‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 475 sur 535 · DEUX CENT TROISIÈME GENRE, LES EXOCETS · texte numérisé non relu

DEUX CENT TROISIÈME GENRE, LES EXOCETS

La tête entièrement, ou presque entièrement couverte ds peliles écailles ; les nageoires peclorales larges, el assez longues pour atteindre jusqu’à la caudale ; dix rayons à la membrane des branches ; une seule dorsale; cette nageoire situéeau-dessus de celle de l'antes.

CARACTÈRES

Quatorze rayons à la nageoire du dos; quatorze à celle de l'anus; quinze ou seize à chaque pectorale; les ventrales petites, et plus voisines de la tête que le milieu de la longueur totale de l'anima

Douze rayons à la nageoire du dos; douze à celle de l'anus; treize à chaque pectorale; les ventrales situées à peu près vers le milieu de la longueur totale du poisson.

Onze ou douze rayons à la dorsale ; douze à l'auale ; dix-huit à chaque pectorale ; les ventralés assez longues pour atteindre à l'extrémité de la dorsale , et situées plus loin de la tête que le milieu de la longueur totale de l'animal.

Douze rayons à la uageoire du dos; dix à celle de l'anus; treize à chaque ventrale; les ventrales assez longues pour atteindre au milieu de la dorsale, et plus éloignées de la tête que le milieu de la longueur totale du poisson.

ESPÈCES

4° L'EXOCET VOLANT.

L'EXOGET MÉTORIEN.

L'EXOCET SAUTEUR.

L EXOCET COMMERSON- NIEN.

L'EXOCET VOLANT *.

Exocætus volitans, Linn., Gmel., Bl., Lac., Cuv.; Exocætus evolans, Lion *.

L'Exocet Métorien 4, Exocætus mesogaster, Bloch, Lacep., Cuv. 5? — £. sauteur ®, Exocætus exiliens, Bloch, Linn., Gmel., Lacep., Cuv. 7. — £. Commnersonnien *, Exocælus Commersonnit, Lac, ?.

Ce genre ne renferme que des poissons Volants, et c’est ce que désigne le nom qui le dis-

Anne-Caroline, 48 à chaque pectorale, 15 à chaque ventrale, {0 à la nageoire de la queue.

“M. Cuvier admet ce genre dans la famille des Ésoc&s, ordre des Malacoptérygiens abdominaux. D.

2 Poisson volant. — Hochflieger, en Allemagne.— Flygfisk, en Suède. — Flyrfisken, en Danemarck.— Yliegender visch, en Hollande. — Plying fish, en Angleterre. — El volante, O voiandor, en Espague. — Peixe volante, en Portugal, — Pürabebe, au Brésil. — Exocet muge volant, Exocet pirabe. Daubenton et Haüy, Enc. méth.— /d. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Amœænit. acad. 1, p. 221. — Pirabebe. Pis. Brasil. 61.— Gronov. Mus. 4, n. 27; et Z0oph. 538.— Bloch, pl. 398. — Appendix du Voyage à la Nouvelle- Galles méridionale, par Jean White, elc., pl. 52, lig. 2. — « Pterichthus pinnis pectoralibus radiorum sexdecim; venatralibus, intra corporis æquilibrium, nequidem ad anum « apice pertingentibus. » Commerson, manuscrits déjà cités.

5 Du genre ExOGET, dans la famille des Éxoces, ordre des Malacoptérygiens abdominaux, — L'Exocetus Evolans ds

tingue. Nous avons déjà vu des pégases, des scorpènes, des dactyloptères, des prionotes, des trigles, jouir de la faculté de s’élancer à d'assez grandes distances au-dessus de la surface des eaux : nous retrouvons parmi les exocetsle même attribut; et, comme, très-avancés déjà dans la revue des poissons que nous avons entreprise , nous n’aurons plus d'occasion d’examiner cette sorte de privilége accordé par la nature à un petit nombre des animaux dont nous sommes les historiens, jetons un dernier coup d'œil sur ce phénomène remarquable, qui démontre si bien ce que nous avons tâché de prouver en tant d’endroits de cet ouvrage; c’est-à-dire, que v0der est nager dans l’air, et que nager est voler au sein des eaux.

L’exocet volant, comme les autres exocets, est bei à voir; mais sa beauté, om plutôt son éclat, ne lui sert qu’à le faire découvrir de plus loin par des ennemis contre lesquels il a été laissé sans défense. L'un des plus misérables des ha-

poursuivi par des scombres ou des coryphènes, s’il abandonne, pour leur échapper, l'élément dans lequel il est né, s’il s'élève dans l’atmosphère, s’il décrit dans l’air une courbe plus ou moins prolongée, il trouve, en retombant dans la mer, un nouvel ennemi, dont la dent meur-

trière le saisit, le déchire et le dévore ; ou pendant |

la durée de son court trajet, il devient la proie des frégates et des autres oiseaux carnassiers

qui infestent la surface de l'Océan, le découvrent | | du haut des nues, et tombent sur lui avec la ra- |

Linnée ne paraît être, selon M. Cuvier, qu'un Volitans dont les écailles étaient tombées. D,

4 Bloch, pl. 599.

5 Du genre ExOCET, dans la famille des ÉSOGES. M. Cuvier remarque que ce poisson est difficile à distinguer de l'Exocet sauteur. D.

5 Muge volant. — Hirondelle de mer.— Lendola, dans plus. départ. mér.— Rondine, en Italie.— Dieräd el bakr, en Arabie. -— Gharara, à Dichadda. — Sabari, à Mokha. — Ikan terbang berampat sajap, aux Indes orientales. — Springer, en Allemagne. — Yliegerde harder, en Hollande. — Swallow fish, en Angleterre. — Exocet sauteur. Bonaaterre, pl. de l'Enc. méth., — £xocætus. Artedi, gen.8, spec. 55, syn. 18. — Muge volant. Rondelet, part. 4,1. 9, c. 5. — Muge volant. Bloch, pl. 597. — « Pterichthus api- « cius, exocætus longè volans, pinnis pectoralibus radiorum « octodecim; veutralibus extra corporis æquilibrium exortis, aultra pinnam ani dorsalemque apice pertingentibus. » Commerson , manuscrits déjà cités.

T Du genre EXOCET, Cuv. D.

8 « Pterichthus sublimius pinnis pectoralibus radiorum s« tredecim ; ventralibus extra corporis æquilibrium exortis, «ad medias ani dorsique pinnas apice pertingentibus. » Commerson, manuscrits déjà cités.

° M. Cuvier ne cite pas cette espèce de poisson, PB

pidité de l'éclair. Veut-il chercher sa sûreté sur le pont des vaisseaux dont il s'approche pendant son espèce de vol? le bon goût de sa chair lui ôte ce dernier asile ; le passager avide lui a bientôt donné la mort qu’il voulait éviter. Et comme si tout ce qui peut avoir rapport à cet animal, en apparence si privilégié, et dans la réalité si disgracié, devait retracer le malheur de sa condition , lorsque les astronomes ont placé son image dans le ciel , ils ont mis à côté celle de la dorade, l’un de ses plus dangereux ennemis.

La parure brillante que nous devons compter parmi les causes de ses tourments et de sa perte, se compose de l’éclat argentin qui resplendit sur presque toute sa surface, dont l’agrément est augmenté par l’azur du sommet de la tête, du dos et des côtés, et dont les teintes sont relevées par le bleu plus foncé de la nageoire dorsale, ainsi que de celles de la poitrine et de la queue. La tête du volant est un peu aplatie par-des-

| sus, par les côtés et par devant. La mâchoire bitantsdes eaux, continuellement inquiété, agité, |

d’en bas est plus avancéeque la supérieure; cette dernière peut s’allonger de manière à donner à l'ouverture de la bouche une forme tubuleuse et un peu cylindrique : l’une et l’autre sont garnies de dents si petites, qu’elles échappent presque à l’œil, et ne sont guère sensibles qu’au tact. Le palais est lisse, ainsi que la langue, qui est d’ailleurs à demi cartilagineuse, courte, arrondie dans le bout, et comme taillée en biseau à cette extrémité. L'ouverture des narines, qui touche presque l’œil, est demi-circulaire, et enduite de mucosité. Les yeux sont ronds, très-grands, mais peu saillants. Le cristallin, qu’on aperçoit au travers de la prunelle, et qui est d’un bleu noirâtre pendant la vie de l'animal, devient blanc d’abord après la mort du poisson. Les opercules , très-argentés , très-polis et très-luisants, sont composés de deux lames, dont l’antérieure se termine en angle, et dont la postérieure présente une petite fossette. Les arcs osseux quisoutiennent les branchies ont des dents comme celles d’un peigne. Les écailles, quoique un peu dures, se détachent, pour peu qu’on les touche. On voit de chaque côté de l’exocet deux lignes latérales: une fausse, et très-droite, marque les interstices des muscles, et sépare la partie du poisson qui est colorée en bleu, d’avec celle qui est argentée; l’autre, véritable , et qui suit la courbure du ventre, est composée d’écailles marquées d’un point et relevées par une strie longitudinale. Le dessous du poisson est

aplati jusque vers l’anus, etensuite un peu convexe.

Les grandes nageoires pectorales, que l’on a | aliments de l’exocet.

comparées à des aïles, sont un peu rapprochées du dos; elle donnent par leur position, à l’ani- | mal qui s’est élancé hors de l’eau, une situation | moins fatigante, parce que , portant son centre de suspension au-dessus de son centre de gravité. elles lui ôtent toute tendance à se renver- | ser et à tourner sur son axe longitudinal.

La membrane qui lie les rayons de ces pectorales est assez mince pour se prêter facilement à tous les mouvements que ces nageoires doivent faire pendant le vol du poisson; elle esten outre placée sur ces rayons, de manière que les intervalles qui les séparent puissent offrir une forme plus concave, agir sur une plus grande quantité d’air et éprouver dans ce fluide une résistance qui soutient l’exocet, et qui d’ailleurs est augmentée par la conformation decesmêmes rayons que leur aplatissement rend plus pro- | pres à comprimer l’air frappé par la nageoire agitée.

Les ventrales sont très-écartées l’une de l’autre.

Le lobe inférieur de la caudale est plus long d'un quart où environ que le lobe supérieur.

Tels sont les prineipaux traits que l’on peut remarquer dans la conformation extérieure des exocets volants, lorsqu'on les examine, non pas | dans les muséums , où ils peuvent être altérés, | mais au moment où ils viennent d’être pris. Leur longueur ordinaire est de huit à douze pouces. On lestrouve dans presque toutes les mers chaudes ou tempérées; et des agitations violentes de l'Océan et de l’atmosphère les entraînant quelquefois à d:: très-crandes distances des tropiques, des ohservateurs en ont vu d’égarés jusque dans le canal qui sépare la France de la Grande-Bretagne. |

Leur estomac est à peine distingué du canal intestinal proprement dit; mais leur vessie natatoire, quiest très-crande, peut assez diminuer leur pesanteur spécifique, lorsqu'elle est remplie d’un gaz léger, pour rendre plus facile non- | seulement leur natation, mais encore leur vol.

Bloch dit avoir lu dans un manuscrit de Plumier, que, dans la mer des Antilles, les œufs du Poisson volant (apparemment l’exocet vo- | lant) étaient si âcres, qu'ils pouvaient corroder la peau d> la langue et du palais. Il invite | avec rais;a les observateurs à s’assurer de ce |

| fait, et à rechercher la cause générale ou parti- | eulière de ce phénomène, qui peut-être doit être

réduit à l’effet local des qualités vénéneuses des

Le métorien montre une dorsale élevée et échancrée, et une nageoire de l'anus également échancrée, ou en forme de faux. On l’a pêché dans la mer qui entoure les Antilles.

Le sauteur à la chair grasse et délicate ; une

| longueur de près d’un pied et demi, l'habitude

de se nourrir de petits vers et de substances végétales. Il se plaît beaucoup dans la mer d’Arabie et dans la Méditerranée, particulièrement aux environs de l'embouchure du Rhône ; mais on le rencontre, ainsi que le volant, dans presque toutes les parties de l'Océan un peu voisines des tropiques, et même à plus de quarante degrés de l'équateur. Commerson l’a vu à trentequatre degrés de latitude australe, et à cinquante lieues des côtes orientales du Brésil.

La tête est plus aplatie par devantet par dessus que dans l’espèce du volant; l'intervalle des yeux plus large; le haut de l'orbite plus saillant; l’occiput plus relevé ; la mâchoire supérieure moins extensible ; l'ouverture de la bouche moins tubuleuse; et la grande surface des ventrales doit faire considérer ces nageoires comme deux ailes supplémentaires , qui donnent à l'animal la faculté de s’élancer à des distances plus considérables que l’exocet volant.

Le commersonnien a l’entre-deux des yeux, le dessus de l'orbite, la mâchoire supérieure, comme ceux du sauteur; l’occiput déprimé; et la dorsale marquée, du côté de la nageoire de la queue, d’une grande tache d’un noir bleuâtre. Cette quatrième espèce d’exocet est encore inconnue des naturalistes. Comment ne lui auraisje pas donné le nom du voyageur qui l’a découverte ‘?

4 6 rayons à chaque ventrale de l'exocet volant, 13 à la nageoire de la queue. — 6 rayons à chaque vernitrale de Fexocet métorien , 20 à la caudale. — 6 rayons à chaque ventrale de l'exocet sauteur, 46 à la nageoire de la queue. — 6 rayons à chaque ventrale de l'exocet commersonnien, 45 à la caudale

DES POISSONS. 543

Page 1