De Vairoger, Leg Celltt
HISTOIRE HÂTIONALE DES GAL'LOIS. tiS
devaient être ou de gros villages, ou des ^fjt/fci'a, qui, nous l'avons démontré, pouvaient renfermer quelquefois un assez grand nombre d'habitants sédentaires.
Souvent on est allé chercher dans les œuvres de Tacite des renseignements sur les Gaulois, Il est évident que les Germains, dont cet auteur nous a rapporté les mœurs, avaient plus d'un point de ressemblance avec nos aïeux. Il ne faut pas cependant, comme on l'a fait souvent, pousser
l'assimilation trop loin. Les Germains étaient insociables, et, partant, ils n'avaient point devilles; Tacite l'affirme positivement. Tout ce qu'on peut dire, c'est que nos pères avaient une préférence marquée pour la vie des champs, mais ils s'accommodaient aussi fort bien de l'existence des villes. A Bibracte, par exemple, la demeure de chaque chef était entourée de celles de ses tenanciers et de ses serviteurs. Ceci devait avoir lieu probablement partout. Les villes se divisaient en un certain nombre d'tlots (insutœ); chacun appartenait à une famille différente; chacun était par le fait un jEdificium.
Avant de clore ce débat, un peu long peut-être, mais néanmoins nécessaire, nous citerons un passage de Servius, le commentateur de Virgile, qui vivait au iv* siècle de notre ère. Cet auteur montre que certains oppida étaient restés ce qu'ils étaient à l'origine, tandis que d'autres, au contraire, avaient pris beaucoup de développements jusqu'au point de devenir des villes.
cici, nous dit-il, c'est un espace couvert d'^dt/lcia où l'on
> rencontre un lieu sacréy un lieu d'assemblée, une place :» et une enceinte fortifiée.
> Là, au contraire, on dit oppidum, de la position des » murailles, ou bien parce que Je lieu est rempli d'hommes,
> ou bien parce qu'ils y ont entassé leurs richesses à l'abri » d'un retranchement *.
Nous ignorons si, du temps de Vercingétorix, tous les oppida, devenus des villes, avaient des lieux sacrés. Nous serions tentés de le croire pour quelques-uns d'entre eux, pour Bibracte notamment. Nous savons que sur la hauteur du mont Beuvray, non loin d'un endroit qui dut évidemment servir de lieu d'assemblée aux sénateurs éduens, est la fontaine des larmes qui put fort bien être consacrée à quelque divinité. Nous en dirons autant de ]aL pierre Salvie ou pierre saluée c'est-à-dire sacrée. De plus, sur la déclivité de la montagne, non loin des remparts, se trouvaient des sources aux propriétés bienfaisantes dont une peut-être était dédiée à la déesse Bibracte. Son nom, qui dérive de Bibar (castor), en fait évidemment la nymphe protectrice de quelque fontaine. Il» y avait aussi non loin de là des pierres qui servaient, à coup sûr, à quelque usage religieux.
Il est probable qu'ji î;ancwm ne le cédait pas en splendeur relative à Bibracte ; qu'il y avait dans cette ville des JSdificia nombreux, c'est-à-dire des quartiers, un lieu sacré sous l'invocation de quelque génie local (le fameux ^^nm^ loci), et une enceinte fortifiée. Ce genius loci pouvait fort bien être la déesse de la rivière Auron dont le nom dérivç cer-
1. Nous avons emprunté la traduction de ce passage de Servius à la Cité gauloisey de MM. Bulliut et Roidot.
tainement d*Avara qui signifie eau. Avaricum ou Avarighum est la reine des eaux. Il ne faut point confondre ces genius loci avec les grands dieux de la Gaule dont les sanctuaires étaient toujours situés au fond de halliers impénétrables.
On conçoit; l'orgueil des habitants d'At?ancww, et l'on conçoit aussi de quelle importance était pour César la prise d'une ville si belle et dont le passé était de plus si glorieux. Avaricurriy de même que Bibracte, avait dû aux Phéniciens qui s'y étaient établis à une époque impossible à déterminer tant elle était ancienne, d'être initiée à tous les secrets de la métallurgie. D'immenses fossés situés non loin de Bourges sont regardés encore comme étant l'œuvre d'un dieu qui pourrait fort bien être l'Hercule tyrien, Melkarth ou Mélicarte*. Nous en dirons autant de certaines caves que Ton rencontre çà et là et qui pour nous sont des restes de silos phéniciens. Jadis les Biturigues avaient exercé l'hégémonie sur toutes les Gaules. Leur capitale était alors la résidence d'un roi légendaire nommé Ambignat*. C'est sous son règne, si l'on peut employer cette expression, qu'eut lieu la double expédition de Bellovèse et de Sigovèse, et nous admettons avec M. d'Arbois de Jubainville que grâce à ces deux héros la Gaule put et dut même un moment s'étendre jusqu'aux Carpathes^.
La prise d'une ville aussi célèbre ne pouvait manquer d'avoir un grand retentissement dans toutes les Gaules, et nous comprenons que César eût hâte d'en commencer le siège.
Vercingétorix suivit le proconsul et sans doute harcela continuellement ses troupes pendant tout te temps que dura leur marche -en avant. César n'en dit rien, mais la chose ressort clairement pour nous du plan que le Pen-tiern fit adopter par les chefs assemblés.
1. E. Bosc, Dictionnaire de V archéologie et des antiquités che% les divers peuples, v"* Melkabth.