LA VIPÈRE NOIRE
Pelias Berus, var. y, Merr. ; Coluber Prester, Linn, ; Cojuber Vipera Anglorum, Laur. ; Coluber niger, Lacep.; Vipera Prester, Latr., Daud. ?; Vipera Chersea, var. &«, Fitz.
Voiciencoreune espèce de serpent venimeux, assez nombreuse dans plusieurs contrées de l’Europe, et qui a beaucoup de rapports avec notre vipère commune ; il est aisé cependant de l'en distinguer, même au premier coup d'œil, à cause de sa couleur, qui est presque toujours noire, ou du moins très-foncée, avec des points blancs sur les écailles qui bordent les mâchoires. Quelquefois on aperçoit sur ce fond noir des taches plus obscures encore, à peu près de la même forme et disposées dans le même ordre que celles de la vipère commune ; et voilà pourquoi des naturalistes ont pensé que la vipère noire n'en est peut-être qu'une variété plus ou moins constante Ÿ. Quoi qu’il en soit, c’est, de toutes les vipères, une de celles qu’on doit voir avec le plus de peine, puisqu'elle réunit une couleur lugubre aux traits sinistres de leur conformation, et qu’elle porte, pour ainsi dire, les livrées de la mort, dont elle est le ministre.
Le dessus de sa tête n’est pas entirement couvert d'écailles semblables à celles du dos, ainsi que le dessus de la tête de la vipère commune ; mais on remarque, entre les deux yeux, trois écailles un peu plus grandes, placées sur deux rangs, dont le plus proche du museau ne contient qu’une pièce ; et, par ce trait, la vipère noire se rapproche des couleuvres ovipares plus que les autres vipères dont nous venons de parler.
Les écailles du dos sont ovales et relevées par une arête. Un des individus que nous avons observés, et qui est conservé au Cabinet du roi, a deux pieds neuf lignes de longueur totale, et deux pouces quatre lignes depuis l'anus jusqu'à l'extrémité de la queue; nous avons compté cent quarante-sept grandes plaques au-dessous du corps, et vingt-huit paires de petites plaques
La Dipsade, M. Daubenton, Encycl, méth. — Vipera Anglica nigricans, Petiver. mus. 17, n° 104. — Faun. suec., 287, — Col. Prester, Wulf, Ichthyologia cum amphibiis regni Borussici, — C. Prester, Zoologie Britannique, t. IL, Reptiles. — Golf. Prester, Voyag. de M. Pallas, traduction française, t. 1, p. 59.
3 Ge serpent est maintenant considéré comme une simple variété de l'espèce de la Vipère commune. D.
3 Zoologie Britannique, t. IL, p. 26,
au-dessous de la queue. Un autre individu que nous avons vu, et que l’on disait apporté de la Louisiane, avait cent quarante-cinq grandes plaques et trente-deux paires de petites ; celui que M. Linnée a décrit avait cent cinquantedeux de ces grandes lames, et trente-deux paires de petites plaques ; et ces lames sont quelquefois si luisantes, que leur éclat ressemble assez à celui de l’acier.
On se sert de la vipère noire, dans les pharmacies d'Angleterre, au lieu de la vipère commune. Elle est en assez grand nombre dans les bois qui bordent l'Oka, rivière de l’empire de Russie, qui se jette dans le Volga ; elle y est , très-venimeuse, et y présente quelques taches jaunes sur le cou et sur la queue ‘. On la trouve aussi’en Allemagne , et particulièrement dans les montagnes de Schneeberg ; M. Laurent, qui l'y a observée, ne la croit pas très-dangereuse *?; mais, comme il n'a fait des expériences sur les effets de sa morsure que dans les premiers jours de novembre, et par conséquent au commencement de l'hiver, qui diminue presque toujours l’action du venin des animaux, il se pourrait que, pendant les grandes chaleurs, le poison de la vipère noire füt aussi redoutable en Allemagne que dans presque toutes les autres contrées qu'elle habite. Quelquefois elle menace, pour ainsi dire, son ennemi par des sifflements plusieurs fois répétés ; mais d’autres fois elle se jette tout d'un coup, et avec furie. sur ceux qui l’attaquent ou qui l’effraient, ou sur les animaux dont elle veut faire sa proie.