‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 84 sur 190 · Voy. X. Garenne, Bibracte · texte numérisé non relu

Voy. X. Garenne, Bibracte

ut HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.

grand homme de guerre de l'antiquité^ à ce que prétendent du moins certains historiens.

Quand il habitait son ^dificium^ le brenn se livrait presque exclusivement aux plaisirs de la chasse. Au retour de longues courses à travers les bois et les halliers, c'étaient d'amples festins où le vin et l'hydromel coulaient à grands flots dans des coupes faites soit avec des cornes d'urus, soit avec des crânes humains cerclés d'or ou d'argent, nous avons déjà eu l'occasion de le voir. Les convives étaient assis sur des peaux de bétes ou sur des bottes de foin autour d'une table basse et ronde que nous connaissons et qui, nous l'avons déjà dit, était un symbole.

Autour des guerriers, assis en cercle, se tenaient leurs soldures qui formaient un autre cercle, et les ambactes. Les premiers étaient des hommes qui, par un pacte solennel, se dévouaient à servir un chef. Ils se faisaient tuer pour lui sur le champ de bataille. Quand le chef venait à mourir en pleine paix, quelques-uns de ces braves, affolés par la douleur, se frappaient sur sa tombe pour que leurs âmes allassent au ciel en même temps que la sienne et pour rester ainsi unis l'un à l'autre même après la mort. Les ambactes étaient aussi, eux, des dévoués, mais d'un rang subalterne. C'était parmi eux que les brenns choisissaient les cochers de leurs chariots de guerre. Les soldures et les ambactes combattaient à cheval, tandis que les simples tenanciers qui s'équipaient avec leurs propres deniers formaient l'infanterie. C'était dans les rangs des soldures et des ambactes que se recrutait cette trimarchisiay ou triple cavalerie qui plus d'une fois s'ouvrit un sanglant passage jusqu'au cœur même des légions.

Mais revenons à Yercingétorix et à ses projets. Si le plan développé par lui devant les brenns assemblés avait été strictement appliqué, il eût, à coup sûr, amené l'anéantissement de l'armée romaine, comme dix-huit siècles plus tard ce plan servit aux Russes d'une manière si terrible, lorsque Napoléon I" eut commis l'insigne folie d'envahir leur froide patrie.

Par malheur pour les Gaulois, les mesures édictées par

HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS. 2i3

le Pen-Tiern ne reçurent qu'une application partielle. A peine l'incendie eut-il été décrété par la majorité des brenns, que les chefs biturjges présents se jetèrent aux pieds des autres guerriers de distinction que Yercingétorix avait convoqués avec eux et leur demandèrent u de ne ^oint les forcer à brûler de leurs propres mains une des plus belles villes de la Gaule, l'ornement et le soutien de tout le pays. »

(( Il nous sera facile, ajoutèrent-ils, de défendre, par sa position même, une place presque entourée de toutes parts d'une rivière et d'un marais, et qui n'a qu'une avenue fort étroite *. »

Les larmes des malheureux habitants d'Avaricum impressionnèrent vivement l'assemblée, et Yercingétorix, après avoir longtemps résisté à leurs prières, finit par céder à la pitié générale. La défense de la ville, nous dit César, fut confiée à des hommes d'un courage éprouvé.

M. Bulliot ainsi que d'autres archéologues nient qu'il y ait eu dans les Gaules des villes vraiment dignes de ce nom. Ils exceptent toutefois Bibracte qui subissait une influence étrangère. Suivant eux les oppida gaulois ne contenaient, en temps ordinaire, qu un très petit nombre d'habitants. Ils ne se peuplaient que lorsque la guerre éclatant, répandait la terreur dans les campagnes environnantes. Tout le monde se retirait alors dans les villes situées sur les hauteurs avec les troupeaux et des provisions de tout genre. On conçoit donc que ces lieux de refuge fussent quelquefois très vastes, comme peut en témoigner Bibracte puisque les remparts de cet oppidum enveloppaient une surface d'environ 435 hectares. •

Si l'on s'en rapporte donc à l'opinion de ces savants, Avaricum devait avoir peu d'importance en tant que ville (urbs) et ne renfermait d'ordinaire qu'une faible population *. # ,

Nous ne pouvons admettre une pareille théorie. Sans doute, il est bien évident qu'à l'origine les oppida furent

Page 1