nous croyions triomphants.
C'est vainement qu'Iaul s'efforça de rallier les clans qui, pris de terreur lâchaient pied de toutes parts.
Il tomba en combattant vaillamment.' Sur trente mille que nous étions nous etlmes bien dix mille des nôtres qui de leur sang rougirent la plaine *,
Gwenrigh-henn que ses fidèles ser\iteurs voulurent sauver périt dans la Dranse. Le soir de la bataille les Romains incendièrent Octodur.
Le vieux brenn, laul, Vivliane, mes trois amis!... La mort les a fauchés en même temps. Ils sont là, où j'irai, j'espère, les retrouver un jour.
Déchiré par le remords, Lugovèse, ce maudit, erre de vallée en vallée. 11 se croît poursuivi par un spectre de femme qui plane sur les nuages et porte des bracelets étincelants.
II est las d'une pareille vie et voudrait mourir. Lui jadis si brave, il a peur de Tairain d'un glaive .
Tous ceux qui le rencontrent s'écartent de lui. Nul n'en a pitié et ne veut le frapper. 11 faut qu'il vive ; il faut qu'il souffre pour expier son crime !
Alors, on entendit au milieu des rafales comme un gémissement qui venait du dehors. Un ambacte fut ouvrir et regarda dans la rue.