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LE SCOMBRE THON

Scomber Thynnus, Linn., Gmel., Bloch, Lacep., Cuv.*.

L'imagination s'élève à une bien grande hauteur, et les jouissances de l’esprit deviennent

4 Scombre guare, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — « Scomber lineà laterali curvà, « tabellis osseis loricatä. » Gronov. Act. Upsal. 1750, p. 56. « — Scomber compressus, latus, etc. » Gronov. Zooph. 507. — « Guara tereba. » Marcgrav. Brasil. 472. — « Trachurus « brasiliensis. » Rai, Pisc. 95, pl. 546. — Scombre de Rotiler, Bloch.

2 M. Cuvier ne fait pas mention de cette espèce dans son Règne animal. D.

5 À la première nageoire du dos 7 rayons, à la seconde 9, à chacune des pectorales 45, à chacune des thoraciues 6, à la première de l'anus 2, à la seconde 14, à celle de la queue 20.

4 Scomber thynnus. — Ton, sur quelques rivages de France. — Athon, dans quelques départ. mérid. — Toun, auprès de Marseille. — Tonno, sur les côtes de la Ligurie.— Tunny fish, Spanish mackrell, en Angleterre. — Orcynus. — Ailbacore , dans quelques contrées d'Europe. — Talling talling, aux Maldives. — Scombre thon, Daubenton, Ene. méth.—1d. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth.—Maüll. Prodrom., p- 47, n. 596. — « Scomber pinnulis suprà infràque octo. » Brunn. Pisc. Massil., p.70, n. 86.— « Scomber albicans, seu « albecor. » O:b. 1t. 60. (IL est inutile d'observer que ces noms d'#lbicor, ou d'Albecor, Albacor, Albaccre, ont été donnés, par plusieurs voyageurs et par quelques naturalistes, à différentes espèces de scombres, ainsi que nous aurons de nouvelles occasions de le faire reisarquer.) — « Scomber « pinuulis octo seu novem in extremo dorso, sulco ad pinuas a ventrales. » Artedi, gen. 54, syn. 49. — Ô Güvyos. Aristot., 1. 2, c. 15,1. 4, c. 10; 1. 5, c. 9, 40 et 41: 1. 6, c. 17; 1.8, c.2, 12, 15, 13, 19 et30;etl.9, c, 2.— Id, Ælian., 1.9, c. 42, pe 549; 1. 15, c. 15, 16, 27; et. 15, c. 5, 5 et 6.— Id. Athen., 1. 7, p. 501, 502, 505, 519. — Id. Oppian. Hal., L. 2, p. 48. — d'hunnus,Ovid. Hal., v. 98.— Id. Gaz. Arist. — Id. Aldrov., 1.5, c. 18, p. 515.— Id. Jonston, I, 4, tit. 4, c. 2, a, 4, tab. 5, fig. 2. — Thunnus, sive thynnus, Bélon. — Id. Gesner, p. 957, 967, 1148, et (germ.) fol. 58, b.— Rai, p. 57.— Thun-

Type du sous-genre Thon dans le genre Scombre. Cuv.

bien vives , toutes les fois que l'étude des productions de la nature conduit à une contemplation plus attentive de la vaste étendue des mers. L’antique Océan nous commande l’admiration et une sorte de recueillement religieux, lorsque ses eaux paisibles n’offrent à nos yeux qu’une immense plaine liquide. Le spectacle de ses ondes bouleversées par la tempête, et deses abimes entr’ouverts au pied des montagnes écumantes formées par ses flots amoncelés, nous pénètre de ce sentiment profond qu’ine spire une grande et terrible catastrophe, Et quel ravissement n’éprouve-t-on pas, lorsque ce même Océan, ne présentant plus ni l’unifors mité du calme, ni les horreurs des orages conjurés, mollement agité par des vents doux et légers, et resplendissant de tous les feux de l’astre du jour, nous montre toutes les scènes variées des courses, des jeux , des combats et des amours des êtres vivants qu’il renferme dans son sein! Ce sont principalement les pois= sons auxquels on a donné Je nom de Pélagiques, qui animent ainsi par leurs mouvements rapides et multipliés la mer qui les nourrit, On les distingue par cette dénomination, parce qu'ils se tiennent pendant une grande partie de l’année à une grande distance des rivages. Et parmi ces habitants des parties de l'Océan les plus éloignées des côtes, on doit surtout remarquer les thons dont nous écrivons l’histoire.

Les divers attributs qu’ils ont reçus de la nature leur donnent une grande prééminence sur le plus grand nombre des autres poissons. C'est presque toujours à la surface des eaux qu’ils se livrent au repos , ou qu’ils s'abandonnent à l’action des diverses causes qui peuvent les déterminer à se mouvoir. On les voit, réunis en troupes très-nombreuses , bondir avec agilité, s’élancer avec force , cingler avec la vélocité

nus, vel orcynus, Schonev., p.75. — Thynnus, Plin., 1.9, c. 15; et L. 52, ©. 11.— Solin. Polyhist., c. 18, 11.— Cuba, 1.5, c. 96, fol. 92, b. — P. Jov., c. 6, p. 52.—Wotton, 1. 8, c. 186, fol. 165, b.— « Scomber. dentibus planis lanceolatis, maxillà « superiore acutà. » Lœfl. Epist. — « Scomber, pinnulis eutrinque novem, dorso dipterygio, etc. » Gronov. Zooph. 505. — « Thynnus pinoulis superioribus novem , inferioribus « octo. » Browne, Jamaic. 431. — « Coretta alba Pisonis, » Willughby, Ichthyol., tab. M,5, fig. 4. — « Thynnus, seæ « thunnus Belonii. » Id., p. (76.— « Guara pucu. » Marcgray. Brusil., p. 178.— Piso, Indic., p. 59. —« Thon, orkynos, « grand thon. » Rondelet, part. f, 1. 8, c. 12. — « Pelamis « pinnä dorsali secundä rubro aut flavo colore infectä, etc. s Klein, Miss. pisc. 5, p. 42, n. 5. — « Gros thon, vrai thon. » Duhamel, Traité des pêches, part. 2, 1. 5, sect. 7, c. 2, art. 1, p. 190, pl. 5.

d'une flèche. La vivacité avec laquelle ils échappent, peur ainsi dire, à l’œil de l’observateur, est principalement produite par une queue trèslongue, et qui, frappant l'onde salée par une face très-étendue, ainsi que par une nageoire très-large , est animée par des muscles vigoureux, et soutenue de chaque côté par un cartilage qui accroît l'énergie de Ces Museles puissants !.

Lorsque , dans certaines saisons, et particulièrement dans celle de la ponte et de la fécondation des œufs, une nécessité impérieuse les amène vers quelque plage, ils serrent leurs rangs nombreux , et se pressent les uns contre les autres; et les plus forts ou les plus audacieux précédant leurs compagnons à des distances déterminées par les degrés de leur vigueur et de leur courage, pendant que des nuances différentes composent une sorte d’arrière-garde, plus ou moins prolongée, des individus les plus faibles et les plus timides, on ne doit pas être surpris que la légion forme une sorte degrand parallélogramme animé, que l'on aperçoit naviguant sur la mer, ou qui, nageant au milieu des flots qui le couvrent encore et le dérobent à la vue , s’annonce cependant de loin par le bruit des ondes rapidement refoulées devant ces rapides voyageurs. Des échos ont quelquefois répété cette espèce de bruissement ou de murmure lointain, qui, se propageant alors de rocher en rocher, et multiplié de rivage en rivage, a ressemblé à ce retentissement sourd, mais imposant, qui, au milieu du calme sinistre des journées brûlantes de l’été, annonce l'approche des nuées orageuses.

Malgré leur multitude, leur grandeur, leur force el leur vitesse, ces éléments des succès dans l'attaque ou dans la défense, un bruit soudain a souvent suspendu une tribu voyageuse de thons au milieu de sa course : on les a vus troublés, arrêtés et dispersés par une vive décharge d'artillerie , ou par un coup de tonnerre subit. Le sens de l’ouie n’est même pas, dans ces animaux , le seul que des impressions inattendues ou extraordinaires plongent dans une sorte de terreur : un objet d’une forme ou d’une couleur singulière suffit pour ébranler l'organe de leur vue, de manière à les effrayer et à interrompre leurs habitudes les plus constantes.

* Voyez, dans le Discours sur la nature des poissons. ce que L'ous avons dit de la natation de ces animaux.

Ces derniers effets ont été remarqués par plusieurs voyageurs modernes, et n’avaient pas échappé aux navigateurs anciens. Pline rapporte, par exemple, que, dans le printemps, les thons passaient en troupes composées d’un grand nombre d'individus, de la Méditerranée dans le Pont-Euxin ou mer Noire; que, dans le Bosphore de Thrace, qui réunit la Propontide à l'Euxin, et dans le détroit même qui sépare l’Europe de l'Asie, un rocher d’une blancheur éblouissante et d’une grande hauteur s'élevait auprès de Chalcédoine sur le rivage asiatique; que l'éclat de cette roche, frappant subitement les légions dethons, les effrayait au point de les contraindre à se précipiter vers le cap de Byzance , opposé à la rive de Chalcédoïine ; que cette direction forcée dans k voyage de ces scombres en rendait la pêche très-abondante auprès de ce cap de Byzance , et presque nulle dans les environs des plages opposées ; et que c’est à cause de ce concours de thons auprès de ce promontoire, qwon lui avait donné le nom de ypusozépzs ou de Corne d’or, ou de Corne d’abondancet.

Ces scombres sont cependant très-courageux dans la plupart des circonstances de leur vie. Un seul phénomène le prouverait, c’est l'étendue et la durée des courses qu’ils entreprennent. Pour en connaître nettement la nature, il faut rappeler la distinction que nous avons faite en traitant des poissons en général, entre leurs voyages périodiques et réguliers, et ceux qui ne présentent aucune régularité, ni dans les circonstances de temps, ni dans celles de lieu. Les migrations régulières et périodiques des thons sont celles auxquelles ils s’abandonnent, lorsqu'à l’approche de chaque printemps, ou dans une saison plus chaude , suivant le climat qu'ils habitent , ils s'avancent vers la température , l'aliment, l’eau, l'abri, la plage, qui conviennent le mieux au besoin qui les presse, pour y déposer leurs œufs ou pour les arroser de leur liqueur vivifiante, ou lorsqu’après s'être débarrassés d’un fluide trop stimulant ou d’un poids trop incommode, et avoir repris des forces nouvelles dans le repos et l’abondance, ils quittent les côtes de l’Océan avec les beaux jours, regagnent la haute mer, et rentrent dans les profonds asiles qu’elle leur offre. Leurs.

1 C'est pour rappeler ce même concours, que les médailles de Byzance présentent l'image du thon.

DES POISSONS

voyages irréguliers sont ceux qu'ils entreprennent à des époques dénuées de tout caractère de périodicité, qui sont déterminés par la nécessité d'échapper à un danger apparent ou réel , de fuir un ennemi, de poursuivre une proie, d’apaiser une faim cruelle, et qui, ne se ressemblant ni par l’espace parcouru, ni par la yitesse employée à le franchir, ni par la direction des mouvements, sont aussi variables et aussi variés que les causes qui les font naiître. Dans leurs voyages réguliers , ils ne vont pas communément chercher bien loin, ni par de grands détours , la rive qui leur est nécessaire, ou la retraite pélagienne qui remplace cette rive pendant le règne des hivers. Mais, dans leurs migrations irrégulières, ils parviennent souvent à de très-grandes distances, ils traversent avec facilité, dans ces circonstances, nonseulement des golfes et des mers intérieures , mails même l'antique Océan. Un intervalle de plusieurs centaines de lieues ne les arrête pas; et, malgré leur mobilité naturelle, fidèles à la cause qui a déterminé leur départ, ils continuent avec constance leur course lointaine.

Nouslisons, dans l’intéressante relation rédigée et publiée par le général Milet-Mureau, du voyage de notre célèbre et infortuné navigateur La Pérouse !, que des scombres, à la vérité de l'espèce appelée Bonite, mais bien moins favorisés que les thons , relativement à la faculté de nager avec vitesse et avec constance, suivirent les bâtiments commandés par cet illustre voyageur, depuis les environs de l’île de Pâques jusqu’à l’ile Mowée, l’une des iles Sandwich. La troupe de ces scombres, ou le banc de ces poissons , pour employer l'expression de nos marins, fit quinze cents lieues à la suite de nos frégates : plusieurs de ces animaux, blessés par les foènes ou tridents des matelots français , portaient sur le dos une sorte de signalement qu’il était impossible de ne pasdistinguer ; et l’on reconnaissait chaque jour les mêmes poissons qu’on avait vus la veille?,

Quelque longue que puisse être la durée de cette puissance qui les maitrise, plusieurs marins allant d'Europe en Amérique , ou revenant d'Amérique en Europe, ont vu des thons accompaguer pendant plus de quarante jours les

4 Voyage de La Pérouse, in-4o, t. II, p. 129.

À Voyez ce que nous avons écrit sur la vitesse des poissons, dans notre Discours préliminaire sur la nature de ces animaux,

vaisseaux auprès desquels ils trouvaient avec facilité une partie de l'aliment qu’ils aiment; et cette avidité, pour les diverses substances nutritives que l’on peut jeter d’un navire dans la mer, n’est pas le seul lien qui les retienne pendant un très-grand nombre de jours auprès des bâtiments. L’attentif Commerson a observé une autre cause de leur assiduité auprès de certains vaisseaux, au milieu des mers chaudes de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, qu'il a parcourues. Il a écrit, dans ses manuscrits, que dans ces mers dont la surface est inondée des rayons d'un soleil brûlant, les thons, ainsi que plusieurs autres poissons, ne peuvent se livrer, auprès de cette même surface des eaux , aux différents mouvements qui leur sont nécessaires , sans être éblouis par une lumière trop vive, ou fatigués par une chaleur trop ardente: ils cherchent alors le voisinage des rivages escarpés , des rochers avancés, des promontoires élevés , de tout ce qui peut les dérober, pendant leurs jeux et leurs évolutions, aux feux de l’astre du jour. Une escadre est pour eux comme une forêt flottante qui leur prête son ombre protectrice : les vaisseaux, les mâts , les voiles , les antennes, sont un abri d'autant plus heureux pour les scombres , que , perpétuellement mobile , il les suit, pour ainsi dire, sur le vaste Océan, s’avance avec une vitesse assez égale à celle de ces poissons agiles, favorise toutes leurs manœuvres, ne retarde en quelque sorte aucun de leurs mouvements; et voilà pourquoi, suivant Commerson, dans la zone torride, et vers le temps des plus grandes chaleurs, les thons qui accompagnent les bâtiments se rangent, avec une attention facile à remarquer, du côté des vaisseaux qui n’est pas exposé aux rayons du soleil!.

Au reste, cette habitude de chercher l’ombre des navires peut avoir quelque rapport avec celle de suspendre leurs courses pendant les brumes , qui leur est attribuée par quelques voyageurs. [ls interrompent leurs voyages pour plusieurs mois, aux approches du froid ; et, dès le temps de Pline, on disait qu’ils hivernaient dans l’endroit où la mauvaise saison les surprenait. On prétend que , pendant cette saison rigoureuse , ils préfèrent pour leur habitation les fonds limoneux. Ils s'y nourrissent de

4 Nous parlerons encore de cette observation de Commerson, dans l'article du Scombre germon.

poissons ou d'autres animaux de la mer plus faibles qu'eux ; ils se jettent particulièrement sur les exocets et sur les clupées; les petits scombres deviennent aussi leur proie ; ils n’épargnent pas même les jeunes animaux de leur espèce ; et comme ils sont très-goulus, et d’ailleurs tourmentés, dans certaines circonstances, par une faim qui ne leur permet pas d’attendre les aliments les plus analogues à leur organisation, ils avalent souvent avec avidité, dans ces retraites vaseuses et d'hiver, aussi bien que dans les autres portions de la mer qu'ils fréquentent, des fragments de diverses espèces d'algues.

Ils ont besoin d’une assez grande quantité de nourriture , parce qu’ils présentent communément des dimensions considérables. Pline et les autres auteurs anciens qui ont écrit sur les thons , les ont rangés parmi les poissons les plus remarquables par leur volume, Le naturaliste romain dit qu’on en avait vu du poids de quinze talents', et dont la nageoïire de la queue avait de largeur, ou, pour mieux dire, de hauteur, deux coudées et un palme. Les observateurs modernes ont mesuré et pesé des thons de trois cent vingt-cinq centimètres de longueur, et du poids de einquante-cinq ou soixante kilogrammes; et cependant ces poissons, ainsi que tous ceux qui n’éclosent pas dans le ventre de leur mère, proviennent d'œufs très-petits : on a comparé la grosseur de ceux du thon à celle des graines de pavot.

Le corps de ce scombre est très-allongé, et semblable à une sorte de fuseau très-étendu.

La tête est petite; l'œil gros ; l’ouverture de la bouche tres-large ; la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure, et garnie, comme cette dernière, de dents aiguës ; la langue courte et lisse ; l’orifice branchial très-grand ; l’opercule composé de deux pièces; le tronc épais , et couvert, ainsi que la queue, d’écailles petites, minces et faiblement attachées. Les petites nageoires du dessus et du dessous de la queue sont communément au nombre de huit?.

4 Ce poids de quinze talents attribué à un thon nous paraît bien supérieur à celui qu'ont dû présenter les gros poissons de l'espèce que nous décrivons En effet, le talent des Romains, leur centum-pondium, était égal, selon Paucton (Mé-

trologie, p.761) à68 <® livres de France , poids de mare, et

le petit talent d'Égypte, d'Arabie, etc., égalail 43 2 où 2 livres de France. Un thon aurait douc pesé au moins 675 livres; ce qui ne nous semble pas admissible.

3 A la première nageoire dorsale {5rayons, à la seconde 12,

Quelques observateurs en ont compté neuf dans la partie supérieure et dans la partie inférieure de cette portion de l’animal ; et, d’après ce dernier nombre, on pourrait être tenté de croire que l’on peut quelquefois confondre l’espèce du thon avec celle du germon, dont la queue offre aussi par-dessus et par-dessous huit petites nageoires : mais la proportion des dimensions des pectorales avec la longueur totale du scombre, suffira pour séparer avec facilité les germons des poissons que nous tâchons de bien faire connaître. Dans les germons, ces pectorales s’étendent jusqu’au delà de l’orifice de lanus ; et, dans les thons , elles ne sont jamais assez grandes pour y parvenir ; elles se terminent à peu près au-dessous de l’endroit du dos où finit la première dorsale. La nageoire de la queue est figurée en croissant : nous avons fait remarquer son étendue dès le commencement de cet article.

Nous avons eu oceasion , dans une autre porion de cet ouvrage*, de parler de ces petits os auxquels on a particulièrement donné le nom d’aréles, qui, placés entre les muscles, ajoutent à leur force, que l’on n’apercoit pas dans toutes les espèces de poissons, mais que l’on n’a observés jusqu’à présent que dans ces habitants des eaux. Ces arêtes sont simples ou fourchues. Nous avons dit de plus que, dans certaines espèces de poissons, elles aboutissaient à l’épine du dos, quoiqu’elles ne fissent pas véritablement partie de la charpente osseuse proprement dite. Nous avons ajouté que, dans d’autres espèces, non-seulement ces arêtes n’étaient pas liées avec la grande charpente osseuse, mais qu’elles en étaient séparées par différents intervalles. Les scombres, et par conséquent les thons, doivent être comptés parmi ces dernières espèces.

Telles sont les particularités de la conformation extérieure et intérieure du thon , que nous avons cru convenable d'indiquer. Les couleurs qui le distinguent ne sont pas trèesvariées, mais agréables et brillantes : les côtés et le dessous de l’animal présentent l’éclat de l'argent ; le dessus a la nuance de l’acier poli; l'iris est argenté, et sa circonférence dorée, toutes les nageoires sont jaunes ou jaunâtres, excepté la première du dos, les thoracines et à chacune des pectorales 22, x chacune des thoracines 6, à

celle de l'anus 15, à celle de la queue 25.

4 Discours sur la nature des poisson,

DES POISSONS

la caudale, dont le ton est d’un gris plus ou, moins foncé. |

Les anciens donnaient différents noms aux scombres qui sont l’objet de cet article , suivant l’âge, et par conséquent le degré de développement de ces animaux. Pline rapporte qu'on nommait Cordyles les thons très-jeunes qui, venant d’éciore dans la mer Noire, repassaient, pendant l’automne, dans l'Hellespont et dans la Méditerranée, à la suite des légions nombreuses des auteurs de leurs jours. Arrivés dans la Méditerranée, ils y portaient le nom de Pélamides pendant les premiers mois de leur croissance ; et ce n'était qu'après un an. que la dénomination de Thon leur était appliquée. 5

Nous avons cru d’autant plus utile de faire mention ici de cet antique usage des Grecs ou Romains, que ces expressions de Cordyle et de Pélamide ont été successivement employées par plusieurs auteurs anciens et modernes dans des sens très-divers ; qu'elles servent maintenant à désigner deux espèces de scombres , le Guare et la Bonile, très-différentes du véritable thon ; et qu’on ne saurait prendre trop de soin pour éviter la confusion, qui n’a régné que trop lonstemps dans l’étude de l’histoire naturelle.

Des animaux marins très-grands et trèspuissants, tels que des squales et des xiphias, sont pour les thons des ennemis dangereux, contre les armes desquels leur nombre et leur | réunion ne peuvent pas toujours les défendre. Mais indépendamment de ces adversaires remarquables par leur force ou par leurs dimensions , le thon expire quelquefois victime d’un

être bien petit et bien faible en apparence , mais |

qui, par les piqûres qu’il lui fait et les tourments qu’il lui cause, l’agite, l’irrite, le rend furieux , à peu près de la même manière que le terrible insecte ailé qui règne dans les déserts brülants de l'Afrique, est le fléau le plus fupeste des pantheres , des tigres et des lions. Pline savait qu’un animal dont il compare le volume à celui d’une araignée, et la figure à celle du scorpion, s'attachait au thon, se plaçait auprès ou au-dessous de l’une de ses nageoires pectorales, s’y cramponnait avec force, le piquait de son aïiguillon, et lui causait une douleur si vive, que le scombre , livré à une sorte de délire , et ne pouvant, malgré tous ses

ser sa souffrance cruelle, bondissait avec violence au-dessus de la surface des eaux, la parcourait avec rapidité, s’agitait en tout sens , et ne résistant plus à son état affreux , ne connaissant plus d'autre danger que la durée de son angoisse, excédé, égaré, transporté par une sorte de rage, s’élancait sur le rivage ou sur le pont d’un vaisseau, où bientôt il trouvait dans la mort la fin de son tourment!.

C’est parce qu’on a bien observé dans les thons cette nécessité funeste de succomber sous les ennemis que nous venons d'indiquer, l’habitude du succès contre d’autres animaux moins puissants , le besoin d’une grande quantité de nourriture , la voracité qui les précipite sur des aliments de différente nature, leur courage habituel, l’audace qu’ils montrent dans certains

| . Ë | dangers, la frayeur que leur inspirent cepen-

dant quelques objets, la périodicité d’une partie de leurs courses, l’irrégularité de plusieurs de leurs voyages et pour les temps et pour les lieux, la durée de leurs migrations et la facilité de traverser d'immenses portions de la mer, qu’on a très-bien choisi les époques , les endroits et les moyens les plus propres à procurer une pêche abondante des scombres qui nous occupent dans ce moment.

En effet, on peut dire en général qu'on trouve le thon dans presque toutes les mers chaudes ou tempérées de l'Europe, de l'Asie , de l'Afrique et de l'Amérique; mais on ne rencontre pas un égal nombre d’individus de cette espèce dans toutes les saisons ni dans toutes les portions des mers qu’ils fréquentent. Depuis les siècles les plus reculés de ceux dont l’histoire nous a transmis le souvenir, on a choisi certaines plages et certaines époques de l'année pour la recherche des thons. Pline dit qu'on ne pêchait ces scombres dans l’Hellespont, la Propontide et le Pont-Euxin, que depuis le commencement du printemps jusque vers la fin de l'automne. Du temps de Rondelet, c’est-à-dire vers le milieu du seizième siècle, c’était au printemps , en automne, et quelquefois pendant l'été, qu'on prenait une grande quantité de thons près des côtes d'Espagne, et particu« lièrement vers le détroit de Gibraltar ?. On s’oc-

1 Rondelet a fait représenter sur la figure du thon qu'il a publiée, le pelit animal dont Pline a parlé.

2 On a quelquefois pris un assez grand nombre de thons auprès de Conil, village voisin de Cadix, pour qu'on ait écrit

efforts, ni immoler ni fuir son ennemi, ni apai- | que la pêche de ces animaux donuait an duc de Medina

IT

eupe de la pêche de ces animaux sur plusieurs rivages de France et d'Espagne voisins del’extrémité occidentale de la chaîne des Pyrénées, depuis les premiers jours de juin jusqu’en novembre ; et on regarde comme assez assuré sur les autres parties du territoire français qui sont baignées par l'Océan, que l’arrivée des maquereaux annonce celle des thons qui les poursuivent pour les dévorer.

Ces derniers scombres montrent en effet une si grande avidité pour les maquereaux, qu’il suffit, pour les attirer dans un piége, de leur présenter un leurre qui en imite grossièrement la forme. Ils se jettent avec la même voracité sur plusieurs autres poissons , et particulièrement sur les sardines; et voilà pourquoi une image même très-imparfaite d’un de ces derniers animaux est, entre les mains des marins, un appât qui entraine les thons avec facilité, On s’est servi de ce moyen avec beaucoup d’avantage dans plusieurs parages , et principalement auprès de Bayonne, où un bateau allant à la voile trainait des lignes dont les haims étaient recouverts d'un morceau de linge, ou d’un petit sac de toile en forme de sardine, et ramenait ordinairement plus de cent cinquante thons.

Mais ce n'est pas toujours une vaine apparence que l’on présente à ces scombres pour les prendre à la ligne : de petits poissons réels, ou des portions de poissons assez grands, sont souvent employés pour garnir les haims. On proportionne d’ailleurs la grandeur de ces haims, ainsi que la grosseur des cordes ou des lignes, aux dimensions et à la force des thons que l'on gettend à rencontrer; et de plus, en se servant de ces haims et de ces lignes, on cherehe à prendre ces animaux de diverses manières, suivant les différentes circonstances dans lesquelles on se trouve : on les prend au doigt', à la canne*, au libouret*, au grand couple“.

Mais parlons rapidement de procédés plus compliqués dont se composent les pêches des

Sidonia un revenu de 80,000 ducats. Voyez les Lettres sur la Grèce de feu mon confrère M. Guys, t. 1, p. 398, 5° éd.

* On nomme péche au doigt celle quise fait avec une ligne simple non suspendue à une perche.

? On dit que l'on pêche à la canne, ou à la cannette, lorsqu'on se sert d'une canne ou perche déliée, au bout de laquelle où a empilé un haim, c'est-à-dire attaché la lipne, elc.

5 Le libouret est un instrument composé d'une corde ou ligne gincipale, à l'extrémité de laquelle est suspendu un

scombres thons faites de concert par un grand nombre de marins. Exposons d’abord celle qui a lieu avec des {honnaïres ; nous nous occuperons , ensuite , de celle pour laquelle on construit des madraques.

On donne le nom de fhonnaire ou tonnaire à une enceinte de filets que l’on forme promptement dans la mer pour arréter les TAons au moment de leur passage. On a eu pendant longtemps recours à ce genre d'industrie auprès de Collioure, où on le pratiquait, et où peut-être on le pratique encore, chaque année, depuis le mois de juin jusqu’à la fin de septembre. Pour favoriser la prise des thons, les habitants de Collioure entretenaient , pendant la belle saison , deux hommes expérimentés qui, du haut de deux promontoires , observaient l’arrivée de ces scombres vers la côte. Dès qu’ils apercevaient de loin ces poissons quis’avançaient par bandes de deux ou trois mille , ils en avertissaient les pêcheurs en déployant un pavillon, par le moyen duquel ils indiquaient de plus l’endroit où ces animaux allaient aborder. A la vue de ce pavillon , de grands cris de joie se faisaient entendre, et anno..çaient l'approche d’une péche dont les résultats importants étaient toujours attendus avec une grande impatience. Les habitants couraient alors vers le port , où les patrons des bâtiments pêcheurs s’empressaient de prendre les filets nécessaires, et de faire entrer dans leurs bateaux autant de personnes que ces embarcations pouvaient en contenir, afin de ne pas manquer d’aides dans les grandes manœuvres qu'ilsallaient entreprendre. Quand tous les ‘bateaux étaient arrivés à l’endroit où les thons étaient réunis , on jetait à l’eau des

poids de plomb. La corde passe au travers d’un morceau de bois d'une certaine longueur, nommé avalette. Ce morceau de bois est percé dans un de ses bouts, de manière à pouvoir tourner librement autour de la corde. Cette avalette est d'ailleurs maintenue, à une petite distance du plomb, par denx nœuds que l'on fait à la corde, l'un au-dessous et l’autre au-dessus de ce morceau de bois. Au bout del'avalette opposé à celui que la corde traverse, on attache une ligne garnie de plusieurs empiles ou petites lignes * qui portent des haims, et qui sont de différentes longueurs, pour ne point s'embarrasser les unes dans les autres. Cet instrument sert communément pour les pêches sédentaires, le poids de plomb portant toujours sur le fond de la mer ou des rivières.

4 Un couple est un fil de fer un peu courbé, dont chaque bout porte une pileou empile, ou petite ligne garnie de haims, et qui est suspendu par le milieu à une ligne principale assez longue, et tenue par des pêcheurs dont la barque va à la voile.

* Voyez, dans l'article dela Raie bouclée, la défimtion d'une em= pile.

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