‹ Histoire nationale des Gaulois sus VercingétorixChapitre 97 sur 190 · Bello Gall.y VH, xxv · texte numérisé non relu

Bello Gall.y VH, xxv

"tn HISTOIRE NATIONALE DES GAULOIS.

cuer la ville par la multitude des femmes et des enfaats qui s'y étaient réfugiés. Vercingétorix, qui n'avait au cœur qu'une seule passion, celle de la patrie, ne s^arréta point un seul instant à considérer quel sort attendait ces malheureux. Lui, qui était prêt à se dévouer sans cesse pour ses Gaules chéries, ne pouvait pas admettre que toutes les âmes ne fussent pas au niveau de la sienne. Il importait que tous les hommes valides d'Avaricum rejoignissent son armée; ils pouvaient combattre et mourir pour la sainte cause de l'indépendance.

Vercingétorix est, pour nous, l'incarnation d'une race. Il en a la fougue, il a surtout son amour des hautes aventures et le souverain mépris de la mort. La tombe est pour lui une porte par laquelle il faut passer pour entrer dans une existence meilleure. A tout prendre, ceux qu'il condamnait À la mort, étaient donc plus heureux que lui qui naguère était en butte aux soupçons les plus injurieux. Il devait ainsi raisonner, c'est ce qui explique son peu de sollicitude pour les femmes et pour les enfants ; il supposait, du reste, que le vainqueur devait les épargner. Au surplus, Vercingétorix savait que des Gauloises avaient plus d'une fois donné de nombreuses preuves de courage. N'oublions pas que les femmes de notre pays ont compté dans leurs rangs cette Khiomara qui suivait toujours son époux à la guerre. Dans une rencontre elle est faite prisonnière : le Romain qui l'eut pour sa part de butin, un jour se lassa d'elle et fit proposer à son époux delà lui rendre moyennant une rançon. Il accepta. Khiomara fut conduite aux avant-postes. Tandis que le centurion comptait les pièces qui venaient de lui être remises, Khiomara se saisit d'une arme, l'en frappa, afin qu'il ne pût se vanter de l'avoir possédée.

C'était encore une Gauloise, mais, il est vrai, une Gauloise d'Asie, une Galate, cette Gamma qui fut recherchée en mariage par l'assassin de son mari. Elle voulait venger sa mort et ce n'était point chose facile, car l'homme qu'elle voulait tuer était puissant. Elle feignit donc de céder à ses vœux et lui tendit une coupe après l'avoir vidée à moitié. Il s'en saisit avec transport, et, radieux, la porta à ses lèvres.

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Cammâ, se tournant alors vers les assistants, leur dit :

, (c Ce n'est point une couche nuptiale qu'il faut que vous

prépariez, mais un bûcher funéraire. J'ai vengé mon époux. »

Elle palit et s'affaissa, fixant de ses grands yeux bleus que la mort couvrait déjà d'un voile, l'assassin qui pouvait, sur les traits bientôt livides de Gamma, voir les progrès de ce poison dont il ne pouvait pas tarder à ressentir à son tour les terribles effets.

Les Gauloises d'Avariciim eussent peut-être été stoïques pour elles-mêmes, mais elles tremblèrent pour leurs enfants. Elles conjurèrent leurs époux et leurs frères de ne point les abandonner, et, comme ils se montraient inflexibles, elles se mirent alors à pousser de grands cris pour avertir les Romains. Elles réussirent dans leur entreprise, car tout projet de fuite fut écarté; Vercingétorix céda devant leurs larmes.

Le lendemain, un grand abattement régnait parmi les défenseurs A'Avaricum. Ils ne savaient plus à quoi se résoudre. Eq outre, le temps était horrible et ajoutait ses tristesses à celles des assiégés. Les remparts étaient mal gardés. Gésar, qui était dans la tranchée, s'en aperçut au moment où il faisait manœuvrer une tour et donnait ses ordres pour qu'on achevât promptement quelques travaux. Il rassembla alors toutes les troupes qui étaient à sa portée et leur dit que le moment était enfin venu pour elles de recueillir le fruit de toutes leurs fatigues. Il promit des récompenses aux soldats qui escaladeraient les premiers la muraille. Nous ne partageons point l'opinion de certains traducteurs des Commentaires qui voudraient que ces récompenses fussent des couronnes murales. Nous inclinerions bien plutôt à croire que c'étaient de ces sortes de marques honorifiques, véritables décorations, que les généraux ro^ mains distribuaient à ceux de leurs officiers ou de leurs soldats dont ils voulaient honorer la valeur. Elles se portaient sur la cuirasse, mais non point alignées comme les croix et les médailles modernes. Elles étaient distribuées sur toute la poitrine et portaient le nom de phalerœ. Ges plaques rondes de métaux précieux n'avaient rien d'officiel,

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dans le sens exact que nous donnons à ce root. Elles n'étaient pas en effet accordées au nom de la République, ce qui avait toujours lieu pour les couronnes murales, obtenues d'ailleurs beaucoup moins facilement; mais elles n'étaient guère moins recherchées.

À peine le signal fut«-il donné, que plusieurs légionnaires franchirent le rempart. Les Gaulois, consternés de la soudaineté de cette attaque, furent chassés des murailles et des tours qui défendaient l'approche des portes. Ils se rassemblèrent sur la place publique et dans quelques autres endroits qui n'étaient pas couverts de constructions et qui avaient servi au campement des habitants des bourgs incendiés. Ils se rangèrent en forme de coin. Nous savons que cet ordre de bataille était cher à nos ancêtres.

César se garda bien de lancer ses légions contre ces hommes décidés à vendre chèrement leur vie; c'eût été retarder la victoire. Il fallait qu'il se hâtât s'il ne voulait point que Vercingélorix eût le temps d'accourir et de le prendre par derrière, tandis qu'il serait aux mains avec la garnison d*Avaricum. Par le chemin de ronde qui à l'intérieur existait tout le long des remparts, les assaillants commencèrent à vouloir tourner la ville pour s'emparer de la partie qui était baignée par des marais. Les assiégés, déterminés à résister, ne tardèrent pas à comprendre que de cette façon toute retraite possible allait leur être fermée. Le désordre se mit alors dans leurs rangs, et ils prirent la fuite pour s'échapper de la ville par les seules portes qui n'étaient pas encore au pouvoir des ennemis, par celles qui leur permettaient d*espérer le salut. Nou.s avons dit que les portes des oppida gaulois étaient toujours très étroites.|Au surplus, elles eussent été vingt fois plus larges que Tencombreraent n'eût pas été évité. Pour être moins gênés dans leur course, les malheureux défenseurs d'Avaricum avaient jeté leurs armes. Ils furent lâchement égorgés ainsi que les vieillards, les femmes et les enfants. Ceux d'entre eux qui avaient pu sortir de la ville furent sabrés par la cavalerie romaine qui s'était postée entre les marais et le camp gaulois.

César fit manœuvrer si bien ses troupes et combina leurs

mouvements avec une telle habileté, que lorsque la nouvelle de la prise d^Avaricum fut connue au camp du Pen-Tiern il n'était plus temps d'agir. .

Et puis d'ailleurs Vercingétorix eût-il pu faire de la résistance? Certes la multitude des soldats par ses acclamations l'avait reconnu innocent, mais nous croyons que les chefs, qui d'ailleurs ne l'avaient jamais aimé à cause de l'ascendant qu'il avait pris sur les hommes de leurs clans, secondèrent fort mal ses efforts pendant toute la seconde partie du siège. Il ne fallait rien moin^ qu'un désastre pour faire comprendre à ces ambitieux que la jalousie égarait sans cesse, qu'il n'y avait pas d'autre salut que dans l'union et dans la confiance absolue dans Vercingétorix.

Ce que nous disons est si vrai, que jusqu'à l'attaque de son camp par les Romains, nous voyons que presque continuellement Vercingétorix faisait des expéditions pour harceler l'armée ennemie et nous savons que très souvent, le plus souvent peut-être, l'avantage lui restait. Plus tard il n'osa plus s'absenter; il n'eut plus qu'une idée, celle de forcer les Romains à lever le siège d'Avariatm, S'il eût obtenu ce résultat, il n'est pas douteux que dès que les défenseurs de la place auraient rejoint l'armée de Vercinîçétorix, celui-ci eût fait incendier la ville. Dès lors, César, forcé de battre en retraite, aurait eu à subir un véritable désastre. Il n'en fut malheureusement pas ainsi : la place, malgré des prodiges de vaillance, fut prise; les légions du proconsul furent d'abord trop occupées à massacrer pour soBger au pillage. César paraît comprendre que sa conduite en cette occasion fut odieuse. Aussi éprouve-t-il le besoin, trop rare chez lui, de se disculper et d'innocenter du même coup ses soldats. Mais quel motif met-il en avant pour s'excuser? Il nous assure que son armée était irritée par le souvenir des citoyens romains tués à Cénabum. L'auteur des Commentaires donne une meilleure raison quand il nous dit que ses troupes se vengeaient sur les Gaulois des fatigues que ces derniers leur avaient fait endurer. Suivant son évaluation, 800 guerriers à peine purent gagner le camp de Vercingétorix, et dans V oppidum on releva qua-

raate mille cadavres. Quel est ce chiffre? Est-ce celui de la population d'Avaricum,en lui adjoignant tous les réfugiés? Ou faut-il dire avec Florus qu.'il sert à désigner uniquement le nombre des combattants, quadraginta millia, propugnantium^ Nous ne le pensons pas; il faut admettre dans ce nombre de morts une grande partie de la population civile. En effet, le pays des Bituriges n'était pas d'une grande fertilité, comme celui des Éduens par exemple. Il ne devait donc pas être très peuplé. De plus, l'incendie ordonné par Vercingétorix n'avait pas dévasté tout le territoire de cette tribu importante. La partie située au delà du grand camp de Vercingétorix avait été épargnée; ses habitants ne l'avaient pas quittée. Le chiffre des réfugiés ne fut donc pas aussi considérable qu'on pourrait le croire tout d'abord. Quel que soit celui auquel on s'arrête pour fixer cet élément de population accidentelle, il faut tenir compte de l'encombrement que devaient causer dans un oppidum d'une médiocre étendue les troupeaux et les approvisionnements qu'on y avait amenés.

Il faut donc traduire quarante mille par beaucoup, par tous les Gaulois que les légionnaires purent atteindre, car, personne, tant du côté des Romains que de celui des Gaulois, n'eut le loisir de compter les morts. Du reste, les généraux romains, comme ceux de tous les pays et de tous les temps, enflaient sans scrupule les bulletins de victoires : en voici quelques exemples qui sont en vérité bien instructifs.

Âppien nous dit que dans une seule rencontre les Romains tuèrent 50 000 Syriens et ne perdirent que 324 hommes.

Valérius sans perdre un des siens, étend morts trente mille Sabins ; Sylla ne perd que 23 hommes dans une action qui en coûte 28000 aux ennemis; enfin Lucullus, plus heureux encore, tue 120000 hommes à Tigrane, et n'en perd que 150.

Les rapports que César adressait au sénat étaient tout aussi mensongers. Nous verrons que sous les murs de Gergovie il n'avoue pas qu'il ait été battu et, qu'il porte à 700 seulement le nombre de ses soldats qui te soir, après l'action, manquèrent à l'appel.

Quand il était encore bien jeune, César avait été élu Powtifex maximuSy c'est-à-dire grand Pontife. Or nous savons que les ponlifices maximi avaient la haute main sur ce que nous pourrions appeler la presse romaine. A Torigine, c'étaient eux qui, une fois par année,faisaîent écrire sur des tablettes blanches, sur VAlbuniyles faits importants survenus dans cette période de temps et qui surveillaient leur affichage dans les endroits les plus exposés aux regards de la foule. Ces tablettes, comme on le voit, constituaient une sorte de Revue, Dsins la suite, ces. publications devinrent de plus en plus fréquentes ; elles finirent même par être quotidiennes.

Quels récits merveilleux du siège d*Avaricum le grand pontife Jules dut faire afficher sur les murs 'de la ville éternelle ! Comme il dut insulter lâchement ces Bituriges, dont il avait emporté Voppidum par un heureux coup de main! Evidemment les affiches n'annonçaient pas qu'il avait été souvent battu pendant le long hiver qu'il avait stationné devant les murailles d'Avaricum; mais en revanche, les mêmes affiches n'oubliaient point de mentionner le nombre de quarante mille ennemis tués !

Le proconsul, dans ses Commentaires se garde bien de nous dire quel fut le chiffre de ses pertes. Nous devons lui savoir gré de nous avoir avoué en plusieurs endroits que les Gaulois, dans leurs diverses attaques, surtout dans la dernière, firent beaucoup souffrir ses légions. Ne copiait-il point Alexandre? Or, Alexandre ne perdit que neuf soldats dans une bataille où Darius en perdit au contraire dix mille. — Nous avons encore des fragments curieux des Actapopuli nos Romani publica. Pourquoi faut-il que le temps ne nous ait point conservé ceux que le proconsul rédigea peut-être lui-même? — Il semble, en vérité, que tout se soit tourné contre nos aïeux. Les éphémèrides, ou journal de César, ont été perdues. Il ne nous reste de leur vainqueur qu'un livre composé à loisir et dans le but évident de fausser les faits et d'égarer l'opinion. Nous verrions qu'il donna froidement l'ordre d'incendier Avaricum; nous verrions aussi la façon dont il s'y prenait pour apporter la civilisation dans la

USTOinE NATIONALE BES CACIOIS.

Gaule, celte belle civilisation romaine, sî vantée par tons les histnrienR, mais en réalité sî funeste t

Fia. 113. ~ Chsf* (inloii (mli union). Hui^ d'irlillerio ilc Paris.

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