‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 42 sur 190 · César, de Bell gall, l, x.vxii · texte numérisé non relu

César, de Bell gall, l, x.vxii

velle en soit ébruitée ; si divers peuples de l'Europe ne s'en préoccupent point, l'Angleterre est fortement impressionnée des progrès faits par la Russie en Asie. Les Tzars sont en cela les héritiers de la politique romaine.

Le sens que nous donnons au mot latin provincia ne nous permet pas de nous représenter quel danger incessant résultait pour la Gaule Chevelue de la présence des Romains sur nos côtes de la Méditerranée. Il faut que nous nous reportions bien loin en arrière, jusqu'au premier temps de la ville aux sept collines. A l'origine, le mot provincia n'exprima qu'une seule chose, la compétence de l'homme, roi d'abord, consul ensuite, qui réunissait le double pouvoir de chef d'armée et de magistrat suprême ; ce pouvoir était caractérisé parle mot Imperium. Quand un général quittait Rome pour prendre le commandement d'une armée, il était justement muni d'un imperium, et partant il avait une province.

Plus tard, le sens primitif de ce mot s'altéra. Les provinces les plus anciennes de la république furent parfaitement délimitées. Il n'en fut plus de même par la suite. Ainsi la province de la Narbonaise, par exemple, était bornée au sud par la mer, mais de tous les autres côtés ses frontières étaient vagues et indéterminées. A côté du mot pris comme désignation d'un territoire la vieille acception reparaît ; cette province comprenait non seulement tous les pays conquis, mais encore celui qui restait à conquérir.

On conçoit donc que les craintes des patriotes gaulois fussent sans cesse tenues en éveil. Ils sentaient que leur pays avait à ses flancs un hydre auquel il poussait chaque jour une nouvelle tête, et partant de nouveaux besoins.

Les confédérations, nous l'avons vu, n'étaient reliées entre elles que par la grande assemblée annuelle du pays des Carnutes. Elle était présidée par l'archi-druide ou chef suprême de la religion. .

Le clergé gaulois, dans la plupart des régions assez voisines de la Narbonnaise pour que l'influence de Rome s'y fît sentir, avait perdu tout droit à l'estime publique. Partout ailleurs nous pensons qu'il valait mieux ; nous admettons

même sans peine que certains druides, suivant Texpression de César, étaient réellement « les plus sages des hommes», en ce sens qu'ils étaient austères dans leurs mœurs et intègres en tant que magistrats. Mais leur abnégation n'allait pas jusqu'à sacrifier leur intérêt personnel à l'intérêt de la nation tout entière. Pas plus que les nobles, ils ne voulaient des Gaules unies dans un harmonieux et formidable ensemble.

Le peuple aspirait à remplacer la grande assemblée des Carnutes par une autre assemblée qui fût plus démocratique sans doute et à coup sûr exclusivement laïque; il avait parfaitement raison : c'était là en effet, le salut du pays partout assuré.

Nous avons vu que les brenns et les tierns gaulois avaient pour ainsi dire une propension naturelle à se jeter dans les bras de l'étranger. Il est bien évident que les instincts que montrait le peuple ne firent qu'augmenter encore ce penchant. L'aristocratie se fit donc complice de Rome, qui, elle, avait le plus grand intérêt à ce que les Gaules ne formassent pas un tout homogène, une vaste et redoutable nation.

Rome, en effet, n'oublia jamais les revers que les Gaulois lui avaient infligés. Elle eut toujours présent à l'esprit qu'une armée formée de guerriers chevelus avait campé dans ses rues et avait attaché ses chevaux aux colonnades de ses temples. Non seulement elle voulait venger cet affront, mais encore par la conquête même du pays d'où ces hordes étaient sorties pour sa honte éternelle, elle voulait empêcher qu'il pût se reproduire dans un avenir plus ou moins lointain.

L'empire de l'univers devait appartenir soit aux fils de Romulus, soit à ceux de Hu-Kadarn, ce héros terrestre assis sur le trône d'or des dieux et qui passait à tort ou à raison pour le père de la race keltique. Les Gaules unies mettaient en question tous les succès passés de Rome.

Les Pères conscrits de la République étaient avant tout ce que certains nomment de nos jours des gens pratiques. Pour eux la fin justifiait les moyens. Ils comprenaient qu'un duel gigantesque, un duel à mort aurait lieu un jour

entre leur patrie et les Gaules. Ils s'arrangèrent pour avoir les armes les meilleures. Ces armes, ils les demandèrent à l'intrigue. Nous comprenons fort bien que les historiens de TÂllemagne éprouvent une passion véritable pour la Rome antique. Il y a affinité entre elles. Hommsen reproche aux Gaulois d'avoir été trop chevaleresque. Il est certain qu'on ne peut adresser le même reproche ni aux légionnaires de César, ni aux soldats de la Germanie moderne.

Dans chaque peuplade deux partis se constituèrent. L'un, que nous pourrions qualifier de populaire, était pour l'indépendance; l'autre, formé des prêtres, des chevaliers et de leur nombreuse clientèle, tenait pour la résistance à outrance aux aspirations de la fouie et préparait ainsi l'asservissement de la patrie.

Les chefs, que leurs intrigues mettaient en constant rapport avec les Romains, vivaient au milieu d'un luxe extrême. Des marchands venus d'Italie parcouraient en toute sécurité les territoires qui relevaient de ces imprudents amis du peuple-roi. L'amour du faste, inné chez la race gauloise, prit des proportions exagérées, inouïes. Il devint un besoin pour ces rudes guerriers ; cet amour insensé amollit les courages, prépara les âmes à la servitude, rendit possible toutes les trahisons. C'est, suivant nous, en grande partie au commerce entrepris depuis longtemps par les fils de Romuius avec les Éduens, que les légions de César durent la victoire. Bibracte, leur capitale, n'était plus gauloise ; elle n'était pas encore romaine. C'était quelque chose d'innommé, de bâtard. Il en était de même de ses habitants. Ils ne possédaient plus les sévères vertus de leurs ancêtres; ils n'avaient pas les qualités des gens qu'ils imitaient. Brizeux, le chantre inspiré de l'Ârmorique, nous peint dans une de ses plus charmantes poésies un de ses compatriotes qui a voulu se civiliser. Il n'est arrivé qu'à être indéfinissable. Il n'est pas Français, il n'est pas Breton. Ce qu'il est, ajoute le poète, c'est méprisable.

Les druides Eduens, qui parfois allaient voyager jusqu'en Italie, ne croyaient plus aux dieux nationaux. Ils ne suivaient plus la sévère discipline imposée à leur ordre. Nous

n'en connaissons pas de meilleure preuve que celle-ci. Divitiac guerroyait au mépris de cette loi sainte qui enjoignait aux prêtres de ne point paraître sur les champs de bataille, et de vivre au fond des bois impénétrables, ces sanctuaires de la Divinité'.

Les fouilles entreprises sur le sommet du mont Beuvray, qui. ont amené la découverte de l'ancienne Bibracte, ne nous laissent aucun doute à l'égard de la civilisation romaine. Une belle villa dont les ruines ont été explorées avec le plus grand soin, a peut-être appartenu à Divitiac 3, cet ancien hôte de Cicéron, cet ami fidèle de César, ce druide <c homme du monde 9, pourrions-nous dire, si cette expression moderne ne semblait pas bizarre appliquée à un membre de la caste sacerdotale gauloise.

Lorsque le chauve, comme l'appelaient ses soldats, venait à Bibracte, c'est peut-être dans cette maison qu'il habitait. On peut dès lors supposer que César, qui était prêtre de Jupiter et pontife, mais parfaitement impie, devait avoir beaucoup de plaisir à causer avec le grand druide Divitiac, que ses principes religieux ne gênaient guère non plus.

Se regardaient-ils sans rire? Nous ne le pensons pas. Nous avons vu précédemment quelle influence délétère la civilisation romaine exerça sur une partie des Gaules. Mais ce n'est pas tout. Rpme entretenait des espions dans ce pays. JNous serions tenté de croire en effet que les marchands italiens qui s^enfonçaient parfois jusqu'au cœur de notre pays étaient en quelque sorte les éclaireurs des légions qui se formaient par delà les Alpes et jusqu'en Narbonaise. Us se rendaient un compte exact des dispositions des différentes tribus, et apprenaient à connaître les routes. Lorsqu'une guerre éclatait, ces hommes revenaient dans leur patrie et faisaient aux généraux de -fidèles rapports. Quelques-uns même entraient dans l'armée» Le nombre de ceuxci était fort restreint. Depuis la réforme militaire introduite

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