LA VIPÈRE D'ÉGYPTE
Vipera (Echidna) ægyptiaca, Merr.; Coluber Vipera,
Hasselq. ; Aspis Cleopatræ, Laur. ; Col. ægyptiacus, Lacep.; Vipera ægyptia, Latr.; Vip. ægyptiaca, Daud.
Tous ceux qui ont donné des larmes au récit de la mort funeste d’une reine célèbre par sa
1 Ce reptile appartient, comme le précédent, à l'espèce de la Vipère commune ; il en constitue la quatrième variété dans la nomenclature de M. Merrem. D.
3 L'Aspic des anciens auteurs. — La vipère d'Égypte. M. Daubenton, Encycl. mélh. — Coluber Vipera. Linn. amphib. Serp.
beauté, ses richesses , son amour et son infortune, liront peut-être avec quelque plaisir ce que nous allons écrire du serpent dont elle choisit le poison pour terminer ses malheurs. Le nom de Cléopâtre est devenu trop fameux pour que l'intérêt qu'il inspire ne se répande pas sur tous les objets qui peuvent rappeler le souvenir de cette grande souveraine de l'Égypte , que ses charmes et sa puissance ne purent garantir des plus cruels revers ; et le simple reptile qui lui donna la mort pourra paraitre digne de quelque attention à ceux même qui ne recherchent qu'avec peu d'empressement les détails de l’histoire naturelle. C’est M. Hasselquist qui a fait connaître cette vipère, qu'il a décrite dans son voyage en Égypte ; ellea la tête relevée en bosse des deux côtés , derrière les yeux ; sa longueur est peu considérable ; les écailles qui recouvrent le dessus de son corps sont très-petites ; son dos est d’un blanc livide, et présente des taches rousses ; les grandes plaques qui revêtent le dessous de son corps sont au nombre de cent dix-huit, et le dessous de la queue est garni de vingt-deux paires de petites. plaques.
Les anciens ont écrit que son poison, quoique mortel , ne causait aucune douleur ; que les forces de ceux qu'elle avait mordus s’affaiblissaient insensiblement , qu’ils tombaient dans une douce langueur et dans une sorte d'agréable repos , auquel succédait un sommeil tranquille qui se terminait par la mort; et voilà pourquoi on à cru que:la reine d'Egypte, ne pouvant plus supporter la vie après la mort
d'Antoine et la victoire d’Auguste, avait pré-
féré de mourir par l’effet du venin de cette vipère. Quoi qu’il en soit des suites plus ou moins douloureuses de sa morsure , il paraît que son poison est des plus actifs. C’est ce serpent dont on emploie diverses préparations en Égypte, comme nous employons en Europe celles de la vipère commune ; c’est celui qu’on y vend dans les boutiques, et dont on se sert pour les remèdes connus sous les noms de Se/ de vipère, de Chair de vipère desséchée , ete. Suivant M. Hasselquist, on envoie tous les ans à Venise une grande quantité de vipères égyptiennes , pour la composition de la thériaque ; et, dès le temps de Lucain , on en faisait venir à Rome pour la préparation du même remède.
C'est cet usage, continué jusqu’à nos jours, qui nous à fait regarder la vipère d'Égypte comme
DES SERPENTS
celle dont Cléopâtre s’était servie; toutes ses descriptions sont d'ailleurs très-conformes à celle que nous trouvons de l'aspic de Cléopâtre, dans les anciens auteurs , et particulièrement dans Lucain ; et voilà pourquoi nous avons préféré, à ce sujet, l'opinion de M. Laurenti’, et d’autres naturalistes, à celle de M. Linnée, qui a cru que le serpent dont le poison a donné la mort à la reine d'Égypte était celui qu’il a nommé l'Ammodyte , et dont nous allons nous occuper ?.
Il parait que c’est aussi à cette vipère qu’il faut rapporter ce que Pline a dit de l’aspic*, et la belle peinture qu'a faite ce grand écrivain de l’attachement de ce reptile pour sa femelle, du courage avec lequel il la défend lorsqu'elle est attaquée , et de la fureur avec laquelle il poursuit ceux qui l’ont mise à mort.
L’AMMODYTE*,.
Vipera (Echidna) Ammodytes, Merr.; Gol. Ammodytes, Linn., Lacep., Shaw; Vipera Mosis et Vip. illyrica, Laur. ; Vip. Ammodytes, Daud., Cuy.; Col. Charasi, Shaw. ; Cobra Ammodytes, Fitz.
Les anciens , et surtout les auteurs du moyen âge , ont beaucoup parlé de ce serpent très-venimeux, qui habite plusieurs contrées orientales, et que l'on trouve dans plusieurs endroits de l'Italie, ainsi que del'Illyrie , autrement Esclavonie, Son nom lui vient de l’habitude qu’il a de se cacher dans le sable, dont la couleur est à peu près celle de son dos, varié d’ailleurs par un grand nombre de taches noires , disposées souvent de manière à représenter une bande longitudinale et dentelée, ce qui donne aux coue
4 Voyez l'endroit déjà cité.
3 Aménités académiques, Stockholm, 1765, t. VI, p. 240.
5 Pline, liv. VIII.
4 Cenchrias.— Cerchrias. — Cynchrias. — Miliaris. — Vipère cornue d'Illyrie. — Aspide del corno. — Ammoûyte, M. Daubenton, Encycl. méth. — Ammodyte, M. Valmont de Bomare, Dict. d'Hist. nat.— Druinus. Bélon, 205. — 4mmodytes, Aldrovande, Serp. 169.— Ammodyte, Mathiole, Com. sur Dioscoride, p.950. — Amiudutus, Avicenne. — Ammodyte, Olaus magnus. — Ammodytes, Gesner, lib. V, de Serp. naturâ, fol. 23. — Ammodytes, Solinus. — Ammodytes, Aëtius, lib. XIE, cap. 25. — Æmmodytes, Essay Touwards a natural History of Serpents , by Charl. Owen. Lond., 1742, p. 55.— Ammodytes, Rai, Synops. , f. 287. « Ammodytes ita « dictus quod arenam subeat. Viperæ persimilem esse aiunt, « cubitali longitudine, colore arenaceo, capite viperino am- « pliore, maxillis latioribus , insuperiore parte rostri eminen- « tiam quamdam acutæ verucæ similem gerens, undè Serpens « cornutus vulgè dicitur. In Lybiâ, inque Hlyrico et Halià, « Comitatu imprimis Goritiensi invenitur. »
leurs de l’'ammodyte une très-grande ressemblance avec celles de la vipère commune , dont il se rapproche aussi beaucoup par sa conformation ; mais sa tête est ordinairement plus large, à proportion du corps, que celle de notre vipère ; et d’ailleurs il est fort aisé de le distinguer de toutes les autres couleuvres connues : parce qu’il a sur le bout du museau une petite éminence, une sorte de corne, haute communément de deux lignes, mobile en arrière, d’une substance charnue, couverte de très-petites écailles , et de chaque côté de laquelle on voit deux tubercules un peu saillants, placés aux orifices des narines ; aussi a-t-il été nommé, dans plusieurs contrées , Aspic cornu. Sa morsure est, en effet , aussi dangereuse que celle du serpent venimeux nommé Aspic par les anciens ; et l'on a vu des gens mordus par ce serpent, mourir trois heures après ‘ ; d’autres ont vécu cependant jusqu’au troisième jour, et d'autres même jusqu’au septième. Les remèdes qu’on a indiqués contrele venin de l’'Ammodyte, sont à peu près les mêmes que ceux auxquels on a eu recours contre la morsure des autres serpents venimeux ?. On a employé l’application des ventouses, les incisions aux environs de la plaie, la compression des parties supérieures à l’endroit mordu , l’agrandissement de la blessure , les boissons qu’on fait avaler contre les poisons pris intérieurement, les emplâtres dont on se sert pour prévenir ou arrêter la putréfaction des chairs , etc. ?. Ce reptile est couvert, sous le ventre, de cent quarante-deux grandes plaques, et, sous la queue, de trente-deux paires de petites ; le dessus de sa tête est garni de petites écailles ovales, unies et presque sembla-
1 Mathiole,
3 Voyez, dans l'article de la Vipère commune, un extrait des expériences de M. l'abbé Fontana, au sujet du poison de ce serpent.
# « Propriè autem eis auxiliatur mentacum, aqua mulsa potata, castoreum , cassia et artemisiæ succus cum aqué. Danda etiam in potu theriaca, eadem quoque plagæ imponenda. Utendum et emplastris attractoriis : posleà verd cataplasmata ; quæ ad nomas sive ulcera serpentia conducunt, imponenda. » Aëtius.
« Curatio autem eorum est curatio communis : et est ejus « proprium dare in potu castoreum , et cinnamomum , et ra- « dicem centaureæ , de quocumque istorum fuerit, etc, cum a vino. Et confert eis radix aristolochiæ , et propriè longè « juvamentum maximum. Et similiter radix assoasir, et succus « ejus propriè, et radix genlianæ. Et conferunt eis ex em- « plastris mel decoctum et exsiccatum, et tritum : et radices « granatorum : et similiter centaureæ, et semen lini et lac- « tucæ, et semen harmel, et volubilis, et ruta sylvestris : et « conferunt eis emplastra appropriata ulceribus putridis. » Avicenne: