Bello GalL, VU, v
 cause des rigueurs d'un hiver exceptionnel, il fallut beaucoup de temps pour permettre à César^ qui était à Ravenne où il levait des recrues, d'être informé de ce qui se passait dans les Gaules. L'apaisement des troubles dont la mort de P. Clodius fut la cause à Rome lui permit de partir aussitôt pour la Narbonaise. Il était hors de doute pour lui que chaque jour de retard rendait plus précaire la situation de la Province, et que d'un moment à l'autre un formidable soulèvement de toutes les Gaules pouvait avoir lieu.
L'embarras de César était extrême. Un instant il eut l'intention de rappeler vers lui les légions qui hivernaient dans les différentes parties de la Gaule Chevelue ou Gaule indépendante ; mais il comprit que cette retraite enflammerait davantage le courage des Gaulois, et que les tribus que Vercingétorix n'avait pu encore gagner à sa cause se détacheraient à coup sûr, ne se sentant plus surveillées par les garnisons romaines. De plus, il était à craindre que pendant les marches souvent fort longues qu'elles auraient à faire, pour atteindre le point de concentration fixé par le proconsul, les troupes ne fussent continuellement harcelées par les Gaulois et forcées même parfois d'accepter peut-être la bataille. César se rendait compte que dans toutes les rencontres, l'avantage resterait aux soldats de l'indépendance, et que ses légions ne retrouveraient leur supériorité qu'alors qu'il serait de nouveau à leur tête.
Il ne restait au proconsul qu'un seul parti à prendre : il devait rejoindre ses troupes à travers un pays qui tenait bien encore pour Rome d'une façon pour ainsi dire officielle, mais où tous les jours les idées de liberté faisaient de rapides progrès. Il sentait, nous dit-il, que pendant ce périlleux voyage « il ne pourrait avec sûreté se confier à ceux même qui sembleraient alors paisibles ^ »
César était impatient de se porter o:ontre Vercingétorix, et pourtant il lui fallait rester dans le midi des Gaules pour organiser la défense de la Narbonaise. Luctère, à la tête