‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 386 sur 470 · LE SQUALE MARTEAU · texte numérisé non relu

LE SQUALE MARTEAU

Squalus Zygœna, Lacep., Gmel. ; Zygœna Malleus, Valenciennes 2.

Il est peu de poissons aussi connus des marins et de tous ceux qui, sans oser se livrer aux hasards des tempêtes, ou sans pouvoir s’aban-

| donner à un courage qui les porterait à les af-

{ « Poisson juif, pesce jouziou, » à Marseille ( à cause de sa ressemblance avec l'ornement de tête que les juifs portaient autrefois en Provence. ) — Pesce martello, dans plus. dép. mérid. — « Peis limo, limada, toilandolo, » en Espagne. — Ciambetta, à Rome. — Balista, dans plus. endroits d'Italie, — Balance-fish, en Angleterre. -— Chien de mer marteau Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonnaterre, planches de l'Enc. méth.— Id. Broussonnet, mém. de l'Acad. des Sc., 1780. — Squalus corpore malleiformi, Bloch, Hist. des poissons étr, part. 4, pl. 417. — Cestracion fronte artàs formd, Klein. miss. pisc. 5, p. 15, n. 1. — Libella ciambeita, Saly. Aquat., p.128, 129. — Zibella, balista, caynolu, Bélon. Aquat., p, 61. — « Sq. capite latissimo transverso malleiformi,» Mus. ad. fri. 4, p. 52. — « Squalus capite latissimo transverso mallei instar, » Art. gen. 67, syn. 96. — Gronov. mus. 4, n. 159, Zooph., n. 146. — Sphyrœna Gillii, Mus. besler, p. 55, tab. 25. — Arist. anim., I. 2, c. 15. — Ælian. ane 1.9, c. 49. — Gesner, Aquat., p. 1050, Icon. an., p. 150. — Aldrov. pisc., p. 408, — Jonston, pic, p. 29, tab. 7, fig. 8 et 9, — « Marteau, poisson juif, zygæna, libella, » Rondelet, part. 4,1. 13, c. 10. — Zigéne, Du Tertre, Ant.2, p, 207. — Requin, Fermin, Surin. 2, p. 248. — Pantouflier, Labat. Amer. 4, p.501. — Willugbby, Ichthyol., p. 55, tab. B, 4. — Balance-fish, Raï., pisc., p. 20, n.7. — Marteau, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat.— Charleton, p. 128.— Oppian., 1. 1,p. 14. — Marteau, Duhamel, Traité des pêches, part. 2, sect. 9, p. 505, pl. 21, fig. 5, 8.

2 M. Cuvier a créé un sous-genre particulier pour cette espèce et la suivante sous le nom de MARTEAU zygæna. M. Valenciennes a fait connaître deux autres espèces de la mème division. D.

DES POISSONS

fronter, aiment à suivre par la pensée les hardis navigateurs dansleurs courses lointaines. Toutes les mers sont habitées par le marteau : sa conformation est frappante; elle le fait aisément distinguer de presque tous les autres poissons ; et son souvenir est d’autant plus durable, que sa voracité l’entraine souvent autour des bâtiments, au milieu des rades, auprès des côtes, qu’il s’y montre fréquemment à la surface de l’eau, et que sa vue est toujours aécompagnée du danger d’être la victime de sa férocité. Aussi n'est-il presque aucune relation de voyage sur mer qui ne fasse mention de l’apparition de quelque marteau, qui n'indique quelqu’ure de ses habitudes redoutables , n’expose, au moins imparfaitement, sa forme, ne soit ornée d’une figure plus ou moins exacte de cet animal ; et depuis longtemps on ne voit presque aucune collection d'objets d'histoire naturelle, ni même de substances pharmaceutiques, qui ne présente quelque individu de cette espèce.

Cette conformation singulière du marteau consiste principalement dans la très-grande largeur de sa tête, qui s'étend de chaque côté, de manière à représenter un marteau, dont le corps serait le manche ; et de là vient le nom quenous avons cru devoir lui conserver. Cette figure, considérée dans un autre sens, et vue dans les moments où le squale a la tête en bas, et l’extrémité de la queue en haut, ressemble aussi à celle d’une balance ou à celle d’un niveau; et voilà pourquoi les noms de Viveau et de Balance ont été donnés au poisson que nous décrivons.

Le devant de cette tête, très-étendue à droite et à gauche, est un peu festonné, mais assez légèrement et par portions assez grandes pour que cette partie, observée d’un peu loin, paraisse terminée par une ligne presque droite ; et le milieu de ce long marteau est un peu convexe par-dessus et par-dessous.

Les yeux sont placés au bout de ce même marteau. Ils sont gros, saillants , et présentent dans leur iris une couleur d’or, que les appétits violents de l’animal changent souvent en rouge de sang. Pour peu que l’animal s’irrite, il tourne

et anime d’une manière effrayante ces yeux qui s’enflamment.

Au-dessous de la tête, et près de l’endroit où le tronc commence, l’on voit une ouverture demi-circulaire : c’est celle de la bouche, qui est

garnie, dans chaque mâchoire, de trois ou |

quatre rangs de dents larges, aiguës, et dentelées de deux côtés, et dans la cavité de laquelle on aperçoit une langue large, épaisse, et assez semblable à la langue humaine.

Au devant de cette ouverture, et très-près du bord antérieur de la tête, sont placées les narines, qui ont une forme allongée, et qu'une membrane recouvre.

Le corps est un peu étroit, ce qui rend la largeur de la tête plus sensible. Les nageoires sont grises, noires à leur base, et un peu en crois: sant dans leur bord postérieur. La première dorsale est grande et très-près de la tête ; les ventrales sont séparées l’une de l’autre; la nageoire de la queue est longue; et les tubercules qui revètent la peau sont moins gros que sur plusieurs autres squales.

Ce cartilagineux, dont la femelle donne ordinairement le jour à dix ou douze petits à la fois, parvient communément à la longueur de sept ou huit pieds ( plus de deux mètres et demi), et au poids de cinq cents livres (plus de vingt-cinq myriagrammes ); mais il peut atteindre à une dimension et à un poids plus considérables. Sa hardiesse, sa voracité, son ardeur pour le sang, sont cependant bien au-dessus de sa taille; et si, malgré la faim dévorante qui l’excite, et l’énergie qui l’anime, il cède en puissance aux grands requins, il les égale, et peut-être les surpasse quelquefois en fureur.

LE SQUALE PANTOUFLIER .

Squalus Tiburo , Gm., Lac.; Zygæna tudes, Valenciennes 2.

Ce squale a de si grands rapports avec le marteau, qu’on les a très-souvent confondus ensemble, et que la plupart des auteurs qui ont voulu distinguer l’un de l’autre, n’ont pas indiqué les véritables différences qui les séparent ?. Comme la collection conservée dans le Muséum

1 Demoiselle, dans la Guyane française. — Chien de mer pantouflier, Broussonnet, Mém. de l'Acad. des Sc., 1780. — Id. Daubenton, Enc. méth. — /d. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.— « Cestracion capite cordis figurä vel triangulari , » Klein, miss. pisc. 5, p.15, n, 2, tab. 2, fig. 5 et 4. — « Zygænæ « affinis capite triangulo. » Willughby, Ichth., p. 55, tab. B. 9, fig. 4.— Papana, Guill. Pison, Hist. nat et méd. des Indes occidentales, L. 5, sect. 1. — « Tiburonis species minor, » Marcgr., Brasil., p. 181.

3 Du sous-genre MARTEAU de M. G. Cuvier. D

5 M. Valenciennes a rectifié leur synonymie dans un mémoire inséré dans la collection des Mémoire du Muséum, D.

d'histoire naturelle renferme plüsieurs individus | que sont situés les veux , plus propres par leur

de cette espèce, nous avons pu saisir les caractères qui lui sont propres. Nous allons les indiquer particulièrement d’après un pantouflier envoyé très-récemment de Cayenne par M. Le Blond, et dont nous avons fait graver la figure ; et pour donner une bonne description de l'espèce qui nous occupe, nous avons d’ailleurs fait usage de notes très-détaillées que nous avons trouvées, au sujet de ce squale, dans les manuscrits de Commerson.

Le trait principal qui empêche de regarder le pantouflier comme un marteau, est la forme de sa tête. Cette partie est beaucoup moins courte à proportion de sa largeur, que la tête du marteau. Au lieu de représenter une sorte de traverse très-allongée, placée au bout du tronc de l’animal, on peut comparer sa figure à celle d’un segment de cercle dont la corde serait le derrière de la tête, et dont l’arc serait découpé en six larges féstons. Il résulte de cette conformation que le milieu du bout du museau répond à la sinuosité rentrante qui sépare les trois festons d’un côté, des trois festons de l’autre, et par conséquent que ce milieu n’est pas la partie la plus avancée de la tête, comme dans le marteau. Ces six festons ne sont pas tous égaux : les deux du milieu sont plus grands que ceux qui les avoisinent, mais plus petits que les deux extérieurs, qui par conséquent sont les plus larges des six. Et lorsque toute cette circonférence est bien développée et que l’échancrure du milieu est un peu profonde, ce qu’on voit dans quelques individus, l’ensemble de la tête, considéré surtout avec le devant du tronc, a dans sa forme quelque ressemblance avec un cœur, ainsi que l'ont écrit plusieurs naturalistes.

On n’aperçoit aucune tache sur ce squale, dont la partie supérieure est grise, et l’inférieure blanchâtre. Sa peau est garnie de tubercules très-petits, et qui sont placés de manière qu'on n’en sent bien la rudesse que lorsque la main qui les touche va de la queue vers la tête.

Le dessus et le dessous du museau sont percés d’une quantité innombrable de pores que leur petitesse empêche de distinguer, mais qui, lorsqu'on les comprime , laissent échapper une humeur gélatineuse et visqueuse.

Les narines sont placées en partie sur la circonférence du segment formé par la tête; et c’est aux deux bouts de la corde de ce segment

position à regarder les objets qui sont sur Îles côtés de l'animal , que ceux qu’il a en face.

Suivant Commerson, l'iris est blanchâtre et entouré d’un cercle blane, et la prunelle d’un vert de mer.

L'ouverture de la bouche est placée sous la tête, et à une assez grande distance du bout du museau.

Les dents, un peu courbées en arrière, et non dentelées dans les jeunes pantoufliers, sont placées sur plusieurs rangs.

La langue est cartilagineuse, rude, large, épaisse, courte, arrondie par devant, attachée par-dessous, mais libre dans son contour.

La ligne dorsale suit la courbure du dos, ont elle est un peu plus voisine que du dessous du ventre.

La forme, la proportion et la position des nageoires sont à peu près les mêmes que dans le marteau ‘.

L’extrémité du dos présente une fossette ou cavité, comme sur le requin et le squale glauque.

Le cœur est très-rouge, triangulaire, et assez grand ainsi que son oreillette; l'estomac a une forme conique; le canal intestinal estreplié deux fois; le rectum assez long ; et ie foie blanc, et divisé en deux lobes allongés, dont le gauche est le moins étendu *.

4 Commerson a compté de vingt-cinq à trente rayons cartilagineux dans .chaqué nageoire pectorale, et de quinze à dix huit dans la première nageoire du dos.

3 Principales dimensions d'un pantouflier mesuré, gresque dés sa sortie de la mer, par Commerson.

pi. po. lig.

Longueur depuis le bout du museau jusqu'à l’an-

gle antérieur de la bouche. . . . . . ..... 0 110 AUX NATINES. se sonores ét neo Ris TONNES AUX YEUX, 2. - Pb Se PSS © D ET aux angles postérieurs de la tête. . .., .,... 0 5 5 à la première ouverture desbranchies, . , . .. 0 5 &$ à la seconde ouverture des branchies, . .,... 0 511 à la troisième ouverture des branchies. . . . . . 0 4 2 à la quatrième ouverture des branchies. , . .. © 4 .8 à la cinquième ouverture des branchies. . . ,. 0 A4 8 à l'extrémité antéricure de la base des nageoi-

rés pectoralési ut. CARTON RMMENN, 1, STONES à l'extrémité antérieure de la base de la première

DaReDiLe HOLARIC > de 2 cerner 0 6 3 à la base des nageoires ventrales. . ....,.. 0 9 0 A LANUS RS re ee ml le, ee eue ce 1110 1976 à l'origine de la nageoire de l'anus. . : ..... 041 9 à la base de la seconde nageoire dorsale. .,.,.. 1 0 3 à l'extrémité antérieure de la base de la nageoire

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Distance d'une narine à l’autre. ,. sos re 0 3 6

DES POISSONS

Les habitudes du pantouflier ressemblent beaucoup à celles du marteau; mais il est beaucoup moins féroce que ce dernier squale; et d’ailleurs il pourrait moins satisfaire sa voracité, ne parvenant pas à une grandeur aussi considérable. M. Le Blond écrit de la Guyane française, qu’on ne voit pas d'individus de cette espèce qui aient plus d’un mètre, ou de trois pieds , de longueur. La proie de ce squale, ne devant pas être si copieuse que celle du marteau, peut être mieux choisie, et d'autant plus que l’animal est moins goulu. Aussi sa chair est-elle moins désagréable au goût que celle du marteau ; elle a même quelquefois une saveur qui ne déplait pas, et les nègres en mangent sans peine.

Les rivages de la Guyane et ceux du Brésil sont ceux que fréquente le pantouflier. On ne l’a point encore observé dans les mers des Indes orientales : mais non-seulement Commerson l’a vu dans celles qui baignent l’Amérique méridionale, il l’a encore rencontré dès le mois de février ou de pluviôse, auprès des côtes de la Méditerranée.

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