NATURE
tous ses détails l’ensemble de ces vaisseaux absorbants, soit qu’ils contiennent une sorte de lait que l’on nomme chyle, ou qu’ils renferment une lymphe nourricière ; nous ne pouvons pas montrer ces canaux sinueux qui pénètrent jusques à toutes les cavités, se répandent auprès de tous les organes, arrivent à un si grand nombre de points de la surface, sucent, pour ainsi dire, partout les fluides surabondants auxquels ils atteignent , se réunissent, se séparent, se divisent, font parvenir jusqu'aux glandes qu’ils paraissent composer par leurs circonvolutions, les sues hétérogènes qu'ils ont aspirés , les y modifient par le mélange, les y vivifient par de nouvelles combinaisons , les y élaborent par le temps, les portent enfin convenablement préparés jusqu’à deux réceptacles, et les poussent, par un orifice garni de valvules, jusque dans la veine cave , presque à l’endroit où ce dernier conduit ramène vers le cœur le sang qui a servi à l’entretien des différentes parties du corps de l’animal. Nous pouvons dire seulement que cette organisation , cette distribution, et ces effets si dignes de l’attention du physiologiste, sont très-analogues , dans les poissons, aux phénomènes et aux conformations de ce genre que l’on remarque dans les autres animaux à sang rouge. Les vaisseaux absorbants sont même plus sensibles dans les poissons ; et c’est principalement aux observations dont ces organes ont été l’objet dans les animaux dont nous recherchons la nature, qu’il faut rapporter une grande partie des progrès que l’on a faits assez récemment dans la connaissance des vaisseaux lymphatiques où lactés, et des glandes conglobées des autres animaux.
Le sang des poissons ne sort donc de la veine cave, pour entrer dans le cœur, qu'après avoir reçu des vaisseaux absorbants les différents sucs qui seuls peuvent donner à ce fluide la faculté de nourrir les diverses parties du corps qu'il arrose : mais il n’a pas encore acquis toutes les qualités qui lui sont nécessaires pour entretenir la vie ; il faut qu’il aille encore dans les organes respiratoires recevoir un des éléments essentiels de son essence. Quelle est cependant la route qu’il suit pour se porter à ces
1 L'on tronvera particulièrement des descriptions très-bien faites et de beaux dessins des vaisseaux absorbants des pois- | sons, dans le grand ouvrage que le savant Monro a publié sur ces animaux
organes, et pour se distribuer ensuite dans les différentes partie du corps ? Quelle est la composition de ces mêmes organes ? Montrons rapidement ces deux grands objets.
Le cœur, principal instrument de la circulation, presque toujours contenu dans une membrane très-mince que l'on nomme péricarde, et variant quelquefois dans sa figure, suivant l’espèce que l’on examine, ne renferme que deux cavités : un ventricule, dont les parois sont très-épaisses, ridées, et souvent parsemées de petits trous; et une oreillette beaucoup plus grande, placée sur le devant de la partie gauche du ventricule, avec lequel elle communique par un orifice garni de deux valvules !, C’est à cette oreillette qu’arrive le sang avant qu’il soit transmis au ventricule; et il y parvient par un ample réceptacle qui constitue véritablement la veine cave, ou du moins l'extrémité de cette veine, que l’on a nommé sinus veineux, qui est placé à la partie postérieure de l'oreillette, et qui y aboutit par un trou, au bord duquel deux valvules sont attachées.
Le sang, en sortant du ventricule, entre, par un orifice que deux autres valvules ouvrent et ferment, dans un sac artériel ou très-grande cavité que l’on pourrait presque comparer à un second ventricule, qui se resserre lorsque le cœur se dilate, et s’épanouit au contraire lorsque le cœur est comprimé, dont les pulsations peuvent être très-sensibles, et qui, diminuant de diamètre, forme une véritable artère à laquelle le nom d’aorte a été appliqué. Cette artère est cependant l’analogue de celle que l’on a nommée pulmonaire dans l’homme, dans les quadrupèdes à mamelles, et dans d’autres animaux à sang rouge, Elle conduit, en effet, le sang aux branchies, qui, dans les poissons, remplacent les poumons proprernent dits; et pour le répandre au milieu des diverses portions de ces branchies dans l’état de division nécessaire, elle se sépare d’abord en deux troncs, dont lun va vers les branchies de droite, et l’autre vers les branchies de gauche. L’un et l’autre de ces deux troncs se partagent en autant de branches qu’il y a de branchies de chaque côté, et il n’est aucune de ces branches qui n'envoie à chacune des lames que l’on voit dans une bran-
! Toutes les fois que nous emploierons dans cet ouvrage les mots antérieur, inférieur, postérieur, supérieur, etc., aous supposerons le poisson dans sa position la plus naturelle, c'est-à-dire dans la situation horizontale.
chie, un rameau qui se divise, très-près de la surface de ces mêmes lames, en un très-grand nombre de ramifications, dont les extrémités disparaissent à cause de leur ténuité,
Ces nombreuses ramifications correspondent à des ramifications analogues, mais veineuses, qui, se réunissant successivement en rameaux et en branches, portent le sang réparé, et, pour ainsi dire, revivifié par les branchies, dans un tronc unique, lequel, s’avançant vers la queue le long de l’épine du dos, fait les fonctions de la grande artère nommée aortle descendante dans l’homme et dans les quadrupèdes, et distribue dans presque toutes les parties du corps le fluide nécessaire à leur nutrition.
La veine qui part de la branchie la plus antérieure ne se réunit cependant avec celle qui tire son origine de la branchie la plus voisine, qu'après avoir conduit le sang vers le cerveau et les principaux organes des sens ; mais il est bien plus important encore d'observer que les veines qui prennent leur naissance dans les branchies, non-seulement transmettent le sang qu’elles contiennent au vaisseau principal dont nous venons de parler, mais encore qu’elles se déchargent dans un autre tronc qui se rend directement dans le grand réceptacle par lequel la veine cave est formée ou terminée.
Ce second tronc, que nous venons d'indiquer, doit être considéré comme représentant la veine pulmonaire, laquelle, ainsi que tout le monde le sait, conduit le sang des poumons dans le cœur de l’homme, des quadrupèdes, des oiseaux et des reptiles. Une partie du fluide ranimé dans les branchies des poissons va done au cœur de ces derniers animaux, sans avoir circulé de nouveau par les artères et les veines; elle repasse donc par les branchies, avant de se répandre dans les différents organes qu’elle doit arroser et nourrir ; et peut-être même vat-elle plus d’une fois, avant de parvenir aux portions du corps qu’elle est destinée à entretenir, Chercher dans ces branchies une nouvelle quantité de principes réparateurs.
Au reste, le sang parcourt les routes que nous venons de tracer, avec plus de lenteur qu'il ne circule dans la plupart des animaux plus rapprochés de l’homme que les poissons.
Son mouvement serait bien plus retardé encore, s’il n’était dû qu'aux impulsions que le cœur donne, et qui se décomposent et s’anéantissent, au moins en grande partie, au milieu
des nombreux circuits des vaisseaux sanguins, et s'il n'était pas aussi produit par la force des muscles qui environnent les artères et les veines.
Mais, quels sont donc ces organes particuliers que nous nommons branchies ! et par quelle puissance le sang en reçoit-il le principe de la vie?
Ils sont bien plus variés que les organes respiratoires des animaux que l'on a regardés comme plus parfaits. [ls peuvent différer, en effet, les uns des autres, suivant la famille de poissons que l’on examine, non-seulement par leur forme, mais encore par le nombre et par les dimensions de leurs parties. Dans quelques espèces, ils consistent dans des poches ou bourses composées de membranes plissées ?, sur la surface desquelles s'étendent les ramifications artérielles et veineuses dont j'ai déjà parlé; et jusqu'à présent on a compté de chaque côté de la tête six ou sept de ces poches ridées et à grande superficie *.
Mais le plus souvent les branchies sont formées par plusieurs arcs solides et d’une courbure plus ou moins considérable, Chacun de ces arcs appartient à une branchie particulière.
Le long de la partie convexe, on voit quelquefois un seul rang, mais le plus communément deux rangées de petites lames plus ou moins solides et flexibles, et dont la figure varie suivant le genre et quelquefois suivant l’espèce. Ces lames sont d’ailleurs un peu convexes d'un côté, et un peu concaves du côté opposé, appliquées l’unecontre l’autre, attachées à l’are, liées ensemble, recouvertes par des membranes de diverses épaisseurs, ordinairement garnies de petits poils plus ou moins apparents, et plus nombreux sur la face convexe que sur la face concave, et revêtues, sur leurs surfaces, de ces ramifications artérielles et veineuses si multipliées, que nous avons déjà décrites.
La partie concave de l'arc ne présente pas de lames; mais elle montre ou des protubérances courtes et unies, ou des tubérosités rudes et arrondies, ou des tubercules allongés, ou des rayons, ou de véritables aiguillons assez courts.
+ Ces organes ont été aussi appelés ouies; maïs nous avons supprimé cette dernière dénomination comme impropre, partant d'une fausse supposition, et pouvant faire naître des erreurs, ou au moins des équivoqu' s et de l'obscurité.
3 Voyez l'article du Pétromyzon lamproîie.
# El y a septbranchies dechaque côté dans les pétromyzons, et six daus les gastrobranches,
SUR LA NATURE
Tous les arcs sont élastiques et garnis vers leurs extrémités de muscles qui peuvent, suivant le besoin de l'animal, augmenter momentanément leur courbure, ou leur imprimer d’autres mouvements.
Leur nombre, ou, ce qui est la même’chose, le nombre des branchies est de quatre de chaque côté dans presque tous les poissons : quelquesuns cependant n’en ont que trois à droite et trois à gauche”; d’autres en ont cinq ?. On connaît une espèce de squale qui en a six, une seconde espèce de la même famille qui en présente sept; et ainsi on doit dire que l’on peut compter en tout, dans les animaux que nous observons, depuis six jusqu’à quatorze branchies : peut-être néanmoins y a-t-il des poissons qui n’ont qu'une ou deux branchies de chaque côté de la tête.
Nous devons faire remarquer encore que les proportions des dimensions des branchies avec celles des autres parties du corps ne sont pas les mêmes dans toutes les familles de poissons ; ces organes sont moins étendus dans ceux qui vivent habituellement au fond des mers ou des rivières , à demi enfoncés dans le sable ou dans la vase, que dans ceux qui parcourent en nageant de grands espaces, et s’approchent souvent de la surface des eaux *.
Au reste, quels que soient la forme, le nombre et la grandeur des branchies , elles sont placées, de chaque côté de la tête, dans une cavité qui n’est qu’une prolongation de l'intérieur de la gueule ; ou si elles ne sont composées que de poches plissées, chacune de ces bourses communique par un ou deux orifices avec ce même intérieur , pendant qu’elle s'ouvre à l'extérieur par un autre orifice. Mais, comme nous décrirons en détail “ les légères différences que la contexture de ces organes apporte dans l’arrivée du fluide nécessaire à la respiration des poissons, ne nous occupons maintenant que des branchies qui appartiennent au plus grand nombre de ces animaux , et qui consistent principalement dans des ares solides et dans une ou deux rangées de petites lames.
1 Les tétrodons.
2 Les raies et la plupart des squales.
5 De grands naturalistes, et même Linnée, ont cru pendant longtemps que les poissons cartilagineux avaient de véritables poumons en même temps que des branchies, et ils les ont en conséquence séparés des autres poissons, en leur donnant le nom d'amphibies nageurs; l'on trouvera, dans les articles relatifs aux diodons, l'origine de cette erreur, dont on a dû Ja première réfutation à Vicq-d'Azir et à M. Broussonnet,
4 Dans l'article dn Pétromyzon lamproie.
DES POISSONS
Souvent l’eau entre par la bouche, pour parvenir jusqu’à la cavité qui, de chaque côté de la tête, renferme les branchies ; et lorsqu’elle a servi à la respiration, et qu’elle doit être remplacée par un nouveau fluide, elle s'échappe par un orifice latéral, auquel on a donné le nom d'ouverture branchiale . Dans quelques espèces, dans les pétromyzons, dans les raies, et dans plusieurs squales , Peau surabondante peut aussi sortir des deux cavités et de la gueule par un ou deux petits tuyaux ou évents, qui, du fond de la bouche, parviennent à l’extérieur du corps vers le derrière de la tête. D'autres fois l’eau douce ou salée est introduite par les ouvertures branchiales , et passe par les évents ou par la bouche lorsqu'elle est repoussée
en dehors ; ou, si elle pénètre par les évents, |
elle trouve une issue dans l’ouverture de la gueule ou dans une des branchiales.
L’issue branchiale de chaque côté du corps n’est ouverte ou fermée dans certaines espèces que par la dilatation ou la compression que l’animal peut faire subir aux muscles qui environnent cet orifice; mais communément elle est garnie d'un opercule ou d’une membrane, et le plus souvent de tous les deux à la fois.
L'opercule est plus ou moins solide, composé d’une ou de plusieurs pièces, ordinairement garni de petites écailles , quelquefois hérissé de pointes ou armé d’aiguillons; la membrane, placée en tout ou en partie sous l’opercule , est presque toujours soutenue,comme une nageoire, par des rayons simples qui varient en nombre suivant les espèces ou les familles, et,mus par des muscles particuliers, peuvent, en s’écartant ou en se rapprochant les uns des autres, déployer ou plisser la membrane. Lorsque le poisson veut fermer son ouverture branchiale, il abat son opercule, il étend au-dessous sa membrane, il applique exactement et fortement contre les bords de l’orifice les portions de la circonférence de la membrane ou de l’opercule qui ne tiennent pas à son corps; il a, pour ainsi dire, à sa disposition, une porte un peu flexible et un ample rideau pour clore la cavité de ses branchies.
Mais nous avons assez exposé de routes,
4 Dans le plus grand nombre de poissons, il n'y a qu'une ouverture branchiale de chaque côté de la tête; mais, dans les raies et dans presque tous les squales, il y en a cinq à droite et cinq à gauche; il y en a six dans une espèce particulière de squale, et sept dans une autre espècè de la même famille, ainsi que dans tous les pétromyzons.
montré de formes, développé d'organisations ; il est temps de faire mouvoir les ressorts que nous avons décrits. Que les forces que nous avons indiquées agissent sous nos yeux; remplaçons la matière inerte par la matière productive, la substance passive par être actif, le corps seulement organisé par le corps en mouvement; que le poisson reçoive le souffle de la vie; qu il respire.
En quoi consiste cependant cet acte si iImportant, si involontaire, si fréquemment renouvelé, auquel on a donné le nom de respiration ?
Dans les poissons , dans les animaux à branchies , de même que dans ceux qui ont recu des poumons , il n’est, cet acte, que l'absorption d’une quantité plus ou moins grande de ce gaz oxygène qui fait partie de l’air atmosphérique, et qui se retrouve jusque dans les plus grandes profondeurs de la mer. C’est ce gaz oxygène qui, en se combinant dans les branchies avec le sang des poissons , le colore par son union avec Îles principes que ce fluide lui présente, etlui donne, par la chaleur qui se dégage, le degré de température qui doit appartenir à ce liquide : et comme, ainsi que tout le monde le sait, les
| corps ne brülent que par l’absorption de ce même
oxygène, la respiration des poissons, semblable à celle des animaux à poumons , n’est donc qu'une combustion plus ou moins lente; et même au milieu des eaux , nous voyons se réaliser cette belle et philosophique fiction de la poésie ancienne, qui, du souffle vital qui anime les êtres , faisait une sorte de flamme secrète plus ou moins fugitive.
L'oxygène, amené par l’eau sur les surfaces si multipliées, et par conséquent si agissantes, que présentent les branchies, peut aisément parvenir jusqu’au sang contenu dans les nombreuses ramifications artérielles et veineuses que nous avons déjà fait connaître. Cet élément de la vie peut, en effet, pénétrer facilement au travers des Henri qui composent ou recouvrent ces petits vaisseaux sanguins, il peut passer au travers de pores trop petits pour les globules du sang. On ne peut plus en douter depuis que l’on connaît l’expérience par laquelle Priestley a prouvé que du sang renfermé dans une vessie couverte même avec de la graisse, n’en était pas moins altéré dans sa couleur par l'air de l’atmosphère, dont l’oxygène fait partie; et l’on a su de plus, par Monro, que lorsqu'on injecte, avec une force modérée ,
de l’huile de térébenthine colorée par du vermil- Jon dans l'artère branchiale de plusieurs poissons, et particulièrement d’une raie récemment morte, une portion de l’huile rougie transsude au travers des membranes qui composent les branchies et ne les déchire pas.
Mais cet oxygène qui s’introduit jusque dans les petits vaisseaux des branchies, dans quel fluide les poissons peuvent-ils le puiser? Est-ce une quantité plus ou moins considérable d’air atmosphérique disséminé dans l’eau, et répandu jusque dans les abimes les plus profonds de l'Océan, qui contient tout l'oxygène qu'exige le sang des poissons pour être revivifié? ou pourrait-on croire que l’eau, parmi les éléments de laquelle on compte l’oxygène, est décomposée par la grande force d’affinité que doit exercer sur les principes de ce fluide un sang trèsdivisé et répandu sur les surfaces multipliées des branchies? Cette question est importante ; elle est liée avec les progrès de la physique animale : nous ne terminerons pas ce discours sans chercher à jeter quelque jour sur ce sujet, dont nous nous sommes occupés les premiers, et que nous avons discuté dans nos cours publics, dès l’an 117 ; continuons cependant, quelle que soit la source d’où découle cet oxygène, d'exposer les phénomènes relatifs à la respiration des poissons.
Pendant l'opération que nous examinons, le sang de ces animaux non-seulement se combine avec le gaz qui lui donne la couleur et la vie, mais encore se dégage, par une double décomposition, des principes qui l’altèrent. Ces deux effets paraissant , au premier coup d’œil, pouvoir être produits au milieu de l’atmosphère aussi bien que dans le sein des eaux, on ne voit pas tout d’un coup pourquoi, en général , les poissons ne vivent dans l'air que pendant un temps assez court, quoique ce dernier fluide puisse arriver plus facilement jusque sur leurs branchies ; et leur fournir bien plus d'oxygène qu'ils n’ont besoin d’en recevoir. On peut cependant donner plusieurs raisons de ce fait remarquable. Premièrement, on peut dire que l'atmosphère, en leur abandonnant de l’oxygène avec plus de promptitude ou en plus grande quantité que l’eau, est pour leurs branchies ce
que l’oxygène très-pur est pour les poumons de |
l’homme, des quadrupèdes, des oiseaux et des reptiles; l’action vitale est trop augmentée au milieu de l'air, la combustion trop précipitée,
SUR LA NATURE
l'animal, pour ainsi dire, consumé. Secondement, les vaisseaux artériels et veineux, disséminés sur les surfaces branchiales, n’étant pas contenus dans l’atmosphère par la pression d’un fluide aussi pesant que l’eau , cèdent à l’action du sang devenue beaucoup plus vive, se déchirent, produisent la destruction d’un des organes essentiels des poissons, causent bientôt leur mort; et voilà pourquoi, lorsque ces animaux périssent pour avoir été longtemps hors de l’eau : des mers ou des rivières, on voit leurs branchies ensanglantées. Troisièmement enfin, l’air, en desséchant tout le corps des poissons, et particulièrement le principal siége de leur respiration, diminue et même anéantit cette humidité, cette onctuosité, cette souplesse dont ils jouissent dans l’eau , arrête le jeu de plusieurs ressorts, hâte la rupture de plusieurs vaisseaux
et particulièrement de ceux qui appartiennent
aux branchies. Aussi verrons-nous, dans le cours de cet ouvrage, que la plupart des procédés employés pour conserver dans l’air des poissons en vie se réduisent à les pénétrer d'une humidité abondante, et à préserver surtout de toute dessiccation l’intérieur de la bouche, et par conséquent les branchies; et, d’un autre côté, nous remarquerons que l’on parvient à faire vivre plus longtemps hors de l’eau ceux de ces animaux dont les organes respiratoires sont le plus à l’abri sous un opercule et une membrane qui s'appliquent exactement contre les bords de l'ouverture branchiale , ou ceux qui sont pourvus, et, pour ainsi dire, imbibés d'une plussgrande quantité de matière visqueuse.
Cette explication paraîtra avoir un nouveau degré de force, si l’on fait attention à un autre phénomène plus important encore pour le physicien. Les branchies ne sont pas, à la rigueur, le seul organe par lequel les poissons respirent : partout où leur sang est très-divisé et très-rapproché de l’eau, il peut, par son affinité, tirer directement de ce fluide, ou de l'air que cette même eau contient, l'oxygène qui lui est nécessaire. Or, non-seulement les téguments des poissons sont perpétuellement environnés d’eau, mais ce même liquide arrose souvent l'intérieur de leur canal intestinal, y séjourne même; et comme ce canal est entouré d’une très-grande quantité de vaisseaux sanguins, il doit s’opérer dans sa longue cavité, ainsi qu’à la surface extérieure de l’animal, une absorption plus ou moins fréquente d'oxygène, un dégagement
DES POISSONS
plus ou moins grand de principes corrupteurs du sang. Le poisson respire donc et par ses branchies, et par sa peau, et par son tube intestinal ; et le voilà lié, par une nouvelle ressemblance , avec des animaux plus parfaits.
Au reste, de quelque manière que le sang obtienne l'oxygène, c’est lorsqu'il a été combiné avec ce gaz, qu'ayant recu d’ailleurs des vaisseaux absorbants les principes de la nutrition, il jouit de ses qualités dans toute leur plénitude. C’est après cette union que, circulant avec la vitesse qui lui convient dans toutes les parties du corps, il entretient, répare, produit, anime, vivifie. C’est alors que, par exemple, les muscles doivent à ce fluide leur accroissement, leurs principes conservateurs et le maintien de l'irritabilité qui les caractérise.
Ces organes intérieurs de mouvement ne présentent, dans les poissons, qu’un très-petit nombre de différences générales et sensibles, avec ceux des autres animaux à sang rouges Leurs tendons s’insèrent, à la vérité, dans la peau; ce qu’on ne voit ni dans l’homme, ni dans la plupart des quadrupèdes : mais on retrouve la même disposition non-seulement dans les serpents qui sont revêtus d’écailles, mais encore dans le porc-épic et dans le hérisson qui sont couverts de piquants. On peut cependant distinguer les muscles des poissons par la forme des fibres qui les composent, et par le degré de leur irritabilité !, En effet, ils peuvent se séparer
4 Nous croyons devoir indiquer dans cette note le nombre et la place des principaux muscles des poissons.
Premièrement, on voit régner de chaque côté du corps un muscle qui s'étend depuis la tête jusqu'à l'extrémité de la queue, et qui est composé de plusieurs muscles transversaux, semblables les uns aux autres, parallèles entre eux, et placés obliquement. — Secondement, la partie supérieure du corps et de la queue est recouverte par deux muscles longitudinaux, que l'on à nommés dorsaux, et qui occupent l'intervalle laissé par les muscles des côtés. Lorsqu'il y a une nageoire sur le dos, ces muscles dorsaux sont interrompus à l'endroit de cette nageoïre, et par conséquent il y en a quatre au lieu de deux; on en compte six, par une raison semblable, lorsqu'il y a deux nageoires sur le dos, et huit, lorsqu'on voit trois nageoires dorsales. — Troisiéèmement , les muscles latéraux se réunissent au-dessous du corps proprement dit; mais, au-dessous de la queue, ils sont séparés par deux muscles longitudinaux qui sont interrompus et divisés en deux paires, lorsqu'il y a une‘seconde nageoire de l'anus. — Quatrièmement , la tête présente plusieurs muscles, parmi lesquels on en distingue quatre plus grands que les autres, dont deux sont placés au-dessous des yeux, et deux dans la mächoire inférieure. On remarque aussi celui qui sert à déployer la membrane branchiale, et qui s'attache, par un tendon particulier, à chacun des rayons qui soutiennent cette membrane, — Cinquièmement, chaque nageoire pectorale a deux muscles releveurs placés sur la surface externe des 0s que l'on a comparés aux clavicules et aux omoplates, et deux
encore plus facilement que les muscles des animaux plus composés, en fibres très-déliées; et comme .ces fibrilles, quelques ténues qu’elles soient, paraissent toujours aplaties et non cylindriques, on peut dire qu’elles se prêtent moins à la division que l’on veut leur faire subir dans un sens que dans un autre, puisqu'elles conservent toujours deux diamètres inégaux; ce que l’on n’a pas remarqué dans les muscles de l’homme, des quadrupèdes , des oiseaux, ni des reptiles. 1
De plus, l’irritabilité des muscles des poissons paraît plus grande que celle des autres animaux à sang rouge ; ils cèdent plus aisément à des stimulants égaux. Et que l’on n’en soit pas étonné : les fibres musculaires contiennent deux principes : une matière terreuse ét’une matière glutineuse. L’irritabilité paraît dépendre de la quantité de cette dernière substance; elle est d'autant plus vive que cette matière glutineuse est plus abondante , aïnsi qu’on peut s’en convaincre en observant les phénomènes que présentent les polypes, d’autres zoophytes , et en général tous les jeunes animaux. Mais, parmi les animaux à sang rouge, en est-il dans lesquels ce gluten soit plus répandu que dans les poissons? Sous quelque forme que se présente cette substance, dont la présence sépare les êtres organisés d’avee la matière brute, sous quelque modification qu’elle soit, pour ainsi dire, déguisée, elle se montre dans les poissons en quantité bien plus considérable que dans les animaux plus parfaits ; eb voilà pourquoi leur tissu cellulaire contient plus de cette graisse huileuse que tout le monde connaît; et voilà pourquoi encore toutes les parties de leur corps sont pénétrées d’une huile que l’on retrouve particulièrement dans leur foie, et qui est assez abondante dans certaines espèces de poissons, pour que l’industrie et le commerce l’emploient abaisseurs situés sous ces mêmes os. — Sixièmement , les rayons des nageoires du dos et de l'anus ont également chacun quatre muscles, dont deux releveurs occupent la face antérieure de l'os qui retientle rayon et que l'onnommeaileron, et dont deux abaisseurs sont attachés aux côtés de ce même aileron, et vont s'insérer obliquement derrière la base du rayon qu'ils sont destinés à coucher le long du corps ou de la queue. — Septièmement, trois muscles appartiennent à chaque nageoire iaférieure : celui qui sert à l'étendre couvre la surface externe de l'aileron, qui représente une partie des os du bassin, et les deux autres qui l'abaissent partent de la surface interne de cet aileron. — Huitièmement enfin, quatre muscles s'attachent à la nageoire de la: queue, un droit et deux obliques ont reçu le nom de supérieurs; etl'on nomme
inférieur, à cause de sa position, le quatrième de ces muscles puissants
avec avantage à satisfaire plusieurs besoins de l’homme.
C’est aussi de cette huile, dont l’intérieur même des poissons est abreuvé, que dépend la transparence plus ou moins grande que présentent ces animaux dans des portions de leur corps souvent assez étendues et même quelquefois un peu épaisses. Ne sait-on pas, en effet, que pour donner à une matière ce degré d’homogénéité qui laisse passer assez de lumière pour produire la transparence, il suffit de parvenir à l’imprégner d’une huile quelconque? et ne le voit-on pas tous les jours dans les papiers huilés avec lesquels on est souvent forcé de chercher à remplacer le verre?
Un autre phénomène très-digne d’attention doit être rapporté à cette huile, que l’art sait si bien et depuis si longtemps extraire du corps des poissons : c’est leur phosphorescence. En effet, non-seulement leurs cadavres peuvent, comme tous les animaux et tous les végétaux qui.se décomposent, répandre, par une suite de leur altération et des diverses combinaisons que leurs principes éprouvent, une lueur blanchâtre que tout le monde connait ; non-seulement ils peuvent pendant leur vie, et particulièrement dans les contrées torrides , se pénétrer pendant le jour d’une vive lumière solaire qu’ils laissent échapper pendant la nuit, qui les revêt d’un éclat très-brillant, et en quelque sorte d’une couche de feu, et qui a été si bien observée dans le Sénégal par le citoyen Adanson; mais encore ils tirent de cette matière huileuse, qui s’insinue dans toütes leurs parties et qui est un de leurs éléments , la faculté de paraitre revêtus , indépendamment de tel ou tel temps et de telle ou telle température, d’une lumière qui, dans les endroits où ils sont réunis en très-grand nombre, n’ajoute pas peu au magnifique spectacle que présente la mer lorsque les différentes causes qui peuvent en rendre la surface phosphorique agissent ensemble et se déploient avec force ‘. Ils augmentent d’autant plus la beauté de cette immense illumination que la poésie a métamorphosée en appareil de fête pour les divinités des eaux, que leur clarté parait de très-loin, et qu’on l’apercçoit très-bien Jors même qu’ils sont à d’assez grandes profondeurs. Nous tenons d’un de nos plus savants
4 Des poissons qu'on fait bouillir dans de l'eau, la rendent quelquefois phosphorique. (Obs. du docteur Beale, Trans. Phil., 1666.)
SUR LA NATURE
confrères, M. Borda, que des poissons, nageant à près de sept mètres au-dessous de la surface d’une mer calme, ont été vus très-phosphoriques.
Cette huile ne donne pas uniquement un vain éclat aux poissons ; elle les maintient au milieu de l'eau contre l’action altérante de ce fluide. Mais, indépendamment de cette huile conservatrice, une substance visqueuse, analogue à cette matière huileuse, mais qui en diffère par plusieurs caractères, et par conséquent par la nature ou du moins par la proportion des principes qui la composent, est élaborée dans des vaisseaux particuliers , transportée sous les téguments extérieurs, et répandue à la surface du corps par plusieurs ouvertures. Le nombre, la position, la forme de ces ouvertures, de ces canaux déférents, de ces organes sécréteurs , varient suivant les espèces; mais, dans presque tous les poissons, cette humeur gluante suinte particulièrement par des orifices distribués sur différentes parties de la tête, et par d’autres orifices situés le long du corps et de la queue, placés de chaque côté, et dont l’ensemble a reçu le nom de ligne latérale. Cette ligne est plus sensible lorsque le poisson est revêtu d’écailles facilement visibles, parce qu’elle se compose alors non-seulement des pores excréteurs que nous venons d'indiquer, mais encore d’un canal formé d'autant de petits tuyaux qu’il y a d’écailles sur ces orifices , et creusé dans l’épaisseur de ces mêmes écailles. Elle varie d’ailleurs avec les espèces , non-seulement par le nombre et depuis un jusqu’à trois de chaque côté, mais encore par sa longueur, sa direction, sa courbure, ses interruptions et les piquants dont elle peut être hérissée.
Cette substance visqueuse, souvent renouvelée, enduit tout l'extérieur du poisson, empêche l'eau de filtrer au travers des téguments, et donne au corps, qu’elle rend plus souple, la faculté de glisser plus facilement au milieu des eaux, que cette sorte de vernis repousse, pour ainsi dire.
L'huile animale, qui vraisemblablement est le principe élaboré pour la production de cette humeur gluante, agit donc directement ou indirectement, et à l'extérieur et à l’intérieur des poissons ; leurs parties même les plus compactes et les plus dures portent l’empreinte de sa nature, et on retrouve son influence et même son essence jusque dans la charpente solide sur la-
DES POISSONS
quelle s'appuient toutes les parties molles que nous venons d'examiner.
Cette charpente, plus ou moins compacie, peut être cartilagineuse ou véritablement osseuse. Les pièces qui la composent présentent, dans leur formation et dans leur développement, le même phénomène que celles qui appartiennent au squelette des animaux plus parfaits que les poissons ; leurs couches intérieures sont les premières produites, les premières réparées , Les premières sur lesquelles agissent les différentes causes d’accroissement. Mais lorsque ces pièces sont cartilagineuses , elles diffèrent beaucoup d’ailleurs des os des quadrupèdes, des oiseaux et de l’homme. Enduites d’une mucosité qui n’est qu’une manière d’être de l’huile animale si abondante dans les poissons, elles ont des cellules et n'ont pas de cavité proprement dite : elles ne contiennent pas cette substance particulière que l’on a nommée moelle osseuse dans l’homme, les quadrupèdes et les oiseaux : elles offrent l'assemblage de différentes lames.
Lorsqu’elles sont osseuses, elles se rapprochent davantage, par leur contexture, des os de l’homme, des oiseaux et des quadrupèdes. Mais nous devons renvoyer au discours sur les parties solides des poissons tout ce que nous avons à dire encore de la charpente de ces derniers animaux : c’est dans ce discours particulier que nous ferons connaître en détail la forme d’une portion de leur squelette, qui, réunie avec la tête, constitue la principale base sur laquelle reposent toutes les parties de leur corps. Cette base, qui s’étend jusqu'à l'extrémité de la queue, consiste dans une longue suite de vertebres, qui, par leur nature cartilagineuse ou osseuse, séparent tous les poissons en deux grandes sous-elasses : celle des cartilagineux et celle des osseux ‘. Nous montrerons, dans le discours que nous venons d'annoncer, la figure de ces vertèbres, leur organisation, les trois conduits longitudinaux qu’elles présentent ; la gouttière supérieure, qui reçoit la moelle épinière ou dorsale ; le tuyau intérieur, alternativement large et resserré, qui contient une substance gélatineuse que l’on a souvent confondue avec la moelle épinière; et la gouttière inférieure, qui met à l’abri quelques-uns des vaisseaux sanguins dont nous avons déjà parlé.
3 V, l'art. intitulé De la nomenclature des poissons.
Nous tâcherons de faire observer les couches, dont le nombre augmente dans ces vertèbres à mesure que l'animal croit, les nuances remarquables , et, entre autres, la couleur verte, qui les distinguent dans quelques espèces. Nous verrons ces vertèbres, d’abord très-simples dans les cartilagineux, paraitre ensuite dénuées de côtes, mais avec des apophyses ou éminences plus ou moins saillantes et plus ou moins nombreuses , à mesure qu’elles appartiennent à des espèces plus voisines des osseux, et être enfin, dans ces mêmes osseux, garnies d’apophyses presque toujours liées avec des côtes, et quelquefois même servant de soutien à des côtes doubles. Nous examinerons les parties solides de la tête et particulièrement les pièces des mâchoires; celles qu’on a comparées à des omoplates et à des clavicules ; celles qui, dans quelques poissons auxquels nous avons conservé le nom de silure, représentent un véritable sternum ; les os ou autres corps durs que l’on a nommés ailerons, et qui retiennent les rayons des nageoires ; ceux qui remplacent les os connus dans l’homme et les quadrupèdes sous la dénomination d’os du bassin, et qui, attachés aux nageoires inférieures , sont placés d’autant plus près ou d’autant plus loin du museau, que l’on a sous les yeux tel ou tel ordre des animaux que nous voulons étudier. C’est alors enfin que nous nous convaincrons aisément que les différentes portions de la charpente varient beaucoup plus dans les poissons que dans les autres animaux à sang rouge, par leur nombre, leur forme, leur place, leurs proportions et leur couleur.
Hâtons cependant la marche de nos pensées.
Dans ce moment, le poisson respire devant nous ; Son sang circule , sa substance répare ses pertes; il vit. Il ne peut plus être confondu avec les masses inertes de la matière brute; mais
rien ne le sépare de l’insensible végétal : il n'a
pas encore cette force intérieure, cet attribut puissant et fécond que l’animal seul possède; trop rapproché d’un simple automate, il n’est animé qu'à demi. Complétons ses facultés; éveillons tous ses organes ; pénétrons-le de ce fluide subtil, de cet agent merveilleux, dont l'antique et créatrice mythologie fit une émanation du feu sacré ravi dans le ciel par l’audacieux Prométhée : il n’a reçu que la vie; donnons-lui le sentiment.
Voyons donc la source et le degré de cette
sensibilité départie aux êtres devenus les objets de notre attention particulière ; ou, ce qui est la même chose, observons l’ensemble de leur système nerveux.
Le cerveau, la première origine des nerfs, et par conséquent des organes du sentiment, est très-petit dans les poissons, relativement à l'étendue de leur tête : il est divisé en plusieurs lobes ; mais le nombre, la grandeur de ces lobes et leurs séparations diminuent à mesure que l'on s'éloigne des cartilagineux, particulièrement des raies et des squales, et qu’en parcourant les espèces d’osseux dont le corps très-allongé ressemble par sa forme extérieure à celui d’un serpent , ainsi que celles dont la figure est plus où moins conique, on arrive aux familles de ces mêmes osseux qui, telles que les pleuronectes, présentent le plus grand aplatissement.
CoMmmunément la partie intérieure du cerveau est un peu brune, pendant que l’extérieure ou la corticale est blanche et grasse. La moelle épinière qui part de cet organe, et de laquelle dérivent tous les nerfs qui n’émanent pas directement du cerveau, s'étend le long de la colonne vertébrale jusqu'à l'extrémité de la queue; mais nous avons déjà dit qu’au lieu de pénétrer dans l’intérieur des vertèbres , elle en parcourt le dessus, en traversant la base des éminences pointues, ou apophyses supérieures, que présentent ces mêmes vertebres. Il n'est donc pas surprenant que, dans les espèces de poissons dont ces apophyses sont un peu éloignées les unes des autres à sause de la longueur des vertèbres, la moelle épinière ne soit mise à l’abri sur plusieurs points de la colonne dorsale, que par des muscles, la peau et des écailles.
Mais l’énergie du système nerveux n’est pas uniquement le produit du cerveau; elle dépend aussi de la moelle épinière ; elle réside même dans chaque nerf, et elle en émane d’autant plus que l’on est plus loin de l’homme et des animaux très-composés, et plus près par conséquent des insectes et des vers, dont les différents organes paraissent plus indépendants les uns des autres dans leur jeu et dans leur existence.
Les nerfs des poissons sont aussi grands à proportion que ceux des animaux à mamelles, quoiqu'’ils proviennent d’un cerveau beaucoup plus petit.
SUR LA NATURE
- Tâchons cependant d’avancer vers notre but de la manière la plus prompte et la plus sûre, et examinons les organes particuliers dans lesquels les extrémités de ces nerfs s’épanouissent, qui reçoivent l’action des objets extérieurs, et qui, faisant éprouver au poisson toutes les sensations analogues à sa nature, . complètent l'exercice de cette faculté, si digne des recherches du philosophe, à laquelle on a donné le nom de sensibilité.
Ces organes particuliers sont les sens. Le premier qui se présente à nous est l’odorat. Le siége en est très-étendu , double, et situé entre les yeux et le bout du museau, à une distance plus ou moins grande de cette extrémité. Les nerfs qui y aboutissent partent immédiatement du cerveau , forment ce qu’on a nommé la première paire de nerfs , sont très-épais et se distribuent dans les deux siéges de l’odorat en un très-orand nombre de ramifications, qui, multipliant les surfaces de la substance sensitive, la rendent susceptible d’être ébranlée par de très-faibles impressions. Ces ramifications se répandent sur des membranes très-nombreuses, placées sur deux rangs dans la plupart des cartilagineux, particulièrement dans les raies, disposées en rayons dans les osseux , et garnissant l’intérieur des deux cavités qui renferment le véritable organe de l’odorat. C’est dans ces cavités que l’eau pénètre pour faire parvenir les particules odorantes dont elle est chargée, jusqu’à l’épanouissement des nerfs olfactifs; elle y arrive, selon les espèces, par une ou deux ouvertures longues, rondes ou ovales ; elle y circule, et en est expulsée pour faire place à une eau A : , par les contractions que l’animal peut faire subir à chacun de ces deux organes.
Nous venons de dire que les veux sont situés au delà, mais assez près des narines. Leur conformation ressemble beaucoup à celle des yeux de l’homme, des quadrupèdes , des oiseaux et des reptiles ; mais voici les différences qu'ils présentent. Ils ne sont garantis ni par des paupières ni par aucune membrane clignotante; cette humeur que l’on nomme aqueuse, et qui remplit l’intervalle situé entre la cornée et le cristallin, y est moins abondante que dans les animaux plus parfaits; l'humeur vitrée, qui occupe le fond de l’intérieur de l’organe , est moins épaisse que dans les oiseaux, les quadrupèdes et homme; le cristallin est plus
DES POISSONS
vonvexe, plus voisin de la forme entièrement sphérique, plus dense, pénétré, comme toutes les parties des poissons, d’une substance huileuse, et par conséquent plus inflammable.
Les vaisseaux sanguins qui aboutissent à l'organé de la vue sont d’ailleurs plus nombreux ou d’un plus grand diamètre dans les poissons que dans la plupart des autres animaux à sang rouge; et voilà pourquoi le sang s’y porte avec plus de force lorsque son cours ordinaire est troublé par les diverses agitations que l’animal peut ressentir.
Au reste, les yeux ne présentent pas à l’extérieur la même forme, et ne sont pas situés de même dans toutes les espèces de poissons. Dans les unes ils sont très-petits, et dans les autres assez grands; dans celles-ci presque plats, dans celles-là très-convexes ; dans le plus grand nombre de ces espèces, presque ronds; dans quelques-unes , allongés ; tantôt très-rapprochés et placés sur le sommet de la tête, tantôt trèsécartés et occupant les faces latérales de cette même partie, tantôt encore très-voisins et appartenant au même côté de l’animal ; quelquefois disposés de manière à recevoir tous les deux des rayons de lumière réfléchis par le même objet, et d’autres fois ne pouvant chacun embrasser qu’un champ particulier. De plus, ils
sont, dans certains poissons, recouverts en par- tie et mis comme en sûreté par une petite saillie que forment les téguments de la tête; et, dans d’autres, la peau s'étend sur la totalité de ces organes, qui ne peuvent plus êtré aperçus que comme au travers d’un voile plus ou moins épais. La prunelle enfin n’est pas toujours ronde ou ovale, mais on la voit quelquefois terminée par un angle du côté du museau !.
A la suite du sens de la vue, celui de l’ouïe se présente à notre examen. Les sciences naturelles sont maintenant trop avancées pour que nous puissions employer même un moment à réfuter l’opinion de ceux qui ont pensé que les poissons n’entendaient pas. Nous n'annoncerons donc pas comme autant de preuves de la
4 Les yeux du poisson que l'on a nominé anableps, et duquel on a dit qu'il avait quitre yeux, présentent une conformation plus remarquable encore et plus différeute de celle que montrent les yeux des animaux plus composés. Nous avons fait connaître la véritable organisation des yeux de cet anableps, dans un mémoire lu l'année dernière à l'Institut de France : elle est une nouvell: preuve des résultats que ce discours renferme ; et on en trouvera l'exposition dans la suite de cet ouvrage.
faculté d'entendre dont jouissent ces animaux , les faits que nous indiquerons en parlant de leur instinct; nous ne dirons pas que, dans tous les temps et dans tous les pays, on a su qu’on ne pouvait employer avec succès certaines manières de pècher qu’en observant le silence le plus profond ‘; nous n’ajouterons pas, pour réunir des autorités à des raisonnements fondés sur l'observation, que plusieurs auteurs anciens attribuaient cette faculté aux poissons, et que particulièrement Aristote parait devoir être compté parmi ces anciens naturalistes ? ; mais nous allons faire connaître la forme de l'organe de l’ouie dans les animaux dont nous voulons soumettre toutes les qualités à nos recherches.
Dès 1673, Nicolas Stenon de Copenhague a vu cet organe, et en a indiqué les principales parties *; ce n’est cependant que depuis les travaux des anatomistes récents, Geoffroy le père, Vieq-d’Azyr, Camper, Monro et Scarpa, que nous en connaissons bien la construction.
Dans presque aucun des animaux qui vivent habituellement dans l’eau, et qui reçoivent les impressions sonores par l'intermédiaire d’un fluide plus dense que celui de l’atmosphère, on ne voit ni ouverture extérieure pour l’organe de l’ouie, ni oreille externe, ni canal auditif extérieur, ni membrane du tympan, ni cavité du même nom, ni passage aboutissant à l’intérieur de la bouche et connu sous le nom de {rompe d’Eustache , ni osselets auditifs correspondants à ceux que l'on a nommés enclume, marteau ou étrier, ni limaçon, ni communication intérieure désignée par la dénomination de fenétre ronde. Ces parties manquent en effet, non-seulement dans les poissons, mais encore dans les salamandres aquatiques ou à queue plate, dans un grand nombre deserpents “, dans les crabes, et daus d’autres animaux à sang blane, tels que les sépies, qui ont un organe de l’ouie et qui habitent au milieu des eaux. Mais les poissons
4 Parmi plusieurs voyageurs que nous pourrions citer à l'appui de faits dont il n'est personne , au reste, qui n'ait pu être témoin, nous choisissons Belon, qui dit que lorsque, dans la Propontide, on veut prendre les poissons endormis, on évite tous les bruits par lesquels ils pourraient être réveillés (LE c. 65.)
2 Histoire des Animaux, L. IV,
3 Actes de Copenhague, an. 1675, obs. 89.
4 Les serpents ont cependant uu os que l'on pourrait Comparer à un des osselets auditifs, et qui s'étend depuis la mâchoire supérieure jusqu'a l'ouverture intérieure appelée fenétre ovales
n'en ont pas moins reçu, ainsi que les serpents dont nous. venons de parler, un instrument auditif, composé de plusieurs parties très-remarquables, très-grandes et très-distinctes. Pour mieux faire connaître ces diverses portions , examinons-les d’abord dans les poissons cartilagineux. On voit premièrement, dans l'oreille de plusieurs de ces derniers animaux , une ouverture formée par une membrane tendue et élastique, ou par une petite plaque cartilagineuse et semblable ou très-analogue à celle que l’on nomme fenétre ovale dans les quadrupèdes et dans l’homme. On apercoit ensuite un vestibule qui se trouve dans tous les cartilagineux, et que remplit une liqueur plus ou moins aqueuse; et auprès se montrent également , dans tous ces poissons, trois canaux composés d’une membrane transparente et cependant ferme et épaisse, que l’on à nommés demi-circulaires, quoiqu’ils forment presque un cercle, et qui ont les plus grands rapports avec les trois canaux membraneux que l’on découvre dans l’homme et dans les quadrupèdes!. Ces tuyaux demi-cireulaires, renfermés dans une cavité qui n’est qu'une continuation du vestibule, et qu'ils divisent de manière à produire une sorte de labyrinthe, sont plus grands à proportion que ceux des quadrupèdes et de l’homme; contenus souvent en partie dans des canaux cartilagineux que l’on voit surtout dans Îes raies, et remplis d’une humeur particulière, ils s’élargissent en espèce d’ampoules, qui reçoivent la pulpe dilatée des ramifications acoustiques, et doivent être comprises parmi les véritables siéges de l’ouie.
Indépendamment des trois canaux, le vestibule contient trois petits sacs inégaux en volume, composés d’une membrane mince, mais ferme et élastique, remplis d’une sorte de gelée ou de lymphe épaissie, contenant chacun un ou deux petits corps cartilagineux, tapissés de ramifications nerveuses très-déliées, et pouvant être considérés comme autant de siéges de sensations sonores.
Les poissons osseux et quelques cartilagineux, tels que la lophie baudroie, n’ont point de fenêtre ovale ; mais leurs canaux demi-circulaires sont plus étendus , plus larges et plus réunis les uns aux autres. Ils n’ont qu’un sac membraneux, au lieu de trois : mais cette espèce
& V, le bel ouvrage de Scarpa sur les sens des animaux.
SUR LA NATURE
de poche, qui renferme un ou deux corps durs d’une matière osseuse ou crétacée, est plus grande, plus remplie de substance gélatineuse; et d’ailleurs, dans la cavité par laquelle les trois canaux demi-cireulaires communiquent ensemble, on trouve le plus souvent un petit corps semblable à ceux que contiennent les petits sacs.
Il y a donc dans l'oreille des poissons, ainsi que dans celle de l’homme, des quadrupèdes, des oiseaux et des reptiles , plusieurs siéges de l’ouie. Ces divers siéges n'étant cependant que des émanations d’un rameau de la cinquième paire de nerfs, lequel, dans les animaux dont nous exposons l’histoire, est le véritable nerf acoustique, ils ne doivent produire qu'une sensation à la fois, lorsqu'ils sont ébranlés en même temps, au moins s'ils ne sont pas altérés dans leurs proportions , ou dérangés dans leur action, par une cause constante ou accidentelle. :
Au reste, l'organe de l’ouie, considéré dans son ensemble, est double dans tous les poissons, comme celui de la vue. Les deux oreilles sont contenues dans la cavité du crâne, dont elles occupent de chaque côté l'angle le plus éloigné du museau ; et comme elles ne sont séparées que par une membrane de la portion de cette cavité qui renferme le cerveau, les impressions sonores ne peuvent-elles pas être communiquées très-aisément à ces deux organes par les parties solides de la tête, par les portions dures qui les avoisinent, et par le liquide que l’on trouve dans l’intérieur de ces parties solides ?
Il nous reste à parler un moment du goût et du toucher des poissons. La langue de ces animaux étant le plus souvent presque entièrement immobile, et leur palais présentant fréquemment , ainsi que leur langue, des rangées trèsserrées et très-nombreuses de dents, on ne peut pas supposer que leur goût soit très-délicat ; mais il est remplacé par leur odorat, dans lequel on peut le considérer en quelque sorte comme transporté.
Ii n’en est pas de même de leur toucher. Dans presque tous les poissons, le dessous du ventre, et surtout l'extrémité du museau, paraissent en être deux siéges assez sensibles. Ces deux organes ne doivent, à la vérité, recevoir des corps extérieurs que des impressions très-peu completes, parce que les poissons ne peuvent appli-
DES POISSONS
quer leur ventre ou leur museau qu’à quelques parties de la surface des corps qu’ils touchent ;
"mais ces mêmes organes font éprouver à l’animal des sensations très-vives, et l’avertissent fortement de la présence d’un objet étranger. D'ailleurs, ceux des poissons dont le corps allongé ressemble beaucoup par sa forme à celui des serpents, et dont la peau ne présente aucune écaille facilement visible, peuvent, comme les reptiles, entourer même par plusieurs anneaux les objets dont ils s’approchent; et alors non-seulement l'impression communiquée par une plus grande surface est plus fortement ressentie, mais les sensations sont plus distinctes, et peuvent être rapportées à un objet plutôt qu’à un autre. On doit done dire que les poissons ont reçu un sens du toucher beaucoup moins imparfait qu’on n’a pu être tenté de le croire; il faut même ajouter qu’il n’est, en quelque sorte, aucune partie de leur corps qui ne paraisse très-sensible à tout attouchement; voilà pourquoi ils s’élancent avec tant de rapidité lorsqu'ils rencontrent un corps étranger qui les effraie : et quel est celui qui n'a pas vu ces animaux se dérober ainsi, avec la promptitude de l'éclair, à la main qui commençait à les atteindre ?
Mais il ne suffit pas, pour connaitre le degré de sensibilité qui a été accordé à un animal, d'examiner chacun de ses sens en particulier : il faut encore les comparer les uns avec les autres ; il faut encore les ranger suivant l'ordre que leur assigne le plus ou le moins de vivacité que chacun de ces sens peut offrir. Plaçons donc les sens des pojssons dans un nouveau point de vue, et que leur rang soit marqué par leur activité.
Il n’est personne qui, d’après ce que nous venons de dire, ne voie sans peine que l'odorat est le premier des sens des poissons. Tout le prouve, et la conformation de l’organe de ce sens, et les faits sans nombre consignés en partie dans cette histoire, rapportés par plusieurs voyageurs , et qui ne laissent aucun doute sur les distances immenses que franchissent les poissons attirés par les émanations odorantes de la proie qu’ils recherchent, ou repoussés par celles des ennemis qu'ils redoutent. Le siége de cet odorat est le véritable œil des poissons; il les dirige au milieu des ténèbres les plus épaisses, malgré les vagues les plus agi-
tées , dans le sein des eaux les plus troubles, |
les moins perméables aux rayons de la lumière. Nous savons, il est vrai, que des objets de quelques pouces de diamètre, placés sur des fonds blancs, à trente ou trente-cinq brasses de profondeur, peuvent être aperçus facilement dans la mer ‘; mais il faut pour cela que l’eau soit très-calme : et qu'est-ce qu’une trentaine de brasses, en comparaison des gouffres immenses de l'Océan, de ces vastes abimes que les poissons parcourent, et dans le sein desquels presque aucun rayon solaire ne peut parvenir, surtout lorsque les ondes cèdent à l’impétuosité des vents, et à toutes les causes puissantes qui peuvent, en les bouleversant, les mêler avec tant de substances opaques? Si l’odorat des poissons était done moins parfait, ce ne serait que dans un petit nombre de circonstances qu’ils pourraient rechercher leurs aliments , échapper aux dangers qui les menacent, parcourir un espace d’eau un peu étendu : et combien leurs habitudes seraient par conséquent différentes de celles que nous allons bientôt faire connaître!
Cette supériorité de l’odorat est un nouveau rapport qui rapproche les poissons , non-seulement de la classe des quadrupèdes, mais encore de celle des oiseaux. On sait, en effet, maintenant que plusieurs familles de ces derniers animaux ont un odorat très-sensible; et il est à remarquer que cet odorat plus exquis se trouve principalement dans les oiseaux d’eau et dans ceux de rivage ?.
Que l’on ne croie pas néanmoins que le sens de la vue soit très-faible dans les poissons. A la vérité, leurs yeux n'ont ni paupières, ni membrane clignotante; et par conséquent ces animaux n’ont pas reçu ce double et grand moyen qui a été départi aux oiseaux et à quelques autres êtres animés, de tempérer l’éclat trop vif de la lumière, d’en diminuer les rayons comme par un voile, et de préserver à volonté leur organe de ces exercices trop violents ou trop répétés qui ont bientôt affaibli et même détruit le sens le plus actif. Nous devons penser, en effet, et nous tirerons souvent des conséquences assez étendues de ce principe, nous devons penser , dis-je, que le siége d’un sens, quelque parfaite que soit sa composition, ne parvient à toute l’activité dont son organisation est suscep-
4 Notes manuscrites communiquées à M. de Lacépède par plusieurs habiles marins, et principalement par feu son ancien collègue le courageux Kersaint.
? Consultez Scarpa, Gattoni, et d’autres observateurs.
tible, que lorsque, par des alternatives plus ou moins fréquentes , il est vivement ébranlé par un très-grand nombre d’impressions qui développent toute sa force, et préservé ensuite de l’action des corps étrangers, qui le priverait d’un repos nécessaire à sa conservation. Ces alternatives, produites, dans plusieurs animaux dont les yeux sont très-bons, par une membrane clignotante et des paupières ouvertes ou fermées à volonté, ne peuvent pas être dues à la même cause dans les poissons ; et peut-Ctre, d’un autre côté, contestera-t-on qu’au moins, dans toutes les espèces de ces animaux, l'iris puisse se dilater ou se resserrer, et par conséquent diminuer ou agrandir l'ouverture dont il est percé, que l’on nomme prunelle, et qui introduit la lumière dans l’œil, quoique l’inspection de la contexture de cet iris puisse le faire considérer comme composé de vaisseaux susCceptibles de s’allonger ou de se raccourcir. On n’oubliera pas non plus de dire que la vision doit être moins nette dans l’œil du poisson que dans celui des animaux plus parfaits, parce que, l’eau étant plus dense que l’air de l’atmosphère, la réfraction, et par conséquent la réunion que peuvent subir les rayons de la lumière en passant de l’eau dans l’œil du poisson, doivent être moins considérables que celles que ces rayons éprouvent en entrant de l'air dans l’œil des quadrupèdes ou des oiseaux ; car personne n’ignore que la réfraction de la lumière, et la réunion ou l’image qui en dépend, est proportionnée à la différence de densité entre l’œil et
le fluide qui l’environne. Mais voici ce que l’on doit répondre.
Le cristallin des poissons est beaucoup plus convexe que celui des oiseaux, des quadrupèdes et de l’homme; il est presque sphérique : les rayons émanés des objets et qui tombent sur ce cristallin, forment donc ‘avec sa surface un angle plus aigu : ils sont done, tout égal d’ailleurs , plus détournés de leur route, plus réfractés, plus réunis dans une image; car cette déviation, à laquelle le nom de réfraction a été donné, est d'autant plus grande que l'angle d'incidence est plus petit. D’ailleurs le cristallin des poissons est, par sa nature, plus dense
que celui des animaux plus parfaits ; son essence.
augmente donc la réfraction. De plus, on sait maintenantque plus une substance transparente est inflammable, et plus elle réfracte la Iimière avec force. Le cristallin des poissons, imprée-