‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 223 sur 470 · OX · texte numérisé non relu

OX

bles à celles du dos. La queue est très-courte , à proportion du corps, qui n’a ordinairement qu’un demi-pied de long.

L’ammodyte se nourrit souvent de lézards et d’autres animaux aussi gros que lui, mais qu’il peut avaler avec facilité, à cause de l'extension dont son corps est susceptible.

I] paraît que c’est à cette espèce, au développement de laquelle un climat très-chaud peut être très-nécessaire, qu’il faut rapporter les serpents cornus de la Côte-d'Or, dont a parlé Bosman, quoique ces derniers soient beaucoup plus grands que l’ammodyte d’Esclavonie. Ce voyageur vit, au fort hollandais d’Axim , la dépouille d’un individu de cette espèce de serpents cornus ; ce reptile était de la grosseur du bras , long de cinq pieds , et rayé ou tacheté de noir, de brun , de blanc et de jaune, d’une manière très-agréable à l’œil. Suivant Bosman, ces serpents ont pour arme offensive une fort petite corne, ou plutôt une dent qui sort de la mächoire supérieure, auprès du nez; elle est blanche, dure et très-pointue. Il arrive souvent aux nègres, qui vont nu-pieds dans les champs, de marcher impunément sur ces animaux , Car ces reptiles avalent leur proie avec tant d’avidité, et tombent ensuite dans un sommeil si profond , qu’il faut un bruit assez fort, et même un mouvement assez grand pour les réveiller '.

LE CÉRASTE?.

Vipera (Echidna) Cerastes, Merr. ; Col. Cerastes, Hasselq., Linn., Lacep., Shaw.; Col. cornutus, Hasselq.; Vipera Cevastes, Latr., Daud.; Vipera corauta, Daud. ; Aspis Cerastes, Fitz.

On a donné ce nom à un serpent venimeux d'Arabie, d'Afrique, et particulièrement d'Égypte , qui a été envoyé au Cabinet du roi sous le nom de Vipère cornue; il est très-remarquable et très-aisé à distinguer par deux espèces de petites cornes qui s'élèvent au-dessus de ses yeux. C’est apparemment cette conformation qui, jointe à sa qualité vénéneuse, et peut-être à ses habitudes naturelles , l’au-

: Bosman, p. 275.

* Kepaonçs, en grec. 4lp et Aëg, en Égypte. — Cerastes. — Ceristalis. — Le Céraste, M. Daubenton, Encycl. méth.— Bélon, itin. 203. — Le Céraste, M. Valmont de Bomare, Pict. d'Hist. nat, — Cerastes, Rai, Synopsis Serpentini gencris, p. 287, — Cerastes, Gesner, de Serpentum naturä, fol. 54, — Cerasles, Essay Touwards à uatural History of Serpents, by £hari. Owen. Lond., 1742, p, 54, pl. 1,

ront fait observer avec attention par les premiers Egyptiens, et les auront déterminés à

| faire placer de préférence son image parmi

leurs diverses figures hiéroglyphiques. On le trouve gravé sur les monuments de la plus haute antiquité, que le temps laisse encore subsister sur cette fameuse terre d'Égypte. On le voit représenté sur les obélisques, sur les colonnes des temples , au pied des statues, sur les murs des palais, et jusque sur les momies!. Un double intérêt anime donc la curiosité, relativement au céraste ; une Connaissance exacte de ses propriétés et de ses mœurs, non-seulement doit être recherchée par le naturaliste, mais servirait peut-être à découvrir en partie le sens de cette langue religieuse et politique, qui nous transmettrait les antiques événements et les antiques opinions des célèbres et belles contrées de l'Orient. Si l’on ne peut pas encore exposer toutes les habitudes naturelles du céraste , faisons donc connaitre exactement sa forme, et décrivons-le avec soin d’après les individus que nous avons examinés.

Les opinions des naturalistes, anciens et mo- | dernes ont fort varié sur la nature ainsi que sur le nombre des cornes qui distinguent le céraste ; les uns ont dit qu'il en avait deux, d’autres quatre, et d'autres huit, qu’ils ont comparées aux espèces de petites cornes , ou pour mieux dire, aux {entacules des limaçons et d’autres animaux de la classe des vers?. Quelques auteurs les ont regardées comme des dents attachées à la mâchoire supérieure ; quelques autres ont écrit que le céraste n’avait point de cornes ; que celles qu'on avait vues sur la tête de quelques individus n'étaient point naturelles, mais l'ouvrage des Arabes, qui plaçaient avec art des ergots sur le crâne du reptile, pour le rendre extraordinaire et le faire vendre plus cher. Il se peut que l’on ait quelquefois attaché à de vrais cérastes de petites cornes artificielles ; il se peut aussi que ces serpents ayant été fort recherchés , on ait vendu pour des cérastes des reptiles d'une autre espèce qui leur auront à peu près ressemblé par la couleur, et auxquels on aura appliqué de fausses cornes.

Mais le vrai serpent céraste a réellement au-

‘ Deux très-grandes pierres apportées d'Alexandrie à Londres, placées dans la cour du Muséum, et qui paraissent avoir fait partie d'une grande corniche d'un magnifique palais, présentent plusieurs figures de cérastes très-bien gravées, Lettre de M. Ellis, Trans. ptil., an, 1766,

? Pline et Solin. -

DEs SLRktirrsS.

dessus de chaque œil un petit corps pointu et allongé, auquel le nom de corne me parait mieux convenir qu'aucun autre. M. Linnée a donné! le nom de dents molles à ces petits corps placés au-dessus des yeux du serpent que nous décrivons ; mais ce nom de dent ne nous parait pouvoir appartenir qu’à ce qui tient aux mächoires supérieures ou inférieures des animaux ; et après avoir examiné les cornes du céraste, en avoir coupé une en plusieurs parties, et en avoir ainsi suivi la prolongation jusqu'à la tête, nous nous sommes assurés que, bien loin de tenir à la mâchoire supérieure, ces cornes ne sont attachées à aucun os; aussi sont-elles mobiles à la volonté de l'animal.

Chacune de ces cornes est placée précisément au-dessus de l'œil, et comme enchâssée parmi les petites écailles qui forment la partie supérieure de l'orbite; sa racine est entourée d’écailles plus petites que celles du dos, et elle représente une petite pyramide carrée dont chaque face serait sillonnée par une rainure longitudinale et très-sensible *. Elle est composée de couches placées au-dessus les unes des autres, et qui se recouvrent entièrement. Nous avons enlevé facilement la couche extérieure, qui s’en est séparée en forme d’épiderme, en présentant toujours quatre côtés et quatre rainures, ainsi que la couche inférieure , que nous avons mise par là à découvert. Cette manière de s’exfolier est semblable à celle des écailles, dont l’épiderme ou la couche supérieure se sépare également avec facilité après quelque altération. Aussi regardons-nous la matière de ces cornes comme de même nature que celle des écailles’; et ce qui le confirme, c’est que nous avons vu ces petites éminences tenir à la peau de ia même manière que les écailles y sont attachées. Au reste, ces cornes mobiles sont un peu courbées, et avaient à peu près deux lignes de longueur dans les individus que nous avons décrits.

La tête des cérastes est aplatie, le museau gros et court, l'iris des yeux d’un vert jauuâtre , et la prunelle, lorsqu'elle est contractée, forme une fente perpendiculaire à la longueur

4 Systema naturæ , editio XIII.

2 Bélon a comparé la forme de ces éminences à celle d'un grain d'orge, et c'est apparemment cette ressemblance avec une graine dont se nourrissent quelques espèces d'oiseaux, qui a fait penser que le céraste.se cachait sous des feuilles et ne laissait paraître que ses cornes, qui servaient d'appât pour les petits oiscaux qu'il dévorait, Voyez Pline et Solin.

AD du corps; le derrière de la tête est rétréci et moins large que la partie du corps à laquelle elle tient; le dessus en est garni d'écailles égales en grandeur à celles du dos, ou même quelquefois plus petites que ces dernicres , qui sont ovales et relevées par une arête saillante.

Nous avons compté, sur deux individus de cette espèce, cent quarante-sept grandes plaques sous le ventre , et soixante-trois paires de petites plaques sous la queue. Suivant M. Linnée , un serpent de la même espèce avait cent cinquante grandes plaques et vingt-cinq paires de petites. Hasselquist a compté sur un autre individu cinquante paires de petites plaques , et cent cinquante grandes. Voilà donc une noxvelle preuve de ce que nous avons dit touchant la variation du nombre des grandes et des petites plaques dans la même espèce de serpent ; mais comme il ne faut négliger aucun caractère dans un ordre d'animaux dont les espèces sont, en général, très-difficiles à distinguer les unes des autres, nous croyons toujours nécessaire de joindre le nombre des grandes et des petites plaques aux autres signes de la différence des diverses espèces de reptiles.

La couleur générale du dos est jaunâtre et relevée par des taches irrégulières plus ou moins foncées, qui représentent de petites bandes transversales ; celle du dessous du corps est plus claire.

Les individus que nous avons mesurés avaient plus de deux pieds de long; ils présentaient la grandeur ordinaire de cette espèce de serpents. La queue n'avait pas cinq pouces ; elle est ordinairement très-courte en proportion du corps, dans le céraste , ainsi que dans la vipère commune.

Le céraste supporte la faim et la soif pendant beaucoup plus de temps que la plupart des autres serpents; mais il est si goulu, qu'il se jette avec avidité sur les petits oiseaux et les autres animaux dont il fait sa proie; et comme , suivant Bélon, sa peau peut se prêter à une très-grande distension, et son volume augmenter par là du double, il n’est pas surprenant qu'il avale une quantité d'aliments si considérable que, sa digestion devenant trèsdifficile , il tombe dans une sorte de torpeur et dans un sommeil profond , pendant lequel il est fort aisé de le tuer.

La plupart des auteurs anciens ou du moyen

âge ont pensé qu'il était un des serpents qui peuvent le plus aisément se retourner en divers sens, et ils ont écrit qu'au lieu de s’avancer en droite ligne , il n'allait jamais que par des circuits plus ou moins tortueux, et toujours , ontils ajouté, en faisant entendre une sorte de pe-

tit bruit et de sifflement par le choc de ses dures :

écailles ‘. Mais, de quelque manière et avec quelque vitesse qu’il rampe, il lui est difficile d'échapper aux aigles et aux grands oiseaux de proie qui fondent sur lui avec rapidité, et que les Égyptiens adoraient, suivant Diodore de Sicile, parce qu'ils les délivraient de plusieurs bêtes venimeuses, et particulièrement des cérastes. Ces serpents cependant ont toujours été regardés comme très-rusés, tant pour échapper à leurs ennemis, que pour se saisir de leur proie; on les a même nommés énsidieux, et lon a prétendu qu’ils se cachaient dans les trous voisins des grands chemins, et particulièrement dans les ornières, pour se jeter à l'improviste sur les voyageurs.

C'est principalement avec cette espèce de serpents que les Libyens , connus sous le nom de Psylles , prétendaient avoir.le droit de jouer impunément, et dont ils assuraient qu’ils maïtrisaient, à leur volonté, et la force et le poison.

Les cérastes, ainsi que tous les reptiles , peuvent vivre très-longtemps sans manger ; plusieurs auteurs l’ont écrit, et l’on a même beaucoup exagéré ce fait, puisqu'on a cru qu’ils pouvaient vivre cinq ans sans prendre aucune nourriture ?.

Bélon assure que les petits cérastes éclosent dans le ventre de leur mère, ainsi que ceux de uotre vipère commune Ÿ; mais nous croyons devoir citer un fait qui parait contredire cette assertion, et que Gesner rapporte dans son livre de la Nature des serpents , d’après un de ses correspondants qui en avait été témoin à

{Lucain, 1. IX. Nicandre, in Theriacis. Aëtius, Gyllius, Isidore, etc.

24 M. Gabrieli, apothicaire de Venise, qui avait demeuré longtémps au Caire, me montra deux de ces vipères (deux cérastes ), qu'il avait gardées cinq ans dans une bouteille bien bouchée, sans aucune nourriture ; il y avait seulement au fond de la bouteille un peu de sable fin, dans lequel elles « se louvaient ; lorsque je les vis, elles venaient de changer de « peau, et paraissaient aussi vigoureuses et aussi vives que « si elles avaient été prises tout nouvellement. » Shaw. Voyage dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, LD C5.

Voyez Bélon et Rai, à l'endroit déjà cité,

Venise *. Un noble vénitien conserva pendant quelque temps, etauprès du feu , trois serpents qu'on lui avait apportés du pays où l’on trouve les cérastes; l'un femelle, et trois fois plus grand que les autres, avait trois pieds de long, presque la grosseur du bras, la tête comprimée et large de deux doigts, l'iris noir, les écailles du dos cendrées et noirâtres dans leur partie supérieure , la queue un peu rousse et terminée en pointe, et une corne de substance écailleuse au-dessus de chaque œil. Gesner le regarda comme de l’espèce des cérastes, dont il nous paraît, en effet, avoir eu les principaux caractères; il pondit dans le sable quatre ou cinq œufs à peu près de la grosseur de ceux de pigeon. Les rapports de conformation, de qualité vénéneuse et d’habitudes qui lient le céraste avec la vipère commune, ainsi qu'avec un grand nombre d’autres vipères dont la manière de venir au jour est bien connue, nous feraient adopter de préférence l'opinion fondée sur l'autorité de Bélon , qui a beaucoup voyagé dans le pays habité par les cérastes, mais comme il pourrait se faire que les deux manières de venir à la lumière fussent réunies dans quelques espèces de serpents, ainsi qu’elles le sont dans quelques espèces de quadrupèdes ovipares, et qu’il serait bon de bien déterminer si tous les animaux armés de crochets venimeux écloseut dans le ventre de leur mère, et même sont les seuls qui ne pondent pas, nous invitons les voyageurs qui pourront observer sans danger les cérastes, à s’assurer de la manière dont naissent leurs petits.

- Hérodote a parlé de serpents consacrés par les habitants de Thèbes à Jupiter, ou, pour mieux dire, à la divinité égyptienne qui répondait au Jupiter des Grecs; on les enterrait, après leur mort, dans le temple de ce dieu; et, suivant le père de l'Histoire, ils avaient deux cornes , mais ne faisaient aucun mal à personne. Si Hérodote n’a point été trompé, on devrait les regarder comme d’une espèce différente de celle du céraste; mais il est assez vraisemblable qu’on l’avait mieux informé de la conformation que des qualités de ces serpents, qu'ils étaient venimeux comme le céraste, qu’ils appartenaient à la même espèce, et que la force de leur poison, qui avait dû paraitre aux anciens donner la mort presque aussi

1 Gesner, fol. 38,

DES SERPENTS

promptement que la foudre dumaitre des dieux, avait peut-être été un motif de plus pour les consacrer à la divinité que l’on croyait voir lancer le tonnerre.

LE SERPENT A LUNETTES

Page 1