‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 75 sur 190 · Monnier, Vercingétoria · texte numérisé non relu

Monnier, Vercingétoria

raconte comment il a réprimé la révolte d'Accon, le redoutable chef des Sénonais, et il nous dit qu'il mit six légions à Agendicum sur les frontières des Sénonais, in Senonum finibus Agendici. Nous ferons remarquer que l'orthographe Agendicum est une des nombreuses versions que nous ayons ' du nom de la ville qui nous occupe en ce moment. M. Lefèvre, voyant que d'ordinaire le proconsul ne mettait jamais plus de deux légions dans une ville, a pensé qu'Agendicum devait être un camp retranché romain, qui était constamment occupé et servait tout naturellement de base d'opération pour les entreprises de l'armée envahissante. L'auteur des Commentaires ne dit jamais Agendicum Senonum, comme il dit toujours Gergovia Boiorum, oppidum Senonum, Vellaunodunum, Cenabum Carnutum, oppidum Biturigum, Noviodunum, Il faut donc en conclure qu'Agendicum se trouvait être dans des conditions différentes.

Ce n'est pas tout encore.

Nous verrons qu'après avoir apaisé les différends que l'élection d'un Yergobreith avait fait naître au milieu de la confédération éduenne, César résolut de marcher contre les Arvernes, tandis que son lieutenant Labiénus s'avancerait contre les Parisiens, qui justement étaient les alliés des Sénons. Dans les Commentaires, nous lisons que l'habile lieutenant du proconsul avait laissé les recrues et les bagages chez les Sénons, à Agendicum. Hais si ce dépôt de jeunes soldats avait été dans la capitale d'un peuple en armes contre la domination romaine, n'eût-il pas été attaqué ? Tous les hommes n'eussent-ils pas été massacrés, et les bagages pillés? C'est ce qui eut lieu en effet à Noviodunum (Nevers) en pays éduen. Or, les Éduens étaient les amis des Romains. Les Sénonais qui avait à venger la mort d'Accon, dont le lâche assassinat avait même été une des causes du grand soulèvement, eussent-ils ménagé leurs oppresseurs? Ce n'est pas présumable. Au surplus, la vieille ville de Provins, c'està-dire la ville haute, a conservé des tours, des fossés, <: on voit bien que notre ville a été bâtie dans un camp fortifié ^. »

1. Comment, de César, trad. Artaud, note du livre VU, p. 329. Garnier frères, édit.,1 vol. in-8, s. d.

Cette ville' située sur une colline escarpée est de niveau ; des constructions souterraines vastes et indépendantes des maisons occupent toute son étendue.

De plus, des manuscrits anciens s'accordent à appeler Agendici les natifs de Provins, et à dire que la tradition populaire qui donne encore aujourd'hui à la haute ville le nom de Gentico est de toute ancienneté : or ce nom a bien du rapport avec Agendicum; enfin dans les anciens itinéraires, les distances cadrent fort bien en prenant Provins pour Agendicum,

Nous avouons que les arguments résumés ci-dessus nous ont vivement impressionné, et que, malgré les beaux travaux de M. Quicheral sur la marche de larmée romaine, nous reconnaissons Agendicum dans Provins. Ce qui nous a surtout frappé, c'est que Labiénus n'eût jamais commis la faute de laisser ses recrues et ses bagages dans la capitale d'un pays ennemi, et qu'il est bien plus naturel de penser qu'il les avait placés dans un camp retranché situé à la vérité sur le territoire des Sénons, mais dans une position aisément défendable. Sens ne présentait pas les mêmes avantages comme situation stratégique.

Après cette digression indispensable, nous reprendrons le récit des événements. Dix légions se trouvèrent bientôt réunies sous les ordres du proconsul. Tous ces mouvements de troupes s'opérèrent avec une rapidité qui tient du prodige et furent achevés avant que les Arvernes pussent en être avertis.

Dès que Vercingétorix eut appris la nouvelle des faits que nous venons de décrire, il comprit la faute qu'il avait commise en abandonnant à la prière de ses compatriotes les opérations commencées chez les Bituriges. Il redescendit en toute hâte la vallée de la Loire, et vint mettre le siège devant une ville du pays des Boiens. Cette peuplade était sujette des Eduens, et son territoire était situé vers le confluent de rAllier et de la Loire. On n'est pas absolument fixé sur le nom de cet Oppidumy qui tenait pour les Romains. César le nomme Gergovie; M. Desjardins, Gorgobina*. Celte place de

1. E. Desjardins, Géographie de la Gaule, H, p. 479 et 675. .

guerre importante occupait sans doute l'emplacement de notre Saint-Parize-le-Chàtel, au sud de Nevers.

Ce nouveau plan de Yercingétorix était fort bien conçu^ il obligeait César à prendre immédiatement Toffensive, s'il ne voulait pas entraîner la défection des Eduens eux-mêmes. Yercingétorix comptait du reste sur les difficultés qui allaient assaillir son adversaire, obligé de guerroyer en plein hiver.

César avoue que cette entreprise du Pen-Tiem le mit dans le plus grand embarras. Il avait bien toutes ses troupes avec lui, puisque Brutus l'avait rejoint, mais il ne savait à quel parti s'arrêter. D'un côté, il craignait que s'il laissait Yercingétorix s'emparer de Gorgobina, les peuplades gauloises qui tenaient encore pour Rome se soulevassent pour embrasser la cause de l'indépendance ; elles ne pourraient plus en effet voir en lui un protecteur. D'un autre côté, il redoutait d'entrer eu campagne avant le printemps. Une armée a besoin de beaucoup de vivres. Or César appréhendait de se voir aux prises avec la difficulté des transports.

Cependant, nous dit-il, « il aimait mieux braver tous les obstacles que d'aliéner tous les esprits en se déshonorant^ ». Il savait bien que la rapidité de ses mouvements militaires^ au début de cette campagne, et leur témérité, pouvons-nous ajouter, avaient produit une profonde impression sur l'esprit des Gaulois. Il résolut d'en profiter pour tenter un grand coup. Il engagea donc les Eduens à lui fournir les approvisionnements dont il avait besoin, et se prépara à marcher en avant.

Nous ne pouvons nous empêcher de signaler ici la contradiction qui existe entre la conduite de César, telle qu'elle résulte du chapitre ix du YIP livre des Commentaires et celle qu'il tenait d'après le suivant.

D'après le chapitre ix, nous voyons qu'après avoir quitté Yienne pour se rendre chez les Lingons, il dut traverser incognito le pays des Eduens. C'est surtout chez ce peuple qu'il se crut le plus en danger. A ce moment, il est probable

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