‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 86 sur 190 · La Galette d'AuvergnCy 2 sept · texte numérisé non relu

La Galette d'AuvergnCy 2 sept

qu'il y avait là, non pas seulement un groupement momentané d'ateliers céramiques, mais une véritable ville de potiers dont l'activité ne cessa pas un instant pendant un espace de trois siècles, qui occupa vraisemblablement 30000 ouvriers, couvrit de ses produits toute la partie occidentale du monde romain, et nouvelle Pompéi, disparut lors du cataclysme de la première invasion barbare du m" siècle.

» La ville est encore là, à quelques pieds de profondeur, dans rétat même où l'ont laissée les Allemands; on retrouve les maisons incendiées, les murs renversés, les toits effondrés, les objets mobiliers et les instruments écrasés sur le sol, et jusqu'aux cadavres des habitants dans la position où les ont glacés les tortures de l'agonie, m

Evidemment il y a quelques exagérations dans le récit qui précède : par exemple rien ne prouve que 30000 ouvriers aient travaillé pendant trois siècles; mais en somme la découverte du D** Plicque est extrêmement remarquable et le récit des magnifiques trouvailles qu'il nous a raconté montre bien que nous nous trouvons en présence d'une immense fabrique de poteries arvernes, qui a dû certainement occuper pendant de longues années de nombreux ouvriers ; enfin nous ajouterons que la collection hors ligne du D' Plicque prouve aussi que la plupart des ouvriers qui ont travaillé ces poteries étaient de véritables artistes.

Après cetle digression qui avait bien son importance puisqu'elle témoigne encore en faveur d'un art gairfois, nous reprendrons l'étude sur les oppida, et nous dirons que si ceux-ci n'avaient été que des lieux de refuge, ils n'auraient pas contenu des constructions, et nous voyons pourtant qu'il y en avait puisqu'on y mettait le feu *. D'après les termes des Commmfair&s l'incendie ne s'applique pas aux remparts qui, malgré les pièces de bois entrant dans leur construction, n'auraient pu brûler puisque les poutres étaient noyées dans la terre et les pierres des murs.

Bi€n plus, les oppida avaient des places et des marchés ^

i. César, de Bell.GalUy Yfl, xiv : oppida incendi opportere.

2. César, de Bell. GalL^Wl, xxvin : In foro ac lôcis patent i or ibus.

L'expression forum ^ a toujours signifié une place dans une ville. Quant à l'expression locis patentioribus de notre texte, plusieurs opinions sont en présence. On peut dire et Ton dit en effet que César s'en sert pour désigner de vastes espaces dans lesquels campaient les réfugiés qui venaient chercher un abri dans les oppida^ et il est bien évident que sur ces emplacements il n'y avait pas de constructions. Nous voulons adopter un instant cette explication et la croire vraie; elle Test même dans une certaine mesure. Si le proconsul parle de loci patentiores, de lieux découverts, c'est qu'il veut les distinguer évidemment d'autres endroits qui étaient couverts de maisons. Nous avons dit que certaines villes avaient des marchés (fora). Rappelons que Cénabum en avait un. Nous verrons que sur le sommet du mont Beuvray, il y a un lieu qu'on appelle de nos jours le Porrey. Ce mot vient A'efnporium^ marché I En effet, après la prise de Bibracte, les Romains y laissèrent subsister les grandes foires qui existaient du temps de l'indépendance; ils élevèrent une sorte de halle dont on a découvert les restes. La foire du mont Beuvray subsiste encore. La tradition a résisté à tout. Il y a longtemps que tout centre de population a disparu de ce plateau, et pourtant les habitants des contrées environnantes, à certain jour donné, bravent les fatigues d'une excursion pénible pour eux, et surtout pour leurs bestiaux, pour se rendre au Porrey.

Nous venons de voir que certaines parties des oppida étaient couvertes de maisons; c'est dire qu'ils avaient une population qui leur était propre; nous en trouvons une preuve dans ce fait que des oppida sont abandonnés à l'approche de l'ennemi *. On peut objecter que les Gaulois réfugiés dans un oppidum trouvé par eux trop faible préfèrent chercher ailleurs un refuge. Cette objection peut êlre facilement réfutée, puisque nous lisons dans ce même

1. Cf. E. Bosc, aux mots Forum et agora, Dictunm. raison. dCardiiteciure et des sciences et arts qui en dépendentf 4 vol. in-8o jésus, avec 400 bois dans le texte. 60 grâv. hors et texte et40iithochroinies. Paris, 1877-1880.

2. Bello Coll., Vil, LYiii. ~ Hirtius. Ncnnuloê ex oppido demigrarcy Vlil, xxtv.

livre VII des Commentaires, ch. Lvm, que César parle d'un oppidum qui n'avait qu'une faible population parce que la plupart de ses habitants avaient rejoint l'armée : c Perterritis oppidanis, quorum magna pars erat ad bellum evoeata. > Ceci, pensons-nous, est absolument concluant; mais nous pouvons fournir d'autres preuves. En effet, le proconsul nous parle de négociants romains qui ont leur séjour dans certains oppida^. Qu'eussent-ils fait au milieu de la solitude d'une enceinte dépeuplée? Les compatriotes de César, qui étaient à Cénabum au moment où éclata la grande révolte, devaient s'y trouver au milieu d'une population relativement considérable et que la guerre n'j avait point amenée. Nous savons qu'on était en pleine paix.

Fw. ISS. - Houle a

Les oppida étaient des foyers d'industrie. Pline' nous apprend qu'Alésia était renommée pour ses placages d'argent. Nous savons que la métallurgie occupait à Bibracte un grand nombre de bras^. Ces ouvriers, leurs patrons, certains chefs d'esclaves, quelques sénateurs, formaientavec leurs familles une population qui devait être assez nombreuse. Avaricum se trouvait évidemment dans le même cas que les deux villes que nous venons de nommer. Ce devait être un centre important de commerce et d'industrie. Il devait ; avoir dans sa vaste enceinte des ateliers où l'on

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