‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 192 sur 470 · DONT LA DESCRIPTION N'A PAS ENCORE ÉTÉ PUBLIÉE · texte numérisé non relu

DONT LA DESCRIPTION N'A PAS ENCORE ÉTÉ PUBLIÉE

La Nouvelle-Hollande est une des contrées du globe les plus dignes d’exciter la curiosité des naturalistes, et les plus propres à leur procurer de nouvelles lumières.

Son intérieur est entièrement inconnu ; aucun Européen n’y a pénétré; et à peine avons-nous

* Ce mémoire est extrait du quatrième volume des Annales du Müséum d'histoire naturelle, publié en 1804. D.

une idée vague de sa circonférence. Les Anglais , qui ont formé un bel établissement à Botany-Bay, n’ont pas achevé de reconnaître la côte orientale de la Nouvelle-Hollande, entre le 12° et 15° degré de latitude. Ce n’est que depuis le voyage d’Entrecasteaux , dont nous devons la relation à notre confrère Labillardière, que nous avons des notions exactes sur la terre »

DES ANIMAUX DE LA NOUVELLE-HOLLANDE

de Nuits, sur quelques îles ou rivages voisins , sur la côte méridionale de la terre de Diémen. La découverte du détroit de Bass est encore plus récente. Tous les résultats des recherches du capitaine anglais Flinders ne sont pas connus. Le capitaine Baudin parcourt dans ce moment la mer qui baigne la terre d’'Endracht, la terre de Witt, celle d’Arnheim , et la Carpentarie. Mais il n’a pu nous faire parvenir qu’un exposé succinct de la découverte qu’il a faite de la côte occidentale de la Nouvelle-follande, depuis le détroit de Bass, jusqu’au point où d’Entrecasteaux fut obligé de regagner la pleine mer. Cette côte borde la partie méridionale de la Nouvelle-Hollande, cette portion plus étroite de plus de la moitié que le reste de cette contrée , et qui, s’avançant vers le sud en forme de triangle irrégulier , et semblable à une grande péninsule, est prolongée par l'ile de Diémen , comme la terre Magellanique par la terre de Feu, ou comme la presqu'’ile de l’Inde par l’île de Ceylan. Cette portion distincte et triangulaire est donc une véritable péninsule ; et comme les naturalistes auront dorénavant un besoin très-fréquent de ne pas la confondre avec la Nouvelle-Hollande proprement dite , je propose de l'appeler la presqu’ile de la Nouvelle-Hollande.

Cette péninsule s’étend depuis le 33° degré de latitude australe ou environ , jusqu’au dé-

troit de Bass , vers le 39€ degré ; et c’est sur sa côte orientale que sont situés le port Jackson et la colonie de Botany-Bay.

L'ensemble formé par cette presqu’ile et par le reste de la Nouvelle-Hollande a de 27 à 28 degrés de longueur ; et sa plus grande largeur est de 40 degrés ou environ.

Cette immense contrée parait être une continuation du grand continentde l’Asie qu’elle prolonge vers le pôle austral , comme l’Afrique est prolongée vers le même pôle par les terres qui se terminent au cap de Bonne-Espérance , et comme l'Amérique l’est par le pays des Pataons , jusqu'au détroit de Magellan. De ces trois grands appendices qui convergent vers le pôle antarctique , le plus voisin de ce pôle est celui de l'Amérique; mais celui que forme la Nouvelle-Hollande est plus avancé que la pointe d'Afrique.

La Nouvelle-Hollande est liée avec l'Asie par cette multitude d’iles, d’ilots, de rochers et de bas-fonds au milieu desquels on distingue deux

séries principales, l’occidentale qui comprend Timor, Bali , Java, Sumatra , et va s'attacher à la presqu’ile Malaye; et l’orientale qui, composée de la Nouvelle-Guinée , de Banda, d’Amboine, de Céram , de Gilolo , des Célèbes et des Philippines , se réunit, par l’île Formose , à la côte orientale de la Chine. Entre ces deux séries et dans l’angle qu’elles forment du côté de la Nouvelle-Hollande , on voit la grande ile de Bornéo ; et, ce qu’il faut remarquer avec soin, elles embrassent trois mers intérieures ou méditerranées , celle que notre confrère Fleurieu a désignée dans sa nouvelle nomenclature hydrographique par le nom de Mer de Chine, celle qu’il appelle Mer de Bornéo, et qui est comprise entre l’ile de Bornéo et l’ile de Java, et celle qu’il nomme Mer de la Nouvelle-Guinée, et qui, placée entre Timor et la terre d’Arnheim , se termine dans le golfe de la Carpentarie.

C’est par cette composition d’une vaste partie de la surface du globe , c’est par cette distribution d’un grand nombre d’iles qui se touchent pour ainsi dire autour de trois mers intérieures , que la nature qui, dans l’arrangement de ses productions , les fait presque toujours succéder les unes aux autres par des nuances très-multipliées , a établi une sorte de transition graduée entre la constitution du continent de l’Asie, et celle du continent de la Nouvelle-Hollande.

Si les îles très-rapprochées qui entourent la mer de Bornéo, par exemple, n'étaient séparées par aucun intervalle , il y aurait un très-graänd rapport entre la contrée qu’elles composeraient et la Nouvelle-Hollande.

En effet, on a parcouru toute la circonférence de la Nouvelle-Hollande et de sa presqu'ile, sans trouver l'embouchure d’aucun grand fleuve; on n’a vu qu’un très-petit nombre de rivières très-peu considérables. La Nouvelle- Hollande est cependant sous le tropique , et par conséquent dans un des endroits du globe où tombent les pluies les plus abondantes. Si les immenses amas d’eau qui se précipitent de l’atmosphère sur une surface de plus de 26 mille myriamètres carrés , ou de plus de cent quatre mille lieues carrées, s’écoulaient vers la mer, ils formeraient nécessairement de larges fleuves dont on aurait reconnu les embouchures plus larges encore. On doit done supposer, ainsi que je l'ai indiqué dans un mémoire publiéen 1796,

que les chaînes de montagnes qui s’élèvent sur la Nouvelle-Hollande, sont situées très-près du rivage de la mer. Le grand Océan reçoit l’eau qui tombe de l’atmosphère sur cette bande peu étendue , laquelle enceint la Nouvelle-Hollande, et sépare des rivages de cet Océan les cimes de montagnes. Mais de l’autre côté de ces mêmes cimes, c’est-à-dire vers l’intérieur , le terrain doit aller en pente vers le centre du continent. Les eaux qui tombent dans l’enceinte formée par cette chaine de montagnes environnantes doivent se rendre vers ce même centre; et la partie de ces eaux que l’évaporation ne dissipe pas dans l’atmosphère doit y former une mer intérieure semblable à la mer Caspienne, et analogue à ce que serait la mer de la Nouvelle- Guinée, la mer de Bornéo, et la mer de la Chine, si les îles de Bornéo, Formose, Philippines, Célèbes, Moluques, de la Nouvelle- Guinée, de Timor, de Bali, de Java et de Sumatra , étaient un peu plus rapprochées les unes des autres qu’elles ne le sont.

Cette conjecture est confirmée par ce qu’ont dit des naturels de la Nouvelle-Hollande à des Anglais de Botany-Bay. Ils leur ont annoncé qu’en s’avançant vers l’intérieur , et après avoir franchi une chaîne de montagnes nommées Montagnes bleues, on arrivait à une grande rivière d’eau salée !. Je ne crois pas qu’il y ait de rivière proprement dite au-delà de ces montagnes bleues; mais il est très-présumable qu’il y à un immense amas d’eau salée.

On peut donc croire que ce continent de la Nouvelle-Hollande n’est qu’une large bande disposée comme un vaste anneau autour d’une mer intérieure, et pour lequel la presqu’ile de la Nouvelle-Hollande est un grand appendice qui s’avance vers le pôle austral, et se réunit presque avec là terre de Diémen, dont elle n’est séparée que par le détroit de Bass.

Mais, quoi qu’il en soit, la terre, l’eau et l’air de ce continent , exercent une influence toute particulière sur les corps organisés qui s’y développent. Ils leur donnent des traits extraordinaires, qui les lient entre eux et les éloignent des êtres organisés des autres contrées du globe. Plusieurs naturalistes l’ont déjà remarqué ; mais cette vérité va être mise dans un nouveau jour, par la considération des animaux et des plantes de la Nouvelle-Hollande, que le

t Lettre du capitaine Bandin à notre confrère de Jussieu

capitaine Baudin vient de faire parvenir en France, et qui ont été recueillis, préparés et décrits par les naturalistes de l’expédition que commande ce navigateur, notamment par MM. Péron et Leschenault, et par Maugé, Riedley et Levillain, qu'une mort honorable vient de ravir aux sciences sur cette terre lointaine, au milieu de leurs utiles travaux. On s’en convaincra en lisant les mémoires que mes collègues du Muséum ont déjà publiés et publieront incessamment sur les plantes et sur un grand nombre de ces animaux envoyés par le capitaine Baudin; et je vais en donner quelques preuves en faisant connaître les espèces de quadrupèdes ovipares , de serpents et de poissons dont on trouve des individus dans la collection faite par les compagnons de ce capitaine, et dont les naturalistes d'Europe ignorent encore l’existence.

Mais je crois devoir commencer par donner une description un peu plus étendue d’une tortue d’eau douce, dont un individu à été envoyé par le capitaine Baudin, et vit encore dans le Muséum d'histoire naturelle. Elle est nommée Tortue à long cou‘. De tous les animaux à sang froid et vertébrés, elle est celui dont le cou est le plus long, à proportion du corps. La longueur de son cou est égale en effet au tiers ou à peu près de la longueur totale. L’habitude de vivre dans l’eau et dans la vase des marais fait qu’elle aime à se reposer sur son plastron , les pattes étendues, son cou très-allongé, tendu et redressé, et sa tête appuyée comme son corps. Dans cette position, il lui est facile de lever sa tête au bout de son long cou, de manière que l’ouverture de sa bouche se trouve fréquemment au-dessus de l’eau, et:

qu’elle puisse respirer sans se déplacer et sans être forcée de s’élever, en nageant, jusqu’à la surface du marais. Sa tête, dont le dessus est uni et dénué de petites écailles, ressemble beaucoup à celle des couleuvres les plus sveltes. La carapace, qui présente un léger enfoncement longitudinal, est recouverte de treize grandes pièces d’un marron foncé, lisses, d’une souplesse semblable à celle du cuir, et disposées sur trois rangs, dont celui du milieu renferme cinq de ces grandes lames. Ce disque est bordé de vingt-cinq petites pièces, dont le dessous et

4 General z00logy by George Shaw, vol. IL, p. I, Zoologie de la Nouvelle-Hollande, p.53, :

DES ANIMAUX DE LA NOUVELLE-HOLLANDE

une partie du côté extérieur sont blanchâtres, avec des bandes transversales noirâtres. On voit à chaque pied cinq doigts réunis par une membrane, garnis d'ongles longs , déliés, pointus et noirs, excepté le cinquième qui en est entièrement dénué *.

A la suite de la Tortue au long cou, nous placerons un lézard, dont la peau est revêtue de petits tubercules quila font paraître comme chagrinée, et dont la queue, très-aplatie et trèsélargie auprès de son origine , représente un véritable disque à peu près de la grandeur de la tête de l’animal , et qui contraste beaucoup avec le peu de largeur et la forme déliée de l’extrémité de cette même queue. Nous avons nommé ce lézard Discosure (queue en forme de disque). Il à de très-grands rapports avec le lézard décrit sous le nom de Lacerta platura dans la zoologie générale de M. George Shaw, membre de la société royale de Londres (vol. III, partie I, page 247), et dans le voyage de M. White à la Nouvelle-Galles, page 245.

Un autre lézard de la collection envoyée de la Nouvelle-Hollande a la tête aplatie, allongée et triangulaire ; les yeux gros; la langue plate et non fendue; le dessous du ventre chagriné, et le dessus de la tête et du corps par-

4 La tortue au long cou a les mouvements assez vifs; ses . formes sont agréables; son museau est pointu ; ses yeux sont grands, saillants, ovales, rapprochés l'un de l'autre, et forment, avec le bout du museau, un triangle presque équilatéral; l'iris est couleur d'or; les deux paupières sont mobiles, et le regard est très-doux. Les deux orifices des narines sont placés au bout du museau; l'ouverture de la bouche est assez grande; la mâchoire supérieure avance plus que celle d'en bas. L'animal peut raccourcir son long cou , et retirer sa tête vers sa carapace ; mais il ne peut pas la cacher sous ce bouclier. Treize pièces inégales, blanchâtres , et bordées de noir, revétent le plastron; elles forment six rangs : le premier de deux pièces; le second de trois, et les autres de deux. Ce plastron est échancré par derrière pour laisser passer la queue, qui est grosse, pointue, et si courte, qu’elle ue déborde pas la carapace. La peau du cou, des pattes et de la queue , est ridée , extensible, très-brune, et garnie d'écailles ovales, un peu aplaties, et tuberculeuses, 11 y a des bandes écailleuses et étroites le long des plis transversaux des pattes de devant, qui sont plus courtes que celles de derrière. L'individu de cette espèce, que nous avons vu vivant, avait le plastronplat, et par conséquent était femelle. Voici ses principales dimensions.

Longueur de la tête. 5 + cent.

Largeur de la tête. 5 . Longueur de la tête et du cou, jusqu’au bord

antérieur de la carapace. 14 Longueur de la carapace. 16 Largeur de la carapace. 15 Longueur du plastron. 15 Largeur du plastron. 9 Longueur des pattes de devant. 6 Longueur des pattes de derrière. 8

Longueur totale. 89

semés de tubercules épineux. Je le nomme Lézard ou Agame gros yeux.

Cette même collection renferme plusieurs lézards qui, par leurs proportions, la forme et la disposition de leurs écailles, la conformation de leur langue, etc., ont les plus grands rapports avec celui auquel j’ai conservé le nom de Doré, avec le Scinque d'Égypte, avec le Mabouya. On trouve parmi ces quadrupèdes ovipares le Scinque à bandes latérales de Java, décrit par M. Daudin, et que le professeur Schneider avait nommé Scinque varié (Scincus variegalus) ; mais ne parlons, dans ce moment, que des espèces encore inconnues. Cette petite famille de lézards-scinques en renferme trois dont la description n’a pas encore été publiée.

L'un, qui se rapproche du Scinque huilraies de M. Daudin, a le dessus du corps noir, avec dix raies blanchâtres, et les pattes rayées longitudinalement de blanchâtre et de noir.

Le nom spécifique de Dix-raies le distingue *.

Le second, qui ressemble beaucoup au scinque sloanien de M. Daudin , a sur les pattes des taches noires et blanchâtres, et sur le dos quatre raies noires tachées de blanc. Je propose de lui donner le nom de Whitien, en l'honneur du naturaliste White, qui a fait connaître un grand nombre de productions de la Nouvelle-Hollande.

Ces deux lézards ont la queue plus longue que la tête et le corps pris ensemble ?.

Le troisième , que je nomme Tempe noire, parce qu'il a sur chaque tempe une raie noiràtre longitudinale et interrompue, mais qui s'étend au-dessus de l’œil , présente des bandes transversales blanchâtres, La queue de l’individu que j’ai mesuré était longue de 19 centimètres (7 pouces), et la longueur totale de l’animal était de 42 (1 pied, 3 pouces, 6 lignes).

Mais passons à un reptile plus curieux; il doit être compris parmi les bipèdes. L’on ne connaît encore que deux espèces de reptiles qui n'aient que deux pieds lorsqu'ils sont entièrement développés; le Shellopusick, que notre confrère Pallas a fait connaitre, qui n’a que deux pieds de derrière, et que le célèbre naturaliste de Russie a découvert auprès des bords du Volga, et le Cannelé , dont j'ai le premier publié la description , qui n’a que deux pieds de devant , et qui m'avait été envoyé du

1 Le dessous du corps est blanc,

2 Les écailles qui forment, sous la queue, la rangée longitudinale du milieu, sont plus grandes que les autres,

Mexique. Nous venons d’en recevoir une troisième espèce de la Nouvelle-Hollande : elle n’a que deux pieds de derrière ; mais elle diffère du Sheltopusick par des caractères nombreux et remarquables qui la séparent aussi du Cannelé, et dont on ne peut pas douter de la constance, puisque nous les avons trouvés dans six individus envoyés par le capitaine Baudin.

Le corps et la queue de ce reptile bipède sont presque cylindriques, très-déliés, et un peu semblables à ceux du serpent que l’on nomme Orvet, et que l’on rencontre dans plusieurs contrées de la France. Le dessus de la tête est couvert de sept grandes lames disposées

autour d’une huitième pièce un peu plus grande |

ue les autres. De petits globules écailleux entourent chaque œil. L'ouverture de la bouche est assez large ; les dents sont égales et petites. La langue est plate, longue et sans échancrure. On voit un orifice auditif auprès de la commissure des lèvres. Les écaiiles qui revêtent le dessus du corps sont taillées en losange, striées et petites, surtout celles qui recouvrent la par-

tie la plus élevée du dos ; mais les écailles qui garnissent le dessous du ventre et de la queue

sont hexagones et lisses, et celles des deux rangées longitudinales du milieu sont plus gran-

des que celles des rangées latérales. On décou-

vre au-devant de l’anus dix tubercules creux, percés par le bout, et rangés de manière à présenter deux portions de cercle dont la concavité

est tournée vers la gorge. À chaque extrémité |

de la courbe formée par ces tubercules , on voit un pied dans lequel on ne distingue aucun doigt, et qui est environné d’écailles très-petites sur sa partie inférieure et un peu moins petites sur la face de dessus. C’est à cause de ces écailles disposées autour du pied que je donne au bipède de la Nouvelle-Hollande le nom de Lépidopode.

Dans un des six individus que j’ai examinés, chaque pied avoit 10 mullimètres (4 lig. et demie) de longueur sur 4 millimètres (1 lig. et demie) de large. La longueur de la queueétait de 320 millimètres (12 pouces), et la longueur totale de l’animal était de 470 (1 pied , 5 pouces , 6 lignes).

La couleur du Lépidopode est verdâtre , relevée par quelques taches très-petites et noires.

Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que ce reptile, placé comme les autres bipèdes entre les quadrupèdes ovipares et les serpents, tient aux seconds par ses formes générales ainsi

, quepar la figure, la proportionet la distribution de ses écailles , pendant qu’il se rapproche des premiers par ses trous auditifs , et par les tubercules creux qu’il montre auprès de l’anus.

Examinons cependant, dans la collection que nous venons de recevoir de la Nouvelle-Hollande, des serpents encore inconnus.

| Parmi ces reptiles , une grande et belle couleuvre que nous nommons Spilote!, à cause de plusieurs rangées longitudinales de taches qu’elle présente, a la tête grosse, les mâchoires dénuées de crochets à venin, le dessus de la tête garni d’écailles semblables à celles du dos; la partie supérieure du corps et de la queue couverte d’écailles petites, lisses, et séparées l’une de l’autre sur la partie antérieure du corps ; deux cent soixante-seize pla ques courtes etluisantes sous le corps ; quatrevingt-neuf paires de petites plaques sous la queue qui est déliée, mais dont la longueur n’est que le huitième ou environ de la longueur totale de la couleuvre; et enfin une longueur de | plus de deux mètres (6 pieds).

Nous avons vu ensuite un boa dont le dessus de la tête présente sept ou huit lames disposées sur trois ou quatre rangs ; dont les écailles sont lisses et en losange ; dont le dessous du corps est revêtu de cent soixante grandes plaques ; dont le dessous de la queue, qui n’a de lonsueur que le septième de la longueur totale, montre cependant cinquante grandes plaques ; et dont la couleur est relevée par des bandes transversales blanchâtres, irrégulières et interrompues. Nous nommons ce serpent Boa lisse ?.

Mais nous allons décrire rapidement des ser- . pents dont les formes diffèrent assez de celles des autres reptiles connus, pour que nous devionsles placer dansdes genres différents deceux que les naturalistes ont déjà établis ou adoptés.

Le premier de ces genres a pour cCaractères distinctifs des crochets à venin attachés à la mâchoire supérieure; une rangée de grandes plaques placées sous le corps, et le dessous de la queue garni de paires de petites plaques auprès de l’anus, revêtu ensuite de grandes plaques , et couvert enfin de nouelles paires de petites plaques. Ce genre portera le nom de Trimérésure ®, à cause de

4 Spilotos, en grec, veut dire faché.

2? Ce boa n'a pas de crochets à venin.

5 Trimeres signifie, en grec, partagé entrois ; eLow a signifie queue,

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cette division apparente de la queue en trois portions.

Nous comptons déjà deux viperes dans ce genre. La première sera nommée Pelile tête, à cause de la petitesse de cette partie, dont le dessus est garni, comme celui de la tête des couleuvres non venimeuses, de neuf grandes lames disposées sur quatre rangs , et présente par conséquent un tégument très-différent de celui que l’on voit sur la tête de presque tous les serpents armés de crochets venimeux.

Le Trimérésure petite téle a d’ailleurs les écailles lisses, excepté celles qui composent les quatre ou cinq rangées longitudinales du milieu du dos, lesquelles sont relevées par une arête. Sa queue est très-déliée; la longueur de cette partie égale à peu près le huitième de la lonoueur totale ; la couleur du reptile est uniforme et sombre ; ses grandes plaques sont bordées d’une nuance plus foncée. Nous avons vu deux individus qui montrent les caractères génériques et spécifiques que nous venons d'indiquer, Le plus grand de ces individus avait 185 cent. (5 pi., 7 po., 8 lig.) de longueur ; le second n’en avait que 123 (3 pi., 9 po., 3 1.) ; tous ies deux présentaient centquatre-vingt-septgrandes plaques sous le corps , quarante-deux paires de petites plaques, neuf grandes plaques, et enfin deux paires de petites plaques sous ia queue.

Une seconde espèce, le Trimérésure vert, a toute sa surface verte ; le dessus de la tête couvert d’écailles semblables à celles du dos, centsoixante-cinq plaques sous le corps ; soixanteonze paires de petites plaques, trois grandes plaques , et enfin une autre paire de petites plaques sous la queue, dont la longueur surpasse le quart de la longueur totale. De deux /rimérésures verts envoyés par le capitaine Baudin, le plus grand était long de 59 cent. (1 pi., 10 po. ).

Le genre des Trimérésures doit être placé à la suite des Bongures.

On pourrait inscrire avant le genre des Langahas , celui auquel nous donnons le nom d’A:pysure ‘. Dans ce nouveau genre, la queue est un peu semblable à celle des anguis à queue plate ou lancéolée que M. Daudin a décrits sous le nom de Pélamides et d Hydrophis, et que l’on trouve dans les Indes orientales , ainsi que

4 Aipys signifie éfeve,

dans les îles du grand Océan équinoxial. Elle a aussi beaucoup de rapport avec celle des Enhydres et des Platures, qui comprend la Couleuvre à queue plate de monhistoire naturelle (coluber laticaudatus de Linnée), dont nous avons trouvé un individu dans la collection envoyée par le capitaine Baudin. Cette queue très-comprimée , mince , et élevée, représente une sorte de nageoire qui se prolonge par une saillie longitudinale depuis l’anus jusque vers le milieu du corps. Elle est d’ailleurs revêtue sur toute sa surface d’écailles semblables à celles du dos. De grandes plaques garnissent le dessous du corps; le cou est, à proportion des autres parties du reptile, aussi gros que celui du Vaja ou serpent à lunettes. Les écailles qui le recouvrent sont séparées l’une de l’autre; et ce cou paraît d'autant plus large, que la tête est petite et courte. Elleest d’ailleurs aplatie et couverte de treize lames, dont les sept premières, du côté du museau, forment deux rangées de deux pièces, et une rangée de trois , et dont la huitième est entourée de cinq autres pièces disposées comme les pétales d’une rose. Les serpents que nous comprenons dans ce genre n’ont pas de crochets à venin. L'espèce qu'ils forment, et que nous nommons Aipysure lisse, a les écailles unies et en losange; cent cinquante-une grandes plaques sous le corps ; vingt-huit petites écailles sous la queue; le corps près de huit fois plus long que la queue, et une longueur au moins de 129 centim.

(3 pi., 10 po., 8 lig. ).

Le genre que nous distinguerons par la dénomination de Léiosélasme * a beaucoup de rapports avec le précédent. Dans ce groupe, la queue est très-comprimée, comme dans les Aipysures; elle est étendue en haut et én bas par une saillie longitudinale qui règne depuis l’anus jusqu’à son extrémité. On voit sous le corps et sous la queue un rang longitudinal de petites plaques.

La surface unie de ces petites lames ceo::traste , dans l’espèce de Léiosélasme à laquelle nous donnons le nom de Striée, avec les écailles qui recouvrent la partie supérieure de la queue et du corps du reptile, et qui sont relevées par une arête. Ces dernières écailles sont d’ailleurs en losange. Le bout du museau paraît comme tronqué ; le dessus de la tête est revêtu de neuf

{ Elasmos, en grec, signifie lame ; pt leios , lisse.

lames disposées sur quatre rangs ; On aperçoit une tache sur chaque petite plaque du dessous du corps et de la queue; la longueur de cette dernière partie est à peine le dixième de la longueur totale ; un individu de cette espèce, que nous avons mesuré , était long de 153 centimètres (4 pieds 7 pouces 7 lignes }; il avait trois cent quatre-vingt-cinq petites plaques sous le corps, et quarante-sept sous la queue.

Les Disteires ! qui forment, parmi les serpents envoyés par le capitaine Baudin , un quatrième genre encore inconnu des naturalistes , ont la queue en forme de nageoire verticale , comme les Aipysures et les Léiosélasmes. Le dessous de la queue offre une rangée d’écailles presque semblables à celles du dos; et le dessous du corps présente un rang longitudinal de petites lames relevées par deux arêtes. Dans l'espèce à laquelle on pourra donner le nom spécifique de Cerclée, les écailles qui revêtent le dessus du corps et de la queue ont une strie saillante, et sont pointues. II n’y a pas de crochets à venin. La queue forme le huitième de la longueur totale. Une rangée de quarante-huit ecailes en garantit la partie inférieure. Le dessous du corps est revêtu de trois écailles lisses placées sous la gorge , et de deux cent vingt-trois écailles doublement striées. Neuf lames distribuées en quatre rangées couvrent la tête. La couleur générale est relevée par des cercles irréguliers et blanchâtres ; et la longueur totale surpasse 80 centimètres (2 pieds 5 pouces 7 lignes).

Nous avons trouvé aussi parmi les animaux adressés au Muséum d'histoire naturelle par les naturalistes de l'expédition du capitaine Baudin ce reptile singulier décrit par Merrem, sous le nom de Schlingende natter , et par M. Daudin, sous le nom d’Acantophis cérastin, et dont l’extrémité de la queue est armée d’une pointe écailleuse ou cornée, un peu courbée , et un peu semblable à celle qui termine la queue du scorpion, quoiqu’elle ne soit pas creuse comme celle de cet insecte. Nous sommes assurés que l’acantophis est venimeux.

consistent dans Paplatissement de la tête; la prolongation du museau , la longueur extraordinaire du cou , l'enveloppe écailleuse des pieds , l’aplatissement horizontal de la queue étendue en disque, comme pour céder à une dépression produite par un poids ; la compression latérale de cette même queue qui , relevée en nageoire verticale , indique le séjour de l’animal auquel elle appartient, dans l’eau des marais ou dans

celle des lacs et des rivières ; un aiguillon situé

à l'extrémité d’une queue conique ; de petites plaques doublement carénées ; la réunion des caractères de diverses espèces, tels que des écailles lisses et des écailles striées , de la tête

| et du cou du naja qui fuit l'humidité , et de

Avant de passer à la description des poissons :

envoyés de la Nouvelle-Hollande , et que nous ne connaissions pas encore , faisons remarquer que les traits les plus frappants présentés par les quadrupèdes ovipares ou par les serpents de cette terre si curieuse ou des îles voisines

{Steira signifie caréne, saillie longitudinale et inféricures ele

quelques formes des serpents qui se plaisent dans l’eau , de crochets venimeux , et de grandes lames qui couronnent , pour ainsi dire, la tête des couleuvres dénuées de venin; le mélange des signes particuliers à divers genres, comme, par exemple , de grandes plaques, et de petites écailles sur la partie inférieure du reptile ; et enfin , le rapprochement des traits propres à différents ordres ou à différentes classes , tels que les téguments du plus grand nombre de serpents , et les tubercules creux, ainsi que les orifices auditifs de tant de quadrupèdes ovipares.

Ajoutons encore que lorsque j'ai commencé d'écrire l’histoire naturelle des serpents, Linnée et les autres naturalistes qui m’avaient précédé n’avaient eu besoin de distribuer ces reptiles qu’en six genres, et qu’une seule collection envoyée des côtes de la Nouvelle-Hollande vient de m’obliger à établir quatre genres nouveaux.

Nommons maintenant les poissons envoyés par le capitaine Baudin, et qui sont'encore inconnus des naturalistes.

La Raïe croisée appartient à la troisième section de son genre, et par conséquent a des dents obtuses. Plusieurs rapports la lient avec la raie torpille. Sa surface est lisse; mais on voit un ou deux aiguillons dentelés auprès de la nageoire ovale et verticale qui termine sa queue, et borde l’extrémité de cette partie. La queue est d’ailleurs grosse et conique : il n’y a pas de nageoire dorsale. La couleur générale est grisâtre. Une bandelette noire et un peu large s’étend depuis l’entre-deux des yeux jusqu'aux aiguillons de la queue. Des taches noires croisent cette bandelette, comme autant de petites

DES ANIMAUX DE LA NOUVELLE-HOLLANDE

bandes transversales. D’autres taches de la même couleur accompagnent parallèlement la bandelette longitudinale. Des taches semblables sont répandues aussi sur les côtés de la raie , auprès de l'œil , sur l’œil , et auprès du museau *.

La Lophie hérssée doit être comprise dans la seconde section de son genre. Elle a le corps comprimé latéralement; la surface blanchâtre et parsemée de très-petits piquants noirâtres ; la lèvre supérieure extensible ; un filament terminé par une petite masse charnue, et placé sur le museau; une première dorsale triangulaire, soutenue par deux rayons non articulés , et située entre les yeux; dix-neuf rayons à la seconde dorsale ; sept à chaque pectorale; quatre à chaque jugulaire; dix à l’anale, et neuf à la nageoire de la queue, dont la forme imite celle d’un fer de lance.

La Lophie lisse n’a point de piquants ni de masse charnue au bout du filament qui se balance sur le museau. On compte dix-sept rayons à la seconde dorsale; six à chaque pectorale ; quatre à chaque jugulaire ; huit à la nageoire de Panus À.

Le Buliste galonné n'ayant qu’un rayon à sa première dorsale et à sa thoracique, appartient à la quatrième section de son genre, ou l'on doit le placer auprès du monocéros. Le rayon unique que l’on voit à la première nageoire du dos est dentelé des deux côtés. Il y a trente-huit rayons à la seconde dorsale; trente-cinq à l’anale; onze à la nageoire de la queue, qui est arrondie; trois ou quatre raies longitudinales relèvent la couleur générale *.

L'Ostracion quatorze piquants est aisé à reconnaître. Il a en effet un aiguillon auprès de chaque œil; quatre aiguillons sur le dos , où ils sont disposés sur deux rangs; six sur le ventre, où ils forment deux rangées, et un sur le milieu de chaque côté du corps. Cet ostracion doit être inscrit dans la quatrième section de son genre, et par conséquent il est quadrangulaire. Des raies longitudinales noires font ressortir sa couleur générale *.

Le Tétrodon argenté a la tête et le dos par-

4 L'individu que j'ai observé était mâle, et avait des appendices très-courts. 2 La loyhie lisse est d'ailleurs semblable à la lophie hérissée. 5 Chaque pectorale du baliste galonné est soutenue par treize rayons, 4 14 rayons à la dorsale de l'ostracion quatorze piquants, 41 rayoos à chaque pectorale, 15 rayons à la nageoire de l'anus.

44 rayons à celle de ia queue, qui est arronde,

semés de piquants presque imperceptibles , mais dont on peut voir cependant que la base est divisée en trois racines. Des piquants semblables , mais un peu plus grands, hérissent le ventre. La caudale est en croissant; la ligne latérale sinueuse , dirigée d’abord vers le haut, et ensuite vers le bas ; l’œil ovale et très-grand. On trouve au fond du palais douze dents irrégulières , presque hémisphériques , et disposées sur quatre rangs. Le dessus du corps est brun, et présente un grand nombre de petites taches noirâtres; mais ce qui frappe d’abord l’observateur, c’est une raie longitudinale, large, argentée et très-brillante, qui s’étend de chaque côté de l’animal. Ce tétrodon vit près de la côte occidentale de la Nouvelle-Hollande, suivant une note laissée par le naturaliste Levillain, qui l’avait dessiné : il fait entendre un bruissement très-sensible lorsqu’on le prend ; ses mâchoires sont très-fortes, et il parvient à une longueur de plus de 60 centimètres ( 1 pi., 10 po.) ".

Le Syngnathe à banderolles est dénué de pectorales, de caudale, et de nageoire de l’anus ?. Un piquant double , deux aiguillons, et une rangée de petites pointes hérissent le tour de l'orbite, On voit un aiguillon très-long, et terminé par une petite banderolle membraneuse, non-seulement très-près de la nuque, et au-dessus de la partie antérieure du corps, mais encore à une petite distance de chaque côté de l'anus, et sur trois points différents de chaque côté de la face supérieure de la queue. On compte donc dix de ces dards garnis d’une sorte de petite flamme; de plus, presque tout le corps et la partie antérieure de la queue forment un solide à sept faces longitudinales, et la queue, excepté sa portion antérieure, n’en présente que quatre *. On à trouvé ce syngnathe dans le détroit de Bass.

4 15 rayons à la dorsale du tétrodon argenté, 18 rayons à chaque pectorale.

41 ou 42 rayons à la nageoire de la queue.

3 29 ou 50 rayons à la dorsale du syngnathe à banderclles, 5 Le syngnathe à banderolles parvient au moins à la longueur d'un pied. La queue est aussi longue que la tête et le corps pris ensemble. Des taches arrondies, irrégulières, blanchâtres , et très-petites , relèvent la couleur générale, qui est rousse. L'œil est gros; l'opercule convexe, presque ovale, et strié en rayons divergents. Les aiguillons garnis de banderolles, que l'on voit au-dessus de la partie antérieure du corps , auprés de l'anus, ét de chaque côté de la face supérieure de la queue, sont dentelés par devant êt par derrière. Le corps proprement dit présente d’abord à peu près la même grosseur que le derrière de la tête , se rétrécit après l'aiguillon cylindrique et à banderolle, augmente ensuite insensible-

Le Labre demi-lune a l’opercule d’une seule pièce et prolongé en arrière par un appendice; la caudale échancrée en croissant, et opaque dans le haut ainsi que dans le bas; le premier et le dernier rayon de cette nageoire , très-allongés; de grandes écailles sur le corps et sur la queue ; la -tête dénuée de petites écailles ; une raie longitudinale sur la nageoire du dos et sur celle de l’anus; une tache grande et noirâtre sur chaque pectorale *.

Le Prionure microlépidote ? ne peut être inscrit dans aucun des genres connus jusqu’à présent. Il devra être placé entre les Acanthuresetles Aipysures,aveclesquels il a beaucoup de rapports. Ses caractères génériques consistent dans la forme des dents qui sont dentelées comme les bords d’une scie, et dans la présence d’une ou plusieurs lames dentelées comme les dents, et placées de champ sur chacun des côtés de la queue. Le Prionure microlépidote a dix de ces lames de chaque côté, six grandes et quatre petites. Les six grandes lames sont

ment, et tout d'un coup s'agrandit vers le haut et vers le bas , de manière que sa hauteur égale presque la longueur de la tête. Cette troisième partie du corps est plus comprimée que la seconde , et la seconde plus que la première , qui est päarsemée de tubercules très-petits et inégaux. De chaque côté de ceite premitre partie, et un peu au-dessous de son extrémité antérieure, on voit placé obliquement un bouclier convexe, relevé dans son milieu par une pointe dure, et terminé par derrière par un rebord double et tuberculeux. Chacune des sept arêtes longitudinales de la seconde partie du corps est couverte par une série de quatre ou cinq boucliers presque ovales, et relevés par des stries convergentes vers une pointe dure qui est placée au centre. Les sept arêtes longitudiuales de la troisième partie du corps sont couvertes comme celles de la secoude ; mais Les boucliers latéraux sont plus hauts, et les boucliers supérieurs se redressent de manière à faire compter huit pans au lieu de sept.

La première partie de la queue s'étend vers le bas, beau- Coup moins que la troisième partie du corps. Elle est d'ailleurs a sept pans, a des boucliers placés sur ses arêtes, et soutient presque la totalité de la uageoire dorsale.

La seconde partie de la queue est trois on quatre fois plus longue que la première. Elle présente des boucliers sur chacune de ses arêtes, mais elle n’a que quatre pans longitudinaux, Au reste, chaque arête a dix-sept boucl.ers depuis la tête jusqu'à l'anus, et trentée-un depuis l'anus jusqu'à l'extréniité de la queue.

Deux piquants dentelés, courts et dénués de banderolles, sont situés au-devant de l'anus, et deux autres semblables auprès du commencement de la dorsale,

‘7 rayons aiguillonnés et 44 rayons articulés à la nageoire du dos du labre demi-lune.

44 rayons aiguilonnés et 14 rayons articulés à chaque pectorale.

4 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine.

2 rayons aiguillonnés et 11 rayons articulés à la nageoire de l'anus.

{1 rayons aiguillonnés et 44 rayons articulés à celle de la queue.

? Prion, en grec, signifie scie,

disposées sur une seule rangée; les petites en forment deux , et sont plus rapprochées de la caudale que les six premières. L'opercule est composé de deux pièces, et ne présente pas d’aiguillons : les écailles sont très-petites et très-difficiles à voir. La ligne latérale suit la courbure du dos : la caudale est arrondie !.

Les dessins et descriptions de feu le naturaliste Levillain, envoyés par le capitaine Baudin, avec les objets dont nous venons de parler, nous ont fait connaitre un poisson dont les amis des sciences naturelles ignorent encore l'existence , et qui doit appartenir, comme le Prionure microlépidole, à un genre différent de tous ceux que l’on a proposés. Nous le nommons le Platypode fourche. Sa place est parmi les thoracins de la première division des osseux, après le Hacropode. Ce dernier a les nageoires inférieures , que l'on a comparées à des pieds, très-longues : le Platypode les a très-larges et arrondies. Elles sont soutenues dans le platypode au moins par huit rayons qui dépassent la membrane. Elles ressemblent à un éventail, ou plutôt aux pectorales de plusieurs poissons volants. Il n’y à qu’une dorsale; et cette nageoire, qui est un peu moins basse vers la tête qu'au-dessus de la queue, s'étend depuis la nuque jusqu’à la caudale. Voilà les caractères du genre; voici ceux de l’espèce. La longueur de la caudale est presque égale au tiers de la longueur totale du poisson. Elle est fourchue, et ses deux lobes sont très-étroits, très-longs, et réunis sous un angle très-aigu. La tête, le corps et la queue forment un ovoide très-allongé ; l'extrémité de la queue est très-étroite; l’ouverture de la bouche petite; la couleur générale argentée ; neuf bandes transversales, ondulées, inégales, irrégulières et d’un bleu mélé de noir, relèvent l’éclat de ce beau poisson, dont les nageoires sont transparentes et d’un blane bleuâtre ?,

Quels sont cependant les traits les plus remarquables des poissons que nous venons de

!8 rayons aiguillonnés et 22 rayons articulés à la nageoire

du dos du prionure microlépidote.

4 rayon aiguillonné et 5 rayons articulés à chaque thoracine,

5 rayons aiguillonnés et 21 rayons articulés à la nageoire de l'anus.

? L'anale est très-basse, et étendue depuis l'anus jusqu'à la nageoire de la queue. Des taches irrégulières d'un noir mélé de bleu sont répandues sur les larges thoracines; les pectorales petites et ovales; les deux mâchoires aussi avancées l'une que l'autre, L'œil est gros et rond, et l'iris argenté ou doré,

décrire? Des dents plates et dentelées ; des nageoires inférieures très-étroites, et composées d’un seul rayon, ou très-étendues et formées par plus de quatorze; des lames semblables à celles d’une scie, et placées de champ sur les côtés de la queue; des aiguillons très-forts et très-multipliés ; des piquants dentelés et garnis à leur extrémité de petites banderolles membraneuses ; des filaments très-allongés et se balançcant sur la tête; des couleurs argentées trèsbrillantes; des raies très-larges ou disposées dans un ordre peu commun.

Réunissons ces traits aux caractères distinctifs, très-dignes d’observation, que montrent les quadrupèdes ovipares et les serpents dont nous venons de faire connaître les principales formes. Réunissons-les encore avec les traits curieux , quoique bien connus , qui appartiennent aux tupinambis , aux sourcilleux , aux lézards à tête fourchue, aux galéotes, aux mabouyas, aux scinques variés de Schneider, aux geckos proprement dits, aux lézards turciques, aux geckos à queue turbinée de M. Daudin, aux lézards dragons, aux acanthophis cérastins, aux squales barbus, aux balistes hérissés, aux chimères antarctiques, aux murènes tachetées, aux Calliomores indiens , aux trachines vives, aux batrachoïdes, aux scorpènes marseillaises, aux spares gros-yeux, aux tænianotes triacanthes, aux ésoces bélones, aux muges céphales, aux murénophis hélènes , aux murénophis colubrines, aux murénophis étoilées , et aux murénophis de Haüy que le capitaine Baudin a envoyés au Muséum d'histoire naturelle, avec les poissons , les serpents et les quadrupèdes ovipares décrits dans ce Mémoire.

On verra, par la seule considération de ces animaux , combien , en proposant aux naturalistes une nouvelle division zoologique du globe, nous avons été fondé à croire que la Nouvelle- Hollande devait composer une des vingt-six régions naturelles que nous avons comptées sur la surface sèche de la terre.

Caractères distinctifs de quadrupèdes ovipares, serpents et poissons de la Nouvelle-Hollande décrits dans cet article.

Le lézard ou l’agame gros yeux (lacerta seu agama grandoculis). — La tête allongée , aplatie et triangulaire; la langue plate et non fendue ; les yeux gros;

DES ANIMAUX DE LA NOUVELLE-HOLLANDE

le dessous du ventre chagriné; le dessus de la tête et du corps parsemé de tubercules épineux.

Le lézard ou le scinque dix raies (lacerta seu scincus decemlineatus).— La tête, le corps et la queue couverts d’écailles placées les unes au-dessus des autres : la queue plus longue que la tête et le corps pris ensemble ; le dessous de la queue revêtu d’une rangée longitudinale d’écailles plus grandes que les autres ; dix raies blanchâtres sur le corps, dont le dessus est noirâtre.

Le lézard ou le scinque whitien (lacerta seu scincus Whitii). — La tête, le corps et la queue couverts d'écailles placées les unes au-dessus des autres ; la queue plus longue que la tête et le corps ensemble; le dessous de la queue revêtu d’une rangée longitudinale d'écailles plus grandes que les autres; quatre raies noires et tachées de blanc sur le dos.

Le lézard ou scinque tempe noire (lacerta seu scincus crotaphomelas). — La tête, le corps et la queue couverts d’écailles placées les unes au-dessus des autres ; la longueur de la queue égale à celle du corps; une raie noirâtre, longitudinale et interrompue sur chaque œil ; des bandes transversales blanchâtres.

Le bipéde lépidopode (bipes lepidopodus ). — Point de pieds de devant; les pieds de derrière enveloppés dans de petites écailles qui ne permettent de distinguer aucun doigt ; les écailles du dessus du corps et de la queue taillées en losange , striées et petites ; celles de la partie inférieure du reptile hexagones et lisses ; dix tubercules creux auprès de l’anus.

La couleuvre spilote ( coluber spilotus). — Deux cent soixante seize grandes plaques; quatre-vingt-trois paires de petites plaques; la longueur de la queue égale au huilième de la longueur totale; point de crochets à venin; le dessus de la tête garni d'écailles semblables à celles du dos, qui sont petites et lisses ; la tête grosse ; plusieurs rangées longitudinales de taches.

Le boa lisse (boa lævis). — Cent soixante grandes plaques sous le corps ; cinquante so:;s la queue ; la longueur de la queue égale au septième de la longueur totale ; point de crochets à venin; sept ou huit lames sur la tête ; les écailles lisses et en losange ; des bandes transversales, irrégulières, interrompues et blanchâtres.

Les serpents trimérésures. — Des crochets à venin à la mâchoire supérieure ; de grandes plaques sous le corps; de pelites plaques, de grandes plaques et de petites plaques sous la queue.

4. — Le trimérésure petite tête (trimeresurus leptocephalus). — Cent quatre-vingt-sept grandes plaques sous le corps ; quarante-deux paires de petites plaques sous la queue ; neuf grandes lames sur la tête ; les écailles de la partie supérieure du dos striées ; les autres lisses.

2, — Le trimérésure vert (trimeresurus viridis). — Cent soixante-cinq grandes plaques sous le corps ; soixante-onze paires de petites plaques, trois grandes plaques et une paire de petites plaques sous la queue. Le dessus de la tête couvert d’écailles semblables à celles du dos ; toute la surface verte.

Les serpents aipysures. — Point de crochets à venin ; là queue garnie d'écailles semblables à celles du dos , très-comprimée , mince, élevée et conformée comme une nageoire , de grandes plaques sous le corps,

4.— L'aipysure lisse (aipysurus lœvis). — Cent cinquante-une grandes plaques sous le corps; vingthuit petites écailles sous la queue ; le cou tres-large ; treize lames sur la tête.

Les serpents leiosélasmes. — La queue garnie d’écailles semblables à celles du dos, très-comprimée, mince, élevée et conformée comme une nageoire ; une rangée longitudinale de petites plaques sous le corps et sous la queue.

La leiosélasme striée (leioselasma striata). — Trois cent quatre-vingt-cinq petites plaques sous le corps; quarante-sept sous la queue ; neuf lames sur la tête ; la longueur de la queue égale au dixième de la longueur totale ; les écailles du dos striées.

Les serpents disteires. — Point de crochets à venin; la queue très-comprimée , mince, élevée et conformée comme une nageoire. Le dessous de cette partie garni d'un rang longitudinal d’écailles presque semblables à celles du dos; le dessous du corps revêtu d'une rangée longitudinale de petites lames doublement striées.

La disteire cerclée (disteira doliata). — Deux cent vingt-trois lames doublement striées sous le corps ; une rangée longitudin-le de quarante-huit écailles sous. la queue ; neuf lames sur la tête; les écailles du dos striées ct pointues; la “ouleur générale relevée par des cercles irréguliers et blanchâtres.

La raie croisée (raj1 cruriata). — Les dents obtuses ; un ou deux aiguitlons dentelés auprès de la caudale ; la queue grosse et conique; point de nageoire dorsale ; une bandelette lougitudiuale noire , et des bandelet'es transversales de la même couleur.

La lophie hérissée (lophius hirsutus). — Le corps com- |

primé latéralement ; la surface du poisson parsemée de très-petits piquants noirâtres ; la lèvre supérieure extensible ; un filament terminé par une petite masse Charnue, et placée sur le museau; deux rayons à la première dorsale ; dix-neuf à la seconde.

La lophie lisse (lophius lævis).— Le corps comprimé latéralement ; la surface du poisson lisse; un filament terminé par une pointe déliée, et placé sur le museau ; deux rayons à la première dorsale ; dix-sept à la seconde,

Le baliste galonné (balistes lemniscatus). — Un seul

rayon à la première dorsale et à la thorachique : irente-huit à la seconde nageoire du dos ; trente-cinq à l’anale; trois ou quatre raies longitudinales.

L'ostracion quatorze piquants (ostracion quatuordecim aculeatus).— Le corps quadrangulaire ; un aïguillon auprès de chaque œil ; quatre aiguillons sur le dos ; six sur le ventre ; un sur le milieu de chaque côté du corps.

Le tétrodon argenté ( tetrodon argenteus ). — La tête, le dos et le ventre parsemés de piquants dont la base est divisée en trois racines ; la ligne latérale sinueuse; la caudale en croissant ; une raie longitudinale, large et argentée de chaque côté du poisson.

Le syngnathe à banderolles (syngnathus tæniolatus ).— Vingt-neuf ou trente rayons à la dorsale; presque tout le corps à sept pans; presque toute la queue à quatre; un aiguillon garni d’une petite banderolle sur différentes parties de la queue ou du corps.

Le labre demi-lune ( labrus semi-lunatus )}. — Sept

- rayons aiguillonnés et quatorze rayons articulés à la nageoire du dos ; deux rayons aiguillonnés et onze rayons articulés à celle de l'anus; la caudale en croissant et opaque dans 'e haut ainsi que dans le bas; de grandes écailles ; l’opercule d'une seule pièce et terminée par un appendice ; le dessus de la tête dénué d'écailles proprement dites ; une tache grande et noirâtre sur chaque pectorale. |

Les prionures (dix-neuvième ordre). (Après les acan thures.) — La tête, le corps et la queue comprimés ; les dents dentelées ; des lames dentelées, placées perpendiculairement sur chaque côté de la queue.

Le prionure microlépidote (prionwrus microlepidotus ). — Dix lames dentelées sur chaque côté de la queue ; la caudale arrondie; les écailles très-petites.

Les platypodes (dix-neuvième ordre). (Après les macropodes.) — Les thoracines très-larges, et composées au moins de huit rayons ; une seule nageoire dorsale ; cette dernière nageoire étendue depuis la nuque jusqu’à la caudale.

Le platypode fourche (platypodus furca). — La caudale fourchue; chaque lobe très-étroit ; la longueur de la caudale égale , ou à peu près, au tiers de 15 longueur totale du poisson.

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DES SERPENTS

AVERTISSEMENT DE L'AUTEUR

Personne ne sent plus vivement que moi, combien la mort de M. le comte de Buffon m'a privé d'un puissant secours pour l'ouvrage dont je publie aujourd’hui le second volume, et que je n'aurais jamais entrepris s’il ne s'était engagé à m'éclairer dans la route qu’il m'avait indiquée lui-même en me chargeant de continuer l'Histoire Naturelle. Quelque temps avant cet événement funeste aux lettres, l’un des coopérateurs de M. de Buffon , l'éloquent auteur d’une partie de l’Histoire des Oiseaux, et du Discours préliminaire de la Collection académique , avait été enlevé aux sciences , et sa mort avait fait évanouir les grandes espérances qu'avaient conçues les amateurs de l'Histoire naturelle, ainsi que l'espoir particulier que j'avais fondé sur ses connaissances et la bonté de son caractère. Heureusement pour moi l’on dirait que plusieurs naturalistes de France ou des pays étrangers , et particulièrement ceux qui viennent d'entreprendre de grands voyages pour l'avancement des sciences, ont cherché à diminuer les pertes que j'ai faites, en m'envoyant ou en me promettant un très-grand nombre d'observations importantes. C’est avec bien de la reconnaissance que je les remercie ici et des bienfaits que j’ai déjà reçus , et de ceux que je dois recevoir encore. J'ai fait usage de quelques-unes de ces observations dans le volume que je publie aujourd’hui , et j'emploierai les autres dans ceux qui le suivront. M. le marquis de la Billardrie, successeur de M. de Buffon dans la place d’intendant du jardin de Sa Majesté, et quise propose dene rien négliger pour l'avancement des sciences naturelles , tant par l'étendue de ses correspondances , que par les différents voyages qu’il pourra faire faire dans les pays intéressants pour lesnaturalistes, a eu aussi la bonté de me promettre les différentes observations qui lui arriveront directement , et qui

©, ne

pourront être relatives à mon travail. D'ailleurs M. de Buffon m'avait remis, dans le temps , les notes, les lettres et les divers manuscrits qu’il avait reçus à différentes époques , au sujet des animaux dont je devais publier l’histoire. Deux mois avant sa mort, il voulut bien me remettre encore tous les manuscrits et les dessins originaux que feu M. Commerson, très-habile naturaliste, a composés ou fait exécuter, relativement aux diverses classes d'animaux, pendant son séjour dans l’île de Bourbon , où il avait été envoyé par le gouvernement. M. de Buffon a publié la partie de ces menuscrits qui concerne les quadrupèdes vivipares et les oiseaux, et je serai d'autant plus empressé d'enrichir mon ouvrage de ceux qui traitent des autres animaux , que les naturalistes les attendent depuis longtemps avec impatience. De plus M. le comte de Buffon, fils du grand homme que nous regrettons , etqui, entré avec honneur dans la carrière militaire . fera briller au milieu des armes un nom rendu immortel par la gloire des lettres , a bien voulu, ainsi que son oncle , M. le chevalier de Buffon.officier supérieur distingué par ses services, et connu depuis longtemps par son goût pour les sciences et les beaux-arts, me communiquer toutes les notes qui se sont trouvées dans les papiers de feu M. le comte de Buffon , et qui pouvaient m'être utiles pour la continuation de l'Histoire naturelle. Mais ce qui est pour moi l’un des plus grands encouragements , ce sont les rapports que j'ai l’avantage d’avoir avec M. Daubenton ; c’est l'amitié qui me lie avec ce célèbre naturaliste , dansles lumières duquel j'ai trouvé tant de secours, et que je me plairais tant à louer, si je pouvais , sans blesser sa modestie, répéter très-près de lui ce que la voix publique fait retentir partout où l’on s'intéresse au progres des sciences naturelles. Le monde savant l'a vu avec regret cesser , dans le temps, de travailler à l'Histoire naturelle conjointement avec

M. de Buffon, et suspendre la description du Cabinet de Sa Majesté; aussi m'empressé-je d’annoncer au public qu'il jouira bientôt de la continuation de cette partie de l'Histoire naturelle, que M. Daubenton se propose de reprendre au point où des circonstances particulières l'ont engagé à l'interrompre.

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