DES ANNÉLIDES
Chap. I. — ORGANISATION EXTÉRIEURE,
§ 1. Forme générale; division fin corps en régions.
Les Annelés, à corps annelé, peuvent être regardés comme des animaux dont le corps est composé d’anneaux distincts, similaires entre eux et formés de deux moitiés symétriques par rapport à un plan vertical médian. — Aucun groupe ne réalise cette conception abstraite d’une manière aussi complète que les Annélides. Deux lois, celle de répétition sériale des parties et celle de symétrie latérale semblent régir avant tout leur organisation intérieure et extérieure.
Chez toutes les Annélides, on trouve un nombre plus ou moins considérable d’anneaux placés à la suite les uns des autres et qui se répètent exactement chez les Errantes ; le nombre de ces anneaux s’élève parfois à plusieurs centaines ( Eunices , Phyllodocés).
Malgré cette tendance à la répétition sériale des mêmes parties, le corps des Annélides présente, soit dans la classe entière, soit dans ses subdivisions, certains points où la loi générale est constamment en défaut. Ainsi l’extrémité antérieure est formée par une tête qui, à l’extérieur comme à l’intérieur, diffère de toutes les autres parties du corps (1). Le dernier anneau ne ressemble pas non plus à ceux qui le précèdent. Chez toutes les Annélides Sédentaires, le corps est partagé en régions distinctes et les anneaux de ces diverses régions sont parfois extrêmement dissemblables (2). Dans quelques Annélides Errantes mêmes, on
(1) PI. 7 et 8.
(2) PI. 10, 11 et 13.
INTRODUCTION
trouve, mais très-exceptionnellement, quelque chose de semblable ( He'téronéréides ) (1).
La loi de symétrie latérale est bien plus absolue que la loi de répétition. Extérieurement, on ne peut, je crois, signaler qu’une seule exception qui se présente, il est vrai, chez un grand nombre de Sédentaires. L’opercule qui sert à clore le tube semble être généralement unique et placé sur un des côtés de la tête; mais on doit remarquer que l’appendice symétrique existe de l'autre côté à l’état rudimentaire ( Serpuliens ) (2).
L’application de la première de ces deux lois commande la forme générale du corps des Annélides. Celui-ci est presque constamment linéaire et toujours plus ou moins allongé. La famille des Aphroditiens, celle des Amphinomiens présentent pourtant un certain nombre d’espèces dont le corps peut être regardé comme plus ou moins ovalaire (3). Mais là aussi, la loi de répétition souffre des exceptions qui font des Aphroditiens un véritable type aberrant dans la grande division des Annélides Errantes.
En général, il semble exister un certain rapport entre le nombre des anneaux du corps et les dimensions des Annélides. Les très-grandes espèces seules comptent jusqu’à sept et huit cents anneaux ou même davantage (quelques grandes Eunices). On en trouve quatre ou cinq cents dans quelques espèces d’un petit diamètre, mais d’une longueur assez considérable [Phyllodoce lamelleuse).
En revanche, chez les très-petites espèces, on ne trouve jamais qu'un nombre assez limité d’articulations. La lamille des Syllidiens, parmi les Errantes, nous offre plusieurs exemples de ce fait (4) qui se reproduit également chez les Sédentaires. Mais chez ces dernières, la diminution, d’ordinaire, n’atteint d’une manière bien marquée que la région postérieure du corps (5).
(1) PI. 7, fig. il.
(4) PI. 7 et 8.
(5) PI. 14, 15 et 16.
ORGANISATION EXTÉRIEURE
Nous venons de dire que la loi de répétition n’était pas tellement absolue qu’on ne pût distinguer dans le corps des Annélides, des régions caractérisées par la forme extérieure des parties. D’ordinaire, ces régions sont tantôt au nombre de deux, tantôt au nombre de trois. Le premier cas est général chez les Annélides Errantes (1), le second, chez les Sédentaires (2) . Par exceptions très-rares, on trouve chez les unes et les autres quelques espèces dont le corps peut être considéré comme présentant un plus grand nombre de divisions. Parmi les Errantes, les Hétéronéréides (3), et les Hermelles parmi les Sédentaires (4) présentent des faits de ce genre. Nous reviendrons plus loin sur ces exceptions, mais ne distinguerons que trois régions méritant de recevoir des désignations spéciales : 1° la région céphalique ou tête ; 2° la région thoracique; 3° la région abdominale.
§ Z. Région céphalique.
Cette région existe chez toutes les Annélides. Elle se compose de deux parties. Le lobe, ou mieux l’anneau cérébral, ou la tête proprement dite [caput), et l’anneau buccal [annulus buccalis ), généralement regardé comme le premier anneau du corps.
I. Tête ( caput ). — Toutes les Annélides ont une tête, mais elle peut être quelquefois peu facile à distinguer. Chez certaines Sédentaires, par exemple, l’orifice buccal semble d’abord être terminal, mais un peu d’attention fait reconnaître du côté dorsal un mamelon plus ou moins distinct et qui n'est autre chose que la tête ( Térébelliens ) (5). Dans ce groupe même, l’existence de la tête est le plus souvent reconnaissable aux appendices qui en partent [Hermelliens (6), Serpuliens, Sabelliens (7)]. Quant aux
(1) Pl. 6 à il.
(2) Pl. 12 à 16.
(3) Pl. 7, fig. 11, et pl. 9, fig. 1.
(4) Pl. 11.
(5) Pl. 14, fig. 2, 11, 12.
(6) Pl. 13, fig. 3 et 4.
(7) Pl. 15, fig. 9, 13 25.
INTRODUCTION
Annélides Errantes, elles ont toutes une tête parfaitement reconnaissable, située au-dessus et en avant de la bouche. Mais cette partie peut parfois être très-petite [Polydore (1)], ou bien être relativement volumineuse [ Néréidiens , Euniciens (2)] ; assez souvent son diamètre transversal égale celui des anneaux suivants [Phyllodoce (3), Syllidiens (4), Lysidice (5)]. Dans certains cas, il est, au contraire, sensiblement moindre [ Arénicole (6) — Clyméniens (7) — Glycère (8)].
En général, la tête, quelle que soit sa forme en dessus, est aplatie en dessous, comme creusée et se rattache à l’anneau buccal en formant une sorte de bec de flûte à concavité plus ou moins régulièrement arrondie (9). Mais souvent aussi, elle est comme soudée à la partie supérieure du même anneau, et cette apparence est surtout sensible chez les Sédentaires (10) ou chez les Errantes au moment de la sortie de la trompe (11).
II. Anneau buccal ( annulus buccalis). — Cet anneau porte la bouche percée d’ordinaire à. sa partie antérieure. Elle consiste généralement en un simple orifice presque toujours plus ou moins allongé dans le sens transversal, plissé et rappelant parfois l’idée d’une bourse dont on a tiré les cordons.
Les déterminations qui précèdent ne s’accordent ni avec celles de Savigny et de ses imitateurs, ni avec celles que M. Grube a adoptées en s’appuyant sur les principes émis par M. R. Leuckart dans sa Morphologie. Les premiers reconnaissent l’existence d’une tête, tout en admettant qu’elle peut manquer et regardent l’anneau buccal comme
(1) Pi. 12, fig. 9.
(2) PL 7 et pl. 9.
(3) Pl. 9, fig. 9, 13.
(4) Pl. 7, fig. 16, et pl. 8, fig. 16, 18 et 25.
(6) Pl. 10, fig. 18.
(7) Pl. 11, fig. 1, 16,24.
(8) Pl. 9, fig. 18.
(9) Pl. 11, fig. 2.
(10) Pl. 14, fig. 2, 11, et pl. 11, fig. 2, 18, 29.
(11) Pl. 7, fig. 3, et pl. 11, fig. 29.
ORGANISATION EXTÉRIEURE
faisant partie du corps proprement dit (1) ; le second refuse le nom de tête à l’extrémité antérieure du corps et lui donne celui de lobe céphalique [lobus capitalis, kopflappen), et à l’anneau buccal celui de segment buccal ( segmentum buccalemundsegment ) (2).
Ces deux manières de voir, opposées l’une à l’autre, peuvent, en effet, être soutenues presque également, lorsqu’on ne considère que l’extérieur de l’animal. Mais si on tient compte à la fois des détails spéciaux que présente cet extérieur et des particularités anatomiques offertes par les mêmes parties, ainsi que des rapports évidents qui existent ici entre l’organisation intérieure et extérieure, on sera, je crois, conduit à les regarder comme erronées. L’étude détaillée du système nerveux me semble surtout propre à éclairer cette question, et nous y reviendrons plus loin.
Dès à présent, nous ferons remarquer que la bouche, dans tous les Vertébrés ou Invertébrés céphalés, s’ouvre toujours à la tête. Ce fait général m’a conduit à regarder l’anneau qui porte cet orifice comme appartenant h cette partie de l’animal. Ceux qui n’adopteraient pas cette manière de voir ne pourraient pourtant pas rapprocher l’anneau buccal des segments qui le suivent, car il s’en éloigne presque toujours par ses caractères extérieurs et toujours par un certain nombre de particularités anatomiques. Voudrait-on y voir une espèce de cou portant la bouche?
Quant au lobe cérébral, je l’appellerai dans les descriptions la tête [caput] . Il me semble mériter ce nom, nonseulement à raison de sa position, mais surtout parce que c’est lui qui renferme toujours le cerveau.