‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 333 sur 470 · QUI N'À PAS ENCORE ÉTÉ DÉCRIT · texte numérisé non relu

QUI N'À PAS ENCORE ÉTÉ DÉCRIT

Linnée avait cru pouvoir inscrire dans six genres tous les serpents connus de son temps. Il avait donné à ces familles les noms de Couleuvre , de Boa, de Crotale, d'Anguis, d'Amphishène et de Cécilie. Il avait compris dans le premier genre les serpents qui ont une rangée de grandes lames écailleuses au-dessous du corps, et deux rangées de petites lames audessous de la queue; dans le second , ceux de ces reptiles qui présentent un rang de grandes lames au-dessous de la queue, aussi bien qu’audessous du corps ; dans le troisième , ceux dont la queue est terminée par de grandes écailles d'une forme particulière, qui rend ces pièces susceptibles de s’emboiter les unes dans les autres ; dans le quatrième, les serpents dont le dessous du corps et le dessous de la queue offrent de petites écailles conformées et disposées comme celles du dos; dans le cinquième, ceux dont le corps et la queue sont renfermés dans une suite d’anneaux écailleux ; et enfin, dans le sixième, les serpents qui, revêtus d'une peau visqueuse, montrent sur chacun de leurs côtés une série de plis membraneux.

« il n'avait que deux testicules et deux verges. Les testicules « étaient blancs, comme à l'ordinaire, un peu allongés ; ils « avaient tous leurs appendices etse trouvaient placés comme « ils ont coutume d'être, non pas à côté l'un de l'autre, mais « l'un un peu plus haut, c'est-à-dire plus près de la tête que « l'autre. Les deux verges, conformées à l'ordinaire, avaient « leur position accoutumée dans la queue; elles étaient héris- « sées de pointes à leur extrémité, comme elles le sont dans « les vipères et dans les autres serpents qui se traînent sur le a ventre.

« En pressant les deux verges de ce serpent à deux têtes, « j'en fis sortir la liqueur séminale ordinaire, dont l'odeur est « forte et désagréable. J'ai eu occasion d'observer deux ser- « pents à deux queues, et je ne leur ai trouvé non plus que « deux verges, et non pas quatre, de même qu'aux lézards « verts et aux lézards à deux queues.

__« Les deux cerveaux contenus dans les deux têtes étaient « semblables entre eux, tant pour le volume que pour la con- « formation. Les deux moelles épinières, après avoir traversé « respectivement les vertèbres des deux cous, se réunissaient « à la naissance du dos en un seul tronc qui régnait jusqu’à « l'extrémité de la queue. »

4 Annales du Muséum, 1805, t. II, p, 280.

Lorsque je publiai, en 1789, l'Histoire naturelle des Serpents, je crus devoir ajouter deux genres aux six que Linnée avait établis; j’inscrivis à la suite de ces derniers les serpents qui , comme le reptile décrit à Madagascar par Bruguière, ont le dessous de la partie antérieure du corps revêtu de grandes lames, la partie postérieure du corps entourée d’anneaux, et l'extrémité de la queue garnie de petites écailles sur toute sa surface; je conservai à ces serpents le nom de Zangaha , que leur donnent les Madégasses; et j'adoptai pour huitième genre celui que Hornstedt avait fait connaître, qu’il avait appelé Acrochorde, et dont tous les individus ont le corps et la queue parsemés de petits tubercules.

Je propose aujourd’hui aux naturalistes un nouveau genre de serpents. Il est en effet impossible de comprendre dans un des genres déjà admis par les méthodistes une espèce de ces reptiles qui est encore inconnue , et dont je vais exposer les principaux caractères. Les individus qu'elle renferme ont une seule rangée de plaques au-dessous du corps, de même que les couleuvres, les boa et les crotales. Mais au lieu de présenter au-dessous de la queue une seule rangée de lames écailleuses, comme les crotales et les boa, ou deux rangs de petites lames, comme les couleuvres , ils ont la portion inférieure de la queue couverte, de même que dans les anguis , de petites écailles arrangées et figurées comme celles du dos. Ils offrent une véritable queue d'anguis au bout d’un corps de couleuvre , de boa eu de crotale : ils montrent par conséquent une combinaison de téguments écailleux, que l’on n’avait pas encore observée. Nous donnerons à ce genre le nom d'Erpéton ; qui, de toutes les dénominations employées par les anciens pour désigner des serpents ou des reptiles, est la seule que les modernes n’aient pas encore appliquée à un genre.

Mais l’espèce dont la conformation nous a paru rendre nécessaire l'établissement d’un genre nouveau dans la classe des serpents, n’est pas seulement remarquable par les caractères génériques que nous venons d’indiquer ; elle l’est encore par la forme de son crâne et par celle de quelques autres de ses parties. Le dessus de $a tête est couvert, comme le crâne des couleuvres non venimeuses , de neuf lames écailleuses plus grandes que les écailles du dos ; mais ces neuf lames ont une disposition parti

culière. Elles sont placées sur cinq rangs transversaux : le premier ou le plus éloigné du museau en comprend deux ; le second n’en montre qu’une ; le troisième, le quatrième et le cinquième en offrent deux plus petites que les trois autres; et l’on distingue les orifices des narines dans les deux lames de la dernière rangée. Les deux os qui composent chaque mächoire sont très-écartés l’un de l’autre, comme dans les couleuvres-vipères et venimeuses ; et cependant l’intérieur de la bouche ne recèle aucun crochet mobile et à venin; les dents sont très-petites et arrangées comme celles des eouleuvres les moins malfaisantes. De plus, on voit à la mâchoire supérieure et à l’extrémité du museau deux appendices charnus, deux sortes de tentacules dont on na encore vu d’analogues sur le museau d'aucun serpent, excepté sur celui des cécilies. Ces tentacules, bien différents de la petite pyramide écailleuse qui s’élève sur chacun des yeux du céraste', et de l’excroissance dure et unique qui arme le bout du museau de l’ammodyte, sont très-flexibles, prolongés horizontalement en avant, assez longs et recouverts d’écailles très-petites, mais placées les unes au-dessus des autres, et semblables par leur figure aux écailles dorsales. La présence de ces tentacules m'a déterminé à donner le nom spécifique de tenlaculé à l’erpéton que j'ai examiné.

Toutes les écailles qui recouvrent ce serpent sont d’ailleurs relevées par une arête longitudinale, Les lames qui garnissent le dessous du corps et y forment une bande longue et étroite, sont bien moins lisses encore. Elles présentent chacune deux arêtes longitudinales; et c’est un trait que je n’avais encore vu dans aucune espèce de serpent. Ces lames ou plaques sont

* Voyez la cescription que j'ai dounée de ces sortes de petites cornes à l'article du Céraste, p. 544

hexagones et inégales en grandeur. Elles sont d'autant plus petites, qu’elles sont éloignées vers la tête ou vers l’anus , du milieu ou à peu près, de la longueur du corps proprement dit; et il faut faire remarquer que la rangée de ces lames hexagones , doublement relevées par une arèête, et situées au-dessus du corps, ne commence qu’à une distance de la gorge, plus grande que la longueur de la tête.

Bien loin d’avoir une queue très-courte comme les cécilies , les erpétons tentaculés en ont une dont la longueur est à peu près égale au tiers de la longueur du corps proprement dit.

Nous ignorons quel est le pays habité par ces serpents. L’individu très-bien conservé que nous avons décrit, et qui avait plus d’un demimètre de longueur, fait partie de la belle collection donnée par la Hollande à la France, et déposée maintenant dans le Muséum national d'histoire naturelle. Nous avons compté, sur la partie inférieure du corps de cet individu, cent vingt lames ou plaques ; et le dessous de la queue nous a présenté quatre-vingt-dix-neuf rangées transversales d'écailles semblables à celles du dos.

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