‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 235 sur 470 · DE RE · texte numérisé non relu

DE RE

HA COULLUVRE ‘A COLLIER.

Publié par Furne, Pariss

DES SERPENTS

aucun effort pour mordre; elle se défend seulement en agitant rapidement sa queue, et elle ne refuse pas plus que la couleuvre commune de jouer avec les enfants. On la nourrit dans les maisons , où elle s’accoutume si bien à ceux qui la soignent, qu’au moindre signe elle s'entortille autour de leurs doigts, de leurs bras, de leur cou, et les presse mollement, comme pour leur témoigner une sorte de tendresse et de reconnaissance. Elle s’approche avec douceur de la bouche de ceux qui la caressent ; elle suce leur salive et aime à se cacher sous leurs vêtements, comme pour s'approcher davantage de ceux qui la chérissent. En Sardaigne, les jeunes femmes élèvent les couleuvres à collier avec beaucoup d'empressement, leur donnent à manger elles-mêmes, prennent le soin de leur mettre dans la gueule la nourriture qu’elles leur ont préparée; et les habitants de la campagne les regardent comme des animaux du meilleur augure, les laissent entrer librement dans leurs maisons, et croiraient avoir chassé la fortune elle-même, s’ils avaient fait fuir ces innocentes petites bêtes !.

Il arrive cependant quelquefois que lorsque la couleuvre à collier est devenue très-forte, et qu’au lieu d’avoir été élevée en domesticité, elle a vécu dans les champs et dans l'état sauvage, elle perd un peu de sa douceur, et que si on l'irrite en l’arrachant, par exemple, à ses jouissances , elle anime ses yeux, agite sa langue, se redresse avec vivacité, fait claquer ses mâchoires , et serre fortement avec ses dents , la main qui cherche à la saisir *.

La couleuvre à collier dépose ses œufs dans des trous exposés au midi, sur le bord des eaux croupissantes , ou plus communément sur des couches de fumier. Ces œufs , qui sont gros à peu près comme des œufs de pie, sont collés ensemble par une matière gluante en forme de grappe, elle a par là un nouveau rapport avec les poissons et certains quadrupèdes ovipares, tels que les crapauds, les grenouilles, ete., dont les œufs sont de même collés ensemble et réunis de diverses manières,

4 Hist. nat. des Amphibies et des Poissons de la Sardaigne, par M. François Cetti.

? Lettre de M. de Sept-Fontaines, procureur-syndic de la nob'esse en l'assemblée du département de Calais, Montreuil et Ardres. Nous aurons plusieurs fois occasion de citer, dans cel ouvrage, cel amateur très-éclairé de l'histoire naturelle, qui la cultive avec succès, et à qui nous devons particulièrement des observations très-intéressantes et très-bien faites sur la Couleuvre à collier et sur l'Orvet, |

Les œufs de la couleuvre à collier, déposés dans des fumiers, ont donné lieu à une fable à laquelle on a cru pendant longtemps ; on a prétendu qu'ils avaient été pondus par des coqs, et comme on en a vu sortir des petits serpenteaux, on a ajouté que les œufs de coq renfermaient toujours un serpént, que le coq ne les couvait point, mais que lorsqu'ils étaient placés dans un endroit chaud, comme parmi des végétaux en putréfaction, ils produisaient toujours des serpents.

On assure qu'il est aisé de distinguer les œufs qui ont été fécondés, d’avec ceux qui ne le sont pas, et qu’on appelle des œufs clairs ; en les mettant sur l’eau, les œufs clairs sont les seuls qui surnagent.

La coque est composée d'une Mabune mince, mais compacte et d’un tissu serré. Le petit serpent y est roulé sur lui-même au mi-

Jieu d’une matière qui ressemble à du blanc

d'œuf de poule; on y remarque un placenta ; et le cordon ombilical est attaché au ventre un peu au-dessus de l'anus. La chaleur seule de l’atmosphère, et celle des matières végétales pourries, font éclore ces œufs. Peut-être dans des contrées plus voisines de la zone torride que celles où ils ont été observés, l’ardeur du soleil suffirait pour faire sortir les petits serpents de leur coque. Nous avons vu, en effet, dans l'Histoire des Quadrupèdes ovipares, les crocodiles déposer leurs œufs sur le sable dans les contrées brûlantes d'Afrique ; mais sur les plages plus humides et moins chaudes de l’Amérique méridionale, ils les placent au milieu d’un tas de matières végétales , dont la fermentation favorise l’accroissement du fœtus et la sortie de l’œuf.

Ces œufs de couleuvre à collier sont ordinairement au nombre de dix-huit ou vingt ‘; aussi l'espèce du serpent à collier serait-elle beaucoup plus nombreuse qu’elle ne l’est, s’il ne devenait pas la proie de plusieurs ennemis même très-faibles, dans le temps qu’il est encore jeune et sans force pour se défendre ; les pies, les mésanges, les moineaux le dévorent , et les grenouilles mêmes s’en nourrissent lorsqu’elles peuvent le saisir sur le bord des marais qu’elles habitent ?.

* Quelquefois ce nombre n'est que de quatorze ou quinze. Gesner a écrit qu'on lui apporta, vers la fin du mois de juin une femelle de l'espèce dont il est question dans cet article,

et que, deux jours après, elle pondit quatorze œufs. ? Lettre déja citée de M. de Sept-Fontaines:

Il rampe sur la terre avec une très-grande vitesse ; il nage aussi, mais avec plus de difficulté qu'on ne l’a cru ‘. Pendant que l'été règne , il vit souvent dans les endroits humides, ainsi que nous l'avons dit, mais on le trouve quelquefois dans les buissons ; d’autres fois il se place sur les branches sèches et élevées des chênes, des saules, des érables, sur les saillies des vieux bâtiments , sur tous les endroits exposés au midi, et où le soleil donne avec le plus de force ; il s’y replie en divers contours ou s’y allonge avec une sorte de volupté, toujours cherchant les rayons de l’astre de la lumière, toujours paraissant se pénétrer avec délices de sa chaleur bienfaisante *. Mais, lorsque la fin de l’automne arrive, il se rapproche des lieux les moins froids, il vient auprès des maisons et se retire enfin dans des trous souterrains à quinze ou vingt pouces de profondeur, souvent au pied des haies , et presque toujours dans un endroit élevé au-dessus des plus fortes inondations; quelquefois il s'empare d’un trou de belette ou de mulot, d’un conduit creusé par une taupe *, d’un terrier abandonné par un lapin , et il passe dans l’engourdissement la saison du grand froid *. Lorsqu'il est adulte, l’ouverture de sa gueule, son gosier et son estomac peuvent être très-dilatés, ainsi que ceux des autres serpents, et il se nourrit alors non-seulement d'herbes, de fourmis et d’autres insectes, mais même de lézards, de grenouilles et de petites souris ; il dévore aussi quelquefois les jeunes oiseaux qu'il surprend dans leurs nids au milieu des buissons, des haies, des branches de jeunes arbres , sur lesquels il grimpe avec facilité 5. Non-seulement il se suspend aux rameaux par le moyen des divers replis de son corps, mais il s'accroche avec sa tête; et comme elle est plus grosse que son cou, il la place souvent entre les deux branches d’une tige fourchue, pour qu’arrêtée par sa saillie, elle lui serve comme d’une espèce de crochet et de point d'appui.

{ « L'épithète de Natrix ou Nageur, donnée au Serpent à « collier, ne lui appartient pas plus qu'aux autres animaux de « son ordre; il nage effectivement, maïs dans les occasions « forcées , et par une lutte pénible , qui bientôt l'épuise et le « noie. » Lettre de M. de Sept-Fontaines.

35 Lettre de M. de Sept-Fontaines.

4 « J'ai vu différentes fois des Serpents à collier trouvés pen- « dant les mois de janvier, de février ou de mars; ils ne pou- « vaient mouvoir que la tête et l'extrémité de la queue, le « reste du corps était roide et dans une inertie absolue. » Ibid —" Ibid.

Son odeur est quelquefois assez sensible , surtout pour les chiens et les autres animaux dont l’odorat est très-fin ‘. Il aime beaucoup le lait; les gens de la campagne prétendent qu’il entre dans les laiteries, et qu’il va boire celui qu’on y conserve. On assure même qu’on l’a trouvé quelquefois replié autour des jambes des vaches, suçant leurs mamelles avec avidité, et les épuisant de laït au point d’en faire couler du sang ?. Pline a rapporté ce fait, qu’à la vérité il attribuait à une autre espèce de serpent que celle dont il est ici question. On a prétendu aussi que le serpent à collier entrait quelquefois par la bouche dans le corps de ceux qui dormaient étendus sur l’herbe fraîche, et qu’on l’en faisait sortir en profitant de ce même goût pour le lait, et en l’attirant par la vapeur du lait bouilli que l’on approchait de la bouche ou de l’anus de celui dans le corps duquel il s'était glissé *. ae

La couleuvre à collier se trouve dans presque toutes les contrées de l’Europe, et il paraît qu’elle peut supporter les climats très-froids, puisqu'elle vit en Ecosse * et en Suède 5.

On a employé sa chair en médecine 6.

M. Cetti 7 a fait mention d’un serpent de Sardaigne qu’on y nomme /e Nageur ou Vipère d’eau : la couleur de ce reptile est cendrée et variée par des taches blanches et noires ; il n’a point de venin, et sa longueur ordinaire est de deux pieds. Peut-être appartient-il à Pespèce de la couleuvre à collier, qui aurait subi, d’une manière plus ou moins marquée, l’influence du climat de la Sardaigne, plus chaud que celui de nos contrées.

‘ Lettre de M. de Sept-Fontaines.

2 Gesner ; à l'endroit déjà cité.

5 L'on peut voir particulièrement, à ce sujet, dansles Mémoires des Curieux de la Nature, une observation très-détaillée du docteur Fromman, médecin de Franconie, et d'après laquelle on pourrait penser que, dans certaines circonstances, il serait difficile de faire sortir le serpent par la bouche, sans risquer de faire étouffer celui qui l'aurait avalé. Mémoire des Curieux de la Nature, décade 1, obser v. 190. Voyez aussi Gesner, à l'endroit déjà cité; Taberna Montanus, 1. 1; Tra gus, Olaus Magnus, Grégoire Horstius (Epist, med. sec. 6), et même Hippocrate, le père de la médecine.

4 Sibbald, à l'endroit déjà indiqué.

5 Fauna suecica.

6 Matthiole.

7 Hist. nat. des Amphibies et des Poissons de la Sardaigne, par M. Francois Cetti.

DES SERPENTS

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