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LA BALEINE BOSSUE

Balæna gibbosa, Bonn. Lacep.!.

Cette baleine a sur le dos cinq ou six bosses ou éminences. Ses fanons sont blancs, et, diton, plus difficiles à fendre que ceux de la baleine franche.

Elle a d’ailleurs de très-grands rapports avec ce dernier cétacée. On l’a particulièrement observée dans la mer voisine de la Nouvelle-Angleterre.

LES BALEINOPTÉRES?,

LA BALEINOPTÈRE GIBBAR 3.

Balæna physalus, Linn., Bonn. — Balæna Gibbar, Lacep.

Le gibbar habite dans l'Océan glacial arctique, particulièrement auprès du Groenland.

On le trouve aussi dans l’Océan atlantique septentrional. Il s’avance même vers la ligne, dans

4 Baleine à bosses. — Baleine à six bosses. — Scras whale , par les Anglais.— Xnobbel-visch, par les Hollandais. Knabbel-visch, ibid. — Knoten-fisch , par les Allemands. — Balæna gibbosa. Linnée, édit. de Gmelin: — Balæna bipinnis, gibbis dorsalibus sex. Brisson , Regn. anim., pag. 551, n° 4, — Baleine à bosses. Bonnaterre, planches de l'Encycl. méth. — dem. Edition de Bloch, publiée par R. R. Castel. — Erxleben, Mammal., pag. 610, n0 5, — Balœna gibbis vel nodis sex, balæna macra. Klein, Miss. pisc. 2, pag. 15.— Knoltenfisch, oder knobbelfisch. Anders, Isl., pag. 225. — Jdein. Cranz, Groenland., pag. 146. — Houttuyn, Nat. Hist. 5, pag, 488. — Müller, Natur. 1, p. 495. — Transact. philosoph., n° 587, pag. 258.

2 Voyez, à la tête de ce volume, le tableau des ordres, genres et espèces de cétacées , et l’article qui le précède , et qui est intitulé : Vue générale des célacées.

5 Balænoptera gibbar.— Baleine américaine. — Finnfisch, par les Allemands. — Vinvisch, par les Hollandais. — Finnfisk, par les Suédois. — Reider, en Laponie. — Ror hual , en Norwége.— Finne-fisk, ibid.— Tue qual, ibid.— Stor-hval , ibid. — Hunfubaks , en Islande. — Hunfubaks, ibid. (par opposition avec le nom de sleltbakr, donné à la baleirie franche , qui n'a pas de nageoire sur le dos.— Skidis fiskar, nom donné en Islande aux cétacées qui ont des fanons et le ventre sans plis. — Tunomlick, en Groenland. — Kepolak, ibid. — Kepokarsoac, ibid. — Fin-fish, par les Anglais. — Baleine Gibbar. Bonnaterre , planches de l'Encycl. méth.— Idem. Edit. de Bloch , publiée par R: R. Castel, — Balæna fistulâ duplici in medio anteriore capite, dorso extremo pinni adiposä. Fann. Suecic. 50. — Balæna, fistula in medio capite , tubero pinuiformi in extremo dorso. Artedi, gen. 77, syn. 407. — Balæna edentula, corporestrictiore , dorso pinnato. Rai, pag. 9. — J’raie Baleine, Gibbar. Rondelet , Histoire des poissons , première partie , livre 46, cha: pitre'8, édition de Lyon , 1558. — Balæna tripinnis, ventre Iævi. Brisson, Regn. anim., p. 352, n°5. — Klein, Miss, pise., 2, pag. 45. — Sibb. Scot. an., pag. 23. — Oth. Fabric, Faun. Groenland. pag. 35.

cet Océan atlantique, au moins jusque près du. trentième degré, puisque le gibbar est peut-être ce Physétère des anciens, dont Pline parle dans le chapitre 6 de son neuvième livre, et dont il dit qu’il pénètre dans la Méditerranée , et puisque Martens l’a réellement vu dans le détroit de Gibraltar en 1673. L'auteur de l’Histoire des pêches des Hollandais dit aussi que le gibbar entre dans la mer Méditerranée. Mais il paraît que dans le grand Océan , moins effrayé par les navigateurs et moins tourmenté par les pêcheurs, il vogue jusque dans la zone torride. On peut croire, en effet, qu’on doit rapporter au gibbar la baleine Finback ou à nageoire sur le dos, que le capitaine Colnett a vue, non-seulement auprès des côtes de Californie, mais encore auprès du golfe de Panama, et par conséquent de l’équateur. Ce fait s’accorderait d’ailleurs très-bien avec ce que nous avons dit de relatif à l'habitation des très-grands cétacées, en traitant de la baleine franche, et avec ce que des auteurs ont écrit du séjour du gibbar dans les mers qui baignent les côtes de l’Inde.

Le gibbar peut égaler la baleine franche par sa longueur, mais non pas par sa grosseur. Son volume et sa masse sont très-inférieurs à ceux du plus grand des cétacées.

D'ailleurs , M. Olafsen, et M. Povelsen, premier médecin d'Islande , disent que le gibbar a quatre-vingts aunes danoïses, ou plus de cinquante mètres, de longueur ; mais que la baleine franche est longue de plus de cent aunes danoises, ou de plus de soixante-trois mètres !.

Le dessous de sa tête est d’un blanc éclatant; sa poitrine et son ventre présentent la même couleur; le reste de sa surface est d’un brun que le poli et le luisant de la peau rendent assez brillant. L’ensemble de la tête représente une sorte de cône dont la longueur égale le tiers de la longueur totale. La nuque est marquée par une dépression bien moins sensible que dans la baleine franche ; la langue n’a pas une très-grande étendue ; l’œil est situé très-près de l’angle formé par la réunion des deux mâchoires. Chaque pectorale est ovale, attachée assez près de l’œil , et aussi longue quelquefois que le huitième ou le neuvième de la longueur du cétacée.

1 Voyage en Islande, par MM. Olafsen et Povelsen , rédigé par ordre du roi dé Dauemarck , sous la direction de l'académie des Sciences de Copenhague, et traduit par M. Gauthier de la Peyronie , t. KEE, p. 250,

Les fanons sont si courts , que souvent leur longueur ne surpasse pas leur hauteur. Les crins qui les terminent sont longs, et comme tordus les uns autour des autres. On a écrit, avec raison , que ces fanons sont bleuâtres; mais on aurait dû ajouter , avec l’auteur de l'Histoire des pêches des Hollandais, que leur couleur change avec l’âge , et qu’ils deviennent bruns et bordés de jaune.

Vers l’extrémité postérieure du dos s’éleve cette nageoire que l’on retrouve sur toutes les baieinoptères, et qui rapproche la nature des cétacées de celle des poissons dont ils partagent le séjour. Cette nageoire dorsale doit être particulièrement remarquée sur le gibbar : elle est triangulaire, courbée en arrière à son sommet, et haute du quinzième ou environ de la longueur totale.

Le gibbar se nourrit de poissons assez grands, surtout de ceux qui vivent en troupes trèsnombreuses. Il préfère les gades, les scombres, les salmones, les clupées, et particulièrement les maquereaux, les salmones arctiques et les barenss.

Il les atteint, les agite , les trouble, et les engloutit d'autant plus aisément, que, plus mince et plus délié que la baleine franche, il est plus agile et nage avec une rapidité plus grande. II lance aussi avec plus de violence , élève à une plus grande hauteur l’eau qu’il rejette par ses évents, et qui, retombant de plus haut, est entendue de plus loin. |

Ces mouvements plus fréquents, plusprompts, et plus animés, paraissent influer sur ses affections habituelles, en rendant ses sensations plus variées, plus nombreuses et plus vives. Il semble que , dans cette espèce, la femelle chérit davantage son petit, le soigne plus attentivement, le soutient plus constamment avec ses bras, le protége, pour ainsi dire, et contre ses ennemis et contre les flots avec plus de sollicitude, le défend avec plus de courage.

Ces différences dans la forme, dans les attributs, dans la. nourriture, montrent pourquoi le gibbar ne paraît pas toujours dans les mêmes KR aux mêmes époques que la baleine franche.

Elles peuvent aussi faire soupçonner pourquoi ce cétacée a un lard moins épais, une graisse moins abondante.

C’est cette petite quantité de substance huileuse qui fait que les pêcheurs ne cherchent pas

DES BALEINES

beaucoup à prendre le gibbar. Sa très-grande vitesse le rend d’ailleurs très-difficile à atteindre. Il est même plus dangereux de l’attaquer que de combattre la baleine franche : il s’irrite davantage ; les coups qu’il donne alors avec ses nageoires et sa queue sont terribles. Avant que les Basques, redoutant la masse du plus grand des cétacées, osassent affronter la baleine franche , ils s’attachaient à la pêche du gibbar : mais l'expérience leur apprit qu'il était et plus difficile de poursuivre et plus hasardeux de harponner ce cétacée que la première des baleines. Martens rapporte que, des matelots d’une chaloupe pêcheuse ayant lancé leur harpon sur un gibbar, l’animal, fayant avec une vélocité extrême , les surprit, les troubla, les effraya au point de les empêcher de songer à couper la corde fatale qui attachait la nacelle au harpon et les entraiïna sous un vaste banc de glaçons entassés , où ils perdirent la vie.

Cependant on assure que la chair du gibbar a le goût de celle de l’acipensère esturgeon, et dans quelques contrées, comme dans le Groenland, on fait servir à plusieurs usages domestiques les nageoires, la peau, les tendons et les os de ce cétacée.

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