‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 43 sur 470 · LE DAUPHIN DE COMMERSON · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN DE COMMERSON

Delphinus Commersonii, Lacep., Desm.

Les trois grandes parties du monde, l’Amérique, l'Afrique et l’Asie, dont on peut regarder la Nouvelle-Hollande comme une prolonsation, se terminent dans l’hémisphère austral par trois promontoires fameux , le cap de Horn,

* Delphinus leucoramphus. Manuscrits envoyés au Muséum d'histoire naturelle, par M. Péron, l’un des naturalistes de l'expédition de découvertes commandée par le oapitaine Baudin.

? Ce cétacée, qui manque de nageoire dorsale, doit être, comme M. Lesson le fait très-judicieusement observer, rapporté au genre des Delphinaptères. D.

Le jacobite. —Le Marsouin Jacobite.—Tursio corpore argenteo, extremitatibus nigricantibus. Commerson, manuserits adressés à Buffon, et remis par Buffon à M. de Lacé.pêde.

le cap de Bonne-Espérance et celui de Diémen. De ces trois promontoires, les deux plus avancés vers le pôle antarctique sont le cap de Diémen et le cap de Horn. Nous avons vu des troupes nombreuses de dauphins remarquables par leur vélocité et par l'éclat du blanc et du noir qu’ils présentent, animer les environs du cap de Diémen, où le naturaliste Péron les a observés : nous allons voir les environs du cap de Horn montrer desbandes considérables d’autres dauphins également dignes de l'attention du voyageur par le blanc resplendissant et le noir luisant de leur parure, ainsi que par la rapidité de leurs mouvements. Ces derniers ont . été décrits par le célèbre Commerson, qui les a trouvés auprès de la terre de Feu et dans le. détroit de Magellan, lors du célèbre vovage autour du monde de notre Bougainville. Mais le blanc et le noir sont distribués bien différemment sur les dauphins de Péron et sur ceux de Commerson : sur les premiers, le dos est noir , et l’extrémité du museau , de la queue et des nageoires, offre un très-beau blanc ; sur

les seconds , le noir ne parait qu'aux extrémi-

tés, et tout le reste reluit comme une surface polie , blanche , et, pour ainsi dire, argentée. C’est pendant l’été de l’hémisphère austral , et un peu avant le solstice, que Commerson a vu ces dauphins argentés , dont les brillantes couleurs'ont fait dire à ce grand observateur qu’il fallait distinguer ces cétacés même parmi les plus beaux habitants des mers. Ils jouaient autour du vaisseau de Commerson , et se faisaient considérer avec plaisir par leur facilité à l'emporter de vitesse sur ce bâtiment, qu'ils dépassaient avec promptitude, et qu’ils enveloppaient avec célérité au milieu de leurs manœuvres et de leurs évolutions.

Ils étaient moins grands que des marsouins.

Si, contre nos conjectures , les dauphins de Commerson et ceux de Péron n’avaient pas de nageoire dorsale , nôus n’avons pas besoin de dire qu’il faudrait les placer dans le genre des Delphinaptères, avec les Bélugas et les Sénedeiles *. |

1 Les observations récentes de M. Lesson ont en effet prouvé que le Dauphin de Péron devait être placé dans le genre Delphinaptère. D. À

DES HYPÉROODONS.

LES HYPÉROODONS:.

L'HYPÉROODON BUTSKOPF?.

Delphinus Butskopf, Bonn. — Hyperoodon Butskopf, Lacep. — Delphinus Hyperoodon , Desm.

Le corps et la queue du butsKopf sont trèsallongés. Leur forme générale est conique; la base du cône qu'ils forment se trouve vers l’endroit où sont placées les nageoires pectorales. La tête a près d’une fois plus de hauteur que de largeur ; mais sa longueur est égale, ou presque égale, à sa hauteur. Au-dessous du front, qui est très-convexe, on voit un museau trèsaplati. On n’a trouvé que deux dents à la mâchoire d'en bas; ces deux dents sont situées à l'extrémité de cette mâchoire, coniques et pointues : mais il y a sur le contour de la mâchoire supérieure, et, ce qui est bien remarquable, sur la surface du palais , des dents très-petites, inégales , dures et aiguës. Cette distribution de dents sur le palais est le véritable caractère distinctif du genre dont nous nous occupons , et celui qui uous a suggéré Le nom que nous ayons donné à ce groupe”. Nous devons faire d'autant plus d’attention à cette particularité , que plusieurs espèces de poissons ont leur palais hérissé de petites dents, etque par conséquent la disposition des dents du butskopf est un nouveau trait quilie la grande tribu des cétacéesaveclesautres habitants de la mer, lesquels , ne respirant que par des branches, sont forcés de vivre au milieu des eaux. D’un autre côté, non-seulement le butskopf est le seul cétacée qui ait le palais garni de dents, mais on ne connaît encore aucun mammifère qui ait des dents attachées à la surface du palais. A la vérité, on a découvert

depuis peu, dans la Nouvelle-Hollande, des quadrupèdes revêtus de poils, qu’on à nommés ornithorhynques à cause de la ressemblance de leur museau avec un bec aplati, qui vivent

{On trouvera au commencement de cette histoire le tableau des ordres, des genres et des espèces de cétacées.

3 Grand souffleur à bec d'oie.—Butskopff.—Delphinus Orca (Butskopf). Linnée, édition de Gmelin.—Butskopf. Mart. Spitzb., pag. 95.—Id., Anderson, Isl., pag. 252.—Id., Cran!z, Groenland., pag. 151.—Buts-kopper. Eggede, Groenl., p. 56. —Le Dauphin Butskopf. Bonnaterre, planches de l'Encyclop. méth.—Bottle-head, or Slounders-head. Dale, Harwich, 4, 11, tab. 14. —Nebhe haul, or beaked whale. Pontoppid. Norw., 1, 125.—Beaked. Pennant, Zoolog. Britann., pag. 59, n° 10.— Observations sur la physique, l’histoire naturelle-et les arts, mars 1789.

5 Hypercon, en grec, signifie palais ; et odos siguilic dent,

dans les marais , et qui ont des dents sur le palais : mais ces quadrupèdes ne sont couverts que de poils aplatis, et, pour ainsi dire, épineux ; ils n’ont pas de mamelles ; et, par tous les principaux traits de leur conformation, ils sont bien plus rapprochés des quadrupèdes ovipares que des mammifères.

Au reste, les deux mächoires du butskopf sont aussi avancées l’une que l’autre.

La langue est rude et comme dentelée dans sa circonférence ; elle adhère à la mâchoire inférieure , et sa substance ressemble beaucoup à celle de la langue d’un jeune bœuf.

L’orifice commun des deux évents a la forme d’un croissant; mais les pointes de ce croissant, au lieu d’être tournées vers le bout du museau, comme dans les autres cétacées, sont dirigées vers la queue. L’orifice cependant et les tuyaux qu’il termine sont inclinés de telle sorte , que le fluide lancé par cette ouverture

est jeté un peu en avant : il a un diamètre assez

grand pour que, dans un jeune butskopf qui n'avait encore que quatre mètres ou environ de longueur, le bras d’un enfant ait pu pénétrer par cette ouverture jusqu'aux valvules intérieures des évents. Les parois de la partie des évents inférieure aux valvules sont composées de fibres assez dures, et sont recouvertes, ainsi que la face intérieure de ces mêmes soupapes , d’une peau brune, un peu épaisse, mais très-douce au toucher.

L'œii est situé vers le milieu de la hauteur de la tête, et plus élevé que l’ouverture de la bouche.

Les pectorales sont placées très-bas, et presque aussi éloignées des yeux que ces derniers organes le sont du bout du museau. Leur longueur égale le douzième de la longueur totale du cétacée ; et leur plus grande largeur est un peu supérieure à la moitié de leur longueur.

La dorsale, beaucoup moins éloignée de la nageoire de la queue que de l’extrémité des mâchoires , se recourbe en arrière , et ne s’élève qu’au dix-huitième ou environ de la longueur totale du butskopf.

Les deux lobes de la caudale sont échancrés ; et la largeur de cette nageoire peut égaler le quart de la longueur de l'animal.

La couleur générale du butskopfest brune ou noirâtre; son ventre présente des teintes blanchâtres; et toute la surface du cétacée montre; dans quelques individus, des taches ou des

places d’une nuance différente de la couleur du fond.

La peau qui offre ces teintes est mince, et recouvre une graisse jaunâtre, au-dessous de laquelle on trouve une chair très-rouge.

Le butskopf parvient à plus de huit mètres de longueur : il a alors cinq mètres de circonférence dans l’endroit le plus gros du corps.

La portion osseuse de la tête peut peser plus de dix myriagrammes. Elle offre, dans sa partie supérieure, deux éminences séparées par une grande dépression. L’extrémité antérieure des os de la mâchoire d’en haut présente une cavité que remplit un cartilage, et le bout du museau est cartilagineux. Ces os, ainsi que ceux de la mâchoire inférieure, sont arqués dans leur longueur, et forment une courbe irrégulière, dont la convexité est tournée vers le bas.

La partie inférieure de l’apophyse malaire , et les angles inférieurs del’Os de la pommette, sont arrondis.

Les poumons sont allongés et se terminent en pointe.

Le cœur a deux tiers de mètre et plus de longueur et de largeur.

On n’a trouvé qu’une eau blanchâtre dans les estomacs d’un jeune butskopf, qui cependant était déjà long de quatre mètres'. Cet individu était femelle ; et ses mamélons n’étaient pas encore sensibles.

Il avait paru en septembre 1788, auprès de Honfleur , avec sa mère. Des pécheurs les aperçurent de loin; ils les virent lutter contre la marée et se débattre sur la grève : ils s’en approchèrent. La plus jeune de ces femelles était échouée : la mère cherchait à la remettre à flot; mais bientôt elle échoua elle-même. On s’empara d’abord de la jeune femelle; on l’entoura de cordes, et, à force de bras, on la traina sur le rivage jusqu’au-dessus des plus hautes eaux. On revint alors à la mère ; on l’attaqua avec audace; on la perça de plusieurs coups sur la tête et sur le dos; on lui fit dans le ventre une large blessure. L'animal furieux mugit comme un taureau, agita sa queue d’une manière terrible, éloigna les assaillants. Mais on recommença bientôt le combat : on parvint à faire passer un câble autour de la

1 Journal de Physique, mars 1789; Mémoire de M. Baussard,

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