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BOJOBIT,
LE
DES SERPENTS
tête qui est plus large. L'un et l’autre l'ont assez grande sans que cependant elle paraisse disproportionnée. Le tour de la gueule présente une sorte de bordure remarquable que l’on observe dans plusieurs boa, mais qui est ordinairement plus sensible dans l’hipnale à proportion de sa grandeur; elle est composée de grandes écailles très-courbées , concaves à l’extérieur, et qui étant ainsi comme creusées , forment une sorte de petit canal qui borde les deux mâchoires. On a mis ce serpent au nombre des cérastes ! ou serpents cornus; il leur ressemble en effet par ses proportions ; mais les cérastes ont deux rangées de petites plaques sous la queue, et d’ailleurs il n’a aucune apparence de corne. Il se nourrit de chenilles, d’araignées , et d’autres petits insectes ; et comme il est trèsagréable par ses couleurs sans être dangereux, on doit le voir avec plaisir venir dans les environs des habitations, les délivrer d’une vermine toujours trop abondante dans les pays trèschauds. Il a ordinairement cent soixante-dixneuf grandes plaques sous le corps, et cent vingt sous la queue. Les écailles qui recouvrent sa tête sont semblables à celles du dos; mais le dessus du museau présente quatorze écailles un peu plus grandes.
LE BOJOBI ?.
Boa canina, Merr., Linn., Schneid., Latr., Daud.; Boa aurantiaca, B. thalassina et B. exigua, Laur.; Boa Hypnale, Lacep , Schn., Daud.®.
Quoique le bojobi n’égale point le serpent devin par sa force, sa grandeur ni la magnificence de sa parure, quoiqu'il cède en tout à ce roi des serpents, il n’en occupe pas moins une place distinguée parmi ces animaux ; et peutêtre le premier rang lui appartiendrait, si l’espèce du devin était détruite. La longueur à laquelle il peut parvenir est assez considérable ; et il ne faut pas en fixer les limites d’après celles que présentent les individus de cette espèce conservés dans les cabinets #. Il doit être bien plus grand lorsqu'il a acquis toutson développe-
4 Séba, à l'endroit déjà cité.
3 Tetrauchoalt Tleoa.—Le Bojobi. M. Daubenton, Encycl. méth. — Séba, mus, 2, tab. 81, fig. 1, et tab. 96, fig. 2.
5 M. Merrem rapporte ce reptile à l'espèce précédente. D.
4 L'individu que nous avons décrit, et qui fait partie de la collection de Sa Majesté, a deux pieds onze pouces de longuenr totale, et à peu près sept pouces depuis l'aqus jusqu'à l'extrémité de la queue.
ment : et s’il faut s’en rapporter à ce qu’on a écrit de ce boa, sa longueur ne doit pas être très-inférieure à celle du serpent devin. L’on a dit qu'il se jetait sur des chiens et d’autres gros animaux, et qu’il les dévorait !; et à moins qu’on ne lui ait attribué des faits qui appartiennent au devin, le bojobi doit avoir une longueur et une force considérables pour pouvoir mettre à mort et avaler des chiens et d’autres animaux assez gros.
Ce serpent, qui ne se trouve que dans les contrées équatoriales, habite également l’ancien et le Nouveau-Monde; mais il offre , dans les grandes Indes et en Amérique, le signe de la différence du climat, dans les diverses nuances qu’il présente, quoique d’ailleurs le bojobi de l'Amérique et celui des Indes se ressemblent par la place des taches, la proportion du corps, la forme de la tête, des dents, des écailles, par tout ce qui peut constituer l'identité d’espèce. Le bojobi du Brésil est d’un beau vert de mer plus ou moins foncé, qui s'étend depuis le sommet de la tête jusqu’à l'extrémité de la queue, et sur lequel sont placées, d'espace en espace, des taches blanches irrégulières, dont quelques-unes approchent un peu d’une lozange, et qui sont toutes assez clair-semées et distribuées avec assez d'élégance pour former sur le corps du bojobi un des plus beaux assortiments de couleurs. Ses écailles sont d’ailleurs extrèmement polies et luisantes ?; elles réfléchissent si vivement la lumière, qu’on lui a donné, ainsi qu’au serpent devin, le nom indien de Tleoa, qui veut dire serpent de feu : aussi, lorsque le bojobi brille aux rayons du soleil, et qu’il étale sa croupe resplendissante d’un beau vert et d’un blanc éclatant, on croirait voir une longue chaîne d’émeraudes, au milieu de laquelle on aurait distribué des diamants ; et ces nuances sont relevées par la couleur jaune du dessous de son ventre, qui, à certains aspects, encadre, pour ainsi dire, dans de l’or, le vert et le blanc du dos.
Le bojobi des grandes Indes ne présente pas cet assemblage de vert et de blanc; mais*il réunit l'éclat de l’or à celui des rubis. Le vert est remplacé par de l’orangé; et les taches du dos sont jaunâtres et bordées d’un rouge très-
* M. Linnée paraît avoir adopté cette opinion en donnant au Bojobi lépithète de canina; de même qu'il à donné celle de murina à un boa quise nourrit de rats.
3 Elles sont rhomboïdaias,
vif, Voilà donc les deux variétés du bojobi qui ont reçu l’une et l’autre une parure éclatante d'autant plus agréable à l’œil, que le dessin en est simple et par conséquent facilement saisi. ;
On doit considérer ces serpents avec d'autant plus de plaisir, qu’il paraît qu’ils ne sont point venimeux, qu’ils ne craignent pas l’homme , et qu’ils ne cherchent pas à lui nuire; s’ils n’ont pas une sorte de familiarité avec lui comme plusieurs couleuvres , s’ils ne souffrent pas ses caresses , ils ne fuient pas sa demeure ; ils vont souvent dans les habitations ; ils ne font de mal à personne si on ne les attaque point, mais on ne lesirrite pas en vain; ils mordent alors avec force, et même leur morsure est quelquefois suivie d’une inflammation considérable qui, augmentée par la crainte du blessé, peut, diton, donner la mort, si on n’y apporte point un prompt remède, en nettoyant la plaie, en coupant la partie mordue, ete. Néanmoins , suivant les voyageurs qui attribuent des suites funestes à la morsure du bojobi, ces accidents ne doivent pas dépendre d’un venin qu’il ne paraît pas contenir; et ce n’est que parce que ses dents sont très-acérées ‘ qu’elles font des blessures dangereuses, de même que toutes les espèces de pointes ou d’armes trop effilées ?.
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LE RATIVORE ÿ.
Boa murina, Merr., Linn., Lacep., Latr.; Boa Scytale, Linn., Schn.; Boa Anaconda, Daud., Cuv. ; Boa Gigas, Latr. *.
On trouve en Amérique, ainsi qu'aux grandes Indes, ce boa, dont la tête est conformée à peu près comme celle du devin, et couverte d’écailles rhomboïdales, unies ainsi que celles
#11 y a deux rangs de dents à la mâchoire supérieure ; les plus voisines du museau sont longues et recourbées comme les crochets à venin de la vipère, mais elles ne sont ni mobiles ni creuses.
2? Le bojobi a ordinairement deux cent trois grandes plaques sous le corps, et soixante-dix-sept sous la queue. Le dessus de sa tête est garni d'écailles semblables à celles du dos. Les deux os, qui composent chaque mâchoire, sont trèsséparés l'un de l'autre dans la partie du museau, et ainsi qu'on le voit dans la vipère commune. Les lèvres sont couvertes de grandes écailles, sur lesquelles on observe un sillon assez profond, et qui sont communément au nombre de vingt-trois sur la mâchoire supérieure, et de vingt-cinq sur l'inférieure. ;
5 Le Mangeur de rats. M. Daubenton, Encycl. méth.—Gronovius, mus. 2, p.70, n° 44. — Séba, mus. 2, tab. 29, fig. 1.
4 Ge boa ne différe pas du scytale, aussi MM. Merrem et Cuvier les considèrent-il; tous deux comme appartenant à une seule espèce. D
du dos, et à peu près de la même grandeur. I] n’a point de crochets à venin, et ses lèvres sont bordées de grandes écailles.
Le dessus du corps de ce boa est blanchâtre, ou d’un vert de mer, avec cinq rangées longitudinales de taches ; la rangée du milieu est come posée de taches rousses, irrégulières, blanches dans leur centre, placées très-près l’une de l’autre, et se touchant en plusieurs endroits; les deux raies suivantes sont formées de taches roussâtres, chargées d’un demi-cerele blanchâtre, du côté de l’intérieur, ce qui leur donne l’apparence des taches appelées yeux sur les ailes des papillons ; les deux rangées extérieures présentent enfin des taches rousses qui correspondent aux intervalles des rangées dont les taches ressemblent à des yeux. On voit sur le derrière de la tête cinq autres taches rousses et allongées , dont les deux extérieures s'étendent jusqu'aux yeux du serpent.
Le rativore a ordinairement deux cent cinquante-quatre grandes plaques sous le corps , et soixante-cinq sous la queue. Un individu de cette espèce , apporté de Ternate au Cabinet du Roi, a deux pieds six pouces de longueur, et sa queue est longue de quatre pouces deux lignes.
Il se nourrit de rats et d’autres petits animeux , ainsi que plusieurs autres serpents.