‹ Histoire naturelle de LacépèdeChapitre 527 sur 535 · HI · texte numérisé non relu

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POISSONS. 609

les femelles puissent frotter leur ventre, et se débarrasser de leurs œufs.

Aura-t-on à sa disposition des eaux thermales assez abondantes pour remplir de vastes réservoirs, et y couler constamment en si grand volume, que dans toutes les saisons la chaleur y soit très-sensible? On en profitera pour acclimater des espèces étrangères, utiles par la bonté de leur chair, ou agréables aux yeux par la vivacité de leurs couleurs, la beauté de leurs formes et l’agilité de leurs mouvements, et qui n'auront vécu jusqu'à ce moment que dars les contrées renfermées dans la zone torride ou très-voisines des tropiques.

Lorsque les poissons ne sont pas délicats, ils peuvent néanmoins supporter très-faciiement le passage d’une eau à une eau très-différente de la première. On l'a remarqué particulièrement sur l’anguille ; et M. de Septfontaines, observateur très-éclairé , que nous avons eu le plaisir de citer très-souvent dans nos ouvrages, nous à écrit, dans le temps, qu’il avait fait transporter des anguilles d’une eau bourbeuse dans le vivier le plus limpide, d’une eau froide dans une eau tempérée, d’une eau tempérée dans une eau froide, d’un vivier très-limpide dans une eau limoneuse , etc.; qu’il avait fait supporter ces {ransmigrations à plus de trois cents individus; qu'il les y avait soumis dans différentes saisons ; qu’il n’en était pas mort la vingtième partie; et que ceux qui avaient péri n'avaient succombé qu’à la fatigue et à la gêne que leur avait fait éprouver un séjour très-long dans des vaisseaux très-étroils.

On pourrait croire, au premier coup d’æil, qu'une des habitudes les plus difficiles à donner aux poissons serait celle de vivre dans l’eau douce après avoir vécu dans l’eau salée, ou celle de n’être entourés que d’eau salée après avoir été continuellement plongés dans de l’eau douce.

Cependant on ne conservera pas longtemps celle opinion, si l’on considère qu'à la vérité l’eau salée, comme plus pesante, soutient davantage le poisson qui nage, et dès-lors lui donne, tout égal d’ailleurs , plus d’agilité et de vitesse dans ses mouvements, mais que lorsqu’elle se décompose dans les branchies pour entretenir par son oxygène la circulation du sang, ou seulement dans le canal intestinal pour servir par son hydrogène à la nourriture | de l'animal, le sel dont elle est imprégnée n’al-

tère ni l’un ni l’autre proënit de cette décomposition. L’oxygène et l'hydrogène retirés de l’eau salée, où obtenus par le moyen de l’eau douce, offrent les mêmes propriétés, produisent les mêmes effets. Si le poisson est plus gêné dans ses mouvements au milieu d’un lac d’eau douce que dams le sein de l’Océan , il tire de l’eau de la mer et de celle du lac la même nourriture; et il peut, au milieu de l’eau douce, n'être privé que de cette sorte de modification qu’impriment la substance saline et peut-être une matière particulière bitamineuse ou de toute autre nature , contenues dans l’eau de l'Océan, et qui, l’environnant sans cesse, lorsqu'il vit dans la mer, peuvent traverser ses téguments, pénétrer sa masse, et s'identifier avec ses organes,

De plus, un très-grand nombre de poissons ne passent-ils pas la moitié de l’année dans l'Océan, et l’autre moitié dans les rivières ainsi que dans les fleuves ? et ces poissons voyageurs ne paraissent-ils pas avoir absolument la même organisation que ceux qui, plus sédentaires , n’abandonnent dans aucune saison les rivières ou la mer ?

Quant à la température, les eaux, au moins les eaux profondes, présentent presque la même, dans quelque contrée qu’on les examine, D'ailleurs les animaux s’accoutument beaucoup plus aisément qu’on ne le croit à des températures très-différentes de celle à laquelle la nature les avait soumis. Ils sy babituent même lorsque, vivant dans une très-grande indépendance, ils pourraient trouver dans des contrées plus chaudes ou plus froides que leur nouveau séjour, une sûreté aussi grande, un espace aussi libre, une habitation aussi adaptée à leur organisation, une nourriture aussi abondante. Nous en avons un exemple frappant dans l'espèce du cheval. Lors de la découverte de l'Amérique méridionale, plusieurs individus de cette espèce, amenés dans celte partie du nouveau continent, furent abandonnés, ou s’échapperent dans des contrées inhabitées voisines du rivage sur lequel on les avait débarqués : ils s'y mulüiplièrent ; et de leur postérité sont descendues des troupes très-nombreuses de chevaux sauvages, qui se sont répandus à des distances très-considérables de la mer, se sont très-éloignés de la ligne équinoxiale, sont parvenus urès-près de l'extrémité australe de l'Amérique, ÿ occupent de vastes déserts, n’y ont perdu au-

EFFETS DE L'ART

cun de leurs attributs, ont été plutôt améliorés qu’allérés par leur nouvelle manière de vivre, y sont exposés à un froid assez rigoureux pour qu'ils soient souvent obligés de chercher leur nourriture sous la neige qu'ils écartent avec leurs pieds ; et néanmoins on ne peut guère disconvenir que le cheval ne soit originaire du climat brûlant de l'Arabie.

I n’y à que les animaux nés dans les environs des cercles polaires, qui ont dès leurs premières années supporté le poids des hivers les plus rigoureux, et dont la nature, modifiée par les frimas, non-seulement dans eux, mais encore dans plusieurs des générations qui les ont précédés, est devenue, pour ainsi dire, analogue à tous les effets d’un froid extrême, qui ne paraissent pas pouvoir résister à une lempérature très-différente de celle à laquelle ils ont loujours été exposés. Il semble que la raréfaction produite dans les solides et dans les liquides par une grande élévation dans la température, est pour les animaux un changement bien plus dangereux que l’accroissement de lon, d’irritabilité et de force , que les solides peuvent recevoir de l’augmentation du froid; et voilà pourquoi on n’a pas encore pu parvenir à l'aire vivre pendant longtemps dans le climat tempéré de la France les rennes qu’on y avait amenés des contrées boréales de l’Europe.

On doit done, tout égal d’ailleurs, essayer de transporter les poissons du midi dans les lacs ou rivières du nord, plutôt que ceux des contrées seplentrionales dans les eaux du midi. Lors même que les rivières ou les lacs dans lesquels on aura transporté les poissons méridionaux, seront situés de manière à avoir leur surface glacée peudant une partie plus ou moins longue de l’anaée, ces animaux pourront y vivre. Ils se tiendront dans le fond de leurs habitations pendaut que l’hiver régnera: et si, dans celle retraite profonde, ils manquent d’une communication suffisante avec l'air de latmosphère, ou si la gelée, pénétrant trop avant, leur fait subir son influence , descend jusqu'à eux et les saisit, ils tomberont dans cette torpeur plus ou moins prolongée, qui conservera leur existence, en en ralentissant les principaux ressorts !. Combien d'individus, et même combien d'espèces cet engourdissement remarquable ne préserve-t-il pas de la destruction en

- 1 Voyez l'article du Scombre maquereau.

SUR LES POISSONS

concentrant la vie dans l’intérieur de l'animal, en l’éloignant de la surface où elle serait trop fortement attaquée, en la renfermant, pour ainsi dire, dans une enveloppe qui ne conserve de la vitalité que ce qu'il faut pour ne pas éprouver de grandes décompositions , et en la réduisant, en quelque sorte, à une circulation si lente et si limitée, qu’elle peut être indépen dante des objets extérieurs ! ! S'il ne répare pas, comme le sommeil journalier, des organes usés par la fatigue, il maintient ces organes; s’il ne donne pas de nouvelles forces , il garantit de l’anéantissement; s’il ne ranime pas le souffle de la vie , il brise les traits de la mort. Quelle que soient la cause, la force ou la durée du sommeil, il est donc toujours un grand bienfait de la nature ; et pendant qu'il charme les ennuis de l’être pensant et sensible, non-seulement il guérit ou suspend les douleurs, mais il prévient et écarte les maux de l'animal, qui, réduit à un instinet borné, n’existe que dans le présent, ne rappelle aucun souvenir, et ne conçoit aucun espoir.

La qualité et l'abondance de la nourriture , ces grandes causes des migrations volontaires de tous les animaux qui quittent leur pays, sont aussi les objets auxquels on doit faire le plus d'attention, lorsqu'on cherche à conserver des animaux en vie dans un autre séjour que leur pays natal, et par conséquent lorsqu'on veut acclimater des espèces de poisson.

L’aliment auquel le poisson que l’on vient de dépayser est le plus habitué, est celui qu’ii faudra lui procurer, il retrouvera sa patrie partoul où il aura sa nourriture familière, Par le moyen d'herbes, de feuilles, d’amas de végétaux, de fumiers de toute sorte, on donnera un aliment très-convenable aux espèces qui se nourrissent de débris de corps organisés ; on cherchera, on rassemblera des larves et des vers pour elles qui les préferent ; et lorsqu'on aura transporté des brochels ou d’autres poissons voraces, il faudra mettre dans les eaux qui les auront reçus ceux dont ils aiment à faire leur proie, qui se plaisent dans les mêmes habitations que ces animaux carnassiers, ou qui sont peu recherchés par les pêcheurs, comme des éperlans, des evprins goujons, des cyprins gibèles, des eyprins bordelières, etc.

On trouvera, en parcourant les différents ar-

1 Voyez le Discours sur la nature des quadrupèdes ovi= pares.

ticles de celte Histoire, un grand nombre d’espèces remarquables par leur beauté, par leur grandeur et par le goût exquis de leur chair, qui manquent aux eaux douces de notre patrie, et qu'on pourrait aisément acclimater en France, avec les précautions ou par les moyens que nous venons d'indiquer, ou en employant des procédés analogues à ceux que nous venons de décrire, et qu'on préférerait d’après la longueur du trajet , la nature du voyage, le climat que les poissons auraient quitté, la saison que l’on aurait été obligé de choisir, et plusieurs autres circonstances. De ce nombre seraient, par exemple, le centropome sandat de la Prusse, l’holocentre post des contrées septentrionales de l'Allemagne ; et on ne devrait même pas être effrayé par la grandeur de la distance, surtout lorsque le transport pourrait avoir lieu par mer, ou par des rivières, ou des canaux. On peut en effet, lorsqu'on ‘navigue sur l'Océan, sur des canaux ou sur des fleuves , attacher à l'arrière du bâtiment une sorte de vaisseau , ou pour mieux dire, de srande caisse, que l’on rend assez pesante pour qu'elle soit presque entièrement plongée dans l’eau, et dont les parois sont percées de manière que les poissons qui y sont renfermés reçoivent tout le fluide qui leur est nécessaire, et communiqueut avec l'atmosphère de la manière la plus avantageuse, sans pouvoir s'échapper et sans iwoir rien à craindre de la dent des squales ou des autres animaux aquatiques et féroces. Nous indiquous donc à la suite du post et du sandat, et entre plusieurs autres que les bornes de ce Discours ne nous permettent pas de rappeler ici, l’osphronème goramy, déja apporté de la Chine à l’île de France, le bodian aya des lacs du Brésil, et l’holocentre sogo des grandes Indes, de PAfrique et des Antilles.

Quand on n'aura pas une eau courante à donner à ces poissons arrivés d’une terre étrangère, et principalement lorsque ces nouveaux hôtes auront vécu, jusqu à leur migration, dans des fleuves ou des rivières, on compensera le renouvellement perpétuel du fluide environnant que le courant procure, par une grande étendue donnée à l'habitation. Ici comme dans plusieurs autres phénomènes, un grand volume en repos tiendra lieu d’un petit volume en mouvement ; et, dans un espace de temps déterminé, l'animal jouira de la mème quantité de molécules de fluide, différentes de celles dont il aura déjà recu l'influence

Sans cette précaution , les poissons que l’on voudraif äcclimater épouveraient les mêmes accidents que ceux de nos contrées qu’on enlève aux petites rivières, et particulièrement à la partie de ces rivières la plus voisine de la source, et qu'on veut conserver dans des vaisseaux ou même dans des bassins très-étroits. On est obligé de renouveler très-souvent l’eau qui les enserre; sans cela, les diverses émanations de leur corps, et l'effet nécessaire du rapprochement d’une grande quantité de substances animales, vicient l’eau, la corrompent par la production de gaz que l’on voit s'élever en petites bulles, et la rendent si fweste pour eux, qu'ils périssent s’ils ne viennent pas à la surface chercher le voisinage de l’atmosphère, et respirer, pour ainsi dire, des couches de fluide plus pures.

Ces faits sont conformes à de belles expériences faites par mon confrère M. Silvestre le fils, et à celles qui furent dans le temps communiquées à Buffon par une note que ce grand naturaliste me remit quelques années après, et qui avaient été tentées sur des gades lotes, des eattes chabots, des cyprins goujons, et d’autres eyprins, tels que des gardons, des vérons et des vaudoises.

Les poissons que l’on veut acclimater sont plus exposés que les anciens habitants des eaux dans lesquelles on les a placés, non-seulement aux altérations dont nous venons de parler, mais encore à toutes les maladies auxquelles leurs diverses tribus sont sujettes.

Ces maladies assaillent ces tribus aquatiques, même lorsque les individus sont encore renfer— més dans l'œuf, On a observé que des embryons de saumon, de truite et de beaucoup d’autres espèces, périssaient lorsque des substances grasses, onctueuses, et celles que l'on désigne par le nom de saletés et d’ordures, s’atlachaient à l'enveloppe qui les contenait, et qu'une eau courante ne nettoyait pas promptement celte membrane.

On suppléera facilement à cette eau courante par une attention soutenue et divers petits moyens que les circonstances suggéreront.

Lorsque les poissons sont vieux, ils éprouvent souvent une altération particulière qui se manifeste à la surface de lanimal ; les canaux destinés à entretenir ou renouveler les écailles s’obstruent ou se déforment; les organes qui

EFFETS DE L'ART

de ces lames, s’oblitèrent ou se dérangent; les écailles changent dans leurs dimensions ; la maticre qui les compose n’a plus les mêmes propriétés; elles ne sont plus ni aussi luisantes, ni aussi transparentes, ni aussi colorées ; elles sont clair-semées sur la peau de l’animal vieil, elles se détachent avec facilité ; elles ne sont pas remplacées par de nouvelles lames, ou elles cèdent la place, en tombant, à des excroissances difformes, produites par une matière écailleuse de mauvaise qualité, mélangée avec des éléments hétérogènes, et mal élaborée dans des parties sans force, et dans des tuyaux qui ont perdu leur première figure. Cette altération est sans remède; il n’y a rien à opposer aux effets nécessaires d’un âge très-avancé. Si dans les poissons, comme dans les autres animaux, l'art peut reculer l’époque de la décomposition des fluides, de l’affaiblissement des solides, de la diminution de la vitalité, il ne peut pas détruire l'influence de ces grands changements, lorsqu'ils ont été opérés. S'il peut retarder la rapidité du cours de la vie, il ne peut pas la faire remonter vers sa source.

Mais les maux irréparables de la vieillesse ne sont pas à craindre pour les poissons que l’on cherche à acclimater : dans la plupart des espèces de ces animaux, ils ne se font sentir qu'après des siècles, et l'éducation des individus que l’on transporte d’un pays dans un autre, est terminée longtemps avant la fin de ces nombreuses années. Leurs habitudes sont d'autant plus modifiées, leur nature est d'autant plus changée avant qu'ils approchent du terme de leur existence, qu’on a commenté d'agir sur eux pendant qu’ils étaient encore très-jeunes.

C'est d'autres maladies que celles de la décrépitude qu’il faut chercher à préserver ou à guérir les poissons qu’on élève. Et maintenant nous agrandissons le sujet de nos pensées, et tout ce que nous allons dire doit s’appliquer nonseulement aux poissons que l’on veut acclima ter dans telle ou telle contrée, mais encore à tous ceux que la nature fait naître sans le seco urs de l’art.

Ces maladies qui rendent les poissons languissants et les conduisent à la mort, proviennent quelquefois de la mauvaise qualité des plantes aquatiques ou des autres végétaux qui croissent près des bords des fleuves ou des lacs, et dont les feuilles, les fleurs ou les fruits sont saisis par

filtrent la substance nourricière et réparatrice | l’animal qui se dresse, pour ainsi dire, sur la

SUR LES POISSONS

rive, ou tombent dans l’eau, y flotient, et! des étangs vaseux, L'air de l'atmosphère n’a

vont ensuite former au fond du lac ou de la rivière un sédiment de débris de corps organisés. Ces plantes peuvent être, dans certaines saisons de l’année, viciées au point de ne fournir qu'une substance malsaine, non-seulement aux poissons qui en mangent, mais encore à ceux qui dévorent les petits animaux dont elles ont composé la nourriture. On prévient ou on arrête les suites funestes de la décomposition de ces végétaux en détruisant ces plantes auprès des rives de l'habitation des poissons, et en les remplaçant par des herbes ou des fruits choisis que l’on jette dans l’eau peuplée de ces animaux.

La plus terrible des maladies des poissons est celle qu’il faut rapporter aux miasmes produits dans le fluide qui les environne.

C’est à ces miasmes qu'il faut attribuer la mortalité qui régna parmi ces animaux dans les grands et nombreux étangs des environs de Bourg, chef-lieu du département de l'Ain, lors de l'hiver rigoureux de la fin de 1788 et du commencement de 4789, et dont l’estimable Varenne de Fenille donna une notice très-bien faite dans ie Journal de physique de novembre 1789. Dès le 26 novembre 1788, suivant ce tres-bon observateur, la surface des étangs fut profondément gelée ; la glace ne fondit que vers la fin de janvier, Dans le moment du dégel, les rives des étangs furent couvertes d’une quantité prodigieuse de cadavres de poissons, rejetés par les eaux. Parmi ces animaux morts, on compta beaucoup plus de carpes que de perches, de brochets et de tanches. Les étangs blancs, c’est-à-dire ceux dont les eaux reposaient sur un sol dur , ferme et argileux, n'offrirent qu'un petit nombre de signes de cette mortalité; ceux qu’on avait récemment réparés etnettoyés, montrèrentaussi sur leurs bords très-peu de victimes : mais presque tous les poissons renfermés dans des étangs vaseux , encombrés de jones ou de roseaux, et surchargés de débris de végétaux, périrent pendant la gelée. Ce qui prouve évidemment que la mort de ces derniers animaux n’a pas été l'effet du défaut de l’air de l’atmesphère, comme le penseraient plusieurs physiciens , et qu’elle ne doit être rapportée qu'à la productiôn de gaz délétères qui n’ont pas pu s’échapper au travers de la croûte de glace, c’est que la gelée a été aussi forte à la superlicie des étangs blancs et des élanss nouvellement nettoyés, qu'à celle

pas pu pénétrer plus aisément dans les premiers

que dans les derniers ; et cependant les poissons . de ces étangs blancs ou récemment réparés ont vécu, parce que le fond de leur séjour, n'étant

pas couvert de substances végétales, n’a pas pu

produire les gaz funestes qui se sont dévelop-

pés dans les étangs vaseux. Et ce qui achève,

d’un autre côté, de prouver l'opinion que nous

exposons à ce sujet, et qui est importante pour

la physique des poissons, c’est que des oiseaux

de proie, des loups, des chiens et des cochons

mangerent les restes des animaux rejetés après

le dégel sur les rivages des étangs remplis de

jones, sans éprouver les inconvénients auxquels

ils auraient été exposés s'ils s'étaient nourris

d'animaux morts d’une maladie véritablement

pestilentielle.

Ce sont encore ces gaz malfaisants que nous devons regarder comme la véritable origine d’une maladie épizootique qui fit de grands ravages, en 1757, dans les environs de la forêt de Créey. M. de Chaïgnebrun, qui a donné dans le temps un très-bon traité sur celte épizootie, rapporte qu’elle se manifesta sur tous les animaux ; qu’elle atteignit les chiens, les poules , et s’étendit jusqu'aux poissons de plusieurs étangs. Il nomme cette maladie fièvre épidémique contagieuse , inflammatoire, putride et gangréneuse. Un médecin d’un excellent esprit, dont les connaissances sont très-variées, et qui sera bientôt célèbre par des ouvrages importants, M. Chavassieu-Daudebert, lui donne , dans sa Nosologie comparée, le nom de charbon symptomatique.

Je pense que cette épizoolie ne serait pas parvenue jusqu'aux poissons, si elle n'avait pas tiré son origine de gaz délétères. Je crois, avec Aristote, que les poissons revêtus d’écailles, se nourrissant presque toujours de substances lavées par de grands volumes d’eau, respirant par un organe particulier, se servant, pour cet acte de la respiration, de l’oxygène de l’eau bien plus fréquemment que de celui de l’air, et toujours environnés du fluide le plus propre à arrêter la plupart des contagions, ne peuvent pas recevoir de maladie pestilentielle desanimaux qui vivent dans l’atmosphère. Mais les poissons des environs de Crécy n’ont pas été à l'abri de l’épizootie, au-dessous des couches d’eau qui les recouvraient, parce qu’en même temps que les marais voisins de la forêt exhalaient les miasmes qui donuaient la mort aux chiens, aux poules,

et à d'autres espèces terrestres, le fond des étangs produisait des gaz aussi funestes que ces miasmes, Il n’y a pas eu de communication de maladie; mais deux causes analogues , agissant en même temps, l’une dans l’eau, et l’autre dans l'atmosphère, ont produit des effets semblables.

On peut prévenir presque toutes ces mortalités que causent des gaz destructeurs, en ne laissant pas dans le fond des étangs ou des rivières, des las de corps organisés qui puissent, en se cécomposant , produire des émanations pestileutielles, en les entrainant par de l’eau courante que l’on introduit dans ces étangs, et par de l’eau très-pure et très-rapide que l’on conduit dans ces rivières pour en renouveler le fluide, de la même maniere que l’on rencuvelle celui des temples, des salles de spectacle et d’autres grands édifices par les courants d’air que lon y dirige, et enfin en brisant pendant l'hiver les glaces qui se forment sur la surface des étangs et des rivières , et qui retiendraient les gaz pernicieux dans l'habitation des poissons.

Il paraît que lorsque la chaleur est très-grande, elle agit sur les poissons indépendamment des fermentations, des décompositions et des exhalaisons qu'elle peut faire naître. Elle influe directement sur ces animaux, surtout lorsqu'ils sont renfermés dans des réservoirs qui ne conliennent qu'un pelit volume d’eau, Elle parvient alors jusqu’au fond du réservoir, qu'elle pénètre , ainsi que les parois; et réfléchie ensuile par ce fond et ces parois très-échauffés, elle attaque de toutes parts les poissons, qui se trouvent dès lors placés comme dans un foyer, et leur nuit au point de leur donner des maladies graves. C’est ainsi qu’on a vu des anguilles mises pendant l'été dans des bassins trop peu étendus, gagner une maladie qu’elles se communiquaient, etqui se manifestait par des taches blanches. On dit qu’on a les guéries par le moyen du sel, et de la plante nommée Stratioles aloides. Mais quoi qu’il en soit, il vaut mieux empêcher cette maladie de naître, en préservant les poissons de lexcès de la chaleur , eu pratiquant dans leur habitation des endroits profonds où ils puissent trouver un abri contre les feux de Pastre du jour, en plantant sur une partie du rivage des arbres touffus qui leur donnent uue ombre salutaire.

Et comme il est très-rare que tous les extrémes ne soient pas nuisibles, parce qu’ils sont

EFFETS DE L’ART

le plus éloignés possible de la combinaison la plus commune , et par conséquent la plus naturelle des forces et des résistances, pendant que les eaux trop échauffées ou trop impures donnent la mort à leurs habitants, celles qui sont trop froides et trop vives les font aussi périr, ou du moins les soumettent à diverses incommodités, et particulièrement les rendent aveuges. Nous trouvons à ce sujet, dans les Hémoires de l'académie des sciences pour 1748, des observations curieuses du général Montalembert, faites sur des brochets; et le comte d’Achard en adressa d’analogues à Buffon , en 1779, dans une lettre, dont mon illustre ami m'a remis dans le temps un extrait, « Dans une « terre que j’ai en Normandie, dit le comte @’A- « chard , il existe une fontaine abondante äans « les plus grandes sécheresses. Je suis parvenu, «au moyen de canaux de terre cuite, à amener « l’eau de cette source dans {rois bassins que « j'ai dans mon parterre. Ces bassins sont mu- «rés et pavés à chaux et à sable ; mais on n’Y «a mis l’eau qu'après qu'ils ont été parfaile- « ment secs. Après les avoir bien nettoyés et « fait écouler la première eau, on y a laissé « séjourner celle qui y est venue depuis, et qui « coule continuellement. Dans les deux premiers « bassins, j'ai mis des carpes de la plus grande « beauté, avec des tanches; dans le troisième « des poissons de la Chine (des cyprins dorés) : « tout cela existe depuis trois ans. Aujourd’hui «les carpes, précieuses par leur beauté et «leur grandeur vraiment prodigieuse, sont « attaquées d’une maladie cruelle et dont elles « meurent journellement. Elles se couvrent peu « à peu d'un limon sur tout le corps, et sur- « tout sur les yeux, où il y a en sus une espèce « de taie blanche qui se forme peu à peu, « comme le limon, jusqu'a l'épaisseur de deux «ou trois lignes. Elles perdent d’abord un « œil, puis l’autre, et ensuite crèvent..… Les « tanches et les poissons chinois ne sont pas « allaqués de celte maladie. Est-elle particu- «lière aux carpes? quel en est le remède ?

« d’où cela peut-il venir? de la vivacité de « l’eau ? etc., ete., etc.

Cette dernière conjecture nous paraît trèsfondée; et ce que nous venons de dire devra faire trouver aisément le moyen de garantir ces poissons de cette cécité que la mort suit souvent,

Ces poissons sont aussi quelquefois menacés

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