‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 93 sur 190 · Bello GalL. VII. xxix · texte numérisé non relu

Bello GalL. VII. xxix

même s'accroissait à mesure que la situation devenait plus critique. Une remarque bien curieuse que Ton peut faire, c'est que dans les harangues que César adresse à ses soldats, il n'y a presque jamais rien d'héroïque.

La mort dans l'âme, le proconsul dut se retirer devant ces Gaulois qu'il haïssait et qui le poursuivirent longtemps de leurs huées.

Dès que le dernier légionnaire eut disparu à l'horizon, tous les chefs de clans firent abandonner leurs postes à leurs hommes et se réunirent en conseil. A les entendre, ils avaient couru les plus grands dangers. Vercingétorix, suivant eux, était un traître. Ils en donnaient comme preuve que le Pen-Tiern avait rapproché son camp de celui des Romains et qu'avec toute sa cavalerie il était parti pour une expédition, se souciant peu de laisser une si grande quantité de troupes sans chef pour la commander. Ils ajoutaient enfin, que son départ avait dû être connu des ennemis, peut-être même concerté avec eux, ce qui expliquerait l'à-propos et la promptitude de l'attaque de César. On osa même avancer que le Pen- Tiern aimerait mieux tenir le commandement du proconsul que de la bonne volonté de tous les chefs. — Vercingétorix, en rentrant au milieu des siens, fut salué peut-être par des cris de mort. Ce que nous savons, c'est qu'il convoqua toute l'armée pour la faire juge de sa conduite.

« J'ai quitté le camp, dit-il, parce qu'il nous fallait du fourrage, et c'est sur vos instances que je l'ai fait. » Puis s'adressant aux chefs, ses accusateurs : — « Je me suis rapproché des Romains parce que je savais votre position si bonne qu'elle se défendait d'elle-même. J'ai emmené la cavalerie. Quel usage pouvait-on en faire dans ces marécages, tandis qu'elle a été utile là où je l'ai conduite. Je n'ai délégué à personne le commandement, parce que je craignais qu'un nouveau chef ne fût poussé par la multitude à hasarder une bataille, car je vois bien que vous n'avez pas le courage de supporter des fatigues prolongées. Si les Romains sont venus ici par hasard, rendez en grâce à la fortune ; s'ils ont été appelés par quelque misérable traître, remerciez cet infâme, car grâce à lui, vous avez pu juger du petit nombre de l'ennemi et vous moquer

m HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.

de l'intrépidité dont se vantent ces soi-disant valeureux qui n'ont pas osé vous attaquer; ils ont dû regagner honteusement leur camp. Quant au commandement suprême, je serais fou de le demander à César c'est-à-dire à l'infamie, quand je puis et ne veux l'obtenir que par une victoire certaine. Si le pouvoir que vous m'avez confié vous parait un motif de gloire pour moi plutôt qu'un moyen de salut pour vous, je vous le rends, mais auparavant écoutez ces soldats romains ^ »

Il fit alors approcher des légionnaires qu'il avait fait prisonniers dans sa dernière expédition. Ici César dénature évidemment la vérité. Il change en misérables esclaves les légionnaires que le sort des batailles avait fait tomber au pouvoir des Gaulois. Il prétend que devant toute l'armée gauloise assemblée ils récitèrent en quelque sorte un rôle qu'on avait pris la peine de leur enseigner à Tavance. Nous avons dit que Pollion pensait que les Commentaires étaient peu exacts. Suétone nous rapporte que cet honnête citoyen doublé d'un illustre écrivain était d'avis qu'ils fourmillaient d'erreurs commises par leur auteur, soit volontairement, soit par suite du manque de mémoire, € vel consultOy vel etiam memoriœ lapsus ».

Nous croyons fermement que César commet ici une imposture et cela en toute connaissance de cause.

On peut objecter que le proconsul dans le passage qui nous occupe n'a point cherché à ravaler nos aïeux. N'a-t-il pas rapporté un admirable discours tenu par Vercingétorix? A notre avis, le futur rival de Pompée ne trouvait point ce discours admirable. C'était pour lui, comme pour tous ses compatriotes, un exemple frappant de l'insupportable jactance des Gaulois, et rien de plus, et c'est pour cela qu'il nous en a donné une analyse.

Écoutons maintenant parler ces hommes que le proconsul flétrit en les traitant d'esclaves :

« Pressés par la faim et la misère, nous avons quitté secrètement le camp pour nous procurer dans la campagne

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