‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 100 sur 470 · DE L'IGUANE · texte numérisé non relu

DE L'IGUANE

pect effrayant lorsque , agité par la colère et animant son regard, il a fait entendre son sifflement, secoué sa longue queue, gonflé sa gorge, redressé ses écailles, et relevé sa tête hérissée de callosités.

La femelle de l’iguane est ordinairement plus petite que le mâle; ses couleurs sont plus agréables, ses proportions plus sveltes; son regard est plus doux, et ses écailles présentent souvent l’éclat d’un très-beau vert, Cette parure et ces sortes de charmes ne lui ont pas été donnés en vain; on dirait que le mâle a pour elle une passion très-vive ; non-seulement, dès les premiers beaux jours de la fin de l'hiver il la recherche avec empressement, mais il la défend avec fureur. Sa tendresse change son naturel ; la douceur de ses mœurs, cette douceur si grande qu’elle a été comparée à la stupidité, fait place à une sorte de rage. Il s’élance avec hardiesse lorsqu'il craint pour l’objet qu’il aime ; il saisit avec acharnement ceux qui approchent de sa femelle; sa morsure n’est point venimeuse , mais pour lui faire lâcher prise on est obligé de le tuer ou de le frapper violemment sur les narines

C’est environ deux mois après la fin de l’hiver que les iguanes femelles descendent des

montagnes ou sortent des bois, pour aller dépo-

ser leurs œufs sur le sable du bord de la mer. Ces œufs sont presque toujours en nombre im-

pair, depuis. treize jusqu’à vingt-cinq. Ils ne sont pas plus gros, mais plus longs que ceux

-de > pigeons ; la coque en est blanche et souple, comme : celle des œufs des tortues marines, M 7 ressemblent plus qu’à ceux des rocodiles. Le dedans en est blanchâtre et sans glaire. Hs donnent, disent la plupart des vova- geurs qui sontallés en Amérique, un excellent

é | goût; à toutes les sauces , et valent mieux que rs poules.

L'iguane ; } suivant plusieurs auteurs, a de la san à nager, :quoiqu ‘il fréquente de préférence les rivages de la mer ou des fleuves.

À Catesby rapporte. que lorsqu'il est dans l’eau il ne e se condu uit. -présque qu'avec la queue, et qu'il tient ses pattes. collées contre son corps ? Re la s’acc orde fort bien. avec la difficulté qu 7 D.

€ | pour sc se mouvoir au milieu des flots; e Cela ne montre-til pas combien les din.

re dj .

4. Catesby. Hist. nat. de la Caroline, vol. 11, p. 64. 2 Catesby, à l'endroit déjà cité.

pèdes ovipares, dont les doigts sont divisés, nagent avec peine, ainsi que nous l’avons dit, et combien cette conformation influe sur la Le. ture de leurs habitudes ?

Dans le printemps, les iguanes mangent beaucoup de fleurs et de feuilles des arbres auxquels on a donné le nom de Mahot, et qui croissent le long des rivières : ils se nourrissent aussi d’Anones, ainsi que de plusieurs autres végétaux !; et Catesby a remarqué,que leur graisse prend la couleur des fruits qu'ils ont mangés les derniers; ce qui confirme ce que j'ai dit des diverses Couleati que donne à la chair des tortues de mer l'aliment qu'elles préferent.

Les iguanes descendent souvent des arbres pour aller chercher des da de terre, des mouches et d'autres insectes

Quoique pourvus de ne mâchoires, ils avalent ce qu'ils mangent presque sans le mâcher *.

Is se retirent dans des creux de rochers ou dans des trous d'arbres 4. On les voit s’élancer avec une agilité surprenante jusqu’au plus haut des branches, autour desquelles; ils s’entortillent, de manière à cacher leur tète au milieu des ts de leur corps 5. Lorsqu’ ils sont repus , ils vont se reposer sur les rameaux qui avancent au-dessus de l’eau. C’est ce moment que l’on choisit au Brésil pour leur donner la chasse. Leur douceur natur elle, jointe peut-être à l’espèce de torpeur à laquelle les lézards sont sujets, ainsi que les serpents ; lorsqu ils ont avalé une grande quantité de nourriture, leur donne cette sorte d’apathie et de tranquillité remarquée par les voyageurs, et avec laquelle ils voient approcher le danger, sans chercher à le fuir, quoiqu’ils soient naturellement très-agiles. On a de la peine à les tuer, même à coups de fusil : maison les fait périr trèsvite en enfonçant un poinçon ou seulement un tuyau de paille dans leurs naseaux°; on en

4 Catesby, Hist. naf. de la Caroline.

2 Note communiquée par M. de la Borde.

5 Catesby, Hit. nat. de la Caroline.

4 Catesby. à l'endroit déjà cité.

5 « Une espèce de jasmin d'une excellente odeur, qui croît de toutes parts, en buisson, dans les campagnes de Surinam, est la retraite ordinaire des serpents et des lézards, surtout de l’iguane; c'est une chose admirable que la manière dont ce dernier reptile s'entortille au pied de cette plante, cachaut sa tête au milieu de tous ses replis. » Bist. gén. des Voyages, t: LIV, p. 411, éd. in-12.

° Hist. gén. des Voyages, L. VIT, c. 17,

voit sortir quelques gouttes de sang, mal expire.

La stupidité que l’on a reprochée aux iguanes. ou plutôt leur confiance aveugle, presque toujours le partage de ceux qui ne font point de mal, va si loin, qu’il est très-facile de les

saisir en vie. Dans plusieurs contrées de l’Amérique on les chasse avec des chiens dressés à les poursuivre; mais on peut aussi les prendre aisément au piége ', Le chasseur qui va à la recherche du lézard porte une longue perche, au bout de laquelle est une petite corde nouée en forme de lac *. Lorsqu'il découvre un iguane étendu sur des branches , et s’y pénétrant de l’ardeur du soleil , il commence à siffler ; le lézard, qui semble prendre plaisir à l'entendre, avance la tête ; peu à peu le chasseur s'approche, et, en continuant de siffler, il chatouille avec le bout de sa perche les côtés et la gorge de l’iguane, qui non-seulement souffre sans peine cette sorte de caresse, mais se retourne doucement , et parait en jouir avec volupté. Le chasseur le séduit, pour ainsi dire, en sifflant et en le chatouillant, au point de l’engager à porter sa tète hors des branches, assez avant pour embarrasser son cou dans le lae ; aussitôt il cousse, qui le fait tomber à terre : il le saisit à Hat de la queue , il lui met un pied sur le corps ; et ce qui pr ouve bien que la stupidité de l’iguane n’est pas aussi grande qu’on le dit,

c’est que lorsque sa confiance est trompée, el qu'il se sent pris, il a recours à la force, dont il n'avait pas voulu user. 11 s'agite avec violence; il oùvre la gueule; il roule des yeux étincelants ; il gonfle sa gorge: mais ses efforts sont inutiles ; le. chasseur, en le tenant sous ses pieds, et en l’accablant du poids de tout son corps , parvient bientôt à lui attacher les pattes, et à lui lier la gueule , de manière que ce malheureux animal ne puisse ni se défendre ni s'enfuir ?,

On peut le garder plusieurs jours en vie sans lui donner aucune nourriture *; la contrainte

et l’ani-

4 Note communiquée par M. de la Borde.

2 Voyages du Père L-bat en Afrique et en Amérique.

5 Catesby, Hist nat. de la Carotine, - 4 Browne dit avoir gardé hez lui un iguane adulte pendant plus de deux mois. Dans le €immencement il était fier et méchant; mais au bout de qu lues jon's il devint plus doux : à La fin, il passait la plus grande partie du jour sur un lit, mais il courait toujours pendant la nuit, € Je n'ai jamais « observé, continue ce voyageur que cet iguane ait mangé

lui donne une violente ge-

meilleures tables

semble d’abord le révolter ; il est fier; il paraît méchant; mais bientôt il s’apprivoise; il demeure dans les jardins; il passe même la plus grande partie du jour dans les appartements ; il court pendant la nuit, parce que ses yeux, comme ceux des chats, peuvent se dilater de maniere que la plus faible lumière lui suffise, et parce qu’il prend aisément alors les insectes dont il se nourrit. Quand il se promène, il darde souvent sa langue ; il vit tranquille ; il devient familier !.

On ne doit pas être surpris de l’acharnement avec lequel on poursuit cet animal doux et pacifique qui ne recherche que quelques feuilles inutiles ou quelques insectes malfaisants, qui n’a besoin pour son habitation que de quelques trous de rocher ou de quelques branches pres: que sèches, et que la nature a placé dans les grandes foréts pour en faire l’ornement. Sa chair est excellente à manger, surtout celle des femelles qui est plus tendre et plus grasse; les habitants de Bahama en faisaient même une espèce de commerce, ils le portaient en vie à la Caroline et dans d’autres contrées , où ils le faisaient saler pour leur usage *; dans certaines iles ou ils sont rares, on les réserve pour les *; et l’homme ne s’est jamais tant exercé à détruire les animaux nuisibles, qu’à faire sa proie de ceux qui peuvent flatter

son appétit. D’ailleurs on trouve quelquefois

dans le corps de l’iguane, ainsi-que dans les +

crocodiles et dans les tupinambis, des col Crétions semblables aux bézoards des quad ‘upè èdes

vivipases, et particulièrement à ceux qi le e l'on |

a nommés bézoards occidentaux. . M : Dombey A apporté de l'Amérique mér idionale: au cabinet

du Roi un de ces bézoards d’iguane. {ette

concrétion représente assez exatément la moi- : tié d’un oyoide un peu creux; élle est c composée F de couches polies, formées de ptite aiguilles, |

ss UE

« autre chose que les particules iniperceptibles qu' il ati a dans l'air (ces particules élarent sûrement de très petits

« insertes). Quand il se promeuait, ilda pan nent es

sa langue. comme le caméléon. La chaire LED ane et re-” « cherchée par beaucoup de sens, etlor squ'elle est servie en « lricassée, elle st préférée à celle de la meilleure volaille.

« Liguane peut étre. aisément apprivoisé ( qu viud il est jeunes | «il est alors un animal ausst inne ‘cent que L'eau Hist. nat.

de la Jamaïque. par Browne Ii ndres, 1736: bp: Lo af di + Note commun quée par M, de là Borde. ., ; 2 On «lit que ta chair de l'ign: aue ‘est au sibl* à ceux AE le sang n'est point pur, et M. de la Borde ja croit difficile à digérer. . «* S Catesby. Hist. nat. de la Caroline.

4 Note communiquée par M. de la Borde.

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