CHAPITRE VI
Ëtat de la Gaule à Tépoque de Vercingétorix et de César. — Assemblée des Garnutes. — Les clans. — Les Pagi, — Les Brenns. — Les nobles et les druides ennemis de l'unité nationale. — Les tendances du peuple. — La pr'ovincia et Vimperium. — La haine de Rome contre lés Gaulois. — Le luxe romain envahit les Gaules. — Divitiac. — L*Arvernie. — Le chien gaulois. — Keltil Vercingétorix. — Son enfance; son éducation. — Sourdes menées des Romains. — Supplice de Keltil. — Rome. — État de la civilisation romaine à l'époque de César. — Profonde anarchie qui régnait à Rome. — Quel homme était César. — Sa lutte contre le sénat. — Parallèle de César et de Vercingétorix. — Les mœurs de César. — Résumé des événements qui précédèrent la guerre des Gaules.
Pour bien comprendre toute la grandeur de la mission que Vercingétorix s'était donnée et qu'il eût remplie, sans la trahison des chefs Éduens, il convient d'étudier quel était l'état de la Gaule à son époque.
Les Gaules ne formaient point un corps de nation homogène, mais un ensemble de confédérations rattachées les unes aux autres par un lien politique et religieux bien faible. Nous faisons ici allusion à la grande réunion des députés de tous les pays, réunion qui se tenait dans une forêt située sur le territoire des Garnutes. Ces confédérations se subdivisaient en peuplades ou tribus, et celles-ci en clans ou parentés.
Le territoire du clan était désigné par les Romains sous le nom de pagus;ses habitants étaient donc des payant, d'où notre expression moderne : paysans.
Plutarque nous dit qu'il y avait trois cents pagi dans toutes les Gaules. Ce chiffre est exactement celui des pays qui sous l'ancienne monarchie étaient répartis entre les trente-neuf gouvernements militaires. Nous voyons donc que jusqu'à la Révolution française l'ancienne subdivision celtique avait laissé des traces évidentes.
Les clans avaient pour origine la parenté. Nous en trouvons un souvenir dans notre Bretagne. De nos jours, on attache encore dans ce pays beaucoup de prix aux liens du sang ; ils comptent en effet à des degrés qui partout ailleurs n'ont aucune importance.
Chacune des confédérations aspirait à la suprématie sur toutes les autres. Les Éduens et les Ârvernes surtout se jalousaient; cette jalousie avait, paraît-il, toujours existé *» Chacune des confédérations, à l'époque qui nous occupe, avait à sa tête non un seul chef, mais une aristocratie composée d'un petit nombre de familles renommées soit pour l'antiquité de leur race, soit pour leurs richesses. Les nobles, qu'on appelait aussi colliers d'or à cause de l'ornement qui était la marque distinctîve du haut rang qu'ils occupaient, ne dédaignaient point en effet les opérations financières. Ils affermaient souvent l'impôt.
Les républiques gauloises, croyons-nous, devaient présenter le spectacle que nous offraient au commencement de ce siècle certains cantons suisses *, et surtout les provinces unies des Pays-Bas au temps de leur splendeur ^
Ces nobles qu'un moment la caste sacerdotale avait combattus avaient fini par se liguer avec elle. Ces nobles, qui pour la plupart descendaient de ces hommes qui un jour quittèrent l'Orient où sans doute ils portaient le nom de Gaitchas *, pour fondre sur l'Europe, avaient peu le sen -