Bello Gall., VII, -xi
sac de la malheureuse cité, et pour dépeindre le carnage des habitants qu'il ordonna ou qu'il laissa faire avec sa cruauté habituelle, il écrit une de ces phrases qui peignent leur auteur. Il veut exprimer l'idée que peu de Gaulois lui ont échappé, comme nous l'avons raconté, et il dit : « perpaucis ex hostium numéro desideratis. On eut à en regretter ort peu. » Ce mot <c regretter», qui traduit littéralement Texpression du vainqueur, n'est-il pas vraiment horrible?
César était digne de s'allier plus tard aux Germains ; il avait, comme eux, l'amour des incendies allumés au bon moment, l'impassible barbarie, enfin la soif d'emballer les objets conquis.
Cénabum n'était point pourtant une place de guerre proprement dite, c'était plutôt une ville commerçante, ce que les Romains appelaient un emporiuniy un entrepôt. La population de ce centre important devait donc se composer en majeure partie d'ouvriers qui sans doute n'avaient jamais assisté aux grandes réunions secrètes qui, au début de la guerre, avaient eu lieu au fond des bois impénétrables et sacrés.
Le proconsul n'a donc pas d'excuse à sa cruauté; il se vengeait-sur des innocents du meurtre d'un munitionnaire et de quelques concitoyens tués au début de la campagne, par les Carnutes qui s'emparèrent de Cénabum. Il a agi méchamment, sans nécessité, comme il le faisait presque toujours. Il a commis là, un de ces actes que le vertueux Caton signalait à Tattention du Sénat et qui révoltaient sa conscience d'honnête homme.
La seule cause du massacre des habitants de Cénabum, c'est que César avait à faire oublier à son armée les fatigues et les privations d'une campagne d'hiver. Aussi quelle belle proie pour les légions que les richesses d'un emporium! De plus, il ne faut pas l'oublier, les colonnes romaines étaient suivies de trafiquants qui, après chaque victoire, achetaient à bon compte la part de butin de chaque soldat, C'est entre les mains de cette bande noire que tombait le triste bétail humain, qu'elle conduisait, afin de le revendre * sur tous les marchés de l'Italie. Les guerriers gaulois
23i HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.
devenaient des gladiateurs et leurs nobles femmes étaient astreintes aux plus rudes travaux.
Les cadavres même des compagnons héroïques de nos pères n*étaient point respectés; on leur coupait leur longues chevelures blondes pour en parer les riches matrones romaines, qui avaient un goût prononcé pour les tresses et les fausses nattes.
Aussi les Gaulois avaient une haine invétérée contre ces marchands et les brenns faisaient massacrer souvent ces trafiquants, qui tous ne portaient point le titre de citoyen romain; beauicoup étaient d'origine asiatique, et cependant les généraux étaient tenus de les protéger contre toutes les attaques; car il fallait bien que les légionnaires pussent échanger un butin embarrassant contre des espèces plus faciles à transporter.
Le sac de Génabum fut donc une véritable infamie, et nous ne devons pas oublier de mentionner les actions honteuses du vainqueur de nos ancêtres. C'est non seulement un droit, mais encore un devoir. 11 faut que César, cet odieux despote, ne soit plus un objet d'admiration; il faut qu'il soit cloué au pilori de l'histoire comme un des plus grands malfaiteurs de l'humanité.
Si tuer un homme est un crime, massacrer et détruire une nation tout entière ne peut être une action glorieuse!
Gaule, notre noble >patrie, ne devons-nous pas t'élever bien au-dessus de Rome, bien au-dessus de la Germanie que César appellera à son aide!
Nous voulons qu'en lisant les exploits de tes guerriers que le sort des batailles et peut-être la trahison livra aux légions romaines à la fin d'une campagne héroïque, nous voulons, disons-nous, que toute la jeunesse française s'écrie en se rappelant l'œuvre d'un grand artiste contemporain : « Gloria victis > ; oui, gloire aux vaincus, quand ceux-ci ont succombé en défendant avec vaillance la patrie.