‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 64 sur 190 · De BelloGalL, Ml, m · texte numérisé non relu

De BelloGalL, Ml, m

il ne lui pardonna point d'avoir compromis un instant sa fortune. Il était donc naturel qu'il déversât Toutrage sur les compagnons du brenn, surtout sur ceux qui lui permirent de réparer Tinsuccès que lui avait fait subir Gobanition.

César prétendait avoir parmi ses aïeux des rois et une déesse, aussi poussait-il la vanité jusqu'à se croire infaillible. Il était parti des Gaules aux approches de l'hiver, avec la conviction qu'elles étaient tout à fait calmes. Qui pis est, en arrivant à Rome, où l'appelait la mort de Clodius, son principal agent, il avait dû dire à qui voulait l'entendre que c'en était fait à jamais de la résistance des vastes pays qu'il venait de quitter, et voilà que des montagnes de l'Arvernie aux rives de l'Océan, toutes les tribus se soulevaient pour confondre leur cause et de mille clans former une grande nation.

Toute l'œuvre de César était anéantie. Et de plus, qu'on nous permette d'insister sur ce point, quel coup pour sa vanité ! Rome tout entière allait voir qu'il s'était trompé, et ses ennemis pourraient dire qu*il avait trompé Rome.

Ne nous étonnons donc pas qu'il ait déversé l'outrage sur lés patriotes qui formèrent le noyau de la grande armée gauloise. Cette première troupe grossit rapidement, et Vercingélorix se sentit bientôt assez fort pour s'emparer de Gergovie. Ses compatriotes lui décernèrent le titre de roi, ou, pour parler plus justement de chef suprême, de cheftéte, en Gaulois, Pen-Tiern.

Dans les réunions tenues au fond des bois, tous les députés des tribus lassées du joug romain avaient à l'envi donné des promesses de désintéressement. Il était à craindre que maintenant il y eût des compétitions pour l'hégémonie; aussi le nouvel élu des Arvernes dépécha-t-il des guerriers dont il était sûr auprès des chefs de chacune des peuplades qui s'étaient soulevées, dès que la nouvelle du coup de main tenté par les Garnuteâ eut été connue d'elles. Ce message était un pressant appel à la concorde et à la ûdélilé aux engagements pris. En peu de temps, Vercingétorix réunit aux Arvernes les Sénonais, les Turons, les Aulerques, les Parisiens, les Cadurques, les Andécaves, les Lemovices, les

Andes et toules les autres peuplades qui bordent l'Océan ^

Nous donnerons ici, à propos d*ua des peuples que nous venons de mentionner, une nouvelle preuve du peu de jus^ tesse des appréciations de César. Il traite les Andécaves de « molles >, de gens sans énergie. Ne voyons-nous pas au contraire qu'ils furent parmi les premiers à embrasser la cause nationale. Ils seront également les derniers à déposer les armes. Nous estimons que ce n'est point en effet un mince honneur pour eux d'avoir continué, après la prise d'Alésia, la lutte contre les Romains.

Toutes les peuplades, nous venons de le voir, décernèrent à Vercingétorix le commandement suprême; elles avaient confiance dans ce guerrier de trente ans à peine que l'exil avait mûri, et qui, alors que personne n'osait se soulever, n'avait pas perdu toute espérance et n'avait jamais cru que la revanche fût impossible '.

Elles considéraient comme un sauveur ce jeune homme qui eût pu vivre heureux et riche au milieu de son clan, et qui disait hautement que c'était un spectacle odieux pour lui que de voir sa patrie soumise au joug étranger. Il aimerait mieux mourir, ajoutait-il, que de le supporter plus longtemps '.

Les Gaules comprenaient que Vercingétorix était le devoir incarné. Dans toutes les réunions, il avait fait entendre un langage auquel le peuple n'était guère habitué de la part des nobles. Il avait toujours dit qu'il ne fallait point de rivalités, que chacun, quelle que fût d'ailleurs sa naissance, devait ohéir au plus digne. Il avait toujours parlé d'abnégation et de dévouement ?

On conçoit donc que le commandement suprême lui ait été donné. Une fois revêtu du pouvoir souverain, il alla dans une grande assemblée qui n'était plus le concilium publicum établi par Keltil son père, mais bien le concilium de toutes les Gaules insurgées, il exigea des otages et ordonna que

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