‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 9 sur 190 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

La maison et la famille gauloises. — La naissance d*un Gaulois; le glaive roi du champ de bataille; danse de Tépée. — L'enfant gaulois sera-t-il prêtre ou guerrier? — Éducation du guerrier; éducation du prêtre; programme des études. — Le lot des femmes; leur peu d'instruction ; les lois et les coutumes les traitaient durement. -^ Un mariage gaulois; rôle des bardes. — Un repas gaulois. — Costumes gaulois; la passion des bijoux. — Le Baz valan. — Tournoi poétique des bardes. — L'époux emporte sa femme sur un cheval lancé au galop. — Les sépultures gauloises; inhumations, .incinérations. — Le deuil gaulois est porté en blanc. — La vie politique gauloise. — . Le Râgan ou Râg et les Ragta. — La Lâg. — L'Asie était la terre classique du despotisme, l'Europe,. celle de la liberté. — Du rôle des prêtres gaulois. — Bituit, roi des Avemes. — La noblesse gauloise.

— Le Drynemeidh ou sanctuaire du chêne. — Le grand druide; l'anathème druidique. — Les parias. — Le mediolann ou assemblée tenue dans le milieu sacré. — Le sénat. — Les Gorseds ou conseils armés. — Le Vergobreth ou magistrat qui rend la justice. — Le sénat

' des femmes. — Tribunaux gaulois. — Les juges et le jury. — Siège de pierre; fontaine des larmes. — Hroe'ch linn; tribunaux dans diverses contrées. — Le Breth et le Breth-Nemeidh. — Législation gauloise. — L'enfant naturel et l'enfant légitime sont égaux devant la loi. — L'intervention des Dieux dans les jugements. — L'hécatombe humaine est d'origine phénicienne. — Les successions; le plus jeune des enfants principal héritier. — Le Pacte-nu et le Fridow.

— Le divorce. — Axiome druidique en matière de droit criminel.

La maison gauloise est de forme circulaire, sa base est faite à Taide de pierres supportant des poteaux mal équarris qui soutiennent des murailles en pisé, c'est-à-dire faites à l'aide de terre battue. Les côtés de cette maison qui sont exposés au vent et à la pluie, sont revêtus de claies d'osier, souvent l'ensemble des murs sont protégé par des roseaux. Ces maisons ont une toiture conique assez élevée, chez le riche aussi bien que chez le pauvre ; cette toiture est

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faite au moyen de chaume ou de paille, elle comporte à son sommet un trou pour donner un passage à la fumée du feuqui brûle dans l'intérieur du logement. Notre figure 6 montre une cabane gauloise d'après un bas relief, on y voit parfaitement la forme de la toiture et le trou central dont nous venons de parler. La porte, qui est simplement fermée par un verrou, est souvent ornée de trophées de chasse. Le s paysans français ont conservé quelques souvenirs de cette coutume de nos pères; ils sont beureux en effet de clouer sur leurs portes ou sur le portail de leurs écuries une patte deloupoulesailes puissantes d'un- Fii.,6.-Gpui.isd(f<indûnisaiDai>on. oiseau de proie,

ou bien encore une chouette. Les fenêtres de la maison gauloise sont longues et étroites; elles ont l'aspect de meurtrières ; la plupart des maisons de la Bretagne bretonnante sont encore pour ainsi dire sans fenêtres.

Le foyer de la maison gauloise est formé au moyen de trois pierres dont l'une posée à plat, et les deux autres placées au-dessus avec un écartement suffisant pour permettre à ces pierres de remplir la même fonction que nos chenets modernes. En fait de meubles, on ne voit dans cet intérieur qu'une table ronde, très basse et un coffre destiné à renfermer les tètes des ennemis tombés sous les coups des membres de la famille. 11 contient aussi parfois le crâne des guerriers morts en combattant loin delà patrie et dont on n'a pu rapporter toute la dépouille. Cette précieuse

relique est le palladium de la maison. Quelques peaux d'urus et d'ours sont étendues sur le sol, formé d'une aire en terre battue; c'est sur ces peaux que couchent le Gaulois et sa famille.

Si haut que nous remontions dans l'histoire, nous voyons que toujours et partout l'homme s'est efforcé de construire des habitations commodes et parfois somptueuses. Les Gau- . lois ne paraissent pas avoir partagé ce même souci.

Ces guerriers qui après la mort dormaient du grand sommeil dans des grottes factices que les siècles nous ont conservées, ces guerriers n'avaient pour abri que les chétives cabanes dont nous venons de donner une description. Les Gaulois méprisaient trop la vie pour s'entourer de ce bienêtre que tant d'autres peuples ont recherché ; ils habitaient du reste si peu.leurs demeures. Ils n'avaient qu'un luxe, celui de leur vêtement, de leurs armes et de l'équipement de leurs chevaux.

Du reste, les idées religieuses des Gaulois leur interdisaient pour ainsi dire les grandes constructions. Pour élever de superbes demeures, il leur aurait fallu tailler et sculpter la pierre, il aurait fallu abattre des arbres à la puissante ramure. Or, pour les Gaulois, les rochers aux dimensions gigantesques, les chênes énormes étaient sacrés; les mutiler eût été à leurs yeux un outrage jeté à la face des dieux.

Maintenant que nous connaissons la maison, ce nid de la famille, nous pourrons étudier celle-ci, de même que les mœurs et les coutumes de nos ancêtres.

Si donc nous franchissons le seuil de la chaumière, nous voyons à l'intérieur, près de Tâtre, une respectable matrone qui tient sur ses genoux un nouveau-né endormi. La jeune mère, étendue sur une couche de feuilles sèches couvertes depeaux,sourit au petit être qu'elle vient de mettre au monde et guette son réveil, impatiente qu'elle est de lui donner un baiser. L'enfant pousse bientôt un cri ; ses yeux grands ouverts se tournent machinalement vers la partie de la maison où repose sa mère toute pâle encore et radieuse. Au moment où l'enfant va recevoir ses caresses, elle s'arrête tout à coup, parce que l'aïeule est allé chercher un glaive jaune et

brillant comme de Ter, un glaive t rot du champ de ba^ taille >, comme lé nomme un vieux poème appelé Danse de Vépée. C'est l'arme favorite du chef de la famille. La jeune mère la saisit et devenant plus graiFe pose la lame glacée sur les lèvres entr'ouvertes de son fils. Aucune Gauloise n'eût osé manquer à cette coutume. L'enfant, dès le premier instant de sa vie, était familiarisé avec ce glaive si cher à sa race, et grâce auquel il pourrait peut-être un jour conquérir honneurs, rang et fortune. — L'enfant grandit, son éducation première est confiée aux femmes, mais qu'il acquierre seulement la force de tenir un poignard et de frapper avec un bâton, dès cet instant il appartient à son père qui va l'instruire à son tour; les seules leçons qu'il lui donnera seront des leçons de courage et d'adresse. Il ne peut en effet lui enseigner que ce qu'il sait lui-même, c'està-dire une bravoure indomptable, le mépris de la mort, l'amour et le culte de la patrie. Il vient un jour où le glaive, qui ne fut d'abord pour l'enfant qu'un jouet, est dans ses mains, pourtant bien petites, une arme déjà redoutable. Dès ce moment s'ouvre devant cet enfant deux routes différentes. Sera-t-il guerrier ou sera-t-il prêtre? Les deux carrières sont également recherchées. Le druide, l'ovate et le barde, dont les fonctions forment les trois degrés de la caste sacerdotale, sont entourés des plus grands honneurs. La harpe du poète sacré vaut l'épée du héros !

Dans le premier cas, l'enfant quitterala maison paternelle pour aller se ranger sous la bannière de quelque chef illustre, auprès duquel il remplira un double emploi dont le caractère est difficile à préciser; car le jeune homme sera à la fois soldat et serviteur. En signe de soumission, de vasselage, lui qui pourtant est si fier de son titre d'homme libre et de sa longue chevelure flottante, il se laissera couper par son maître temporaire une mèche au milieu du front. Cette sorte de servage volontaire durera souvent jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge de vingt et un ans, époque de la majorité dans les Gaules.

L'adolescent, au contraire, qui aspirait à l'honneur de servir les dieux, se rendait au fond des vastes forêts, séjour

habituel des druides, et avec une patience dont le secret est aujourd'hui perdu, il écoutait les leçons de ces maîtres sacrés.

L'enseignement était toujours oral, et l'élève devait s'engager par serment à ne jamais rien révéler de ce qu'on lui apprendrait.

Il fallut d'abord vingt ans, et plus tard douze ans seulement, pour qu'un enfant blanc, un marcassin, c'est ainsi que les prêtres désignaient les jeunes gens qui se pressaient autour d'eux, pût être reçu au nombre des ministresd'Eusus. Le temps que duraient les études ne nous paraîtra pas trop long, si nous songeons au nombre énorme de triades ou de tercets monorimes que renfermaient les doctrines des druides et que tout candidat à la prêtrise était obligé de savoir par cœur.

Le programme d'études comprenait la religion, la philosophie, les lois et les coutumes, la médecine, l'art poétique, alors très compliqué, la géographie et toutes les sciences dont les principes étaient en partie déjà connus. L'ensemble de toutes ces études ne comportait pas moins de soixante mille vers, suivant le dire de certains auteurs.

Après avoir décrit l'éducation et l'instruction qu'on donnait à l'homme, nous devons examiner le lot réservé aux femmes.

La femme, à laquelle pourtant les Gaulois reconnaissaient quelque chose de divin, la femme, qu'ils laissaient libre de se choisir un époux, la femme, qui parfois était consultée dans les graves affaires politiques, la femme gauloise,, disons-nous, jouait dans l'intérieur de la famille un rôle assez effacé. Quelle instruction recevait-elle? Nous l'ignorons ! Avec ses filles et quelques esclaves, elle s'occupait à filer et à tisser les habits de son époiix. Le soin de cultiver la terre et de rentrer les récoltes retombait souvent sur la femme toute seule. Dans la plus grande partie des Gaules, les lois et les coutumes la traitaient avec une extrême rigueur. Presque jamais elles ne lui accordaient les mêmes droits qu'à son mari.

A l'appui de ce que nous venons d'avancer, nous citerons

un seul fait, mais il a, suivant nous, une grande importance.

Un homme, par pur caprice, pouvait toujours rompre l'union dont il était fatigué. Pour qu'une femme pût se dégager de liens devenus parfois odieux, il lui fallait les niiotifs les plus graves. Dans trois ou quatre cas seulement, les druides prêtaient à la femme l'appui de leurs sentences; mais nous ajouterons que les lois si dures pour les femmes mariées étaient pleines de sollicitude pour les jeunes filles.

L'instruction devait être fort peu répandue chez les femmes; il ne nous est même pas permis de dire quelles connaissances on exigeait des jeunes filles qui voulaient être prêtresses. Les auteurs nous parlent de l'extrême pouvoir que les Gallicènes de l'île de Sena exerçaient sur la nature entière. Ils nous vantent leurs hymnes et leurs cantiques. Comme les bardes, les druidesses étaient-elles douées d'inspirations poétiques? C'est probable, puisque quelques-unes avaient le don de prophétiser; mais ce que nous pouvons dire avec quelque apparence de certitude, c'est que les druidesses se consacraient à l'enseignement des jeunes filles qui se vouaient au service de la blanche déesse Koridgwenn.

Toutes les autres femmes, en dehors de la caste des druidesses, devaient être fort ignorantes. Elles ne savaient que chérir leur famille et braver tous les périls pour suivre l'homme auquel elles avaient voué leur existence et pour se conserver à lui ; certes, c'était déjà un grand mérite que nous devons reconnaître à la femme gauloise. Ajoutons encore à l'éloge de celle-ci, que plus d'une Gauloise a poussé la vertu jusqu'à l'héroïsme : il nous suffira de rappeler les grands noms de Kammâ et de Khiomarâ.

Ce qui précède nous amène tout naturellement î^ parler des mariages; nous étudierons donc une cérémonie matrimoniale, telle qu'on la pratiquait dans la famille, dans la maison d'un chef.

Autour d'une table ronde sont assis des chevaliers auxquels on donnait le nom de colliers d'or, à cause du joyau qu'ils portaient toujours et qui était la marque distinctive de leur dignité. Tous sont jeunes et ont la moustache et les cheveux rougis par le constant usage de l'eau de chaux.

HISTOIRE SATIONALK DES f.AULOIS 33

Tous ont des casquesornés de grains de corail el sui'montés

Fie. 7. — Gauioii .ivec casque atoé de cornes.

d'ailes d'oiseaus ou de cornes d'urus. Tous ont des ceintures

hautes en bronze leur servant de c

FiG. 8. — Gauloii avec cfl&quc onio do plumes.

(Iroile pend suspendu à un baudrier richement bradé le four-

reaii d'un glaive, qui sert de gaine à celui-ci et à un petit poignard. Nos figures 7 et 8 montrent deux guerriers gaulois. Le premier (fig. 7) porte un casque orné de cornes, il tient tin bouclier dans la main gauche; le second (fig. 8) tient dans sa main gauche une hampe de lance et de la droite une épée. Nous ferons remarquer en passant que le sabre des Écossais rappelle beaucoup par sa forme Tarme favorite de nos aïeux. Les dessins des saies ou manteaux gaulois sont évidemment l'origine des dessins à carreaux des plaids des Higlanders. Rome et la Grèce aimaient les nuances et les tonalités claires et se fondant harmonieusement ; nos pères, au contraire, préféraient les couleurs vives et éclatantes.

Le bragou-bras de nos Bretons du Finistère est l'ancienne braie ou large pantalon des Gaulois, comme le montre le guerrier de la figure 7.

Nous avons dit plus haut que des jeunes gens étaient assis autour d'une table; celle-ci était de forme ronde en signe de parfaite égalité, car il n'y a pas ainsi de place d'honneur. Toutes se valent, comme tous les convives sont censés se valoir pour le courage. — Combien il a fallu que l'occupation romaine ait fait dévier notre caractère national ! Le plus grand nombre des peuplades gauloises n'ont jamais pu tolérer qu'un guerrier, fût-il même un héros, pût s'emparer du pouvoir absolu. Et nous. Français, nous les fils des rudes soldats à la longue chevelure, nous, dont les aïeux avaient pour maxime qu'une nation est toujours audessus d'un homme, nous nous sommes cependant plies pendant une longue suite de siècles sous le joug de nombreux despotes! Ainsi, comme l'a dit un illustre auteur, madame de Staël, c'est la liberté qui est ancienne, c'est le despotisme qui est nouveau!

Hais revenons au logis du Gaulois qui va marier sa fille. Le maître de la maison est assis en face du foyer, à sa droite et à sa gauche sont rangés les jeunes nobles que leurs exploits rendent dignes d'aspirer à l'honneur d'entrer dans sa famille ; ils ont été reçus dans la maison au son des rottes et des harpes « à la triple voix. » Les Gallois se servent encore de ces derniers instruments; ils les nomment telyn.

Un groupe de bardes occupe la partie la plus reculée de la salle ; autour des convives assis, leurs écuyers se tiennent debout et forment un autre cercle.

Une énorme pièce de venaison parfume de son délicieux fumet toute la demeure du chef, et personne pourtant ne porte la main au plat, on semble attendre quelqu'un ou quelque chose. Bientôt un de ces jeunes gens dont nous avons parlé et qui remplissent les fonctions d'échansons ou de pages vient murmurer quelques mots à Toreille de l'hôte; celui-ci se lève aussitôt et se dirige vers la porte. Un druide apparaît sur le seuil, il est vêtu d'une tunique de lin qui lui descend jusque sur les genoux, elle est serrée à la taille par une ceinture, brodée de caractères dont le sens nous échappe entièrement. Sur les tombeaux du Morbihan, il n'est pas rare de trouver des inscriptions en langue sacrée. Cette ceinture était portée par tous les membres de la caste sacerdotale, elle avait un pouvoir protecteur, d'autant qu'elle serrait la taille d'un triple cercle; or, nous n'ignorons pas le rôle important que jouait le nombre trois dans la civilisation gauloise. Le même druide a par-dessus sa tunique une sorte d'ornement, ce que les prêtres chrétiens nomment un rochet, qui comportait deux larges bandes d'étoffe attachées aux épaules d'une part, et flottantes de l'autre. Le prêtre, qui ne porte pas la barbe, et dont les longs cheveux sont retenus par une couronne de feuilles de chêne, a dans sa main une baguette blanche; son cou est orné d'une chaîne à laquelle est suspendu un oursin fossile cerclé d'or.

Un disciple suit le prêtre et porte un vase d'argent rempli d'une eau puisée à quelque source consacrée aux dieux; c'est dans ce récipient que le druide trempe une tige de verveine sauvage et c'est avec cette plante qu'il asperge les assistants. Ce rite accompli, le druide se retire, et la fête commence. Le repas est d'abord peu bruyant. Les Gaulois, nous disent tous les auteurs, aiment dans leur langage, à se servir de formes subtiles et recherchées. Les figures de rhétorique les plus difficiles leur viennent naturellement à l'esprit. Il s'ensuit que leur conversation, quand ils sont

HISTOIRE NATIONALE DES GAULOl!

calmes, a quelque chose de maniéré, de prétentieux qui leur est tout à fait particulier.

De nombreuses rasades d'hydromel, devin, de cervoise, ou de cidre rendent bientôt les colliers d'or plus expansifs. Chacun se meta parler de ses exploits, et, avouons-le, avec nue certaine jactance. C'est à qui racontera les prouesses les plus extraordinaires, les moins vraisemblables même. Le vin circule toujours, aux espèces fournies par le midi des Gaules, succèdent vers ta fui du repas des variétés plus capiteuses provenant de l'Italie ou de la Grèce. L'animation arrive à son comble. Il ne suffit plus aux chevaliers de s'exalter eux-mêmes; ils veulent en quelque sorte donner la démonstration des beaux faits d'armes et coups d'épées sur lesquels ils se sont si complaisamment étendus en paroles.

Plusieurs se lèvent donc et croisent le fer. La lutte, d'abord toute courtoise, change bientôt de caractère. Une égratignure que reçoit un des jeunes gens devient te signal d'une

véritable mêlée. — Fie. lO. — Brodories gouloisei.

Hais soudain la fille

du chef parait au milieu des combattants : tous s'arrélent alors et l'admirent. Elle porte sur sa robe un quadruple manteau dont un des pans est relevé sur sa tète. Tous ses vêtements sont ornés de broderies, encore à la mode de nos jours dans les parties les plus reculées de la Bretagne.

Nos figures, de 9 à 16, en montrent des spécimens. Notre héroïne porte un costume modeste et gracieux ; mais dans

les grands jours de fête, sa tête est coifTée d'une sorte de tiare ; ses cheveux sont enveloppés d'un réseau d'or ou sont enlacés d'autres fois avec des bandelettes, ou bien encore ils sont relevés en forme de cimier audacieux. Souvent les Gauloi-

FlE. II. - Braderie. breUmne». gCS poudraient

leurs cheveui avec des cendres blanches finement tamisées.

Comme les Romaines, elles avaient des cosmétiques, se teignaientles sourcils avec de la suie ou avec un

FiG. lî. — Broderie! brelonncu. liquide tiré d'un

poissoD nommé orphie, poisson très commun sur les côtes de Bretagne. Elles se lavaient le visage avec de l'écume de bière et se couvraient lesjouesde vermillon. Quel-

Fie. 13, — Broderie» brelonnei. queS-UneS SB

fardaient avec de la craie dissoute dans du vinaigre. Elles portaient à la taille une petite sacoche nommée butga, ce que les Ro-

NATIONALE DES GAtLOIS,

Fie. 11. — Broderies brcloniws.

fflains appelaient reticulum, le moyen âge bougette et les merveilleuses du Directoire, ridicule.

Les femmes du peuple revêtaienl une longue robe et quelquefois des tabliers. Leurs bras étaient presque toujours découverts et leurs corsages très décolletés.

Leur chevelure en désordre flottait sur leurs robustes épaules. iFtiches ou pauvres, les Gauloises partageaient avec leurs époux ou leurs fils la passion des bijoux.

Hais revenons à la fille du chef que nous avons laissée au milieu des prétendants, elle tient à la main une coupe remplie de vin. Son regard limpide et clair va de l'un à l'autre, pourtant au fond du cœur son choix est depuis, longtemps arrêté, mais la coquette jouit de leurs angoisses. Enfmelle tend la coupe k l'un d'eux qui, ravi, s'élance pour la saisir et la vider. C'est lui que la belle Gauloise veut avoir pour époux.

Encore de nos jours, en pio. IS. - Broderie, brelonae^

Bretagne, les jeunes

filles des iles du Morbihan demandent les jeunes gens en

histAire nationale des gadlois.

inaria);e. Mais revenons aux Gaulois. Les deux familles dont les enfants vonl s'unir se rendent alors chez un druide devant lequel elles arrêtent, après les avoir disculées, toutes les clauses du contrat de mariage. La dot est la même des deux cAtés. Presque toujours le chiffre d'un douaire est fisé. — Un bai'de ou poète sacré est chargé de la bénédiction nuptiale. C'est lui qui chantera les hymnes consacrés par l'usage. Il est probable qu'il était assisté par un ovate ou sacrificateur; car aucune fêle publique ou privée, aucune solennité ne pouvait avoir lieu sans sa présence, puisqu'il fallait toujours offrir aux dieux des victimes, qui ne Fio. 16. — Broderie» breionno». pouvaient être frappées

que par le couteau de pierre de l'ovate et quelquefois d'une prêtresse.

Après l'accomplissement de ces rîtes, le mariage est bon aux yeux d'Eusus et de Teutatès ; il ne l'est pas encore aux yeux des hommes. La coutume, en efTet, exige que les conjoints se séparent pour rentrer chacun dans leur famille respective.

Le père, dans les Gaules, a sur ses enfants des droits très étendus. Pour qu'une jeune fille passe au pouvoir de son époux, il faut une cession de droits qui est entourée de curieuses cérémonies.

Le nouveau marié' se rend chez le barde qui par ses prières et par ses hymnes avait appelé sur son union la bénédiction du ciel ; il le supplie de l'accompagner au logis des parents de sa femme. Le poète s'armait pour la circon-

stance d'une tige d'ajonc fleuri, en breton baz valan. L'ajonc est le symbole des amours, parce que l'hiver comme l'été la sombre verdure des landes est constellée de ses fleurs d'or. Quand le barde arrive devant la porte du chef, il la trouve closej il frappe donc. De l'intérieur un autre barde lui demande ce qu'il désire. Un tournoi poétique s'engage alors; le Baz-valan (car le nom de la plante symbolique a été donné à l'homme qui la porte), le Baz-valan, disons-nous, fait ressortir de son mieux les mérites de son client. Ne l'a-t-on pas d'ailleurs agréé? Le mariage n*a-t-il pas eu lieu avec les cérémonies accoutumées? Comme il est facile de le concevoir, le champion du père de la jeune fille élude la question. Use contente d'affirmer que la belle épousée que cherche son adversaire n'est pas à la maison. Le Baz-valan réplique et la lutte continue ainsi pendant quelque temps; enfin, l'avocat hostile aux amours se déclare vaincu, et le marié a l'accès de la maison.

Pour le recevoir, le chef de famille est entouré de tous les siens, sa fille, émue et rougissante (cela se comprend), se lient à ses côtés. 11 lui passe une sangle de cheval autour de la taille, et la remet à son nouveau seigneur et maître qui, grâce à cette tradition symbolique, aura désormais sur elle toute puissance. L'époux radieux emporte sa femme sur un cheval lancé au galop. Les parents et les amis suivent le couple amoureux, et un grand festin, auquel assiste le Bazvalan, termine cette dernière partie des fêtes nuptiales.

Après les cérémonies du mariage, nous devons nous occuper, hélas, des cérémonies funéraires. Après les plaisirs, la douleur; après la vie, la mort.

Les sépultures gauloises peuvent se diviser en deux classes ; la première comprend les menhirs ou peulvens, sorte d'obélisques de pierre brute qui atteignent parfois des dimensions colossales, puisque l'un d'eux, à Locmariaker, ne mesure pas moins de vingt et un mètres de hauteur, et ne pèse pas moins de deux cent mille kilogrammes. — La seconde classe de sépultures comprend les grottes factices, formées de larges dalles très épaisses et recouvertes d'un amas de pierres, souvent considérable supportant des terres gazonnées. Tous

4â HISTOIRE Nationale des gaulois.

les menhirs cependant n'étaient pas des monuments funéraires; tous les dolmens, au contraire, paraissent avoir eu cette unique destination.

Avant qu'on déposât le corps dans sa dernière demeure, il fallait qu'un barde chantât l'oraison funèbre du mort. Chacune de ses strophes improvisées devait se terminer par un éloge d'une qualité différente du défunt. Sans cet hymne les âmes ne pouvaient monter au ciel, elles restaient à planer dans les nuages et occasionnaient de cruelles maladies.

Souvent les cadavres des Gaulois étaient brûlés. Dans ce cas, les personnes qui avaient quelques demandes à adresser aux parents ou aux amis qui les avaient précédés dans la tombe, ces personnes, disons-nous, venaient jeter au milieu des flammes du bûcher des tablettes de bois, des bandes d'étoffes sur lesquelles étaient inscrites leurs questions.

Quand on brûlait le corps d'un guerrier mort de ses blessures, on avait grand soin de mettre auprès de lui les plantes réputées nécessaires à sa guérison.

On plaçait aussi des bijoux, et des^ armes ordinairement taillées dans des pierres de diverses espèces ; elles avaient souvent la forme de haches. Notre figure 16 bis montre une

FiG. 16 bi$. — Hache en jade des dolmens.

hache en jade des dolmens. Les unes étaient brisées, pour symboliser les existences déjà traversées ; les autres étaient entières, pour figurer les migrations que l'âme devait encore accomplir avant d'arriver au cercle de félicité, ce séjour d'éternelle béatitude, parfois représenté par un disque, ou par une ligne de haches et d'autres ornements que nos aïeux orientaient sur la voie lactée. Ils croyaient que c'était dans les astres innombrables qui composent cette voie, que les druides les plus saints et les guerriers les plus braves allaient revivre en quittant la terre.

Les Gaulois se faisaient souvent enterrer avec leurs chevaux et leurs chiens favoris. Les femmes, les écuyers, les soldures, tous ceux enfin qu'un pacte d'amitié unissait à un homme, regardaient comme un devoir strict, absolu, de le suivre dans un monde meilleur. Leurs funérailles entraînaient donc souvent une hécatombe volontaire.

Certes, bon nombre de mausolées et de tombeaux modernes passent avec raison pour de véritables chefs-d'œuvre, parce que leur ensemble et le marbre ou le bronze qui les décorent ont été fouillés et ciselés de main de maître ; aucun d'eux cependant ne remue autant l'âme que ces sépultures gauloises dont l'âge nous échappe. Ces splendides mausolées, que les plus illustres artistes ont signé de leurs noms glorieux, ne nous disent pas toujours si les morts qui dorment entre leurs parois fastueuses ont été bons et valeureux ; ils ne nous parlent, d'ordinaircy que des litres ou des richesses de ceux qu'ils abritent.

Une orgueilleuse famille gauloise pouvait, elle aussi, élever une immense grotte à quelqu'un des siens ; mais c'était à l'importance du tumulus qui recouvre les dalles du dolmen qu'on reconnaissait la valeur morale du mort. N'avait-il pas d'amis? Personne alors n'apportait des pierres sur son tombeau. Ëtait-ce au contraire un héros adoré de toute la iribu, un barde dont chacun savait les œuvres, un de ces druides qui le plus souvent, au dire même des Romains, étaient les plus justes des hommes? le tumulus prenait alors les proportions d'une colline véritable.

A Karnac, il existe une chambre sépulcrale dont les dimensions sont des plus modestes, puisqu'elle ne mesure que 2 mètres de longueur sur 0, 90 centimètres de hauteur ; et cependant elle est protégée par un amas gigantesque de pierres et de vases marines ; on ne peut l'estimer à moins de 40000 mètres cubes. Un pareil chiffre a son éloquence et n'a pas besoin de commentaires !

De même que les Grecs, les Gaulois portaient le deuil en blanc, parce que nos ancêtres pensaient que ceux qui pleurent pouvaient avoir, sur leurs habits, la couleur que les rites religieux imposaient à leurs prêtres. Et puis le blanc.

Ai HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.

n'était-ce pas la lumière, et aussi le symbole de la réincarnation plus heureuse que chacun espère pour les siens? Le blanc est un reflet du cercle de félicité que tôt ou tard les âmes devaient atteindre.

Dans ce qui précède, nous avons conduit un Gaulois du berceau à la tombe ; l'enfant, nous l'avons vu, a touché comme premier outil, dans la vie, une épée, l'épée de son père. Devenu homme, il fait de cette arme un terrible usage, enfin, il l'emporte avec lui sous la masse énorme d'un tumulus, quand la mort vient le saisir.

Étudions la vie politique, puis nous terminerons ce chapitre en nous occupant de la législation gauloise et de la constitution des tribunaux qui rendaient la justice.

Avant d'aborder l'étude des rouages administratifs qui fonctionnaient en Gaule à l'époque de Jules César, il est indispensable d'esquisser à grands traits les diverses périodes de l'histoire des Gaules, pendant les siècles qui précédèrent la conquête romaine.

Lors des invasions qui amenèrent sur notre sol, déjà occupé par des tribus indo-européennes, des peuplades chassées de l'Asie par d'autres plus puissantes, les armées d'émigrants étaient à coup sûr commandées par des chefs dont le pouvoir devait être absolu. On les nommait jRdgfa» ou Rdg;\es décrets qu'ils rendaient étaient désignés sous le nom de Ragta,

A côté du roi, Râg, nous trouvons la cité, Tauta, dont le nom dérivé de Tu signifiait pouvoir. Le roi n'est donc plus le maître absolu ; il faut qu'il compte avec le peuple, qui dès lors se réunit sans aucun doute pour discuter ses intérêts et vote ensuite une loi qui émane de lui, laquelle loi se nomme Ldg, comme nous l'apprend M. d'Arbois de Jubainville dans son livre Les premiers habitants de V Europe.

Nous voyons donc apparaître dès la formation de la patrie gauloise le principe de la souveraineté populaire, c'est-àdire le gouvernement du peuple par le peuple.

La tribu, la nation qui a versé son sang pour acquérir des territoires sur lesquels elle a d'abord campé et construit

ensuite des villes prospères, la nation, disons-nous, veut être consultée. Elle revendique hautement et légitimement une part du pouvoir; elle ne veut en quelque sorte qu'obéir à elle-même. Les chefs, absolus dès Torigine, descendent du haut rang qu'ils ont occupé ; ils ont une tendance à devenir ce que nous les verrons plus tard, desimpies fonctionnaires nommés pour un temps déterminé, et toujours essentiellement révocables.

La Idg c'est la lex du peuple romain. Lex et loi, comme bien d'autres mots qui tous ont le même sens, dérivent en effet du vieux terme arya. La loi ne porte point l'empreinte de la royauté mais celle du peuple !

Et, chose digne de remarque, si l'Asie semble être la terre classique du despotisme, l'Europe, au contraire, est la terre de la liberté. Dès que les Walyas (Gaulois) et les Khamaras (Kymris), ces ancêtres de notre race, eurent posé le pied sur le sol de cette partie du monde, un esprit nouveau souffla sur eux, ils étaient arrivés troupeau d'esclaves, ils s'établirent en peuple libre.

Ainsi donc, à l'origine des civilisations européennes, la partie de la terre nommée Europe comportait des peuples libres : pourquoi les changements ultérieurs, pourquoi les rois el les chefs despotiques ? En voici la raison.

A l'origine, le prêtre n'était rien ; le père de famille était tout.

Plus tard, le prêtre devint tout, la religion, si simple d'abord, devint de plus en plus compliquée, parce que les hommes raisonnaient. Or, c'est une époque sombre que celle où les dieux sont tellement enveloppés d'ombre et de mystères que les hommes, ne pouvant plus les voir ni les comprendre, ont besoin d'interniédiaires pour les expliquer. On arrive alors à une époque néfaste où l'homme, perdant son libre arbitre, s'en rapporte au sentiment, à la conscience d'un autre. Cette période survint dans les Gaules; les druides, les hommes du chêne (deru), ces descendants des solitaires indous furent tout puissants. Les grands relevèrent la tête, et furent aidés par les habitants des villes que leurs richesses, fruit du travail et du talent, avaient mis à

46 HISTOIRK NATIOMALE DES GAULOIS.

même de se passer du patronage de la noblesse, et qui s^étaient donné des lois municipales votées par l'ensemble des citoyens. Ces lois étaient issues des lâg dont nous avons parlé précédemment.

Autour de ces puissantes cités jouissant de l'autonomie communale, se groupèrent successivement de petites tribus que leur faiblese contraignait à chercher des alliances. Nous trouvons là l'origine des confédérations diverses qui se partageaient le sol des Gaules, lors de l'apparition de César et de ses légions.

Dans certaines régions, les chefs avaient recouvré une partie de leur ancienne influence, mais dans les pays seuls où l'hérédité semblait être en vigueur. Et cependant, tout omnipotent qu'était Bituit, le roi des Ârvernes, il devait pourtant s'incliner devant l'opinion émise par les députés de toutes les Gaules. Il était très influent sur son peuple, mais fort peu sur la nation tout entière !

Dans notre course à travers des siècles aussi éloignés de nous, un fait ressort avec évidence, c'est que de tout temps les pires adversaires des peuples ont été la royauté et le clergé, quelle que soit du reste la forme sous laquelle se soient présentés à nous ces deux partis.

A l'époque de César, comme précédemment, comme toujours, la noblesse gauloise, effrayée de l'esprit nouveau qui animait toutes les confédérations, ne seconda point i'efibrt du peuple qui, lui, voulait avant tout garder son indépendance;

Les druides, qui pourtant étaient encore très vénérés et dont la foule assiégeait les sanctuaires, étaient saisis de crainte, eux aussi, en songeant à l'avenir. Ils prévoyaient une révolution. Jamais, que nous sachions, ils n'ont prêché la guerre sainte contre le proconsul. Nous citerons comme exemple à l'appui, que Vercingétorix n'eut pour lui ni la noblesse ni les prêtres, quand il leva l'étendard de la liberté. Les colliers d'or eux-mêmes ne se joignirent à lui qu'entraînés par l'élan du peuple qui, lui, voulait combattre à tout prix. Les druides lui continuèrent peut-être toujours une sourde hostilité.

Nous avons vu précédemment que les diverses tribus des

HISTOl^RE NATIONALE DES GAULOIS. 47

Gaules étaient réunies en confédération, c'était la forme politique en vigueur à l'époque de l'envahissement des légions du proconsul, c'est-à-dire au moment où le peuple aspirait à l'unité nationale. La grande assemblée, qui réunissait tous les ans les députés des Gaules dans une forêt du pays des Carnutes, servait de lien entre les différentes peuplades. Ce lien fut devenu plus étroit, plus resserré, sans la conquête romaine. Une nation compacte se fut sans doute formée. Autour du Drynemeidh ou sanctuaire du chêne, les maisons d'une ville fédérale se seraient groupées. C'est là sans doute ce que craignaient les druides. Ils aimèrent mieux perdre les Gaules que de les voir se passer d'eux pour l'administration des affaires civiles, judiciaires et politiques, mais ce n'est pas le moment de développer cette idée, l'occasion s'en présentera plus lard ; pour l'instant, nous ne devons que poursuivre l'examen de la vie politique de nos aïeux. Nous dirons donc qu'au sommet de toutes les assemblées gauloises, se trouvaient les grandes assises du pays des Carnutes. Autrefois ces réunions avaient lieuàAlésia, mais cette ville dut être abandonnée comme n'étant pas assez centrale. Dans la région où elle se trouvait l'élément gaulois dominait par trop. Dans l'ouest, et surtout dans le nord-ouest, de plus récentes invasions avaient amené d'autres Indo-Européens, des Khamaras (Kymris). Ces tribus, reconnaissant des sœurs d'origine, dans les peuplades qui détenaient déjà le sol, s'étaient confédérées avec elles. La grande assemblée fut rapprochée et fut surtout établie dans une contrée où Walyas et Khamaras s'étaient intimement mélangés.

Les Gaulois avaient d'abord tenu leurs assises dans une villei Quand les Kymris parurent, apportant avec eux la sévère discipline des druides, la religion absorba la politique. La cité fut abandonnée pour les grands bois aux sombres profondeurs. Àlésia avait encore quelque chose contre elle; n'était-elle pas de fondation phénicienne?

Nous ne saurions préciser le lieu dans lequel se tenait ce conseil suprême. Le pays des Carnutes comprenait quatre de nos départements actuels : ce sont ceux d'Eure-et-Loir, de l'Eure, du Loiret et de Seine-et-Oise. Un seul renferme

encore un assez grand nombre de monuments celtiques; c'est celui d'Eure-et-Loir. Nous pouvons donc avec quelque apparence de raison avancer que c'est sur le territoire de ce département, dans une forêt sacrée, au fond d'un de ces halliers impénétrables pour qui n'était pas guidé, et que l'on réputait chastes, que les séances avaient lieu.

Devant cette assemblée, que présidait le chef des druides, venaient toutes les causes judiciaires et politiques qui avaient déjà passé devant les tribunaux et devant les assemblées de chaque peuplade. C'était donc en quelque sorte une cour d'appel qui connaissait de toute espèce de causes. La tâche la plus difficile pour ces juges suprêmes devait être d'apaiser les différends toujours si nombreux entre les diverses tribus gauloises. Il n'y avait pas de recours possibles contre les arrêts du Grand Druide.

Les Gaulois, nos ancêtres, ne respectaient pas toujours Tarann, le maître du tonnerre, et pourtant ils s'inclinaient devant les décisions des députés de toutes les Gaules. Ils étaient logiques en cela, cai* la foudre ne tue pas toujours, mais quel est l'homme qui eût osé braver Vanathème druidique? Les Brenns et les Tierns les plus puissants eux-mêmes tremblaient à la seule pensée d'encourir une telle condamnation. — Si les siècles ne nous ont pas transmis la formule exacte, la lettre de ce terriblejugement, nous en connaissons au moins l'esprit. Le malheureux qui avait encouru cette peine était rejeté du monde des vivants. Il perdait tous ses droits naturels et civiques; il n'était plus rien pour sa tribu, pour son clan, pour sa famille, pour sa femme, pour ses enfants! On lui interdisait l'eau et le feu qui étaient les choses saintes par excellence. L'eau, en effet, c'était la source près de laquelle on prie. Le feu c'était le brasier qui s'allumait à certaines grandes fêtes célébrées en Vhonneur du Soleil.

Repoussé par les hommes, le condamné n'avait même plus rien à attendre des dieux qu'il n'avait plus le droit d'implorer. Personne, à moins de se souiller, ne pouvait le recevoir ni lui donner quoi que ce soit. Le tuer même n'était pas un crime.

A ce paria des Gaules, comme à son frère aine de Tlnde, la pitié publique laissait pourtant un ami ; cet ami, c'était l'âne.

L'âne, tant en Europe qu'en Asie, a fréquenté... forcément (c'est là son excuse) tant de mauvaises compagnies que, malgré une foule d'excellentes qualités, il n'a jamais pu se relever dans l'estime publique.

Au moyen âge, les chevaliers félons, les femmes... félonnes envers leurs maris, étaient promenés dans les villes sur des misérables ânes.

Parmi les hommes, il n'existe guère de peuples ayant encore des parias, mais il en est encore parmi les animaux, et bon nombre de gens soutiennent que l'âne, cet animal si patient, est un souffre-douleur donné par la nature.

Hais revenons à notre sujet.

L'anathème qui faisait trembler les Gaulois ne remonte sans doute pas au delà du druidisme, c'est-à-dire qu'il est d'origine kymrique. Cette pénalité fut apportée d'Asie ; sur les bords du Gange, on la nomme le rejet de la caste.

A Athènes, c'était le bannissement, avec la privation de tous les droits.

A Rome, c'était la diminution de tète, avec ses trois degrés.

En France, et presque jusqu'à notre époque, c'était la mort civile.

Mais ce n'est pas tout encore.

Fidèles aux prescriptions d'un pape qui leur enjoignait de laisser subsister de l'antique religion de nos pères tout ce qui pourrait se concilier avec la/bi nouvelle, les prêtres chrétiens gardèrent Yanathème druidique. Esus, l'être suprême des Gaulois, n'était du reste pas plus cruel que le Jéhovah des Juifs, qui semble n'avoir pas eu de plus doux passe-temps que de voir les hommes s'entr'égorger et qui est pour nous, Dieu le père; l'effroyable formule pouvait fort bien passer d'un culte dans l'autre sans presque de changements. L'anathème druidique est donc devenu l'excommunication papale, cette arme terrible pendant toute la durée du moyen âge, mais bien démodée aujourd'hui.

De même que lesbrahmes de Tlnde, les druides ptfuvaient excommunier un chef, un canton. Les papes ont-ils agi autrement?

Comme nous venons de parler des vicaires de Jésus-Christ, nous ne pouvons ne pas mentionner les rapports qui existent entre la nomination du chef des druides avec celle des successeurs de saint Pierre. Les uns et les autres tenaient leur pouvoir d'une élection. César, dans ses CommentaireSy nous apprend que les assemblées du clergé druidique, en vue du choix d'un chef, étaient souvent fort tumultueuses. Le sang même y coulait quelquefois. Certaines élections pontificales ne furent guère plus calmes.

Dans la seulç église de Sainte-Marie-Majeure à Rome, la nomination du pape Damase coûta la vie à soixante personnes. Enfin les druides se traitaient entre eux de frères, les chrétiens font de même, mais, on le sait, il y a aussi des frères ennemis.

Divitiac, le chef des druides de la confédéralien éduenne, s'en allait en guerre, foulant ainsi aux pieds toutes les lois religieuses de son temps ; il ferraillait par unique plaisir, comme plus tard Jules II, un fougueux pontife qui, casqué et armé de toutes pièces, entrait par la brèche dans les bonnes villes. La houlette de ce pasteur d'hommes était une épée. Que conclure de ce qui précède, si ce n'est que pour les grands druides de même que pour les papes, le fruit défendu a tout autant d'attraits que pour les simples mortels.

Héla§ ! dans tous les temps le clergé, à force de vouloir être militant, a fini par être militaire.

Maintenant que nous connaissons ce qu'étaient ces grandes assises de la nation gauloise, nous nous occuperons d'une autre assemblée dont le fonctionnement présente un vif intérêt. Nous faisons allusion à l'assemblée qui appelait dans un même lieu tous les chefs d'une même région, tous ceux de la Celtique par exemple. Ces réunions devaient être assez peu fréquentes et n'étaient pas non plus périodiques. Les différents peuples habitant la même contrée étaient presque toujours en état d'hostilité, sinon ouverte au moins latente.

flTSTOIRE NATIONALE DES GAULOIS. 51

Sans la crainte du terrible anathèrae druidique, ils eussent été en guerre perpétuelle. Pour mettre un terme à toutes ces rivalités, il fallait la menace ou l'approche de quelque grave éventualité. Dans ce cas unique un peu d'apaisement se produisait ; les chefs pouvaient se réunir alors pour délibérer sur des intérêts communs.

Chaque peuplade avait un milieu sacré, dans lequel brûlait d'ordinaire un feu perpétuel et symbolique. Ce milieu, du pays, dans lequel se concentrait en quelque sorte sa vie, s'appelait en gaulois mediolann (milieu de la terre). Ce nom fut à l'origine celui de plusieurs de nos villes de France, débaptisées plus tard par les empereurs romains. Pour n'en citer que deux, nous nommerons Saintes et Evreux. Ce nom est encore celui de Milan, une cité qui doit sa fondation à nos ancêtres.

Dans ce milieu sacré siégeait l'assemblée des députés, le sénat de chaque peuple, pour parler plus exactement.

Pour bien comprendre ce qu'était cette institution, il nous faut expliquer brièvement quelle était l'organisation adminis trative de la plupart des peuplades gauloises.

A peu d'exceptions près, chacune d'elles était divisée en un certain nombre de cantons. Chacun d'eux contenait cent agglomérations de citoyens; ils se subdivisaient en clans et les clans en villages. Tous les cantons, tous les villages avaient des chefs élus dont l'autorité était subordonnée à celle du sénat. Les membres en étaient pris parmi les druides et les colliers d'or, c'est-à-dire parmi les classes privilégiées. Deux membres d'une même famille ne pouvaient pas faire partie ensemble du sénat, ou être collègues dans l'exercice des magistratures. Ils ne pouvaient pas non plusse succéder dans les charges publiques. Le sénat, qui délibérait sur toutes les affaires, était tout-puissant. Les deux chefs ou RighSy dont Tua était chargé de l'administration civile et l'autre du département de la guerre, leur étaient subordonnés. Le lieu des séances devait être souvent situé au fond des forêts, ou dans un des cromlec'hs ou cercles de pierres dont la forme évoquait à l'esprit de pieuses pensées. Du reste, plusieurs siècles après l'apparition de l'ère vulgaire, en

Ecosse, les chefs avaient encore gardé la coutume de siéger^ pour rendre la justice, dans quelque enceinte druidique ou sur le sommet de quelque dolmen.

Quelquefois aussi le sénat s'assemblait dans les villes. Dans le département de la Nièvre, sur le mont Beuvray,on a découvert, nous le verrons dans le chapitre Y en parlant de l'art gaulois, une grande cité gauloise qu'on a pu assimiler à la Bibracte des Commentaires de César; c'est une sorte de Pompéi nationale.

Dans la partie la plus reculée de la vaste enceinte de cette cité, on a retrouvé une esplanade, terminée à une de ses extrémités par un hémicycle formé par une levée de terres rapportées. C'est probablement sur cette esplanade que siégeait le sénat de la confédération éduenne. Il devait se composer de cinq cents membres environ. Dans l'hémicycle, pendant les séances, étaient rangés les chars et les chevaux des sénateurs, et malheur à qui eût osé couper une bride !

D'après une loi, il aurait été condamné à payer le montant des dégâts faits par lui aux sept chefs les plus qualifiés de l'assemblée. Malheur surtout à l'homme qui eût cherché à miner l'enceinte dans laquelle les élus de sa nation siégeaient! On l'eût forcé à remplir avec du lait le trou creusé par lui; ainsi le voulait la coutume.

Les séances du sénat étaient secrètes, mais les sénateurs avaient toujours le droit de faire comparaître devant eux les citoyens qui pouvaient fournir au sénat d'utiles renseignements. De même les personnes qui connaissaient un fait intéressant la sûreté de l'Etat devaient, quelle que fût leur condition, se présenter devant le sénat pour révéler ce qu'elles avaient appris. On pouvait exiger des citoyens le secret le plus absolu. Si une partie du fait rapporté avait déjà transpiré dans le public, et qu'alors un silence complet de leur part eût été dangereux par suite des commentaires auxquels il pouvait donner lieu, les élus de la nation arrangeaient les faits à leur manière ou ne disaient qu'une partie seulement de la vérité. La curiosité publique se trouvait ainsi calmée, et cela, sans compromettre l'intérêt général. Quand une guerre éclatait, tous les hommes valides étaient

convoqués en une grande assemblée, nommée gorsed ou conseil armé, parce que chacun était tenu d'y venir avec ses armes. Le dernier arrivé était impitoyablement mis à mort. Le moyen peut nous paraître radical ; mais il fallait bien employer une méthode certaine pour forcer tous les citoyens d'arriver à la première sommation ; car, à cette époque, des gendarmes n'allaient point appréhender au collet les retardataires pour les conduire au corps. Dans ces réunions, où le chef de l'armée était choisi et dans lesquelles un plan de campagne était arrêté, tout le peuple pouvait donner son avis. On peut s'imaginer le bruit étourdissant qui devait résulter de cette liberté accordée à tous les citoyens : c'étaient de véritables clubs, mais nos pères avaient trouvé un moyen plus sévère, et partant plus efficace que le rappel à l'ordre, contre ceux qui se seraient écartés des règles parlementaires. Au milieu même de l'enceinte du cromlec'h une épée nue était plantée dans le sol. Si un orateur était trop prolixe, un guerrier remplissant les fonctions de ce que nous nommerions aujourd'hui un appariteur, ce guerrier, disons-nous, présentait des observations à l'orateur sur la longueur de son discours et il arrachait l'épée du sol. Apfès ce premier avis, si l'orateur continuait à fatiguer l'attention de l'assemblée par des développements inutiles pou^ exprimer sa pensée, le guerrier lui coupait un morceau de sa tunique, suffisamment large pour la mettre hors d'usage.

Quel châtiment, et combien il est fâcheux que dans certains cas on ne puisse l'appliquer aux orateurs de nos assemblées politiques !

Malgré cette pénalité assez dispendieuse, le bruit devait être considérable dans ces sortes de réunions, d'autant que, si les guerriers remplissaient seuls l'enceinte, des femmes et des esclaves, qui se trouvaient sur les bords, ne manquaient point de témoigner par des cris leur assentiment du leur improbation.

Ces gorsed tenus avant une entrée en campagne avaient une grande utilité ; nos ancêtres pensaient avec raison qu'il ne fallait jamais rompre la paix sansTassentiment de tous ceux qui devaient combattre, etqui, en cas de revers, devaient sup-

porter les tristes conséquences qu'une défaite amène toujours après elle. Pendant la campagne, les chefs se réunissaient plusieurs fois dans des conseils de guerre; leurs avis étaient la règle de conduite que devait adopter le Pen-tiern (chef-tête) ou général en chef.

Nous ajouterons que dans la presque totalité des Gaules, on ne consultait le peuple que dans le cas d'une guerre imminente ; cependant certaines peuplades voulaient être consultées plus souvent : telle était la coutume des Eburons, aussi Ambiorix leur chef disait que son pouvoir émanait en partie de la multitude, et qu'il dépendait autant d'elle que celle-ci dépendait de lui ; ce qui voulait dire que le peuple avait droit de contrôle sur toutes ses actions.

Chez les Eduens nous trouvons une coutume qui ne se rencontre que rarement ailleurs. A Bibracte, leur capitale, il y avait un chef annuel qui pouvait être élu par les prêtres pendant la suspension des autres magistratures. Il pouvait se confondre avec le Vergobreth, qui était, comme l'indique son nom, un magistrat spécialement chargé de rendre ia justice, ou être absolument distinct de lui.

Dans le reste des Gaules, les magistrats de tous ordres étaient nommés à l'élection par l'ensemble des citoyens convoqués à cet effet.

Antérieurement à l'époque qui nous occupe, c'est-à-dire bien longtemps avant l'arrivée de César en Gaule, il existait un sénat de femmes ; les auteurs les plus autorisés nous racontent qu'un différend s'étant élevé entre les Ligures, ces aînés de la race gauloise, et les soldats d'Anniba],il fut convenu de part et d'autre qu'une assemblée de femmes jugerait ce différend, et les auteurs ajoutent qu'on fut si satisfait du jugement, que l'institulion persista. Quelle circonstance amena la suppression de ce charmant aréopage? l'histoire ne le dit point.

Nous terminerons ce chapitre en étudiant les tribunaux gaulois, leur composition^ ainsi que la législation de nos ancêtres.

Les prêtres étaient dans les Gaules les seuls dépositaires de toute science. César nous dit positivement qu'ils étaient très versés dans la connaissance du droit naturel, des lois et des constitutions diverses qui régissaient les différentes confédérations.

Il existait dans cette vaste contrée deux grandes régions bien distinctes; dans celle située au midi, et où la population se composait de Galls plus ou moins mélangés de Ligures et d'Ibères, la caste sacerdotale n'a jamais été aussi puissante que dans la seconde où dominait l'élément kyrarique. C'est donc surtout dans l'ouest que nous voyons les druides exercer les grandes fonctions de magistrats. Dans le ^centre des Gaules et dans le sud-est, il n'en était pas toujours ainsi.

Nous donnerons comme exemple d'un juge n'appartenant pas au clergé celui du Vergobreth des Eduens, dont le nom traduit littéralement signifie celui qui rend la justice. Jusqu'en 1789, le premier magistrat d'Autun, l'ancienne Bibracte, a porté le titre de Vierg, or pour nous, l'origine de ce mot n'est point douteuse, il dérive évidemment de Vergobreth.

Il ii'est pas possible de donner des renseignements exacts sur l'organisation de la magistrature dans ce que César appelait la Gaule Belgique. Cette région était de toute la plus sauvage, et jamais ne se confédéra avec le reste du pays. Nous supposons, cependant, que les prêtres n'y avaient pas une grande influence, et que les magistrats devaient être choisis parmi les citoyens.

Dans la partie du territoire qui s'étend de la Garonne jusqu'au pied des Pyrénées, il n'y eut jamais de collèges druidiques. Nous ignorons absolument les coutumes de ce pays. Mais ce que nous pouvons avancer, c'est que dans aucune partie des Gaules, les druides ne s'abaissaient à entrer dans tous les détails de la justice. Certains chefs nommés par le peuple devaient juger très probablement les cas de simple police. L'application des lois militaires n'était pas non plus de leur domaine, et cela se comprend, puisqu'ils ne devaient pas combattre.

Les druides se réservaient donc pour les causes civiles et criminelles. On conçoit que des prêtres fussent chargés de rendre la justice dans des affaires pouvant entraîner la peine capitale.

Dans nos codes modernes, la mort est la mort; il n'y a point de degré dans ce châtiment terrible, suprême, puisque les odieux raffinements de la torture sont abolis. Il n'en était pas de même chez les Gaulois, qui croyaient à la métempsycose, comme nous l'avons vu en étudiant la religion de nos ancêtres. Aussi, à cause de ces idées sur une autre vie, les druides pouvaient infliger un trépas plus ou moins terrible comme conséquence. Il fallait donc faire intervenir la religion dans ce châtiment suprême, il fallait que les juges fussent des prêtres.

Quand on veut parler des Gaules, il faut toujours avoic présente à l'esprit cette pensée que la religion était en somme, dans ce pays, le mobile de tout.

Les druides, sentant lout l'odieux que le peuple ne manquerait pas d'attacher à la personne et aux fonctions du magistrat qui dénonçait les criminels et portait contre eux la parole à l'audience, avaient établi que cet accusateur, doublé d'un avocat et d'une sorte de procureur général, ne serait pas pris parmi les membres de la caste sacerdotale. Ce devait toujours être un civil. Il existait également à côté des juges un jury, mais il ne nous est pas possible de dire de combien de membres ce jury était composé.

Connaissant l'esprit de la caste druidique, il est permis de supposer que les druides qui résidaient au fond des bois dépendant d'un village devaient connaître des délits de quelque importance qui s'y commettaient.

Les appels avaient lieu devant des tribunaux d'un ordre supérieur qui siégeaient à certaines époques de Tannée, dans ces milieux sacrés dont nous avons signalé l'existence. U est probable que le tribunal se composait de trois magistrats; mais nous devons ajouter que cette supposition n'est étayée sur aucune preuve, sur aucune tradition : nous ne l'avons établie que sur l'importance extrême que nos ancêtres attribuaient à ce nombre. Il y avait trois grands dieux, trois

castes de prêtres, trois ordres dans la nation. Ce nombre trois revient toujours.

Au-dessus des tribunaux ordinaires, comme recours suprême, se trouvait la grande assemblée du pays des Carnutes; c'était une cour de cassation autrement considérable que la nôtre; ajoutons que nos pères n'employaient pas d'avocats pour la défense et que les causes n'en étaient pas moins bien élucidées pour cela. Y avait-il des lieux spécialement affectés à rendre la justice? Le fait est incontestable. Sur le sommet du mont Beuvray, par exemple, il existe un rocher dont le sommet a été taillé en forme de siège, et dans lequel on arrive par une rampe étroite façonnée à grands coups de pioche. Derrière ce siège se trouve une excavation dénommée fontaine des larmes. La tradition veut que dans un temps très reculé un juge siégeant sur ce rocher recevait le serment des gens appelés à témoigner. En cas de faux serment, la pierre pleurait, dit-on, et l'excavation dont nous avons parlé se remplissait de larmes. D'après une croyance populaire, la pierre pleurante, cette sorte de meta sudans, ne serait autre que Dieu qui pleure. Les sentiments de crainte qui s'attachaient à cet étrange monument sont encore vivaces, et il n'est pas rare de trouver, autour de celui-ci, des offrandes que les paysans morvandiaux y apportent la nuit. Ajoutons qu'en France beaucoup de sources portent ce nom significatif de fontaines des larmes.

A Bibracte, nous sommes en présence d'un endroit où jadis on. rendait la justice, et, certainement, au temps de l'indépendance gauloise, le vergobreth a dû rendre plus d'une fois des jugements en ce lieu. Nous trouvons un autre tribunal druidique dans la commune de Saint-Mayeux. Sur une colline schisteuse, au pied de laquelle se trouve un beau menhir, on voit le fauteuil d'une sorcière. Cette colline se nomme Roch-ar-lin ou Hroecli-linn, qui signifie dans le premier cas le rocher de Merlin et, dans le second, le rocher de la sorcière. Disons cependant que les paysans tiennent plutôt pour Hroec'h'linny qu'ils défigurent du reste absolument dans leur prononciation. Le banc à dossier, qui est évidemment un travail de l'homme, se trouve placé aux deux tiers

de la hauteur de la colline; des degrés naturels conduisent à ce banc, on les nomme l'escalier de la sorcière; derrière ce banc on voit une sorte d'hémicycle qui se termine à la crête même de la colline. — Les paysans qu'on interroge au sujet de ce curieux monument ne parlent pas seulement d'une sorcière qui siégeait parfois sur ce fauteuil, ils racontent encore qu'il y a bien longtemps un juge venait s'asseoir sur le fauteuil. Les gros bourgeois et les nobles, les gros bonnets de la commune, se tenaient debout derrière le fauteuil, dans l'hémicycle, tandis que le peuple occupait la plaine. Si une sentence de mort était rendue, le condamné était amené au pied du menhir nommé men bras Hroec'h linn (la grande pierre de la sorcière), et, là, à l'aide d'un couteau de pierre, on le frappait sur la grande dalle qui se voit encore au devant du menhir. — Par ce qui précède, le lecteur comprend que nous sommes bien ici en présence d'un de ces tribunaux primitifs, dont l'éminenl historien Henri Martin a signalé l'existence*.

Le tribunal de la lande de Trégune se compose également d'un banc pour les juges ; mais il semble que le tribunal avait surtout pour but d'arriver à la connaissance de la vérité, en soumettant les prévenus aux épreuves d'une pierre branlante qui se trouve auprès du banc en question.

Au Hroec'h- linn, nous serions donc en présence d'un lieu où se tenait une sorte de cour d'assises, s'il nous est permis d'employer une expression toute moderne pour mieux traduire notre pensée ; de plus, au Hroec'h-linn, on condamnait à mort et l'on exécutait.

Du reste, nous avons ici devant nous un tribunal d'un ordre supérieur, ce qui le prouve, c'est que d'abord, sur le siège, des juges peu nombreux pouvaient prendre place, et qu'ensuite nos paysans prétendent, encore aujourd'hui, que la juridiction de ce tribunal s'étendait jusqu'à Pontivy. Mais ne serait-ce pas un fait exceptionnel que ces exécutions au pied d'un menhir? Nous ne le pensons pas, nous en fournirons donc un autre exemple.

i. H. Martin, Etudes d'archéologie celtique, p. 195. i vol. in-8o. Paris.

Dans la commune du Vieux-Bourg- Quintin il existait, il y a quelques années encore, un grand menhir haut de iO mètres sur environ ô'^jâS de largeur ; il était légèrement penché, or, le champ auprès duquel il se trouvait se nommait le champ de justice! On peut donc voir encore là Tidée d'un tribunal se rattachant à celle du menhir; il est probable qu'il se trouvait aussi auprès de ce monument une table d'exécution.

Au surplus, ces juges siégeant sur une hauteur ne sont pas une exception absolue. Dans l'île d'Anglesey, l'antiquaire Rowland prétend avoir découvert un tribunal druidique ; il en donne la description suivante : « A l'une des extrémités de cette juridiction se trouve un vaste cirque ou théâtre en forme de fer à cheval ouvert à l'ouest sur une place unie. Ce théâtre formé de terre et de pierre s'élève à une grande hauteur; l'enceinte comprise dans le fer à cheval a vingt pas environ de surface*. >

Ainsi donc à Anglesey, où il n'existait pas de hauteur naturelle utilisable pour créer un siège aux juges, les Bretons avaient élevé « un théâtre de terre et de pierre », pour nous servir des termes mêmes de Rowland.

A Anglesey, de même qu'au Hroec'h-linn, le tribunal devait être placé de telle façon que la foule assemblée devait bien voir les druides qui siégeaient.

A propos de l'exécuteur des hautes œuvres, nous devons ajouter que ce que les paysans nommaient sorcière pouvait bien être tout simplement une druidesse, car nous n'ignorons pas qu'au temps des Gaulois, en Armorique du moins, c'étaient des prêtresses qui frappaient les coupables, de même que les prisonniers de guerre; d'où il s'ensuit que la sorcière du Hroec'h-Jinn n'était probablement qu'un bourreau! (Notre figure 17, page 60, montre une de ses exécutions capitales.)

Le tribunal ne se réunissait pas fréquemment; mais nous pensons que la prêtresse habitait sur la colline, et, dans ce caSy on pourrait reconnaître l'habitation de cette druidesse

i. Vuniver 8 pittoresque, Angleterre, t. I, p. 33.

FlG. 17, — Une cuicutiiin ctpiUlo chm lu i;aol

te qu'on appelle encore aujourd'hui

i se trouverait donc tout natureXe-

avons déjà eu l'occasion de le voir, !S se réunissaient au fond des forêts, hénes qui, nous l'avons déjà dit, re- . L'arbre-dieu enveloppait les juges est certain i|ue cette tradition s'est puisque nous n'ignorons pas que endre la justice sous un chêne qui loire de la forêt de Vincennes.

rée comme une chose sainte, les lentsur un pont ou sur une barque, e ce genre au lac de Grandlteu près les plaideurs et les curieux encom- , le bateau du druide stationnait à ird. Pour rendre son arrêt, le juge son pied droit.

cription de ce que pouvait être un

ous ajouterons que celui de Tré-

btoc énorme de rocher, dans lequel

le forme presque circulaire dont la

lossier, est même façonné, il repré-

gigantesque; or le dragon est un des

de la race gauloise; c'est d'un des

l'est sorti l'Univers, Nous dirons en

igon ou plutôt du serpent c'était, en

somme, qu'un oursin fossile, auquel on attribuait diverses

propriétés, entre autres celle d'assurer le gain de tous les

procès aux plaideurs assez heureux de posséder ce précieux

talisman.

Non Uiin du monument dont nous venons déparier s'élève un cfomlec'h ou enceinte sacrée, et nous revenons ici sur ce fait assez bigarre, que les pierres servaient aussi à rendre des ju(;ements, et voici comment. Quand les druides étaient embarrassés par quelque cas trop difficile pour leur science juridique; quand ils craignaient pour un motif quel-

conque que leur senJence froissât les sentiments du peuple, ils déclaraient nécessaire l'intervention des dieux. Le jugement à rendre n'était pas un simple Breth mais un Breth nemeidh ou jugement de Dieu. On consultait alors les oscillations de quelques énormes rochers superposés, ce que nous nommonspterresftrawian^^s. Mais les prêtres, toujours pratiques, savaient dans quelle partie il fallait toucher la pierre pour qu'elle oscillât: ils pouvaient donc à leur gré perdre ou sauver les prévenus. Les landes qui entouraient les pierres branlantes étaient sacrées, et, encore de nos jours, les paysans ne s'approchent de ces lieux qu'avec une certaine crainte superstitieuse; ils sont persuadés que les ombres qui passent, disent-ils, le soir, dans les plaines couvertes de bruyères du vieux paysd'Armorique, scfnt celles des anciens prêtres qui reviennent visiter les lieux qu'ils ont tendrement aimés.

Passons à la législation gauloise. Les Gaules ne formaient pas une seule nation; elles se composaient, comme nous savons, d'un ensemble de confédérations dont, souvent, les lois différaient essentiellement; aussi ce que nous dirons sur la législation d'une tribu serait complètement faux si on l'appliquait à sa plus proche voisine. Ainsi, par exemple, la confiscation des biens, qui existait dans certaines régions, était inconnue dans d'autres, mais nous pouvons étabh'r comme principe général que dans les Gaules la faute du père ne devait jamais rejaillir sur le fils. Nos aïeux allaient fort loin dans cette voie, puisque aucune législation, autre que la leur, n'a assimilé, que nous sachions, l'enfant naturel à l'enfant légitime.. Chose étrange, les lois étaient plus clémentes que les coutumes. Les druides, dont Torganisation ne remonte qu'à l'établissement des Kymris, se préoccupèrent toujours d'adoucir les mœurs, et, autant que possible, de soustraire les populations à la cruelle législation que les Walyas, ces Gaulois des premières invasions^ avaient apportée avec eux.

Mons avons vu que le père de famille était tout; en effet, il était à la fois le chef de la famille, c'est élémentaire, mais aussi sou juge trop souvent implacable. Dans presque toutes

les tribus, l'homme avait le droit absolu de vie et de mort sur ses enfants, qu'il pouvait exposer sur un fleuve, s'il avait quelque doute sur la légitimité de leur naissance. Quand un guerrier mourait de mort subite et inexpliquée, les parents se réunissaient en tribunal* de famille pour juger sa femme, généralement soupçonnée du crime.

La sentence rendue était presque toujours la même. La femme était condamnée aux plus effroyables supplices. Encore de nos jours, il existe en Corse un usage analogue.

Hu-Kadarn, le grand législateur que la reconnaissance de tout un peuple éleva au rang des dieux, voulut que les druides réagissent contre ces coutumes barbares; en effet, les lois étaient le plus souvent empreintes d'une extrême rigueur. II ne pouvait en être autrement, car les juges craignaient de voir leur autorité amoindrie aux yeux d'un peuple plus barbare qu'eux, par les sentences plus bienveillantes qu'ils auraient souhaité de rendre. Aussi ils imaginèrent la division des jugements en breth et en hrethnemeidh. L'intervention qu'ils imploraient des dieux, et que ces derniers ne refusaient jamais à leurs fidèles serviteurs, leur permettait, nous avons vu comment, d'abuser de la crédulité de la foule.

Les Gaulois présents à l'audience demandaient-ils la mort d'un homme ? Les druides ne pouvaient l'accorder. Le prévenu était alors soumis à l'épreuve de la pierre branlante dont les prêtres connaissaient le mécanisme, ne l'oublions pas, et le ciel se déclarait en faveur du prévenu.

Les principales épreuves judiciaires du moyen âge, la question par l'eau et la question par le feu, étaient, d'après certains auteurs, des usages de l'ancienne Gaule.

Pour empêcher le malheureux d'être brûlé, les druides lui faisaient laver les pieds avant l'épreuve avec une certaine préparation liquide et incolore. Grâce à ce procédé, le patient pouvait marcher impunément sur des charbons ardents pendant quelques instants.

Les druides employaient aussi la balance pour peser en

.quelque sorte la culpabilité des prévenus traduits à leur

barre; du reste, toutes les épreuves judiciaires usitées dans

les Gaaies avaient été importées de rinde, où la plupart sont encore en usage.

A Torigine du druidisme, et tant que les membres de la caste sacerdotale restèrent animés de l'esprit de leur fondateur, le clergé gaulois fut réellement juste, et l'on conçoit les bons résultats que pouvaient donner les bretbnemeidb qui permettaient d'incliner vers la douceur.

Plus tard, quand la grande et sainte institution dégénéra, et que ses membres tout-puissants voulurent la domination entière, ces jugements de Dieu devinrent une arme terrible entre les mains des druides ; ils purent ainsi plus d'une fois exercer, sous le couvert des lois, leurs vengeances personnelles.

Les principales peines édictées par les lois étaient : la mort, la perte de la liberté et les amendes en argent ou payées en nature. Dans ce dernier cas, on donnait presque toujours des vaches. L'insolvabilité du coupable entraînait l'esclavage. Bien que les saisies judiciaires fussent permises, on ne pouvait en aucun cas saisir Tépée d'un guerrier.

En ce qui concerne la peine de mort, surtout les sacrifices humains, nous devons dire que ceux-ci n'étaient pas d'origine gauloise. Les Kymris, en arrivant dans l'ouest de la Gaijle, trouvèrentde nombreux établissements phéniciens qui avaient initié les populations environnantes au détestable culte de Baal. Or, ce dieu avec ses hécatombes est passé dans la religion et dans la législation gauloise; Baal, nous l'avons vu au chapitre qui traite de la religion, Baal, disons-nous, est devenu Bel. Et nous ajouterons que les druides firent comme plus tard les prêtres chrétiens, ils adoptèrent sans enthousiasme, mais enfin ils furent bien contraints d'adopter ce qu'ils ne se sentirent pas assez forts pour détruire. Nous reconnaissons néanmoins qu'ils firent tous leurs efforts pour rendre moins odieux les sacrifices humains. Mais à cette époque, les hommes ne voyaient rien de plus grave, de plus intéressant, que le sacrifice de l'un de leurs frères. C'est triste à dire, mais il en est ainsi. De nos jours, ne voyons-nous pas encore le peuple qui se prétend le plus civilisé de la terre se porter en foule aux

exécutions capitales ; ce même peuple qui réclame Tabolition de la peine de mort passe la nuit au pied de Técliafaud^ afin de ne pas manquer ce spectacle malsain qui consiste à voir trancher la tête d'un de ses semblables.

Disons cependant que chez les Gaulois, les condamné , sauf des cas exceptionnels, avaient cinq ans pour faire pénitence. Au bout de ce temps, la loi frappait le corps, mais l'âme, selon leurs croyances, pouvait être purifiée par la prière; ils admettaient alors qu'elle ne descendaitpas tous les degrés de l'abîme et qu'elle pouvait sinon s'envoler vers de cercle de félicité, du moins revenir sur la terre dans une condition meilleure et plus supportable. Grâce aussi à la bienveillante influence des prêtres, le nombre des sacrifices humains volontaires ne tarda pas à diminuer et, dès l'époque de Vercingétorix, ces fêtes sanguinaires étaient presque tombées en désuétude.

Le fidèle s'étendait bien toujours sur la pierre du sacrifice, mais l'ovate, au lieu de frapper de mort, lui faisait simplement une légère blessure, d'où s'échappaientquelqiies gouttes de sang qui servaient à rendre un oracle.

On voit donc, ce qui précède étant bien compris, que les coutumes judiciaires de nos aïeux étaient empreintes d'une grande mansuétude ; cette clémence, cette humanité, nous les retrouvons partout et toujours.

Chez tous les peuples plus ou moins civilisés, des lois nombreuses régissent la propriété qui, à l'origine, était pour ainsi dire mobilière, les terres étant possédées en commun non par les individus, mais par la tribu. Des mutations avaient lieu au bout de périodes d'années qui ont beaucoup varié suivant les époques.

Lorsque César parut dans les Gaules, il y avait longtemps que la propriété était constituée sur les nciêmes bases, ou à peu près, qu'à Rome même. Il est probable cependant que les bois, les étangs, les marais étaient toujours en indivision.

Aujourd'hui encore, en Bretagne, quelques traces de ces coutumes subsistent.

Pour mieux faire comprendre la législation gauloise et

surtout son esprit, nous entrerons dans quelques détails; nous nous occuperons, par exemple, de Thérîtage.

Un chef de famille, un Brenn vient è mourir; sa succession est ouverte. Son héritage se divise en deux parts. Dans la piemière, nous comprendrons ses titres honorifiques et les fonctions qu'il remplissait. Ses fils, le plus généralement, n'ont aucun droit à prétendre sur tout cela; mais pour les biens, c'est différent.

Le Brenn avant sa mort n'a pu en disposer. Dans ks Gaules on ne fait pas de testament, du moins pour les biens immeubles. Us seront donc divisés entre tous les enfants. Mais on aura soin que la meilleure part, la plus forte^ soit attribuée au plus jeune. C'est à lui que reviennent la maison paternelle et le courtil ; c'est à lui que de droit appartiennent la hache et le grand bassin de bronze. Le législateur pensait avec raison que les aînés pourraient toujours se tirer d'affaire. N'avaient-ils pas la force de travailler? N'avaienl-ils pas la force de combattre pour acquérir gloire et butin?

Pendant toute la durée du moyen âge, cette coutume a existé en Bretagne. Le droit dont nous venons de parler était connu de nos vieux jurisconsultes, sous le nom de droit du juveigneur ou du plus jeune. De nos jours, quand on veut parler d'une riche héritière, on la traite de minoresse quel que soit d'ailleurs son âge. Il y a donc là un ressouvenir d'un bon vieil usage.

Dans les Gaules, les richesses mobilières étaient souvent considérables. Leur transmission était beaucoup plus facile que celle des immeubles. Les biens meubles s'acquéraient au moyen d'échanges, de ventes, de donations et de successions. La tradition était toujours symbolique.

Les biens dans certaines régions changeaient encore de mains par suite d'adjudication publique. Par exemple, l'homme qui avait trahi sa patrie, ou qui s'était souillé par quelque crime grave, voyait ses biens confisqués parla tribu. Ils étaient vendus aux enchères et au profit de l'iiitat. Ce contrat fait sous la garantie de la foi publique était absolument inattaquable, mais nous devons ajouter que cette disposition

pénale était usitée chez un petit nombre de peuplaMies seulement.

Les Gaulois connaissaient les obligations. Ils nommaient pacte-nu, celui qui avait été conclu sans la présence d'arbitres ni de témoins; fridow, le contrat ^qui liait deux parties par un serment. Il y avait ammod toutes les fois que les parties contractantes avaient placé leurs mains dans celle d'un arbitre.

Si nous nous occupons maintenant des personnes, nous sommes obligés de convenir que les lois protégeaient plus les biens de la femme que sa dignité. En cas de mort, en effet, ceux qui avaient été constitués en dot à une jeune fille, devaient revenir à son père, membre d'une tribu dont il fallait protéger le territoire. Les cas de divorce étaient rares, mais enfin le divorce était autorisé ; les répudiations au contraire étaient fréquentes. Les facilités accordées par la loi au mari étaient beaucoup plus grandes que celles attribuées à la femme.

Les druides avaient amoindri le plus possible l'autorité des tribunaux de famille. Dans bien des tribus, le terrible droit de vie ou de mort qu'un mari s'arrogeait sur sa femme était restreint par les lois. Jamais une femme ne pouvait être abandonnée sans qu'il lui fût rendu, suivant le cas, une par> lie de ce qu'elle avait apporté de chez elle, ou sans qu'il lui fût constitué un douaire.

L'infidélité du mari était châtiée aussi sévèrement que celle de la femme. S'il lui donnait l'exemple de la mauvaise conduite, il ne pouvait obtenir des juges contre elle aucune sentence.

Les lois, qui ne laissaient point la femme sans défense, veillaient avec une extrême sollicitude sur les jeunes filles, et la recherche de la paternité, tant réclamée de nos jours, était autorisée chez les Gaulois.

Kous terminerons ce que nous avons à dire sur la législation gauloise, en citant un axiome druidique en matière de droit criminel, axiome qui vient à l'appui de la thèse que nous avons développée plus haut, à savoir, que les lois gauloises étaient empreintes de mansuétude. La législation gau-

loise était humaine, nous n'en donnerons pour preuve que cette noble et sainte parole qu'on devrait inscrire en tète du code pénal de toutes les nations : Ne frappez pas du glaive

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