‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 161 sur 535 · SOIXANTE-QUINZIEME GENRE · texte numérisé non relu

SOIXANTE-QUINZIEME GENRE

LES TRICHOPODES ?.

Un seul rayon beaucoup plus long que le corps, à cha: cune des nageoires thoracines ; une seule nageoire dorsale.

CARACTÈRES, La bouche dans la partie supérieure de la tête; la mâchoire inférieure avancée de manière à représen-

ESPÈCES

LE TRICHOPODE MEN-

TON ë | FINE ter une sorte de menton.

2 EA tête couverte de petitesécailles; 2 S es rayons des nageoires pectora- E RRROEODE 1 les prolongés en très-longs fila- CRE ments

LE TRICHOPODE MENTONNIER*,

Trichopodus Mentum, Lacep. 4.

C'est encore le savant Commerson qui a observé ce poisson, dont nous avons trouvé un | dessin fait avec beaucoup de soin et d’exactitude dans ses précieux manuscrits.

La tête de cet animal est extrêmement remarquable ; elle est le produit bien plutôt singulier que bizarre d’une de ces combinaisons de formes plus rares qu’extraordinaires , que l’on est surpris de rencontrer, mais que l’on devrait être bien plus étonné de ne pas avoir fréquemment sous les yeux, et qui n’étant que de nouvelles preuves de ce grand principe que nous ne cessons de chercher à établir, fout ce qui peut être, existe, méritent néanmoins notre examen le plus attentif et nos réflexions les plus profondes. Elle présente d’une manière frappante les principaux caractères de la plus noble des espèces, les traits les plus reconnaissables de la face auguste du Suprême domina-

45 rayons à la membrane des branchies, 8 aiguillons et {4 rayons articulés à la nageoïire du dos, 14 rayons à chacune des pectorales, 1 aiguillon et 5 rayons articulés à chacune des thoracines, 5 aiguillons et 12 rayons articulés à celle d : l'anus, 13 rayons à celle dela quene.

2 M. Cuvier, en adoptant ce genre, n'y comprend que li seconde espèce seulement. La première ne repose que sur une mauvaise figure de l'Osphronème goramy. D.

5 Gouramy, où gouramie.

4 Nous répétons ici, d'après M. Cuvier, que cette espèce est factice . et établie seulement sur un dessin inexact de l'O:-

phronème goramy. D.

teur des êtres ; elle rappelle le chef-d'œuvre de la création ; elle montre en quelque sorte un exemplaire de la figure humaine. La conformation de la mâchoire inférieure, qui s’avance, s'arrondit , se relève et se recourbe , pour représenter une sorte de menton; le léger enfonrement qui suit cette saillie; la position de la souche, et ses dimensions; la forme des levres ; la place des yeux , et leur diamètre ; des opercules à deux lames, que l’on est tenté de comparer à des joues ; la convexité du front; l'absence de toute écaille proprement dite de dessus l’ensemble de la face, qui, revêtue uniquement de grandes lames, parait comme couverte d’une peau; toutes les parties de la tête du mentonnier se réunissent pour produire cette image du visage de l’homme, aux yeux surtout qui regardent ce trichopode de profil. Mais cette image n’est pas complète. Les principaux linéaments sont tracés : mais leur ensemble n’a pas recu de la justesse des proportions une véritable ressemblance ; ils ne produisent qu’une copie grotesque, qu’un portrait chargé de détails exagérés. Ce n’est donc pas une tête humaine que l'imagination place au bout du corps du poisson mentonnier; elle y suppose plutôt une tête de singe ou de paresseux ; et ce n’est même qu’un instant qu’elle peut être séduite par un commencement d’illusion. Le défaut de jeu dans cette tête qui la frappe , l'absence de toute physionomie, la privation de toute expression sensible d’un mouvement intérieur, font bientôt disparaitre toute idée d’être privilégié , et ne laissent voir qu’un animal dont quelques portions de la face ont dans leurs dimensions les rapports peu comuns que nous venons d'indiquer. C’est le plus saillant de ces rapports que j'ai eru devoir désiguer par le nom spécifique de Mentonnier, de même que j'ai fait allusion par le mot Trichopode ( pieds en forme de filaments) au caractère de la famille particulière dans laquelle j’ai pensé qu’il fallait l’inscrire.

Chacune desnageoiresthoracines des poissons le cette famille, et par conséquent du mentonnier, n’est composée en effet que d’un rayon ou &iament très-délié. Mais cette prolongation trèsmolle, au lieu d’être très-courte et à peine visible, comme dans les monodactyles, est si étendue, qu’elle surpasse ou du moins égale en longueur le corps et la queue réunis.

Le mentonnier a d’ailleurs ce corps et cette

queue très-comprimés , assez hauts vers le milieu de la longueur totale de l'animal ; ja nageoire dorsale et celle de l’anus, basses, et presque égales l’une à l'autre; la caudale rectiligne ; et les pectorales courtes, larges et arrondies 1,

LE TRICHOPODE TRICHOPTÈRE =.

Labrus trichopterus, Pall., Linn., Gmel.; Trichopterus Pallasii, Shaw; Trichogaster trichopterus , Bloch ; Trichopodus trichopterus, Lacep., Cuv.

Ce trichopode est distingué du précédent par plusieurs traits que l’on saisira avec facilité en lisant la description suivante. Il en differe surtout par la forme de sa tête, qui ne présente pas cette sorte de masque que nous avons vu sur le mentonnier. Cette partie de l'animal est petite et couverte d’écailles semblables à celles du dos. L'ouverture de la bouche est étroite, et située vers la portion supérieure du museau proprement dit.

Les lèvres sont extensibles. La nageoire du dos est courte, pointue, ne commence qu’à l’endroit où le corps a le plus de hauteur , et se termine à une grande distance de la nageoire de la queue. Il est à remarquer que celle de l’anus est, au contraire, très longue ; qu’elle renferme, à très-peu près, quatre fois plus de rayons que la dorsale, qu’elle touche presque la caudale; qu'elle s'étend beaucoup vers la tête, et que, par une suite de cette disposition, l’orifice de l'anus, qui la précède, est très-près de La base des thoracines.

Ces dernières nageoires ne consistent chacune que dans un rayon ou filament plus long que le corps et la queue considérés ensemble * ; etde plus, chaque pectorale, qui est très-étroite, se termine par un autre filament très-allongé, ce qui a fait donner au poisson dont nous parlons le nom de Trichoptère, ou d'Aile à filament.

Nous lui avons conservé ce nom spécifique; mais au lieu de le laisser dans le genre des labres ou des spares, nous avons cru, d’après les principes qui nous dirigent dans nos distributions méthodiques , devoir le comprendre dans.

4 À la nageoire du dos 18 rayons, à chacune des thoracines {, à la nageoire de l'anus 48.

3 Sparus, etc. Koelreuter, Nov. Comm. Petrop. IX,p. 452, n.7, tab. 10. — Labre crin. Bounaterre, pl. de l'Enc. méth.

#4 aiguillons et 7 rayons articulés à la nageoire du dos, 9 rayons à chacune des pectorales , { rayon à chacune des thoracines, 4 rayons et 38 rayons articulés à la nageoire de l'aaus, 16 rayons à celle de la queue, qui est fourchne.

une petite famille particulière, et le placer dans le mème genre que le mentonnier.

Le trichoptère est ondé de diverses nuances de brun. On voit de chaque côté sur le corps et sur la queue, une tache ronde, noire et bordée d'une couleur plus claire. Des taches brunes

sont répandues sur la tête, dont la teinteest,

pour ainsi dire, livide; et la nageoire de la queue, ainsi que celle de l’anus, sont pointillées de blanc.

Ce trichopode ne parvient guère qu’à un décimètre de longueur. On le trouve dans la mer qui baigne les grandes Indes.

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