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LA LISSE

Coluber {Natrix) lævis, Merr.; Coluber lævis, Lacep., Latr.; Col. austriacus, Gmel., Daud.; Coronella

austriaca, Laur.

Cette couleuvre a beaucoup de rapports, par sa conformation et par sa grandeur, avec le serpent à collier; elle est, comme ce dernier reptile, très-commune dans plusieurs contrées de l’Europe, et particulièrement aux environs de Vienne en Autriche, où elle a été très-bien décrite et observée avec soin par M. Laurent. Elle se trouve aussi dans quelques provinces septentrionales de France, et nous en avons vu un individu dans la collection de M. d’Antic; mais comme le commencement de notre article sur la nomenclature des serpents était déjà imprimé , lorsque nous avons su que la lisse n’était pas étrangère à nos contrées, nous ne l’avons pas comprise parmi les serpents de France, dont nous avons rapporté les noms dans ce même article relatif à la nomenclature des reptiles. Les habitants de la campagne ont souvent confondu la lisse avec la couleuvre à collier, ou ne l'ont regardée que comme une variété de cette dernière ; et leur opinion a pu être fondée sur ce qu’on les a vues quelquefois accouplées ensemble. Elles forment cependant deux différentes espèces , et il est aisé de distinguer l’une de l’autre par la forme des écailles qu’elles ont sur le dos. Celles du serpent à collier sont relevées par une arête, ainsi que nous l'avons dit, au lieu que celles de la couleuvre, dont il est ici question, sont très-unies ; et c’est delà que nous avons tiré le nom de Zisse, que nous avons cru devoir lui donner.

Le sommet de la tête de cette couleuvre est garni de neuf grandes écailles très-luisantes et très-polies, disposées sur quatre rangs, comme celles que l’on voit sur la tête de la couleuvre à collier et de la couleuvre verte et jaune. Ses yeux sont couleur de feu, et placés au milieu d’une bande très-brune qui s’étend depuis le coin de la bouche jusqu'aux narines, les écailles qui couvrent les mâchoires sont bleuâtres; on voit sur le derrière de la tête deux taches assez grandes d’un jaune un peu foncé, et depuis cet endroit jusqu’à l’extrémité de la queue, règnent. des taches plus petites disposées sur deux rangs, et placées de manière que celles

! Coronella austriaca, 178, Laur. Spec. med., tab. 8, fig. 1. (Cette figure est très-exacte.)

d’une rangée correspondent aux intervalles qui séparent les taches de l’autre rang. Le fond de la couleur du dos est bleuâtre, mêlé de roux vers les côtés du corps où l’on remarque aussi quelques taches. Les plaques qui revêtent le dessous du corps et de la queue sont très-polies, très-luisantes, un peu transparentes, blanchâtres , et présentent des taches rousses , ordinairement d'autant plus grandes qu’elles sont plus près de l’anus ! ; et les jeunes individus ont quelquefois le dessous du corps et la queue d’un roux très-vif qui approche du rouge. |

La lisse paraît aimer les endroits humides ; on la trouve communément dans les vallons ombragés. Il est quelquefois aisé de l’irriter, lorsqu'elle est dans l’état sauvage ; mais en la prenant jeune, on parvient aisément à la rendre très-douce et très-familière , et on est d’autant moins fâché de la voir dans les maisons, qu’elle ne répand point de mauvaise odeur sensible, au moins dans les contrées un peu froides. Elle n’a point de crochets mobiles ; elle ne contient aucun venin, et M. Laurenti s’en est assuré en éprouvant les effets de sa morsure sur des chiens , des chats et des pigeons ?.

La lisse se trouve non-seulement en Europe, mais dans les Indes occidentales et dans les grandes Indes, d’où un individu de cette espèce à été envoyé pour le Cabinet du Roi.

M. Laurenti regarde, avec raison, comme une variété de cette espèce, une couleuvre dont Séba a donné la figure (vol. I, pl. 52, fig. 4), et qui en différait un peu par la couleur rouge du dos, en supposant que cette teinte ne füt pas un effet de l’esprit-de-vin sur l’individu décrit par Séba. Nous aurions regardé aussi, comme une couleuvre lisse, le serpent dont Gronovius a parlé no 22 %, que Séba a fait représenter (vol. IT, p/. 33, fig. 1), etquia de très-crands rapports avec ce reptile, si M. Laurenti, qui a observé la lisse vivante, n’avait ditexpressément qu’elle était très-différente de ce serpent de Gronovius.

M. Cetti a fait mention d'une couleuvre de Sardaigne, appelée Vipera di Secco, vipère de terre. Elle inspire une grande frayeur aux

1 Les grandes plaques sont communément au nombre de cent soixante-dix-huit, et les paires de petites plaques, au nombre de quarante-six.

2 Laur. Spec. med., p. 486.

3 Ce serpent, décrit par Gronovius, avait cent soixantequatorze grandes plaques, et soixante paires de peliles.

habitants de la campagne, quoiqu’elle ne soit pes venimeuse; elle n’a point de crochets mobiles ; sa longueur est de plus de trente pouces ; le dessous de son corps est noirâtre, et le dessus tacheté de noir, comme le dos de la vipère commune, dit M. Cetti !: peut-être ce serpent est-il une variété de la couleuvre lisse.

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