‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 53 sur 190 · Salluste, Conjuralùm de CatUina, LI, LU · texte numérisé non relu

Salluste, Conjuralùm de CatUina, LI, LU

que le pays qu'il avait si tendrement chéri devait être rayé du nombre des nations, et il avait raisoor.

Les Gaules ne sont pas détruites, puisque la France est debout! La victoire de César, la longue domination romaine n'ont jamais laissé d'empreinte sensible sur notre caractère national. Qu'on lise les descriptions que les auteurs latins et grecs ont faites de nos pères ! On sera frappé de voir que tous les traits rapportés par eux s'appliquent encore à merveille à nous autres Français. Ce que nous tenons de Rome, c'est la bureaucratie, l'amour des places* et des administrations savantes et compliquées, les monopoles, tous les abus enfin dont se débarrassent les États démocratiques.

Ce qui distingue la civilisation brillante, mais corrompue de Rome, de celle plus rude des Gaules, c*est la grandeur morale qui faisait absolument défaut chez la première et qui, au contraire, dans les secondes enflammait le cœur de bon nombre de guerriers.

César, nous l'avons dit, personnifie pour nous une époque et un pays. Voyons donc agir César.

Un certain Clodius l'a déshonoré en pénétrant dans sa maison sous des habits de femme pour approcher plus aisément de l'épouse du dictateur. Celui-ci poussera l'infamie jusqu'à faire plus tard nommer ce misérable, que Rome entière repoussait, à une des plus hautes fonctions de la République, et cela surtout en haine de Cicéron. Ce trait dépeint admirablement notre personnage; il prouve jusqu'à l'évidence que César n'avait d'autre mobile que l'intérêt. Celui-ci exige-t-il que Clodius, le^ lâche séducteur de Pompéia, soit son ami; donc il le sera!

Dans, un grand nombre d'occasions le dictateur romain se montra extrêmement cruel. Certains auteurs, il est vrai, ont vanté la modération dont quelquefois i I a donné des preuves, mais nous dirons avec Montesquieu. « 11 me semble que la modération que Ton montre lorsqu'on a tout usurpé ne mérite pas de grands éloges. »

Ce qui reste à l'actif de César, c'est un talent d'orateur incontestable, un génie littéraire de premier ordre. Nous faisons nos réserves quant à son génie militaire. Nous

connaissons surtout ses campagnes par le réch qu'il nous en a laissé. Ses Commentaires sont remplis de mensonges et de réticences. César 9 au dire même des auteurs latins et grecs, a quelquefois été battu ^ Jamais il n'a avoué, dans la guerre des Gaules, par exemple, qu'il ait subi le moindre échec, et pourtant sa campagne contre Vercingétorix n'a été presque jusqu'à la fin qu'un long désastre. Dans d'autres occasions, il n'a dû la victoire qu'à des moyens si honteux, que le Sénat en fut alarmé et envoya des députés pour être informé de l'état exact des Gaules. Quelques-uns des pères conscrits furent même un jour d'avis qu'on devrait livrer César aux ennemis. Constamment il mettait la République dans les plus grands embarras, « s'altaquant indistinctement aux peuples alliés et à ceux qui étaient ennemis ou sauvages' »,

Quand il arriva à l'apogée de sa fortune politique. César, devenu maître absolu des destinées de la République, qui d'ailleurs n'existait plus que de nom, fit à coup sûr quelques réformes utiles. On dit qu'il en projetait beaucoup d'autres et que la mort seule empêcha leur exécution. Nous croyons volontiers Suétone quand il nous affirme qu'il rétablit un peu d'ordre à Rome ; mais nous ajoutons également une foi entière aux paroles de Plutarque. Or cet auteur nous apprend que César avait formé le projet d'aller guerroyer contre les Parthes. II ne s'en fut pas tenu à cette seule ex* pédition. Le même auteur nous dit que son dessein eût été, après ces premiers exploits, de traverser toute l'Hyrcanie en côtoyant la mer Caspienne et le mont Caucase et de se jeter dans la Scythie, pour dompter ensuite tous les pays voisins de la Germanie, ainsi que la Germanie elle-même, et enfin de revenir par les Gaules, après avoir arrondi l'empire romain, en lui donnant de tous les côtés l'Océan pour li-<mites '.

C'est-à-dire que César voulait ajouter de nouvelles hécatombes humaines à celles qu'il avait déjà faites. Il ne lui

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