De Boisjoslin, Le$ peuples de la France
Les Arvernes étaient restés dignes de leurs aïeux. A leur exemple, pendant la paix, ils gardaient leurs troupeaux avec l'aide de leurs grands chiens. Lorsque la guerre éclatait, ils lançaient contre Tennemi ces mêmes dogues, habitués à combattre aussi bien les ours que les loups.
De nos jours, les chiens sont nos amis; ils vivent parfois avec nous sur le pied d'une intimité complète. Il semble qu'il n'en était pas ainsi du temps des Gaulois. Si nous nous en rapportons au témoignage des anciens, nous voyons que les chiens de nos pères avaient une voix faible. Leurs aboiements étaient peu bruyants et limitaient les plaintifs accents des mendiants * ».
Les chiens craignaient leurs maîtres. Ils n'avaient point cette diversité d'intonations que l'homme a su développer chez cet animal et qui forme presque une langue.
Le vrai caractère du Kelte nous est révélé par celui de son compagnon de toutes les heures. Le chien du berger gaulois, sans expansion... nous apprend ainsi que son maître était grave et sombre, quand quelque émotion ne venait point l'animer et le faire sortir, pour ainsi dire, de son naturel.
Les Keltes de l'Arvernie, comme tous les montagnards, avaient un ardent amour du sol natal, de la patrie. La création de la province de la Narbonaise avait encore surexcité ce sentiment. Ils n'étaient pas sur la frontière, mais peu s'en fallait. Ils comprenaient de plus que les hautes montagnes étaient les remparts de l'indépendance gauloise. Leur orgueil s'exaltait à la voix des bardes qui leur retraçaient les grandeurs du passé.
Si l'influence des druides, ou prêtres proprement dits, avait beaucoup diminué, il n'en était pas de même de celle des poètes, des bardes, qui formaient la seconde classe de la caste sacerdotale. Plus que jamais ils étaient en honneur. C'est par eux que Keltil, le père de Vercingétorix, connut sans doute les annales de l'Arvernie; par eux aussi, il apprit que, six siècles environ avant lui, Ambignat, un