‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 71 sur 190 · BelloGalL, \\l,\i · texte numérisé non relu

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d'une armée qui sans cesse devenait plus nombreuse, menaçait en effet la Province du côté même de sa capitale. L'effroi serrait le cœur de tous ces trafiquants venus de Rome, qui pullulaient dans toute la région des bords de la Méditerranée. Ces hommes, qui impunément avaient pressuré les Gaulois soumis, ces usuriers éhontés ^t ces banquiers qui avaient pour complices de leurs rapines les plus hauts fonctionnaires, avaient conscience que l'heure de l'expiation était proche, et ils tremblaient !

Celles des peuplades gauloises que le sort des combats avait trahies et qui relevaient directement du peuple romain étaient soumises à la capitation, aux dîmes foncières, à des droits sur les entrées et sur les sorties, et aux impôts sur les mines et sur les salines. On frappait des taxes sur les voyageurs, et jusque sur la cérémonie des funérailles! Les provinciaux devaient donner de grosses sommes d'argent pour l'entretien des routes qu'on ne réparait guère. La perception des impôts se faisait avec la dernière rigueur, et bien souvent les malheureux contribuables devaient, pour l'acquitter, se procurer de l'argent à un taux ruineux et scandaleusement usuraire.

Dans la Narbonaise, de par droit de conquête, le tiers des terres avait été donné aux premiers colons romains qui seuls jouirent et jouissaient encore, à l'époque de César, des droits de véritables propriétaires. Les deux autres tiers laissés aux habitants, et sur lesquels étaient établies seulement les redevances attribuées par la loi à l'État, payaient comme impôts des sommes souvent égales et quelquefois même supérieures à leur valeur vénale. Ces deux tiers du sol ne leur appartenaient même qu'à titre précaire. Ils faisaient partie du domaine public du peuple romain qui était imprescriptible. On pouvait donc les leur enlever à toute heure. Dans leur propre pays, les Gaulois provinciaux étaient moins bien protégés que les Massiliens et les autres étrangers qui pouvaient posséder à titre définitif, mais dont les droits, il faut le dire en passant, étaient soumis pourtant à toutes les variations des pactes et des traités qui unissaient les parties contractantes avec la grande République.

La politique de Rome était fort simple. Elle se bornait à forcer à briguer Le titre de Latins pour pouvoir acquérir les droits civiques à défaut des droits politiques. Au surplus, la ville aux sept collines savait, suivant les circonstances, varier les chaînes qu'elle faisait porter aoxGaulois. Elle consultait l'esprit dont chacune des tribus englobées daus la Province était animé.

Quelquefois elle donnait à ses sujets le titre d'alliés et de libres. C'est ceux qu'avaient les Cavares et les Voconces donl le territoire était enclavé dans la Narbonaise. Malgré ces dénominations, ils n*en étaient pas moins asservis.

On conçoit que Luctère s'avança sans rencontrer de résistance. Les Ruthéniens entrèrent dans son alliance. Les Nitiobriges et les Cabales lui livrèrent des otages et joignirent leurs contingents à ses troupes qu'un enthousiasme indescriptible animait et à qui rien ne semblait pouvoir résister. César se rendit en toute hâte à Narbonne, en rassura les habitants, et leva des troupes dans toute la province. Comme il ne croyait pas sans doute que les recrues qu'il avait amenées avec lui d'Italie pussent lui être de quelque utilité dans la guerre terrible qu'il allait avoir à soutenir contre Vercingétorix, il résolut d'en former un corps chargé de défendre les possessions romaines. C'est en agissant de la sorte qu'il put placer des garnisons dans cette portion du territoire des Ruthènes, qui avait été englobée dans la Province, chez les Yolsques Arécomiques, chez les Tolosaies, et dans les environs de Narbonne, qu'il voulait mettre à l'abri d'un coup de main. Enfin, il ordonna à celles de ses troupes sur lesquelles il pouvait le plus compter de se concentrer dans le pays des Helviens qui touche celui des Arvernes.

César nous apprend que toutes ces dispositions amenèrent le résultat qu'il avait prévu. Luctère n'osa pas s'engager plus avant de peur d'être enfermé entre les garnisons romaines. ' Il battit même en retraite. C'était commettre une lourde faute. Nous avons expliqué pourquoi les forces romaines restées pour défendre la Narbonaise n'étaient pas bien redoutables par elles-mêmes. Elles n'eussent pas tardé à

.être assiégées dans leurs campements par les populations insurgées et tout heureuses d'unir leurs efforts à ceux de l'armée de Luctère. C'était de plus rendre à César sa liberté d'action.

En effet, le proconsul n'attendait ^ue la retraite du lieutenant de Vercingétorix pour mettre en exécution un projet dont la témérité ne peut que nous frapper d'admiration. Se confiant encore une fois dans la fortune, la seule divinité qu'il ait jamais connue, il tenta le passage des Cévennes, couvert'fes d'un épais manteau de neige. Dans certains endroits, il y en avait une couche de six pieds qu'il fallut écarter peur ouvrir un chemin. Pendant tout le temps que dura cette traversée, César fut constamment en tète de ses troupes. Quoiqu'il fût absolument chauve, il ne se couvrit pas le crâne un seul instant, voulant donner l'exemple du courage et de l'endurcissement.

César était un homme étrange en ce qu'il sortait au besoin de la vie la plus efféminée pour se lancer dans les plus périlleuses aventures sans en souffrir, et pourtant il' avait une frêle santé; mais une volonté de fer lui faisait braver tous les obstacles, même la maladie. Les fantassins que le proconsul avait avec lui, bien que peu aguerris et faisant tous partie de la réserve, ne pouvaient se plaindre puisque leur général partageait toutes leurs fatigues. Nous pensons que le petit corps qui traversa les Cévennes avait peu de cavalerie, six cents cavaliers germains à peine qui servaient de gardes du corps à César et à ce titre ne le quittaient guère.

Les Romains étaient mal vêtus pour de pareilles campagnes. Ils avaient les bras, les jambes et le cou nus. Leurs adversaires, par contre, avaient une sorte de blouse nommée caracalla^y qui fermaient bien au cou et dont les manches étaient fort longues. Leurs jambes étaient protégées contre les atteintes du froid par des pantalons nommés braies (bragœ ou braccœ^y dont l'ampleur différait suivant les parties de la Gaule. En Armorique, ces braies étaient extrêmement

1, 2. E. Bosc, Dictionn. d'archéol. et des antiquités chéries divers peuples f vis Carâcalla et BRACCiG.

larges. Le bragou-braz de nos Bretons modernes rappelle absolument ce genre de pantalon.

Quelquefois leur tunique était ornée d'un capuchon, on la nommait alors bardocucuHus^. Tous les Gaulois avaient une sorte de manteau, souvent en étoffe à carreaux aux couleurs voyantes, ce qui fait involontairement songer aux plaids des Ecossais. Ils portaient aussi beaucoup de fourrures. Nous savons qu'ils étaient chaussés d'espèces de galoches à semelles, sans doute fort épaisses, ou de chaudes bottines, caligœ. Un auteur ancien semble enfin nous dire qu'ils avaient des gants.

Quelques statues nous permettent de nous faire une idée fort exacte du costume de nos pères les Gaulois, et il n'est pas sans intérêt de voir que toutes les parties s'en sont conservées dans nos campagnes. Nous avons déjà parlé des braies. La casula gauloise est exactement la blouse de nos paysans. C'est aussi la chasuble de nos prêtres. La saie (saga) est le sayon des habitants d'Ille-et-Vilaine. Le bardocucul (bardocucullus) est la cagoule des moines, mais c'est aussi l'origine des cabans que portent nos pêcheurs. La limousine des routiers en étoffe rayée est encore un manteau gaulois : on le nommait bigerra^.

Les Arvernes n'avaient pas cru qu'il fût nécessaire de garder les passes de montagnes couvertes de neige, et où, au dire de César, un simple voyageur n'eût pas osé se frayer un chemin. Il serait à coup sûr fort intéressant de pouvoir déterminer l'endroit exact où César effectua son passage mémorable. Plusieurs auteurs ont étudié cette question, nous rapporterons ici l'opinion que Francis Monnier a émise dans son livre ; toutefois, nous ne prendrons parti ni pour ni contre la thèse soutenue par cet auteur, qui après nous avoir décrit la route que César dut suivre à travers la Province, nous le montre arrivant à Ilelva, la capitale des Helviens, une ville alors importante, qui n'est plus que le pauvre village d'Aps

1. £. Bosc, Dictionn. dCaichéoL et des antiquités chei les divers peuples, v° Bardocucullus.

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