ET LE GADE DANOIS
Gadus danicus, Lacep. ?.
De tous les gades, la molve est celui qui parvient à la longueur la plus considérable, surtout relativement à ses autres dimensions, et particuliérement à sa largeur : elle surpasse souvent celle de vingt-quatre décimètres; et voilà pourquoi elle a été nommée, dans un grand nombre de contrées et par plusieurs auteurs, le Gade long. Klle habite à peu près dans les mêmes mers que la morue. Elle se trouve abondamment, comme ce gade, autour de la Grande- Bretagne , auprès des eûtes de l’Irlande, entre les Hébrides, vers le comté d’York. On la pêche de la même manière, on lui donne les mêmes préparations ; et comme cette espèce présente un grand volume, et d’ailleurs est douée d’une grande fécondité, elle est, après la morue et le hareng, un des poissons les plus précieux pour le commerce et les plus utiles à l'industrie.
Dans les mers qui baignent la Grande-Bretagne, elle jouit principalement de toutes ses qualités, depuis le milieu de février jusque vers la fin de mai, c’est-à-dire dans la saison qui précède son frai, lequel a lieu dans ces mêmes
1 Langn, en Suède, — Lenge, en Allemagne. — Ling, en Angleterre. — Gade lingue, Daubenton, Enc. méth. — Id, Bonuaterre, pl. de l'Enc. mélh.— « Gadus dorso dipterygio, «ore cirralo, maxillà superiore longiore. » Artedi , gen. 22, syn. 56. — Molra mrjor, Charleton, p. 121.— Asellus longus, Schon., p.18. — 4sellus longus, Wiliughby, p. 175, tab. L, m. 2, n. 2. — Rai, p. #6 — Faun.suecic. 512. — Müller, Prodrom. Zool. dan., p. 44, n. 545. — Gadus longa, It, Wgoth. 177. — Bloch, pl. 69. — Enchelyopus, Klein, Miss, pisc. 4, p. 58, n. 16. — Bélon, Aquat., p. 155. — Gesner, Aquat., p.95; Icon. anim., p. 78. — Ling. Brit. Zool., p. 460, n. 15.
2 Du sous-genre des Lottes dans le genre Gade. Cuv. D.
5 Müller, Zool. danic, prodrom., p. #3. — Gade danois Bonnaterre. pl. de l'Enc. méth.
4 M. Cuvier ne cite pas cette espèce. D.
DES POISSONS
mers aux approches du solstice. Elle aime à déposer ses œufs le long des marais que l'on y voit à l'embouchure des rivières.
Elle se nourrit de crabes, de jeunes ou petits poissons, notamment de pleuranectes plies.
Sa chair contient une huile douce, facile à obtenir par le moyen d’un feu modéré, et plus abondante que celle que peuvent donner la morue ou les autres gades.
Sa couleur est brune par-dessus, blanchâtre par-dessous, verdâtre sur les côtés. La nageoire de l’anus est d’un gris de cendre; les autres sont noires et bordées de blane : on voit de plus une tache noire au sommet de chacune des dorsales !. z
Les écailles sont allongées, petites, fortement attachées ; la tête est grande, le musean un peu arrondi, la langue étroite et pointue.
Le gade danois n’est pas dénué de barbillons, non plus que la molve : comme la molve, il n’a que deux nageoires sur le dos, et appartient par ee double caractère au troisième sous-genre gades. Sa mâchoire inférieure est plus avancée que la supérieure, ce qui le sépare de la molve ; et sa nagcoire de l'anus renferme jusqu’à soixante-dix rayons, ce qui le distingue de toutes les espèces comprises dans le sous-genre où nous l’avons inscrit, et même de tous les gades connus jusqu’à présent. On en doit la première description au savant Müller, auteur du P7odrome de la Zoologie danoise.
LE GADE LOTE 2.
Gadus Lota, Lian., Gmel., Cuv., Lacep. s.
La lote mérite une attention particulière des naturalistes. Elle présente tous les caractères
A la membrane des branchies de la molve 7 rayons, à la première nageoire dorsale 15, à la seconde 65, à chacune des pectorales 19, à chacune desjngulaires 6, à celle de l'anus 59, a celle de la queue, qui est arrondie, 58.
? Motelle, Barbotte, dans quelques départ. de France, — Barbot, et Burbot, Eel pout, en Angleterre. — Putael, dans la Belgique ou France septentrionale, — 4lra upe, Ob'äppe, Trüsch, Treischen, Rutten, en Allemagne, — Aalquabbe, Franske giedder, en Danemarck. — Zak, en Suède et en Norvége. — Nalim, en Russie. — Gade lotte ; Daubenton, Enc. méth.—Id. Bonnaterre, pl. de l'Enc. méth. — Gudus iota, Ascagne, cah. 5, 5, pl. 28. — Zole, Valmont de Bomare, Dict. d'hist. nat. — Fauna suecica, 515. — Müller, Prodrom. Zool. danic., p. 41, n. 545. — Kælreuter, nov. Comment. petropol. 19, p. 424, — Meidinger. Icon. piscinm austral., t. 8..— Bloch, pl. 70. — « Gadus dorso dipterygio, «ore cirrato, maxillis æqualibus. » Artedi, gen. 22, syn. 58.
# Ce poissun est le type du sous-genre Lote dans Je genre Gade de M. Cuvier. D
génériques qui appartiennent aux gades ; elle doit être inscrite dans le même genre que ces poissons; elle y a toujours été comprise : elle fait véritablement partie de leur famille; et cependant, par un de ces exemples qui prouvent combien les êtres animés sont liés par &’innombrables chaines de rapports, elle s’écarte des gades par des différences très-frappantes dans les formes , dans les facultés, dans les habitudes, dans les goûts, et ne s’éloigne ainsi de ses congénères que pour se rapprocher non-seulement des blennies, qui par leur nature touchent aux gades de très-près, mais encore de plusieurs apodes osseux, particulièrement des murènes, et notamment des anguilles.
Comme ces derniers apodes, la lote a le corps très-allongé et serpentiforme. On voit sur son dos deux nageoires dorsales , mais très-basseg et très-longues, ainsi que celle de l’anus; elles ressemblent à celles qui garnissent le dos et la queue des murènes. Les écailles qui la recouvrent Sont plus facilement visibles que celles de ces mêmes murènes; mais elles sont très-minces, molles, très-petites, quelquefois séparées les unes des autres; et la peau à laquelle elles sont attachées est enduite d'une humeur visqueuse très-abondante , comme celle de l’anguille : aussi échappe-t-elle facilement, de même que ce dernier poisson , à la main de ceux qui la serrent avec trop de force et veulent la retenir avec trop peu d'adresse; elle glisse entre leurs doigts, parce qu’elle est perpétuellement arrosée d’une liqueur gluante; et elle se dérobe encore à ses ennemis , parce que son corps , très-allongé et très-mobile, se contourne avec promptitude en différents sens, et imite si parfaitement toutes les positions et tous les mouvements d’un reptile, qu’elle a recu plusieurs noms donnés depuis longtemps aux animaux qui rampent.
La lote est, de plus, d’une couleur assez
— « Silurus cirro unico in mento.» Artedi, spec. 107.— Zote, Rondelet, part. 2 des poissons des lacs , c. 18 -- Burbote, Id. ibid., chap. 19.—Aldrov., lib. 5, cap. 46, fol. 648.—LZnta, et Mustella fluviatilis, Willughby, p. 125. — Rai, p. 67, — Lota Gallis dicta, Gesner, p. 599.— Lota Gallorum, Jons ton, lib. 3, tit, 5, cap. {1, p. 468. tab. 29, fig. 10.— Sirinsia, sive Botalrissa, Bélon, Aquat., p. 302.—Claria fluviatilis, Id. ibid., p. 504.—Barbotha, Cub., lib. 5, cap. 12, fig. 72 B. — Borbocha , Magni (Olai), lib. 20, cap 20. — Botiatria,et Trisvus, Saivian., fol. 215, a, ad iconem , et B. — Alropa, Hildegzard., lib. 1, part. 4, cap. 25.— Gronov.. Mus. 1, p.21, n, 61; Zooph., p. 97, n. 513. — Enchelyopus subcinereus, elc., Klein, Miss. pisC. 4, p.57, n. 15, tab. 43, fig. 2. — Barbot, Brit. Zoelog. 3, p. 163. n. 14. :
semblable à celle de plusieurs murènes , ou de quelques murénophis. Elle est variée, dans sa partie supérieure‘, de jaune et de brun; et le blanc règne sur sa partie inférieure.
Au lieu d’habiter dans les profondeurs de l'Océan ou près des rivages de la mer, cumme la plupart des osseux apodes ou jugusaires, et particulièrement comme tous les autres gades connus jusqu’à présent, elle passe sa vie dans les lacs, dans les rivières, au milieu de l’eau douce , à de grandes distances de l'Océan; et ce nouveau rapport avec l’anguille n’est pas peu remarquable.
On la trouve dans un très-crand nombre de contrées , non-seulement en Europe et dans les pays les plus septentrionaux de cette partie du monde , mais encore dans l'Asie boréale et dans les Indes.
Elle préfere, le plus souvent, les eaux les plus chaudes ; et afin qu'indépendamment de
sa légereté, les animaux dont elle fait sa proie |
puissent plus difficilement se soustraire à sa poursuite, elle s’y cache dans des creux ou sous des pierres ; elle cherche à attirer ses petites victimes par f'agitation du barbillon ou des barbillons qui garnissent le bout de sa mâchoire inférieure , et qui ressemblent à de petits vers : elle y demeure patiemment en embuscade, ouvrant presque toujours sa bouche, qui est assez grande, et dont les mâchoires , hérissées de sept dents aiguës, peuvent aisément retenir les insectes aquatiques et les jeunes poissons dont elle se nourrit ?.
On a écrit que, dans quelques circonstances, la lote était Vipère, c’est-à-dire que les œufs de cette espèce de gade éclosaient quelquefois dans le ventre même de la mère, et par conséquent avant d’avoir été pondus. Cette manière de venir à la lumière n’a été observée dans les poissons osseux que lorsque ces animaux ont réuni un corps allongé , délié et serpentiforme, à une grande abondance d'humeur visqueuse, comme la lote. Au reste, elle supposerait dans ce gade un véritable accouplement du mâle et de la femelle, et lui donnerait une nouvelle conformité avec l’anguille, les blennies et les silures.
4 Sa ligne est droite. On compte à sa première nageoire dorsale 14 rayons, à la seconde 68, à chacune des pectorales 20, à chacune des jugulaires 6, à celle de l'anus 67, à celle de la queue, qui est arrondie, 56.
2 HN y a aupres du pylore , 39 ou 40 appendices intestinaux.
La lote croit beaucoup plus vite que plusieurs autres osseux ; elle parvient jusqu’à la longueur d’un mètre, et M. Valmont-de-Bomare en a vu une qu'on avait apportée du Danube à Chantilly, et qui était longue de plus de douze décimètres.
Sa chair est blanche, agréable au goût, facile à cuire; son foie, qui est très-volumineux, est regardé comme un mets délicat. Sa vessie natatoire est très-orande, souvent égale en longueur au tiers de la longueur totale de l’animal, un peu rétrécie dans son milieu, terminée par deux prolongations dans sa partie antérieure , formée d’une membrane qui n’est qu'une continuation du péritoine , attachée par conséquent à l’épine du dos, de manière à ne pouvoir pas en être séparée entière, et employée dans quelques pays à faire de la colle, comme la vessie à gaz de l’acipensère huso.
Ses œufs sont presque toujours , cemme ceux du brochet et du barbeau, difficiles à digérer, plus ou moins malfaisants; et, par un dernier rapport avec l’anguille et la plupart des autres poissons serpentiformes , elle ne perd que diffi cilement la vie.
LE GADE MUSTELLE",
Gadus Mustela, Linn., Gmel., Lacep., Cuv.; Gadus tricirratus, Bloch 2.