‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 191 sur 470 · NON ENCORE DÉCRITE · texte numérisé non relu

NON ENCORE DÉCRITE

Notre confrère M. Cuvier a lu à la classe des Sciences physiques et mathématiques , dans la séance du 26 janvier, un mémoire dans lequel il a exposé avec beaucoup de clarté tout ce que les naturalistes avaient déjà publié sur une petite famille de reptiles, très-digne de l’attention des physiciens , parce qu’elle est la seule parmi tous les animaux vertébrés qui mérite le nom de véritable amphibie, ayant seule reçu de vrais poumons et de véritables branchies, dont elle fait usage alternativement.

M. Cuvier a exposé, dans ce même mémoire, les résultats des découvertes anatomiques qu’il a faites en disséquant des individus de trois espèces que l’on a rapportées à cette famille, et que l’on connaît sous les noms d’Axoloil mexicain, de Protée anguillard et de Sirène lacertine.

Il a développé les différentes raisons d’après lesquelles on peut supposer que ces reptiles sont des animaux entièrement développés, ou des larves destinées à une métamorphose, et déguisant encore l’espèce à laquelle elles appartiennent.

Le Museum d'histoire naturelle possède un quatrième reptile de cette famille pourvue de branchies et de poumons; et comme il n’est pas encore connu des naturalistes, j'ai cru devoir en donner la description. Ce reptile a qua-

4 Cette notice a été publiée dans Le tome X des Annales du Muséum , 1807, p. 250 et suiv. De

tre pattes , et l’on compte à chaque pied quatre doigts dénués d’ongles , mais très-distincts.

Lorsque j'ai publié en 1803 la table des diverses combinaisons que le nombre des doigts peut présenter dans les pieds de devant et dans ceux de derrière des quadrupèdes ovipares ‘, j'ai fait remarquer que la septième combinaison, celle où les quatre pattes offraient chacune quatre doigts, n’avait été observée que dans le Lézard tétradactyle, que j'ai le premier fait connaitre.

Le quadrupède ovipare que je décris aujourd’hui montre la même combinaison de doigts que ce lézard; mais il est d’ailleurs trop différent de ce reptile, pour pouvoir être rapporté à

la même espèce.

millim.

Sa longueur totale est de. 150

Celle de la tête, depuis le bout du museau jusqu'aux branchies , de. 50

Celle de la queue. 50

Et celle de chacune des pattes de devant et de derrière. 15

La tête est très-aplatie, surtout dans sa surface inférieure ; le museau est un peu arrondi.

La mâchoire supérieure avance un peu plus que l’inférieure.

Deux rangs de très-petites dents garnissent chaque mâchoire. La langue est très-courte, plate et arrondie.

La peau qui revêt la surface inférieure de la tête se replie au-dessous du cou, de manière à

1 Voyez dans le mémoire précédent, page 275. D,

y former une sorte de collier qui s'étend comme un opereule membraneux jusqu’au-dessus des branchies.

L'œil est très-visible au travers de l’épiderme qui le recouvre, mais qui ne le voile qu’à demi.

Les narines, un peu éloignées l’une de l’autre, sont situées vers l’extrémité du museau.

On voit de chaque côté du cou trois branchies extérieures , allongées , assez grandes et garnies de franges touffues.

La queue est très-comprimée latéralement; et une membrane attachée verticalement à son bord supérieur, ainsi qu’à son bord inférieur , la fait paraitre encore plus comprimée.

On ne voit pas d’écailles sur la peau; mais elle est visqueuse et ridée transversalement, comme celle de plusieurs salamandres et des serpents cœcilies.

Un sillon longitudinal règne au-dessus de la tète et du corps, depuis l’extrémité du museau jusqu’à l’origine de la queue.

Un sillon semblable s'étend au-dessous du corps, depuis les pattes de devant jusqu’à celles de derrière. |

La présence des branchies et la compression de la queue, qui ressembie à une lame verticale, et qu’on peut comparer à la nageoire caudale des poissons , c’est-à-dire à leur rame la plus active, ne permettent pas de douter que le quadrupède ovipare que je décris ne vive habituellement dans l’eau. Mais je ne sais pas encore de quel pays il a été apporté à Bordeaux,

où il a été donné à M. Rodrigues , naturaliste très-zélé , qui l’a procuré au Muséum d'Histoire naturelle.

L'individu que j'ai eu sous les yeux etant le premier que l’on ait vu en France , et le seal qu’on y connaisse, je n’ai pas pu le disséquer pour examiner ses organes intérieurs, et le degré d’ossification de son squelette.

J’ignore donc encore si ce reptile était entièrement développé, ou s’il devait subir une métamorphose ; mais , quoi qu’il en soit de ces deux suppositions , son espèce est encore inconnue des naturalistes.

S'il ne devait pas montrer de nouveau développement, on pourrait le comprendre dans le

-genre Prolée, et le distinguer par le nom spé-

cifique de tétradactyle ; et en supposant que l’axolotl doive être inscrit dans le même genre, le Protcée létradactyle serait placé entre cet axolotl, qui a quatre doigts aux pieds de devant et cinq aux pieds de derrière , et le Protée anquillard , qui n’en a que trois aux pattes antérieures et deux aux postérieures.

Si ce reptile était au contraire une larve, il appartiendrait à une espèce de salamandre que l’on appellerait la Salamandre létradactyle , que l’on n’a pas encore décrite , et qui devrait être inscrite entre les salamandres qui ont quatre doigts aux pieds de devant et cinq doigts aux pieds de derrière, et la salamandre tridactyle , qui n’en a que quatre aux pieds de derrière et trois aux pieds de devant.

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