‹ Histoire naturelle ... comprenant les cétacés, etcChapitre 436 sur 470 · LE TÉTRODON GROSSE-TÉTE · texte numérisé non relu

LE TÉTRODON GROSSE-TÉTE

Tetraodon sceleratus, Linn., Gmel., Lacep. (Espèce douteuse, )

Voici encore un tétrodon très-aisé à distinguer des autres espèces de sa famille. Il en est, en effet, séparé par la grosseur de sa tête, beaucoup plus volumineuse à proportion des.

dimensions du corps , que dans les autres cartilagineux de son genre. Il devient très-grand relativement à la longueur ordinaire de presque tous les autres tétrodons ; il est quelquefois long de deux pieds et demi. Il fait éprouver à ceux qui en mangent les mêmes accidents qu’un poison très-actif. Il se trouve dans les mers chaudes de l’ Amérique et dans la mer Pacifique, et l’on en doit la connaissance au voyageu Forster.

LE TÉTRODON LUNE?.

Orthagoriscus Mola, Schneid., Cuv., Lacep. ; Cephalus Mola, Schneid. ; Tetraodon Mola, Linn., Gmel.

Ce poisson, un des plus remarquables par sa forme , habité non-seulement dans la Méditerranée, où on le trouve très-fréquemment, mais encore dans l’Océan, où on le pêche à presque toutes les latitudes, depuis le cap de Bonne- Espérance jusque vers l'extrémité septentrionale de la mer du Nord. Il est très-aisé de le distinguer d’un très-grand nombre de poissons, et particulièrement de ceux de son genre, par l’aplatissement de son corps , si comprimé latéralement, et ordinairement si arrondi dans le contour vertical qu'aperçoivent ceux qui regardent un de ses côtés, qu’on a comparé son ensemble à un disque; et voilà pourquoi le nom

1 G. Forster, It. 1, p. 403.

? Molle,dans plus. départ. méridionaux.— Meule. — Bout, dans plus. contrées d'Espagne.— Mole bout.— Lune de mer, — Poisson d'argent. — Sun-fish, en anglais, — Quairedents lune, Daubenton, Enc. méth.—1Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.— Mola, lune, Bloch, pl. 128.— Artedi, gen. 61, syn. 85, 4.—Mola, Monti, Act. Bonon. 2, p. 2, p. 297, tab. 5, fig: 1. — Orthragoriscus, luna piscis, Gesn., Hist. anim, 4,: p.640. — Klump-fisch, Plancus, Promptuar, Hamb, 18, p.41, tab. 1, fig. 1.—Short sun-fish, Pennant, Brit. Zool. 5, p.402, n. 2. — « Ostracion catheloplateus, subcompressus, brevis, « latus, scaber, piunis dorsi anique lanceolatis caudæ proxi- « mis, » Gronov., Zooph., n. 186. — Orthragorisous, Plin., 1.52, c. 2et41.— Luneou Mole, Rondelet, part. 4, 1.45. c. 6.— Mola, Salvian., fol. 155 et 154, a, ad iconem.— Jonst.

Thaumat., p. 419, 420. — Charleton, p. 129. — Willughby,

p.151. — Rai, p. 51. — Lune de mer, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat. — Sun-fish of ruy, Borlase, Hist, nat. of Cornwall, tab. 26, fig. 6.

DES POISSONS

de Soleil lui a été donné, ainsi que celui de Lune, qui a été cependant plus généralement adopté. Il a d’ailleurs , sur cette grande surface presque cireulaire que chaque côté présente, cet éclat blanchâtre qui distingue la lumière de la lune. En effet, si son dos est communément d’une nuance très-foncée et presque noire, ses côtés et son ventre brillent d’une couleur argentine très-resplendissante , surtout lorsque le tétrodon est exposé aux rayons du soleil. Mais ce n’est pas seulement pendant le jour qu’il répand ainsi cet éclat argentin qu’il ne doit alors qu’à la réflexion d’une clarté étrangère : pendant la nuit il brille de sa propre lumière ; il montre, de même qu’un très-grand nombre de poissons , et plus vivement que plusieurs de ces animaux ; une splendeur phosphorique qu’il tient de la matière huileuse dont il est imprégné. Cette splendeur parait d’autant plus vive que la nuit est plus obscure ; et lorsque le poisson lune est un peu éloigné de la surface de la mer, la lumière qui émane de presque toutes Les parties de son corps, et qui est doucement modlifiée et rendue ondulante par les couches d’eau qu'elle traverse, ressemble beaucoup à cette clarté tremblante dont la lune remplit l’atmosphère lorsqu'elle est un peu voilée par des nuages légers. Ceux qui s'approchent, au milieu de ténèbres épaisses, des rivages de la mer auprès desquels nage le tétrodon dont nous nous occupons, éprouvent souvent un moment de surprise en jetant les yeux sur ce disque lumineux, et en le prenant, sans y songer, pour l'image de la lune, qu’ils cherchent cependant en vain dans le ciel. Plusieurs individus de cette espèce très-phosphorique, voguant assez près les uns des autres, multiplient cette sorte d'image ; et les figures lumineuses, nombreuses et très-mobiles que présentent ces poissons, composent un spectacle d'autant plus étendu , que ces tétrodons peuvent être vus de trèsloin, Ils parviennent, en effet, à la longueur de quatre mètres , ou un peu plus de douze pieds ; et comme leur hauteur est à peu près égale à leur longueur, on peut dire qu’ils peuvent montrer de chaque côté une surface resplendissante de plus de cent pieds carrés. On assure même qu’en 1735 on prit, sur les côtes d'Irlande, un tétrodon lune qui avait vingt-cinq pieds anglais de longueur !, et qui, par conséquent, parais-

! Hist. of Waterford, p. 271, — Borlase, Hist. nat. of Cornwall, p. 267,

sait pendant la nuit comme un disque lumineux de plus de quatre cents pieds carrés de surface.

Tout le monde sait que les objets opaques et non resplendissants ne disparaissent pendant le jour, et n’échappent à une bonne vue , qu’à peu près à la distance de trois mille six cents fois leur diamètre. Le tétrodon lune pêché sur les côtes d'Irlande aurait done pu être aperçu , pendant le jour, à la distance au moins de quaterze mille toises, s’il avait été placé hors de l’eau, de la manière la plus favorable. Mais, pendant la nuit, dans quel éloignement bien plus grand à proportion ne voit-on pas le corps lumineux le plus petit ! Cependant comme l’eau, et surtout les vagues agitées de la mer, interceptent une très-grande quantité de rayons lumineux, on ne doit voir de très-loin les plus grands tétrodons lunes, malgré toute leur phosphorescence , que lorsqu'ils sont très-près de la surface des mers, et que l’on est placé sur des côtes ou d’autres points très-élevés, cette double position ne laissant aux rayons de lumière qui partent de l’animal et aboutissent à l'œil de ! observateur, qu’un court trajet à faire au travers des couches d’eau.

Lorsque le tétrodon lune est parvenu à de grandes dimensions , lorsqu'il a atteint la longueur de plusieurs pieds, il pèse quelquefois jusqu’à cinq cents livres; et on a pris, en effet, auprès de Plymouth, iln’y a pas très-longtemps, un poisson de cette espèce, dont le poids était de cinq cents livres, ou près de vingt-cinq myriagrammes.

Les tétrodons lunes peuvent donc, relative-

.ment à la grandeur, être placés à côté des car-

tilagineux dont les dimensions sont les plus prolongées ; et comme leurs deux surfaces latérales sont très-étendues à proportion de leur masse totale, on peut particulièrement les rapprocher des grandes raies, dont le corps est également comprimé de manière à présenter un déploiement très-considérable, quoique dans un sens différent. Mais s’ils offrent la longueur des grands squales, s'ils les surpassent même en hauteur, ils n’en ontreçu ni la force, ni la férocité. Leurs muscles sont bien moins puissants que ceux de ces squales très-allongés ; et leur bouche, quoique garnie de quatre dents larges et fortes, montre une ouverture trop petite, pour qu’ils aient jamais pu contracter lhabi-

tude de poursuivre un ennemi redoutable, et de livrer des combats hasardeux !.

Les nageoires pectorales sont assez éloignées de l'extrémité du museau , et leur mouvement se fait de haut en bas, beaucoup plus que d'avant eu arrière. Celle du dos et celle de l’auus sont très-allongées , et composées de rayons trèsinégaux, dont les plus antérieurs sont les plus longs. La nageoire de la queue peut être comparée à une bande étroite placée à la partie postérieure de l’animal, que l’on serait tenté de regarder comme tronquée ; et elle est étroitement liée avec les nageoires du dos et de l’anus par une membrane commune à ces trois organes, ce qui distingue particulièrement le tétrodon lune de tous les autres cartilagineux de son genre ?.

La hauteur de ce poisson est presque égale à se longueur. Il est cependant dans cette espèce une variété plusieurs fois observée, et dans laquelle la longueur est double de la hauteur *, Indépendamment de cette différence très-notable dans les dimensions, cette variété présente une petite bosse ou saillie au-dessus de ses yeux, et à une distance plus ou moins grande de l’extrémité du museau. Au reste, je me suis assuré, par l'observation de plusieurs tétrodons lunes, que des individus de l’espèce que nous examinons présentaient différentes figures intermédiaires entre celle qui donne la hauteur égale à la longueur, et celle qui produit une longueur double de la hauteur.

Mais cette espèce ne varie pas seulement dans sa forme, elle varie aussi dans ses couleurs ; et nous avons trouvé, parmi les manuscrits de Commerson, le dessin d’une lune, dont la longueur est presque double de la hauteur, qui n’a pas cependant d’élévation particulière au-dessus du museau, et qui, au lieu des nuances que nous avons déjà exposées, est peinte de couleurs disposées dans un ordre remarquable. Un grand nombre de taches irrégulières , les unes presque rondes , les autres allongées, sont distribuées sur chaque face latérale de l'animal, et

4 Le plus grand diamètre de la bouche n'était que d'un pouce et demi dans un individulong de trois pieds un pouce, Note communiquée par M. Cuvier.

3 Aux nageoires peciorales 12 ou 45 rayons, à celle du dos {11 ou 12, à celle de l'anus 11, à celle de la queue 47 ou 18,

8 Tetraodon mola truncatus, Linnée, éd. de Gmelin. — Retzius, Nov. Act. Stockh. 6, 2, p. 116. — Planc. Promt. Hamb. 18, tab. 1, fig. 2. — Monti, Act. Bonon. 2, p. 2, p. 297, tab. 2, fig. 1. — Oblong sun-jish, Brit. Zool. 5, p, 100, n. 1. — Borlase, Hist. nat, of Cornwall, tab. 26, fig. 7,

s’y réunissent plusieurs ensemble de manière à y former, surtout vers la tête et vers les nageoires pectorales, des bandelettes qui, serpentant dans le sens de la longueur ou dans celui de la largeur de la lune, se séparent en bandelettes plus petites, ou se rapprochent et se touchent dans plusieurs endroits, et sont presque toutes couvertes de petits points d’une couleur très-foncée. Mais quelles que soient les couleurs dont la lune soit peinte, sa peau est épaisse, tenace, et revêtue le plas souvent de tubercules assez sensibles pour donner un peu de rudesse à ce tégument.

Immédiatement au-dessous de la peau proprement dite, se trouve une couche assez considérable d’une substance qui a été très-bien observée par mon confrère M. Cuvier, dans une lune qu’il avait disséquée ‘. Cette matière est d’une grande blancheur, assez semblable au lard du cochon, mais plus compacte’et plus h6mogène : lorsqu'on la presse, elle laisse échapper beaucoup d’eau limpide ; elle se dessèche sans se fondre, quand on l’expose à la chaleur; et si on la fait bouillir dans l’eau, elle se ramollit et se dissout en partie.

M. Cuvier a aussi vu dans la cavité de l’orbite de l'œil, et contre cet organe, un tissu remarquable, composé de vésicules, lesquelles sont formées de membranes molles et peu distinctes, et sont remplies d’une substance semblable à du blanc d’œuf par la couleur et par la consistance. Ce tissu a un très-grand nombre de vaisseaux et de nerfs propres, et cède à la moindre impression 2. |

L'ouverture de la peau, au travers de laquelle on aperçoit en partie le globe de l’œi!, n’a ordinairement, dans son plus grand diamètre, que la moitié de celui de ce globe. Elle estgarnie intérieurement d'une sorte de membrane molle et ridée; et autour de cette ouverture on découvre, immédiatement au-dessous de la peau, un anneau charnu, derrière lequel l’animal peut retirer son œil, qui est alors caché par la membrane ridée comme par une paupière.

L'on doit encore observer, dans l’organe de la vue du tétrodon lune, deux parties qui ont été très-bien décrites par M. Cuvier, ainsi que celles dont nous venons de parler. Premièrement, on peut voir une glande rougeâtre, un peu cylindrique, irrégulièrement placée autour

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