SUR
LA NATURE DES QUADRUPÉDES OVIPARES
Lorsqu'on jette les yeux sur le nombre immense des êtres organisés et vivants qui peuplent et animent le globe, les premiers objets qui attirent les regards sont les diverses especes des quadrupèdes vivipares, et des oiseaux dont les formes , les qualités et les mœurs ont été représentées par le Génie dans un ouvrage immortel ; parmi les seconds objets qui arrêtent l'attention, se trouvent les quadrupèdes ovipares, qui approchent de très-près des plus nobles et des premiers des animaux par leur organisation, le nombre de leurs sens , la chaleur qui les pénètre et les habitudes auxquelles ils sont soumis. Leur nom seul, en indiquant que leurs petits viennent d’un œuf, désigne la pro-
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priété remarquable qui les distingue des vivi pares : ils diffèrent d’ailleurs de ces derniers en ce qu'ils n’ont pas de mamelles; en ce qu’au lieu d’être couverts de poils, ils sont revêtus d’une croûte osseuse, de plaques dures, d’écailles aiguës, de tubercules plus où moins saillants , ou d’une peau nue et enduite d’une liqueur visqueuse. Au lieu d'étendre leurs pattes comme les vivipares, ils les plient et les écartent de manière à être très-peu élevés audessus de la terre, sur laquelle ils paraissent devoir plutôt ramper que marcher. C’est ce qui les a fait comprendre sous la dénomination générale de Reptiles, quenous ne leur donnerons cependant pas, et qui ne doit a enir qu'aux serpents et aux animaux qui, presque entièrement dépourvus de pieds , ne changent de place qu’en appliquant leur corps même à la terre !.
Leurs espèces ne sont pas à beaucoup près en aussi grand nombre que celles des autres quadrupèdes. Nous en connaissons à la vérité cent treize; mais MM. le comte de Buffon et Daubenton ont donné l’histoire et la Gescription @e plus de trois cents quadrupèdes vivipares. Il est cependant difficile de les compter toutes, et plus difficile encore de ne compter que celles qui existent réellement. Il n’est peutêtre en effet aucune classe d'animaux à laquelle
4 Voyez à ce snjet l'excellent Ouvrage sur les Quadrupèdes ovipares et sur les Serpents, composé par M. Daubenton, et dont ce grand naturaliste a enrichi l'Encyclopédie méthodique. Nous saisissons, avec empressement, cette première occasion de lui témoigner publiquement notre reconnaissance, pour les secours que nous avons trouvés dans ses lurnières et dans son amitié.
les voyageurs aient fait moins d'attention qu’à celles des quadrupèdes ovipares :
un coup d’œil rapide, qu’ils se sont permis de leur imposer des noms mal conçus : n’ayant
presque jamais eu recours à des informations |
sûres, ils ont le plus souvent donné le même nom à divers objets, et divers noms aux mêmes animaux :-etcombien de fables absurdes n’ont pas été accréditées touchant ces quadrupèdes, parce qu’on les a vus presque toujours de loin, parce qu’on ne les a communé-
c’est ordipairement d’après des rapports vagues, ou,
ment recherchés que pour des propriétés chi- . mériques ou exagérées, parce qu’ils présentent | des qualités peu ordinaires , et parce que tousles objets rares ou éloignés passent aisément sous
l'empire de l’imagination qui les embellit ou les dénature ! ! Les voyageurs ont-ils toujours reconnu d’ailleurs, les caractères particuliers et les traits principaux de chaque espèce, et n’ont-ils pas , le plus souvent , négligé de réunir à une description exacte de la forme, l’énumération des qualités et l’histoire des habitudes ?
Lors donc que nous avons voulu répandre quelque jour sur l’histoire naturelle des quadrupèdes ovipares , il ne nous a pas suffi d’examiner avec attention et de décrire avec soin un grand nombre d’espèces de ces quadrupèdes , qui font partie de la collection du Cabinet du Roi que l’on a bien voulu nous procurer , et dont plusieurs sont encore inconnues aux naturalistes ; ce n’a pas été assez de recueillir ensuite presque toutes les observations qui ont été publiées sur ces animaux jusqu’à nos jours, et d’y joindre les observations particulières que l’on nous a communiquées , ou que nous avons été à portée de faire nous-mêmes sur des individus vivants ; nous avons dû encore examiner les rapports de ces observations , avec la conformation de ces divers quadrupèdes, avec leurs propriétés bien reconnues, avec l'influence du climat , et surtout avec les grandes lois physiques que la nature ne révoque jamais : ce n’est que d’après cette comparaison que nous avons pu décider de la vérité de plusieurs de ces faits , et déterminer s’il fallait les regarder comme des résultats constants de l’organisation d’une espèce entière , ou comime des produits
4 On trouvera particulièrement dans Conrad Gesner, de Quadrup. ovip., l'énumération de toutes les propriétés vraies guabsurdesaltribuées à ces animaux,
passagers d’un instinct individuel, perfectionné ou affaibli par des causes accidentelles.
Mäis , avant de nous occuper en détail des faits particuliers aux diverses espèces , considérons sous les mêmes points de vue tous les quadrupèdes ovipares ; représentons-nous ces climats favorisés du soleil , où les plus grands de ces animaux sont animés par toute la chaleur de l’atmosphère , qui leur est nécessaire. Jetons les yeux sur l’antique Égypte , périodiquement arrosée par les eaux d’un fleuve immense , dont les rivages couverts au loin d’un limon humide, présentent un séjour si analogue aux habitudes et à la nature de ces quadrupèdes : ses arbres, ses forêts , ses monuments, tout, jusqu’à ses orgueilleuses pyramides, nous
en montreront quelques espèces. Parcourons
les côtes brülantes de l’Afrique , les bords ardents du Sénégal , de la Gambie ; les rivages noyés du Nouveau-Monde, ces solitudes profondes , où les quadrupèdes ovipares jouissent de la chaleur , de l’humidité et de la paix;
voyons ces belles contrées de l'Orient, que
la nature parait avoir -enrichies de toutes ses productions ; n’oublions aucune des iles baignées par les eaux chaudes-des mers voisines de la zone torride; appelons, par la pensée, tous les quadrupèdes ovipares qui en peuplent les diverses plages , et réunissons-les autour de nous pour les mieux connaître en les comparant. ;
Observons d’abord les diverses espèces de tortues , comme plus semblables aux vivipares par leur organisation interne ; considérons celles qui habitent les bords des mers, celles qui préfèrent les eaux douces , et celles qui demeurent au milieu des bois sur les terres élevées ; voyons ensuite les énormes crocodiles qui peuplent les eaux des grands fleuves, et qui paraissent comme des géants démesurés à la tête des diverses légions de lézards ; jetons les veux sur les différentes espèces de ces animaux , qui réunissent tant de nuances dans leurs couleurs , à tant de diversités dans leurs organes , et qui présentent tous les degrés de la grandeur depuis une longueur de quelques pouces, jusqu’à celle de vingt-cinq ou trente pieds; portons enfin nos regards sur des espèces plus petites; considérons les quadrupèdes ovipares , que la nature paraît avoir confinés dans la fange des marais, afin d’im-. primer partout l’image du mouvement et de la
DES QUADRUPÈDES OVIPARES
vie : malgré la diversité de leur conformation , tous ces quadrupèdes se ressemblent entre eux, et diffèrent de tous les autres animaux par des caractères et des qualités remarquables : examinons ces caractères distinctifs, et voyons d’abord quel degré de vie et d'activité a été départi à ces quadrupèdes. |
Les animaux diffèrent des végétaux , et surtout de la matière brute, en proportion du nombre et de l’activité des sens dont ils ont été pourvus , et qui, en les rendant plus ou moins sensibles aux impressions des objets extérieurs, les font communiquer avec ces mêmes objets d’une manière plus ou moins intime. Pour déterminer la place qu’occupent les quadrupèdes ovipares dans la chaîne immense des êtres , connaissons done le nombre et la force de leurs sens. Ils ont tous reçu celui de la vue. Le plus grand nombre de ces animaux ont même des yeux assez saillants et assez’ gros relativement au volume de leur corps. Habitant , la plupart, les rivages des mers et les bords des fleuves de la zone torride, où le soleil n’est presque jamais voilé par les nuages , et où les rayons lumineux sont réfléchis par les lames d’eau et le sable des rives , il faut que leurs yeux soient assez forts pour n’être pas altérés et bientôt détruits par les flots de lumière qui les inondent. L’organe de la vue doit donc être assez actif dans les quadrupèdes ovipares : on observe en effet qu’ils apercoivent les objets de très-loin ; d’ailleurs nous remarquerons , dans les yeux de plusieurs de ces animaux , une conformation particulière , qui annonce un organe délicat et sensible : ils ont, presque tous, les yeux garnis d’une membrane clignotante, comme ceux des oiseaux ; et la plupart de ces animaux, tels que les crocodiles , et les autres lézards , jouissent , ainsi que les chats , de la faculté de contracter et de dilater leur prunelle de manière à recevoir la quantité de lumière qui leur est nécessaire , ou à empêcher celle qui leur serait nuisible d’entrer dans leurs yeux ‘. Par là , ils distinguent les objets au milieu de l’obscurité des nuits, et lorsque le soleil le plus brillant répand ses rayons : leur organe est très-exercé, et d'autant plus délicat qu'il n’est jamais ébloui
par une clarté trop vive.
Si nous trouvions dans chacun des sens des quadrupèdes ovipares la même force que dans
* Voyez l'Histoire naturelle et la description du chat, par MM. le comte de Buffon et Daubenton.
ai
celui de la vue, nous pourrions attribuer à ces animaux une grande sensibilité; mais celui de l’ouie doit être plus faible dans ces quadrupèdes que dans les vivipares et dans les oiseaux. En effet, leur oreille intérieure n’est pas composée de toutes les parties qui servent à la perception des sons dans les animaux les mieux organisés ‘; et l’on ne peut pas dire que la simplicité de cet organe est compensée par sa sensibilité, puisqu'il est en général peu étendu et peu développé. D'ailleurs cette délicatesse pourraïitelle suppléer au défaut des conques extérieures qui ramassent les rayons sonores, comme les miroirs ardents réunissent les rayons lumineux, et qui augmentent par-là le nombre de ceux qui parviennent jusqu’au véritable siége de l’ouie ?? Les quadrupèdes ovipares n'ont reçu à la place de ces conques que de petites ouvertures , qui ne peuvent donner entrée qu’à un très-petit nombre de rayons sonores. On peut donc imaginer que l'organe de l’ouïe est moins actif dans ces quadrupèdes que dans les vivipares : d’ailleurs la plupart de ces animaux sont presque toujours muets, ou ne font entendre que des sons rauques, désagréables et confus; il est donc à présumer qu’ils ne reçoivent pas d’impressions bien nettes des divers corps sonores; car l’habitude d’entendre distinctement donne bientôt celle de s'exprimer de même *.
On ne doit pas non plus regarder leur odorat comme très-fin. Les animaux dans lesquels il est le plus fort, ont en général le plus de peine à supporter les odeurs très-vives ; et, lorsqu'ils demeurent trop longtemps exposés aux impressions de ces odeurs exaltées , leur organe s’endurcit, pour ainsi dire, et perd de sa sensibilité. Or le plus grand nombre de quadrupèdes ovipares vivent au milieu de l’odeur infecte des rivages vaseux , et des marais remplis de corps organisés en putréfaction ; quelques-uns de ces quadrupèdes répandent même une odeur, qui devient très-forte lorsqu'ils sont rassemblés en
4 Voyez, dans les Mémoires de l’Académie, de 1778, celui de M. Vicq-d'Azyr sur l'organe de l'ouïe des animaux.
2 "Voyez Muschenbroëck. Essais de physique.
5 On objectera peut-être que dans le plus grand nombre de ces animaux, l'organe de la voix n'est point composé des parties qui paraissent les plus nécessaires pour former des sons, et qu'il se refuse entièrement à des tons distincts et à une sorte de langage nettement prononcé; mais c'est une prenve de plus de la faiblesse de leur onïe ; quelque sensible qu'elle pôût être par elle-même, elle se resseutirait de l'imper fection de l'organe de leur voix. Voyez à ce sujet un Mémoire de M. Vicg-d’Azyr sur la voix des animaux, inséré dans ceux de l'Académie de 1779.
troupes. Le siége de l’odorat est aussi trèspeu apparent dans ces animaux, excepté dans le crocodile ; leurs narines sont très-peu ouvertes, cependant; comme elles sont les parties extérieures les plus sensibles de ces animaux, et comme les nerfs qui y aboutissent sont d’une grandeur extraordinaire dans plusieurs de ces quadrupèdes ‘, nous regardons l’odorat comme le second de leurs sens. Celui du goût doit en effet être bien plus faible dans ces animaux : il est en raison de la sensibilité de l’organe qui en est le siége; et nous verrons dans les détails relatifs aux divers quadrupèdes ovipares, qu’en général leur langue est petite ou enduite d’une humeur visqueuse, et conformée de manière à ne transmettre que difficilement ies impressions des corps savoureux.
À l’égard du toucher, on doit le regarder comme bien obtus dans ces animaux. Presque tous recouverts d’écailles dures, enveloppés dans une couverture osseuse, où cachés sous des boucliers solides, ils doivent recevoir bien peu d'impressions distinctes par le toucher.
Plusieurs ont les doigts réunis de manière à ne pouvoir être appliqués qu'avec peine à la surface des corps, et, si quelques lézards ont des doigts très-longs et très-séparés les uns des autres, le dessous même de ces doigts est le plus
qui, née du mouvement et de la vie, les en.
tretient à son tour; peut-être au contraire cette faiblesse de leurs sens est-elle un effet du peu de chaleur qui anime ces animaux : quoi qu’il en soit, leur sang est moins chaud que celui des vivipares : on n’a pas encore fait, à la vérité , d'observations exactes sur la- chaleur naturelle des crocodiles, des grandes tortues, et des autres quadrupèdes ovipares des pays éloignés; le degré de cette chaleur doit d’ailleurs varier suivant les espèces, puisqu’elles subsistent à différentes latitudes; mais on est bien assuré qu’elle est dans tous les quadrupèdes ovipares inférieure de beaucoup à celle des autres quadrupèdes, et surtout à celle des oiseaux ; sans cela ils ne tomberaient point dans un état de torpeur à un degré de froid qui n’engourdit ni les oiseaux, ni les vivipares. Leur sang est d’ailleurs bien moins abondant’. 11 peut circuler jongtemps sans passer par les poumons , puisqu'on à vu une tortue vivre pendant quatre jours, quoique ses poumons fus-
sent ouverts et coupés en plusieurs endroits, et
qu’on eût lié l'artère qui va du cœur à cet organe. Ces poumons paraissent d’ailleurs ne recevoir jamais d’autre sang que celui qui est nécessaire à leur nourriture ?. Aussi celui des quadrupèdes ovipares étant moins souvent ani-
souvent garni d’écailles assez épaisses pour | mé, renouvelé, revivifié, pour ainsi dire, par
ôter presque toute sensibilité à cette partie.
Les quadrupèdes ovipares présentent donc, à la vérité , un aussi grand nombre de sens que les animaux les mieux conformés. Mais, à l’exception de celui de la vue, tous leurs sens sont si faibles , en comparaison de ceux des vivipa-
res, qu’ils doivent recevoir un bien plus petit |
nombre de sensations, communiquer moins souvent et moins parfaitement avec les objets extérieurs, être intérieurement émus avec moins de force et de fréquence ; et c’est ce qui produit cette froideur d’affections , cette espèce d’apathie, cet instinct confus, ces intentions peu décidées , que l’on remarque souvent dans plusieurs de ces animaux.
La faiblesse de leurs sens suffit peut-être pour modifier leur organisation intérieure, pour y modérer la rapidité des mouvements , pour y ralentir le cours des humeurs , pour y diminuer la force des frottements, et par conséquent pour faire décroitre cette chaleur interne,
4 Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux, art, de la Tortue de terre de Coromandel,
l'air dtmosphérique qui pénètre dans les pou-
mons, il est plus épais ; il ne reçoit et ne communiqué-que des mouvements plus lents, et souvent presque insensibles ; et il y a longtemps qu’on a reconnu que le sang ne coule pas aussi vite dans certains quadrupèdes ovipares, et par exemple dans les grenouilles , que dans les autres quadrupèdes et dans les oiseaux. Les causes internes se réunissent donc aux causes externes pour diminuer l’activité intérieure des quadrupèdes ovipares.
Si l’on considère d’ailleurs leur charpente
1 Hasselquist, qui a disséqué un crocodile au Caire en 1751, rapporte que le sang fleuri et appauvri ne coula pas en grande quantité de la grande artère lorsqu'elle fut coupée. D'ailleurs, continue ce voyageur naturaliste, « les vaisseaux « des ponmons, ceux des muscles, et les autres vaisseaux « étaient presque vides de sang. La quantité de ce fluide n'est « donc pas en proportion aussi grande dans le crocodile que « dans les quadrupèdes : il en est de même dans tous les ame « phibies, » (Hasselquist comprend tous les quadrupèdes ovipares sous cette dénomination.) Voyage en Palestine de Frédéric Hasselquist de l'Académie des Sciences de Stockholm, page 346.
? Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux. art. de la Tortue de Coromendel.
DES QUADRUPEDES OVIPARES.
osseuse , on verra qu’elle est plus simple que celle des vivipares ; plusieurs familles de ces animaux , tels que la plupart des salamandres, les grenouilles , les crapauds et les raines, sont dépourvues de côtes ; les tortues ont, à la vérité , huit vertèbres du cou ; mais , excepté les crocodiles qui en ont sept, presque tous les lézards n’en ont jamais au-dessus de quatre , et tous les quadrupèdes ovipares sans queue en sont privés , tandis que parmi les oiseaux on en compte toujours au moins onze , et que l’on en trouve sept dans toutes les espèces des quadrupèdes vivipares ‘. Leur conduit intestinal est bien moins long, bien plus uniforme dans sa grosseur , bien moins replié sur lui-même ; leurs exeréments, tant liquides que solides , aboutissent à une espèce de cloaque commun; et il est assez remarquable de trouver dans ces quadrupèdes ce nouveau rapport, non-seulement avec les castors, qui passent une trèsgrande partie de leur vie dans l’eau, mais encore avec les oiseaux qui s’élancent dans les airs et s'élèvent jusqu’au-dessus des nuées.
Le cœur est petit dans tous les quadrupèdes ovipares, et n’a qu’un seul ventricule, tandis que dans l’homme , dans les quadrupèdes vivipares , dans les cétacées et dans les oiseaux, il est formé de deux. Leur cerveau est très-peu étendu , en comparaison de celui des vivipares : leurs mouvements d'inspiration et d’expiration, bien loin d’être fréquents et réguliers, sont souvent suspendus pendant très-longtemps, et par des intervalles très-inégaux *. Si l’on observe donc les divers principes de leur mouvement vital, on trouvera une plus grande simplicité, tant dans ces premiers moteurs , que dans les effets qu’ils font naître : on verra les différents ressorts moins multipliés *; on remarquera même , à certains égards , moins de
4. Les observations que j'ai faites, à ce sujet, sur les squetettes de quadrupèdes ovipares du Cabinet du Roi, s'accordent avec celles que M. Camper a bien voulu me communiquer par une lettre que ce célèbre anatomiste m'a écrite le 29 août 4786.
? Les lézards, les grenouilles, les crapauds, ni les raines, n'ont point de vessie proprement dite.
5 Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux, art. de la Tortue de terre de Coromandel,
4 « Dans plusieurs quadrupèdes oviparcs, il paraît qu'il « manque quelques parties dans les organes destinés aux sé- « crétions, et que ces dernières doivent y être opérées d'une s manière plus simple.» Observations anatomiques de Gérard Blasius, page 65. Voyez d’ailleurs les Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux, articles de la Tortue de terre, du Crocodile, du.Caméléon, du Tokai (Gecko) et de la Salamandre,
LE
A15 dépendance entre les différentes parties : aussi l’action des unes sur les autresest-elle moindre: les communications sont-elles moins parfaites ; les mouvements , plus lents ; les frottements, moins forts. Et voilà un bien grand nombre de causes pour rendre ces machines plus uniformes et moins sujettes à se déranger, c’est-àdire pour qu’il soit plus difficile d'arrêter dans ces animaux le mouvement vital , dont le principe répandu , en quelque sorte , dans un espace plus étendu , ne peut être détruit que lorsqu'il est attaqué dans plusieurs points à la fois.
Cette organisation particulière des quadrupèdes ovipares doit encore être comptée parmi les causes de leur peu de sensibilité; et cette espèce de froideur de tempérament n'est-elle pas augmentée par le rapport de leur substance avec l’eau ? Non-seulement, en effet, ils recherchent la lumière active du soleil, par défaut de chaleur intérieure, mais encore ils se plaisent au milieu des terrains fangeux et d’une humidité chaude par analogie de nature. Bien loin de leur être contraire, cette humidité , aidée de la chaleur, sert à leur développement; elle ajoute à leur volume, en s’introduisant dans leur organisation, et en devenant portion de leur substance; et ce qui prouve que cette humeur aqueuse , dont ils sont pénétrés, n’est pas une vaine bouffissure, un gonflement nuisible, et une cause de dépérissement plutôt que d’un accroissement véritable, c’est que, bien Icin de perdre quelqu’une de leurs propriétés , lorsque leur substance est, pour ainsi dire, imbibée de l'humidité abondante dans laquelle ils sont plongés , la faculté de se reproduire parait s’accroître dans ces animaux à mesure qu'ils sont remplis de cette humidité chaude, si analogue à la nature de leur corps.
Cette convenance de leur nature avec l’humidité montre combien leur mouvement vital tient, pour ainsi dire , à plusieurs ressorts assez indépendants les uns des autres : en effet, cette surabondance d’eau est avantageuse aux êtres dans lesquels les mouvements intérieurs peuvent être ralentis sans être arrêtés, dans lesquels la mollesse des substances peut diminuer sans inconvénient la communication des forces, et dont les divers membres ont plus besoin de parties grossières et de molécules qui occupent une place , quede principes actifs et de portions délicatement organisées. Elle cause, au contraire, le dépérissement des êtres pleinement
doués de vie, qui existent par une grande rapidité desmouvements intérieurs , par une grande élasticité des diverses parties, par une communication prompte de toutes les impressions, et qui ont moins besoin , en quelque sorte , d’être nourris que mis en mouvement, d’être remplis que d’être animés. Voilà pourquoi les espèces des animaux les plus nobles dégénèrent bientôt sur ces rivages nouveaux, où d'immenses forêts arrêtent et condensent les vapeurs de l’air, où des amas énormes de plantes basses et-rampantes retiennent sur une vase bourbeuse une bumidité que les vents ne peuvent dissiper, et où le soleil n’élève par sa chaleur une partie de ces vapeurs humides, que pour en imprégner davantage l’atmosphère, la répandre au loin , et en multiplier les pernicieux effets. Les insectes, au contraire, craignent si peu l’humidité , que c’est précisément sur les bords fangeux , à peine abandonnés par la mer et toujours plongés dans des flots de vapeurs et de brouillards épais, qu’ils acquièrent le plus grand volume, ét sont parés des couleurs les plus vives.
Mais , quoique les quadrupèdes ovipares paraissent être peu favorisés à certains égards , ils sont cependant bien supérieurs à de grands ordres d'animaux ; et nous devons les considérer avec. d'autant plus d’attention , que leur nature , pour ainsi dire, mi-partie entre celle des plus hautes et des plus basses classes des êtres vivants et organisés , montre les relations d'un grand nombre de faits importants qui ne paraissaient pas ana ogues et dont on pourra entre voir la cause , par cela seul qu’on rapprochera ces faits , et qu’on découvrira les rapports qui les lient.
Le séjour de tous ces quadrupèdes n’est pas fixé au milieu des eaux. Plusieurs de ces animaux préfèrent les terrains secs -et élevés ; d’autres habitent dans des creux de rochers ; ceux-ci vivent au milieu des bois et grimpent avec vitesse jusqu’à l’extrémité des branches les plus hautes : mais presque tous nagent et plougent avec facilité , et c’est en partie ce qui les a fait comprendre par plusieurs naturalistes sous la dénomination générale d’Amphibies.
IL n’est cependant aucun de ces quadrupèdes qui n’ait besoin de venir de temps en temps à la surface de l’eau , dans laquelle il aime à se tenir plongé. Tous les animaux qui ont du sang doi-
vent respirer l’air de l’atmosphère , et si les
poissons peuvent demeurer très-longtemps au fond des mers et des rivières , c’est qu ils ont un organe particulier qui sépare de l’eau tout air qu’elle peut contenir, et le fait parvenir jusqu’à leurs vaisseaux sanguins. Les quadrupèdes ovipares sont done forcés de respirer de temps en temps ; l’air pénètre ainsi jusque dans leurs poumons ; il parvient jusqu’à leur sang ; il le revivifie, quoique moins fréquemment que celui des quadrupèdes vivipares, ainsi que nous l’avons dit ; il diminue la trop grande épaisseur de ce fluide etentretientsa circulation. Les quadrupèdes ovipares périssent donc faute d’air, lorsqu'ils demeurent trop de temps sous l’eau; ce n’est que dans leur état de torpeur qu’ils paraissent pouvoir se passer pendant trèslongtemps de respirer, une grande fluidité n’étant pas nécessaire pour le faible mouvement que leur sang doit conserver pendant leur engourdissement.
Les quadrupèdes ovipares , moins sensibles que les autres , moins animés par des passions vives , moins agités au dedans, moins agissants à l’extérieur , sont en général beaucoup plus à l'abri des dangers ; ils s’y exposent moins, parce qu’ils ont moins d’appétits violents; et d’ailleurs les accidents sont pour eux moins à craindre. Ils peuvent être privés de parties assez considérables, telles que leur queue et leurs pattes, sans cependant perdre la vie ! ; quelques-uns d’eux les recouvrent ?, surtout lorsque la chaleur de l’atmosphère en favorise la reproduction ; et ce qui paraïîtra plus surprenant à ceux qui ne jugent que d’après ce qu’ils ont
‘communément sous les yeux , il est des quadru-
pèdes ovipares qui peuvent se mouvoir longtemps après qu’on leur a enlevé la partie de leur corps qui paraît la plus nécessaire à la vie ; les : tortues vivent plusieurs jours après qu’on leur
4 Pline, livre II, chap. 3.—Voyez aussi l'article des Sala: maudres à queue plate. |
L'on conserve. au Cabinet du Roi un grand lézard, de l'es pèce appelée Dragonne, auquel il manque une patte; il paraît qu'il l'avait perdue par quelque accident, lorsqu'il était déjà assez grand; car la cicatrice qui s'est formée est consi- : dérable. C'est M. de la Borde, médecin du roi à Cayenne, ét correspondant du Cabinet du Roi, qui l'a envoyé. Il a rencontré, dans l'Amérique méridionale, un lézard d'une autre espèce, et n'ayant également que trois pattes. 11 en fait mention dansun recueil d'observations nouvelles et très-intéressantes, qu'il se propose de publier sur l'Histoire naturelle de l'Amérique méridionale.
? Voyez deux Mémoires de M. Bonnet, publiés dans le Jonrnal de Physique, l'un en novembre 4777, el l'autre en jan-
:Vier 4779.
DES QUADRUPÈDES OVIPARES
a coupé la tête ‘ ; les grenouilles ne meurent pas tout de suite, quoiqu’on leur ait arraché le cœur ; et, dès le temps d’Aristote , on savait que quelques moments après qu’on avait disséqué un caméléon , son cœur palpitait encore ?. Ce grand phénomène ne suffirait-il pas pour démontrer combien les' différentes parties des quadrupèdes ovipares dépendent peu les unes des autres ? Il prouve non-seulement que leur système nerveux n’est pas aussi lié que celui des autres quadrupèdes , puisqu’on peut séparer les nerfs de la tête de ceux qui prennent racine dans la moelle épinière , sans que l’animal meure tout de suite, ni même paraisse beaucoup souffrir dans les premiers moments ; mais ne démontre-t-il pas encore que leurs vaisseaux sanguins ne communiquent pas entre eux autant que ceux des autres quadrupèdes , puisque sans cela tout le sang s’échapperait par les endroits où les artères auraient été coupées ; et l’animal resterait sans mouvement et sans vie? Ceci s’accorde très-bien avec la lenteur et la froideur du sang des quadrupèdes ovipares; et il ne faut pas être étonné que non-seulement ils ne perdent pas la vie au moment que leur tête est séparée de leur corps, mais encore qu’ils vivent plusieurs jours sans l’organe qui leur est nécessaire pour prendre leurs aliments. Ils peuvent se passer de manger pendant un temps très-long; on a vu même des tortues et des crocodiles demeurer plus d’un an privés de toute nourriture ?. La plupart de ces animaux sont revêtus d’écailles ou d’enveloppes osseuses , qui ne laissent passer la transpiration que dans un petit nombre de points : ayant d’ailleurs le sang plus froid , ils perdent moins de leur substance, et par conséquent ils doivent moins la réparer.
Animés par une moindre chaleur , ils n’éprouvent pas cette grande dessiccation , qui devient une soif ardente dans certains animaux ; ils n’ont pas besoin de rafraichir, par une boisson très-abondante, des vaisseaux intérieurs, qui ne sont jamais trop échauffés. Pline, et les anciens , avaient reconnu que les animaux qui ne suent point , et qui ne possèdent pas une grande chaleur intérieure, mangent très-peu. En effet, la perte des forces n’est-elle pas toujours proportionnée aux résistances? les résistances ne
+ Voyez l'article de la Tortue, appelée la Grecque.
3 Conrad Gesner, Hist, des Animaux, liv. 11 des Quadrup. ovip., pag. 5, ed. de 1554.
# Voyez les articles particuliers de leur histoire,
le sont-elles pas aux frottements; les frottements à la rapidité des mouvements ; et cette rapidité ne l’est-elle pas toujours à la chaleur intérieure ?
Mais si les quadrupèdes ovipares résistent avec facilité à des coups qui ne portent que sur certains points de leur corps, à des chocs locaux , à des lésions particulières, ils succombent bientôt aux efforts des causes extérieures, énergiques et constantes qui les attaquent dans tout leur ensemble; ils ne peuvent point leur opposer des forces intérieures assez actives ; et comme la cause la plus contraire à une faible chaleur interne est un froid extérieur plus ou moins rigoureux , il n’est pas surprenant que les quadrupèdes ovipares ne puissent résister aux effets d’une atmosphère plutôt froide que tempérée. Voilà pourquoi on ne rencontre la plupart des tortues de mer, les crocodiles et les autres grandes espèces de quadrupèdes ovipares, que près des zones torrides, ou du moins à des latitudes peu élevées, tant dans l’ancien que dans le nouveau continent; et nonseulement ces grandes espèces sont confinées aux environs de la zone torride, mais encore à mesure que les individus et les variétés d’une même espèce habitent un pays plus éloigné de l’équateur , plus élevé ou plus humide , et par conséquent plus froid , leurs dimensions sont beaucoup plus petites !. Les crocodiles des contrées les plus chaudes l’emportent sur les autres par leur grandeur et par leur nombre ; et si ceux qui vivent très-près de la ligne sont quelquefois moins grands que ceux que lon
| trouve à des latitudes plus élevées , comme on
le remarque en Amérique, c’est qu’ils sont dans des pays plus peuplés , où on leur fait une guerre plus cruelle , et où ils ne trouvent ni la paix ni là nourriture, sans lesquelles ils ne peuvent parvenir à leur entier accroissement. La chaleur de l’atmosphère est même si nécessaire aux quadrupèdes ovipares, que lorsque le retour des saisons réduit les pays voisins des zones torrides à la froide température des contrées beaucoup plus élevées en latitude, les quadrupèdes ovipares perdent leur activité; leurs sens s’émoussent ; la chaleur de leur sang diminue ; leurs forces s’affaiblissent ; ils s’empressent de gagner des retraites obscures , des
4 Les plus gros crocodiles, et le plus grand nombre de ces animaux, habitent la zone torride. Catesby, Histoire nat. de la Caroline, vol. II, pag. 65.
antres dans les rochers, des trous dans la vase, ou des abris dans les jones et les autres végétaux qui bordent les grands fleuves. Ils cherchent à y jouir d’une température moins froide, et à y conserver, pendant quelques moments , un reste de chaleur prêt à leur échapper. Mais le froid croissant toujours, et gagnant de proche en proche , se fait bientôt sentir dans leurs retraites, qu’ils paraissent choisir au milieu de bois écartés , ou sur des bords inaccessibles , pour se dérober aux recherches et à la voracité de leurs ennemis pendant le temps de leur sopeur , où ils ne leur offriraient qu’une masse sans défense et un appât sans danger.
Ils s’endorment d’un sommeil profond; ils tombent dans un état de mort apparente; et cette torpeur est si grande , qu’ils ne peuvent être réveillés par aucun bruit, par aucune secousse, ni même par des blessures : ils passent inertement la saison de l’hiver dans cette espèce d’insensibilité absolue où ils ne conservent de l’animal que la forme, et seulement assez de mouvement intérieur pour éviter la décomposition à laquelle sont soumises toutes les substances organisées réduites à un repos absolu. ils ne donnent que quelques faibles marques du mouvement qui reste encore à leur sang , mais qui est d'autant plus lent, que souvent il n’est animé par aucune expiration ni inspiration. Ce qui le prouve , c’est qu’on trouve presque toujours les quadrupèdes ovipares engourdis dans la vase , et cachés dans des creux le long des rivages où les eaux les gagnent et les surmontent souvent , où ils sont par conséquent beaucoup de temps sans pouvoir respirer , et où ils reviennent cependant à la vie dès que la chaleur du printemps se fait de nouveau ressentir.
Les quadrupèdes ovipares ne sont pas les seuls animaux qui s’engourdissent pendant lhiver aux latitudes un peu élevées : les sérpents, les crustacées , sont également sujets à s’engourdir ; des animaux bien plus parfaits tombent aussi dans une torpeur annuelle, tels que les marmottes , les loirs, les chauves-souris , les hérissons , ete. Mais ces derniers animaux ne doivent pas éprouver une sopeur aussi profonde. Plus sensibles que les quadrupèdes ovipares , que les serpents et les crustacées , ils doivent conserver plus de vie intérieure ; quelque engourdis qu’ils soient, ils ne cessent de respirer , et cette action , quoique affaiblie ,
n’augmente-t-elle pas toujours leurs mouvéments intérieurs ?
Si, pendant l'hiver, il survient un peu de chaleur, les quadrupèdes ovipares sont plus ou moins tirés de leur état de sopeur ! ; et voilà pourquoi des voyageurs, qui pendant des journées douces de l’hiver ont rencontré dans certains pays des crocodiles, et d’autres quadrupèdes ovipares, doués de presque toute leur activité ordinaire, ont assuré , quoique à tort, qu’ils ne s’y engourdissaient point. Ils peuvent aussi être préservés quelquefois de cet engourdissement annuel par la nature de leurs aliments. Une nourriture plus échauffante et plus substantielle augmente la force de leurs solides, la quantité de leur sang , lPactivité de leurs humeurs , et leur donne ainsi assez de chaleur interne pour compenser le défaut de chaleur extérieure. Îl arrive souvent que les quadrupèdes ovipares sont dans cet état de mort apparente pendant près de six mois, et même davantage: ce long temps n’empêche pas que leurs facultés suspendues ne reprennent leur activité. Nous verrons dans l’histoire des salamandres aquatiques qu'on a quelquefois trouvé de ces animaux engourdis dans des morceaux de glace. tirés des glacières pendant l'été, et dans lesquels ils étaient enfermés depuisplusieurs mois ; lorsque la glace était fondue , et que les. salamandres étaient pénétrées d’une douce chaleur , elles revenaient à la vie.
Mais, comme tout a un terme dans la nature, si le froid devenait trop rigoureux ou durait trop longtemps , les quadrupèdes ovipares engourdis périraient : la machine animale ne peut en effet conserver qu’un certain temps les mouvements intérieurs qui lui ont été communiqués. Non-seulemént une nouvelle nourriture doit réparer la perte de la substance qui se dissipe ; mais ne faut-il pas encore que le mouvement intérieur soit renouvelé, pour ainsi dire, par des secousses extérieures , et que des sensations nouvelles remontent tous les ressorts?
La masse totale du corps des quadrupèdes ovipares ne perd aucune partie très-sensible de substance pendant leur longue torpeur ? : mais
{ Observations sur le crocodile de la Louisiane, par M. de 12 Coudrenière. Journal de Physique, 1782.
? « Le 7 octobre 1651, M. le chevalier Georges Ent pesa « exactement une tortue terrestre, avant qu'elle ne se cachât « sous terre. Son poids était de quatre livres trois onces et « trois drachmes. Le 8 octobre 1652, ayant tiré la tortue-de « la terre où elle s'était enfouie la veille, il trouva qu'elle pe«
DES QUADRUPÈDES OVIPARES
les portions les plus extérieures , plus soumises à l’action desséchante du froid, et plus éloignées du centre du faible mouvement interne qui reste alors aux quadrupèdes ovipares , subissent une sorte d’altération dans la plupart de ces animaux. Lorsque cette couverture la plus extérieure de ces quadrupèdes n’est pas une partie osseuse et très-solide, comme dans les tortues et dans les crocodiles, elle se dessèche , perd son organisation, ne peut plus être unie avec le reste du corps organisé, et ne participe plus ni à ses mouvements internes, ni à sa nourriture. Lors done que le printemps redonne le mouvement aux quadrupèdes ovipares, la première peau, soit nue, soit garnie d’écailles , ne fait plus partie en quelque sorte du corps animé; elle n’est plus pour ce corps qu’une substance étrangère ; elle est repoussée, pour ainsi dire, par des mouvements intérieurs qu’elle ne partage plus. La nourriture qui en entretenait la substance se porte cependant comme à l'ordinaire vers la surface du corps; mais au lieu de réparer une peau qui n’a presque plus de communication avec l’intérieur , elle en forme une nouvelle qui ne cesse de s’accroître au-dessous de l’ancienne, Tous ces efforts détachent peu à peu cette vieille peau du corps de l’animal , achèvent d’ôter toute liaison entre les parties intérieures et cette peau altérée, qui, de plus en plus privée de toute réparation , devient plus soumise aux causes étran-
sait quatre livres six onces et une drachme., Le 16 mars 1655, la tortue sortit d'elle-même de sa retraite : elle pesait alors quatre livres quatre onces. Le 4 octobre 1655, la tortue, qui avait été quelques jours sans manger, fut retirée du trou où elle s'était enterrée ; son poids était de quatre livres cinq onces. Les yeux, qu'elle avait eus longtemps fermés, étaient dans ce moment ouverts et fort humides. Le 48 mars 4654, la tortue sortit de son trou, et mise dans la balance, pesait quatre livres quatre onces et deux drachmes. Le 6 octobre 1654, étant sur le point d'hiverner, elle pesait quatre livres neuf onces et trois drachmes. Le dernier février 1655, jour auquel la tortue avait abandonné sa retraite, son poids était de quatre livres sept onces et six drachmes. Ainsi elle avait perdu de son ancien poids une once et cinq drachmes. Le 2 octobre 1635, ia tortue, avant de se retirer daus son trou pour y passer l'hiver, pesait quatre livres neuf onces. Elle avait déjà passé un peu de temps sans prendre de nourriture. Le 25 mars 4656, la tortue, au sortir de son trou, pesait quatre livres sept onces et deux drachmes, Le 50 septembre 1656, la tortue, sur le point de se retirer dans la terre, pesait quatre livres douze onces et quatre drachmes, Enfin, le 5 mars 1637, la tortue, de retour sur la terre, pesait quatre livres onze onces et deux drachmes et demie. On peut juger, par ces observations, combien cet animal, ainsi que tous ceux qui se cachent sous terre, pour se ga- « rantir des froids de l'hiver, perdent peu de leur substance « par la transpiration pendant un jeûne absolu de plusieurs « mois. » (Collection académique, tome VIN, pag. 120 et 121.)
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gères qui tendent à la décomposer. Attaquée ainsi des deux côtés, elle cède, se fend; et l'animal , revêtu d’une peau nouvelle, sort de cette espèce de fourreau , qui n’était plus pour lui qu’un corps embarrassant.
C’est ainsi que le dépouillement annuel] des quadrupèdes ovipares nous paraît devoir s’opérer; mais il n’est pas seulement produit par l’engourdissement. Ils quittent également leur première peau dans les pays où une température plus chaude les garantit du sommeil de l'hiver. Quelques-uns la quittent aussi plusieurs fois pendant l’été des contrées tempérées; le même effet est produit par des causes opposées ; la chaleur de l’atmosphère équivaut au froid et au défaut de mouvement ; elle dessèche également la peau, en dérange le tissu , et en détruit l’organisation *.
Des animaux d'ordres très-différents des quadrupèdes ovipares éprouvent aussi chaque année, et même à plusieurs époques , une espèce de dépouillement : ils perdent quelquesunes de leurs parties extérieures ; on peut particulièrement le remarquer dans les serpents, dans certains animaux à poils, et dans les oiseaux; les insectes et les végétaux ne sont-ils pas sujets aussi à une sorte de mue? Dans quelques êtres qu’on remarque ces grands
La note suivante m'a été communiquée par M. de Touchy, écuyer, de la Société royale des Sciences de Montpellier, etc.; elle est extraite d'un ouvrage que ce naturaliste se propose de publier, et qui sera intitulé : Mémoires pour servir à l'Histoire des fonctions de l'économie animale des oiseaux. « Je pris, le 4 mai 1785, dit M. de Touchy, un « lézard vert à taches jaunes et bleuâtres, et de dix pouces de long : je le mis vivant dans une bouteille couverte d'une toile à jour, et posée sur une table de marbre dans une saile fraiche au rez-de-chaussée ; ce lézard vécut deux mois dans cette espèce de prison, sans prendre aucune nourriture. Les premiers jours, il fit des efforts pour en sortir, mais il fut assez tranquille le reste du temps. Vers le qua: rante-cinquième jour, je m'aperçus qu'il se disposait à changer de peau, et successivement je vis cette peau se sécher, se racornir, se détacher par parties fanées et décolorées, pendant que la nouvelle peau qui se découvrait avait une belle couleur verte avec des taches bien nettes. II mourut le soixante-troisième jour, sans avoir achevé de muer, la vieille peau étant encore attachée sur la tête, les pattes et la queue. Pendant le temps de la mue et celui qui le précéda, il ne fut jamais dans un état de torpeur ; il marchait dans sa bouteille lorsqu'on la prenait dans les mains, et même sans cela et de lui-même; je lui vis quelquefois les yeux fermés, mais il les rouvrait bientôt, et avec vivacité. Il était à demi arrondi dans cette bouteille, dont le cul un peu relevé devait ajouter à la gène de sa position. Il avait certainement mué avant d'être pris, comme font tous les lézards et les serpents, lorsque la chaleur du printemps les fait sortir de leurs retraites. La fraicheur de ses cou!eurs et la délicatesse de sa peau me l'avaient prouvé lorsque je le « pris.»