‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 46 sur 535 · LA MURÈNE CONGRE · texte numérisé non relu

LA MURÈNE CONGRE

Muræna Conger, Linn,, Lacep. ‘

Le congre a beaucoup de rapports avec l’an-

* A la membrane des branchies de la murène myre 10 rayons, à chacune de ses nageoires pectorales 16.

2 Forskael, Faun. Arab., p. 22, n. 2.

“ Anguille de mer. — Filat, auprès des côtes méridionales de France. — Conger eel, en Angleterre. — Bronco, dans plus. contrées de l'Italie. — Muréne congre, Daubenton, Enc. méth. — Id. Bonnaterre , pl. de l'Enc. méth. — Bloch, pl. 155.—O0x6ÿYp05, Arist., 1. 4, c. 5; 1. 2, c. 15, 15,17; L5,c.10;1.6, ce. 471.8, c. 12, 15,15; et 1. 9, c. 2. —Toyyocs, Athen., 1.7, p.288. — Oppian., Hal., 1. 4, p. 5 et 20, — Conger, Plin.,l. 9, c. 16, 20,—Cub., I. 5, c. 22, f. 75 b.—P. Jov., €. 50 , p. 102. — Bélon. — Wotton, 1. 8, c. 166, f. 148 b. — €ongre, Rondelet, part. 4,1. 14,0. 1. — Conger, Salvian., fol. 66, b; 67, a, h. — Gesner, p. 290. — Jonston, 1. 1, tit, 1, c-2, art. G, lab. 4, fig. 7, Thaum., p. 41.—Congrus, Aldrov., 1.5, c. 25, p. 549, — Charleton, p. 125. — Willughby, p. 441 — Rai, p. 57. — Congre, anguille de mer, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat,

* M. Cuvier forme dars le genre murène un sous-genre pour le congre et les espèces voisines, caractérisées par leur dorsale qui commence assez près des pectorales. D.

guille : mais il en diffère par les proportions de ses diverses parties; par la plus grande longueur des petits appendices cylindriques placés sur le museau, et que l’on a nommés barbillons ; par le diamètre de ses yeux, qui sont plus gros ; par la nuance noire que présente presque toujours le bord supérieur de sa nageoire dorsale ; par la place de cette nageoire , ordinairement plus rapprochée de la tête; par la manière dont se montre aux yeux la ligne latérale composée d’une longue série de points blancs; par sa couleur, qui sur sa partie supérieure est blanche, ou cendrée, ou noire, suivant les plages qu’il fréquente, qui sur sa partie inférieure est blanche, et qui d’ailleurs offre fréquemment des teintes vertes sur la tête, des teintes bleues sur le dos, et des teintes jaunes sous le corps ainsi que sous la queue; par ses dimensions supérieures à celles de l'anguille, puisqu'il n’est pas très-rare de lui voir de trente à quarante décimètres de longueur, avec une circonférence de près de cinq décimètres, et que, suivant Gesner, il peut parvenir à une longueur de près de six mètres; et enfin par la nature de son habitation , qu’il choisit presque toujours au milieu des eaux salées. On le trouve dans toutes les grandes mers de l’ancien et du nouveau continent; il est très-répandu surtout dans l’Océan d'Europe, sur les côtes d’Angleterre et de France, dans la Méditerranée , où il a été très-recherché des anciens, et dans la Propontide , où il l’a été dans des temps moins reculés !. Ses œufs sont enveloppés d’une matière graisseuse très-abondante.

Il est très-vorace; et comme il est grand et fort , il peut se procurer aisément l'aliment qui lui est nécessaire.

La recherche à laquelle le besoin et la faim le réduisent, est d’ailleurs d'autant moins pénible, qu’il vit presque toujours auprès de l'embouchure des grands fleuves , où il se tient comme en embuscade pour faire sa proie et des poissons qui descendent des rivières dans la mer, et de ceux qui remontent de la mer dans les rivières. Il se jette avec vitesse sur ces animaux; il les empêche de s'échapper, en s’entortillant autour d’eux comme un serpent autour de sa victime ; il les renferme pour ainsi dire dans un filet, et c’est de la que vient le nom de élat (filet) qu’on lui a donné dans plu

{ Bélon, liv. {, chap. 64.

DES POISSONS

sieurs départements méridionaux de France.

C’est aussi de cette manière qu’il attaque et retient dans ses contours sinueux les poulpes ou sépies , ainsi que les crabes qu’il rencontre dépouillés de leur têt. Mais s’il est dangereux pour un grand nombre d'habitants de la mer, il est exposé à beaucoup d’ennemis : l’homme le poursuit avec ardeur dans les pays où sa chair est estimée; les très-grands poissons le dévorent; la langouste le combat avec avantage ; et les murénophis , qui sont les murènes des anciens, le pressent avec une force supérieure. En vain, lorsqu'il se défend contre ces derniers animaux , emploie-t-il la faculté qu’il a reçue de s'attacher fortement avec sa queue qu'il replie; en vain oppose-t-il par là une plus grande résistance à la murénophis qui veut l’entraîner : ses efforts sont bientôt surmontés ; et cette partie de son corps, dont il voudrait le plus se servir pour diminuer son infériorité dans une lutte trop inégale, est d’ailleurs déyorée, souvent dès la première approche, par la murénophis. On a pris souvent des congres ainsi mutilés , et portant l'empreinte des dents acérées de leur ennemie. Au reste, on assure que la queue du congre se reproduit quelquefois; ce qui serait une nouvelle preuve de ce que nous avons dit de la vitalité des poissons, dans notre premier discours.

Redi a trouvé dans plusieurs parties de l’intérieur des congres qu’il a disséqués, et, par exemple, sur la tunique externe de l’estomac, le foie, les muscles du ventre, la tunique extérieure des ovaires , et entre les deux tuniques de la vessie urinaire, des hydatides à vessie blanche, de la grosseur d'une plume de coq, et de la longueur de vingt-cinq à trente centimetres !.

Sur plusieurs côtes de l’Océan européen, on prend les congres par le moyen de plusieurs lignes longues chacune de cent trente ou cent quarante mètres, chargées, à une de leurs extrémités, d'un plomb assez pesant pour n’être pas soulevé par l’action de l’eau sur la ligne, et garnies de vingt-cinq ou trente piles ou cordes au bout de chacune desquelles sont un haim et un appât.

Lorsqu'on veut faire sécher des congres pour les envoyer à des distances assez grandes des

1A la membrane des branchies 10 rayons, à chacune des uugeoires pectorales 19, aux trois nageoires réunies du dos, de la queue et de l'anus, plus de 300,

rivages sur lesquels on les pêche, on les ouvre par-dessous, depuis la tête jusque vers l’extrémité de la queue; on fait des entailles dans les chairs trop épaisses ; on les tient ouverts par le moyen d’un bâton qui va d'une extrémité à l’autre de l‘animal; on les suspend à l'air; et lorsqu'ils sont bien secs, on les rassemble ordinairement par paquets dont chacun pèse dix myriagrammes, ou environ.

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