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LE GADE MERLAN

Gadus Merlangus, Linn., Gmel., Bl., Lacep., Cuv.

De toutes les espèces de gades, le merlan es: celle dont le nom et la forme extérieure sont le mieux connus dans une grande partie de l’Europe, et particulièrement dans la plupart des départements septentrionaux de France. La morue même n’y est pas un objet aussi familier, à tous égards, que le poisson dont il est question dans cetarticle; on l’y nomme souvent, on la sert sur toutes les tables, et cependant sa véritable figure y est ignorée dans les endroits éloignés des rivages de la mer, parce qu’elle n’y parvient presque jamais que préparée, salée, ou séchée, altérée, déformée, et souvent tronquée. Le merlan, au contraire, est transporté entier dans ces mêmes endroits; et la grande consommation qu’on en a faite l’a mis si souvent sous les yeux, et l’a fait examiner si fréquemment, qu'il a frappé l'imagination des personnes même les moins instruites, et que ses attributs, principalement sa couleur, sont devenus des sujets de proverbes vulgaires. Les nuances qu’il présente sont en effet très-brillantes : presque tout son corps resplendit de la blancheur de l'argent ; et l'éclat de cette couleur est relevé, au lieu d'être affaibli, par l’olivâtre qui règne quelquefois sur le dos, par la teinte noirâtre qui distingue les nageoires pectorales ainsi que celle de la queue, et par une tache noire que l’on voit sur quelques individus, à l’origine de ces mêmes pectorales.

Tout le monde sait d’ailleurs que le corps du merlan est allongé, et revêtu d’écailles petites, minces et arrondies ; que ses nageoires dorsales sont au nombre de trois; qu’il n’a pas de | barbillons ; que sa mâchoire supérieure est plus avancée que l'inférieure. Il nous suffira d'ajou-

4Hwilling,en Suède et en Danemarck.-- W'hiting,en Angleterre.—Gade merlan, Daubenton, Enc. méth.—Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc.méth.— Faun, suecic. 310. —Gadus hoîtiing, It scan. 526, tab. 2 fig. 2.—1d.,1t. Wgotb., p. 176.—4 Gadus adorsotripterygio, oreimberbi,.…. maxilläsuperiore longiore.» Artedi, gen. 19,syn.54, spec.62.—« Secunda asellorum species, « merlangus. » Gesner, Aquat., p. 65, et Germ., fol, 40, 2. — Asellus candidus primus, Schonev., p. 17.—4sellus minor aller, Aldrov.. lib. 5, cap. 5, p.287. — Asellus minor et mollis, Charleton, p. 124. — Asellus mollis, Jonston, Pise., tab. 2, fig. 5.— Asellus mollis major, seu albus, Wil- | lughby, p.170, tab. L, m. 1, fig. 5. — Rai, p. 55, n. 8. — M0lenaer, Gronov. Mus. 1, p. 20, n. 35; Zooph., p. 98, n. 546. —« Callarias imberbis, argentei splendoris, etc. » Klein, Miss. pisc. 5, p, 8, n. 5. tab. 5, fig. 2. — Merlan, Rondelet, part. 4, 119, c.9.— Whiting, Brit. Zool. 5, p.155, n.9, — Merlan, Valmont de Bomare, Dict, d'hist, nat.

DES POISSONS

ter, relativement à ses formes extérieures, que cette même mâchoire d’en-haut est armée de plusieurs rangs de dents, dont les antérieures sont les plus longues; qu’on n’en voit qu’une rengée à la mâchoire d’en-bas, qui d’ailleurs montre de chaque côté neuf ou dix points ou très-petits enfoncements ; que l’on aperçoit sur le palais deux os triangulaires, et auprès du go- (ier quatre os arrondis ou allongés, lesquels { ont tous les six hérissés de petites dents ou as- | érités ; et enfin que la ligne latérale est presque ( roite".

Si nous jetons maintenant un coup d'œil sur l'intérieur du merlan, nous verrons que ce poisson a cinquante-quatre vertèbres. Nous en avons compté cent seize dans l’anguille; mais aussi, quelque allongé que soit le merlan , il présente une forme bien éloignée de celle que montre le corps très-délié des murènes.

Le cœur a la figure d’un quadrilatère, avec des angles très-obtus. L’oreillette est grande, ainsi que l'aorte.

L'estomac est allongé, assez large, un peu recourbé vers le pylore, autour duquel est un très-grand nombre d’appendices intestinaux, ou depetits cæcum , formantune sorte de couronne. Le canal intestinal proprement dit est presque de la longueur de l’animal ; il se réfléchit vers le diaphragme, va de nouveau vers la queue, se recourbe du côté de l’œsophage, et tend ensuite directement vers l’anus, où il parvient trèsélargi.

Le foie, dont la couleur est blanchâtre, se divise en deux lobes principaux : le droit est court et étroit; le second très-long et répandu dans une tres-grande partie de l’abdomen.

La vésicule du fiel communique par un canal avec le foie, et par un canal plus grand, avec le tube intestinal auprès des appendices.

Un viscère triangulaire et analogue à la rate est situé au-dessous de l'estomac.

Les reins, d’une couleur sanguinolente , et étendus le long de l’épine du dos, se déchargent dans une vessie urinaire double, voisine de l’anus, et que l’on à souvent trouvée remplie d’une eau claire.

La vessie natatoire est visqueuse, longue, simple, attachée à l’épine du dos. Le canal

* A la membrane des branchies 7 rayons, à la première dorsale 16, a la seconde 18, à la troisième 19, à chacune des pectorales 20, à chacune des jugulaires 6, à la premiére de \'anus 70, à la seconde 20, à celle de la queue 31.

pneumatique, par lequel elle communique à l'extérieur, part de la partie la plus antérieure de cette vessie, et aboutit à l’œsophage.

Enfin on voit dans les femelles deux ovaires très-longs , et remplis, lors de la saison convenable, d’un tres-grand nombre de petits œufs ordinairement jaunâtres.

Le merlan habite dans l’Océan qui baigne les côtes européennes. Il se nourrit de vers, de mollusques, de crabes, de jeunes poissons. Il s’approche souvent des rivages, et voilà pourquoi on le prend pendant presque toute l’année :

mais il abandonne particulièrement la haute mer, non-seulement lorsqu'il va se débarrasser du poids de ses œufs ou les féconder, mais encore lorsqu'il est attiré vers la terre par une nourriture plus agréable et plus abondante, et lorsqu'il y cherche un asile contre les gros animaux marins qui en font leur proie ; et comme ces diverses circonstances dépendent des saisons , il n’est pas surprenant que, suivant les pays, le temps de le pêcher avec succes soit plus ou moins avancé. On a préféré pour cet objet, sur certaines côtes de France, les mois de janvier et de février; et sur plusieurs de celles d'Angleterre ou de Hollande, on a choisi les mois de l’été.

On le trouve très-gras lorsque les harengs ont déposé leurs œufs , et qu’il a pu en dévorer une grande quantité ‘. Mais, excepté dans le temps où il fraie lui-même, sa chair écailleuse est agréable au goût : elle n’a pas de qualité malfaisante; et comme elle est molle, tendre et lécère, on la digère ävec facilité, et elle est un des aliments que l’on peut donner avec le moins d’inconvénient à ceux qui éprouvent un grand besoin de manger, sans avoir cependant des sucs digestifs très-puissants.

Dans quelques endroits de l'Angleterre et des environs d'Ostende, de Bruges et de Gand, on a fait sécher etsaler des merlans après les avoir vidés; et on les a rendus, par cette préparation, au moins suivant le témoignage de plusieurs observateurs, un mets très-délicat.

On a écrit qu’il y avait des merlans hermaphrodites. On en a vu, en effet, dont l'intérieur présentait en même temps un ovaire rempli d'œufs, et un corps assez semblable, au premier coup d'œil, à la laile des poissons mâles : mais

1 Lettre de M. Noël, de Rouen, à M. de Lacépède, du 12 novembre 1796.

cet aspect n’est qu’une fausse apparence; l'on | presque tous de roche, tandis que ceux des

s'est assuré que cette prétendue laite n’était que le foie, qui est très-cros dans tous les merfans, et particulièrement dans ceux qui sont très-gras.

On prend quelquefois des merlans avec des filets, et notamment avec celui que l’on a nommé Drége, et dont nous avons fait connaître la forme dans l’article de la Trachine vive. Le plus souvent néanmoins on pêche le gade dont nous parlons, avec une vingtaine de lignes, dont chacune, garnie de deux cents hamecons, est longue de plus de cent mètres , et qu’on laisse au fond de l’eau environ pendant trois heures.

Au reste, non-seulement la qualité de la chair du merlan varie suivant les saisons et les parages qu’il fréquente , mais encore ses caractères extérieurs sont assez différents, selon les eaux qu'il habite, peur qu’on ait compté dans cette espèce plusieurs variétés remarquabies et constantes. Nous pouvons en donner un exemple, en rapportant une observation très-intéressante qui nous à été transmise au sujet des merlans que Pon trouve sur les côtes du département de la Seine-Inférieure, par un naturaliste habile et très-zélé, M. Noël, de Rouen, que j'ai déjà eu cecasion de citer dans cet ouvrage.

Cet ichthyologiste m’a écrit ! qu'on apercevait une assez grande différence entre les merlans que l’on prend sur les fonds voisins d’Yport et des Dalles, près de Fécamp, et ceux que l’on pêche depuis la pointe de l’Aïlly jusqu'au Tréport et au delà. Les merlans d’Yport et des Dalles sont plus courts; leur ventre est plus large, leur tête plus grosse, leur museau moins aigu ; la ligne que décrit leur dos, légèrement courbée en dedans, au lieu d’être droite; la couleur des parties voisines du museau et de la nageoire de la queue, plus brunâtre; la chair plus ferme, plus agréable et plus recherchée.

M. Noël pense, avec raison, qu’on doit attribuer cette diversité dans les qualités dela chair, ainsi que dans les nuances et les formes extérieures , à la nature des fonds au-dessus desquels les merlans habitent, et par conséquent à celle des aliments qu’ils trouvent à leur portée. Auprès d'Yport et de Fécamp, les fonds sont

* Lettre de M, Noël à M. de Lacépède , du 42 noyembre

eaux de l’Aïlly, de Dieppe et de Tréport, sont presque tous de vase où de gravier. En général, M. Noël pense que le merlan est plus petit et plus délicat sur les bas-fonds très-voisins des rivages, que sur les bancs que l’on trouve à de grandes distances des côtes.

LE GADE MOLVE !,

Gadus Molva, Linn., Gmel., Cuv., Lacep,

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