‹ Histoire naturelle des araignées (aranéides)Chapitre 16 sur 211 · TROISIÈME FAMILLE · texte numérisé non relu

TROISIÈME FAMILLE

DRASSIFORMES., E.s.

Si les limites, que j'ai données aux deux premières familles, avaient été reconnues plus ou moins complétement par la plupart des auteurs, il n'en est pas de même de celle-ci, à laquelle j'accorde plus d'extension qu'on ne le fait ordinairement, et que je présente avec une subdivision nouvelle.

Ainsi les filistates, rangées dans les mygales par Walekenaer, la ségestrie, que quelques auteurs considèrent comme un type de famille, l'argyronète elle-mème, dont les mœurs sont si singulières, y sont classées à côté des drasses et des clubiones, qui sont les seuls représentants normaux de cette série d’aranéides.

Toutes les araignées qui composent ce groupe, quoique différentes au premier abord, à cause de certaines particularités de leur structure ou de leurs mœurs, sont cependant étroitement unies par une même physionomie et par des caractères communs.

Le corselet est moyen ou petit, plus étroit en avant qu'en arrière, glabre et luisant. —- L’abdomen est ovale ou oblong, étroit et très-long, surtout chez les femelles, terminé par six filières disposées en faisceaux, toutes

égales, se renfonçant dans une petite cavité, ou faisant saillie à l'extrémité de l'abdomen; les pattes sont courtes et robustes, le plus souvent luisantes et glabres ; laquatrième paire est la plus longue: dans le repos, elles sont ramassées au-dessus du corps; dans la marche, celles de la première paire sont infléchies en dedans. — Pattesmâchoires courtes et ne servant qu'accidentellement à la marche; à coxopodites toujours largement étalés, plus ou moins penchés sur une lèvre qui est presque toujours de forme ovale ; à article terminal, peu différent dans les deux sexes. — Yeux toujours placés sur le devant du corselet, presque égaux et semblables entre eux ; il yena deux principaux au milieu plus gros que les autres, et dont la position est invariable; de chaque côté se voient les yeux latéraux, dont le placement et le nombre différencient les genres. En effet, tantôt il y en a trois, d'autres fois il n’y en a que deux ; un genre seulement en est complétement dépourvu.

Quelques espèces, comme nous le verrons plus loin, sont remarquables par l'existence de trachées en même temps que de sacs pulmonaires: ceux-ci sont toujours au nombre de deux. Toutes vivent plusieurs années et font des pontes successives; aussi ont-elles une poche copu- Jatrice plus ou moins développée.

Classification.

Six, deux ou zéro yeux, — quatre stigmates.. . . .. 2. SÉGESTRIENS. Müü rs Yeux groupés comme ceux des mygales. 1. FILISTATIENS. ITS Yeux sur deux lignes, équidistants. . 3. DRASSIENS. deux stigmates.

Yeux groupés comme ceux des épéires. 4. ANYPHÆNIENS.

fatiié, ut “Re 4

FILISTATE. 95

qre ru FILISTATIENS ou MYGALO-DRASSES. E. $.

Yeux, huit, trois de chaque côté en parenthèse, deux médians, — mandibules petites, courtes, mais horizontales dans les deux sexes, — pattes ordinaires dans la femelle, très-lon ques dans le mâle, — deux stigmates.

14° GENRE. FILISTATE, Z'ilistata, Walckenaer. (Filum, fil; stare, ériger.)

Synonymie : Teralodes, Koch.

Yeux, au nombre de huit, inégaux, groupés sur le devant dn

Fig. 3%. céphalo-thorax, sur un petit mamelon que celui-ci

AE présente au-dessus de l'insertion des mandibules;

® 9 trois de chaque côté, ovalaires, disposés en triangle;

deux intermédiaires fort petits, ronds.

Lèvre, allongée, dilatée et pointue à son extrémité, séparée du sternum par un sillon transversal.

Mâchoires, allongées, dilatées à la base, entourant complétement la lèvre.

Palpes, de longueur médiocre dans la femelle, pédiformes dans le mâle.

Mandibules, inclinées, presque horizontales, petites, soudées

à la base, crochet rudimentaire s'opposant à une petite

apophyse placée au côté interne du corps de la mandibule.

Corselet, déprimé, ovale, pointu en avant.

Abdomen, ovale, obtus, plus long que le corselet; une seule paire d'ouvertures respiratoires.

Pattes, de longueur médiocre dans les femelles, très-allongées dans le mâle, peu inégales, dans l'ordre suivant pour la longueur relative : 4, 2, 4, 3.

Filières, non saillantes.

Couleur, brun fauve, uniforme, pâle en dessus, rougeûtre en dessous.

Taille, médiocre, 12 millimètres.

Patrie, littoral de la Méditerranée, Sénégal, nord de l'Amérique.

Habitudes, arantide tubicole et lucifuge, se retirant dans les cavités d'arbres et de rocher, pour y construire une demeure en entonnoir, avec des fils rayonnant à son orifice.

ESPÈCE

F. Bicolore, F. bicolor, Walckenaer, Europe, Afrique, Amérique.

Walckenaer, en plaçant la filistate parmi les mygales, me semble s'être mépris sur le rang que doit occuper dans la classification cette singulière araignée, qui compose à elle seule le genre filistate et la tribu des mygalodrasses. En effet, quoique les yeux de la filistate, ainsi que son corselet, aient quelque analogie avec ceux des mygalodontes et des sphodros, elle s'éloigne du type général de la famille des mygales, par ses ouvertures respiratoires qui ne sont qu'au nombre de deux, et par l'insertion du crochet qui s'articule au côté interne des mandibules ; il est également impossible, comme le voulait Dugès, de l’associer aux scytodes, bien que la lenteur des mouvements et la configuration des mandibules révèlent quelques rapports éloignés; la disposition des organes les plus essentiels, des yeux surtout, s'oppose à ce rapprochement.

Les véritables affinités des filistates sont avec les dysdères et les ségestries ; en effet, comme on peut le voir par nos figures, la disposition des yeux de ces trois genres est identique ; celle de la filistate seule est complète ; dans la dysdère, ce sont les deux yeux inférieurs qui s’effacent; dans la ségestrie, ce sont les supérieurs. La forme générale et les mœurs confirment ces affinités.

FILISTATE. 97

Il est également impossible de confondre la filistate avec lun ou l’autre de ces genres, à cause du nombre différent de ses stigmates.

Les filistates ne creusent pas la terre, comme les mygalides mineuses qui ont les mandibules pourvues d’un râteau, tels que les sphodros, les mygalodontes, les atypes, etc. ; mais elles choisissent pour établir leur demeure, des trous accidentels, des cavités d'arbres, des anfractuosités de rochers, etc. ; là, elles filent, comme les dysdères et les ségestries, un tube d’une soie très-blanche, qui à la forme d’un cylindre, dont l'ouverture, située à la partie supérieure, n’est pas fermée par un couvercle, mais simplement protégée par une quantité de fils projetés en travers. Lorsqu'un insecte se prend dans ces fils, elle l'attaque avec beaucoup de prudence et de lenteur.

Quoique rare dans les lieux où elle se trouve, la filistate est une des araignées dont l'habitat est le plus étendu, elle se rencontre sur tout le littoral de la Méditerranée, tant dans le midi de l'Europe que dans le nord de l’Afrique ; on l’a aussi signalée au Sénégal, et tout dernièrement dans l'Amérique du Sud. M. Léon Dufour l’a étudiée dans le royaume de Valence ; mais jamais elle ne s'est montrée dans le nord de l'Europe.

Un fait curieux, c’est la rareté du mâle; Walckenaer et Dufour ne l'avaient jamais vu; M. Lucas l’a trouvé, et figuré pour la première fois, dans son Exploration scientifique de l'Algérie. 11 est remarquable en ce que ses pattes sont d’une prodigieuse longueur et d’une excessive finesse. M. Lucas l'a toujours pris, errant lentement dans l’intérieur des habitations, à Constantine.

9s HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES.

2e TriBu. SÉGESTRIENS ou PuLMoNo-TRACHÉENS.

Deux stigmates pulmonaires, deux stigmates trachéens, — disposition des yeux incomplète ; toujours six yeux.

15° GENRE. SÉGESTRIE, Segestria, Walckenaer.

(Segestre, toile, tapis (latin.)

Yeux, six, rapprochés; deux de chaque côté, l'un Fis- 37. au-dessus de l’autre; deux médians, sur EDS une ligne transverse.

Lèvre, allongée, étroite, un peu renflée dans son milieu et légèrement échancrée à son extrémité.

Mâchoires, droites, très-allongées, assez étroites, portant un palpe de médiocre longueur sur leur base externe ; digital du mâle très-fin et conjoncteur pyriforme, plissé et creusé à l’intérieur.

Mandibules, grosses, fortes, bombées. peu allongées, verticales; crochet puissant, recourbé en dessous, reçu dans une rainure denticulée.

Corselet, grand, déprimé et ovalaire.

Stligmates, quatre.

Pattes, fortes, allongées, la première paire est la plus longue, la seconde ensuite, la troisième et la quatrième varient suivant les sexes.

Couleur, foncée et obscure, souvent noire, quelquefois métallique, corps velouté.

Taille, assez considérable; l'une d'elles atteint en France 2 centimètres.

Patrie, sur huit espèces, trois sont européennes, une est propre au nord de l'Afrique, trois sont de l'Amérique et une de la Nouvelle-Zélande.

Habitudes, aranéides tubicoles, construisant dans les trous des murs, les cavités souterraines, etc.,de longs tubes de soie, attenant à une petite toile dont le tissu est serré; cocon ovoide ou globuleux. :

ESPÈCES

S. sénoculée, S. senoculata, Walckénaer, Europe, France. S. perfide, S. perfida, Walckenaer({), Europe, France. S. grèle, S. gracilis, Lucas, Algérie.

S. rufipince, S. ruficeps, Guérin, Brésil.

S. cruelle, S. sœva, Walckenaer, Nouvelle-Zélande. S. bavarique, S. bavarica, Koch, Europe méridionale. S. faible, S. pusilla, Nicolet, Chili.

S. bizarre, S. singularis, Nicolet, Chili.

Les ségestries sont, de toutes les araignées européennes, celles qui ont le plus attiré l'attention, dans ces dernières années surtout. |

En effet, quoique ressemblant beaucoup aux autres araignées par leur forme , leur anatomie interne présente des particularités importantes, et la plupart des organes essentiels à la vie sont chez ce type profondément modifiés ; aussi le genre ségestrie devra-t-il être étudié d’une manière toute particulière; et, avant de décrire les mœurs si curieuses des espèces, je devrai m'arrêter un instant sur leur organisation. La forme extérieure de la ségestrie tient à la fois de celle des drasses et des tégénaires ; c'est-à-dire que son corselet est aussi large en avant qu'en arrière, que ses mâchoires sont étroites mais très-longues, que son corps est velouté, que ses pattes sont grandes, fortes et velues : seulement, la ségestrie n'a que six yeux, caractère que possède aussi la dysdère, avec cette différence que dans la ségestrie, les deux yeux intermédiaires sont au centre du groupe, tandis que dans la dysdère, ils sont en arrière.

La: face inférieure de l'abdomen présente quatre stig-

1) Segestria florentina, Rossi.

mates, (est à tort que, pour cette raison, Latreille avait rapproché les ségestries des mygales , et les avait appelées tétrapneumones. Les ségestries, en effet, n'ont que deux poumons. Comme Dugès l'avait constaté le premier, la paire antérieure de stigmates communique seule avec des sacs pulmonaires limités, et le corps de la ségestrie est parcouru par des tubes trachéens trèsvisibles, nacrèés, encore plus compliqués que ceux des insectes, et qui, après s'être ramifiés jusque dans l’extrémité des appendices, se réunissent en deux troncs qui vontes'aboucher à la seconde paire de stigmates.

Les masses nerveuses sont remarquables en ce qu'elles sont, ainsi que l'estomac, étroites, mais allongées , et que le ganglion cérébroïde est placé très en avant, presque au-dessous des yeux.

L'organe copulateur est des plus singuliers : 1l est indépendant du palpe, dont la forme n'est pas modifiée, et a l'aspect d'une petite pointe effilée d'un rouge brillant.

M. Blanchard a reconnu que les deux énormes oviductes de la femelle s’'abouchent dans un sac d’un volume considérable, qui est la poche copulatrice, la mieux conformée que l’on connaisse parmi les araignées. Cela explique comment une femelle, enfermée dans une boîte, peut pondre des œufs féconds pendant trois ou quatre ans de captivité et d'isolement complet.

M. Blanchard a trouvé, après quatre pontes, des spermatozoaires dans la poche copulatrice d'une sé-

Fig. 38,

gestrie.

Quoi qu'il en soit, cette aranéide ne peut, comme le pensent des auteurs modernes, former une famille à

part ; car ses caractères anatomiques, plus tranchés il est vrai, que dans aucun autre type, ne lui sont pas exclusifs ; ainsi, nous verrons bientôt l’argyronète avoir des trachées peu développées, et les drasses présenter des vestiges de ces organes, ainsi qu'une poche copulatrice, qui, bien que moins étendue, existe pourtant, comme chez toutes les araignées qui vivent plusieurs années, et font plusieurs pontes successives.

ESPÈCES PRINCIPALES

Ségestrie florentine. — S. sénoculée.

Le type du genre, et l'espèce qui, pendant longtemps, a été seule connue, est la ségestrie florentine, de Rossi, ou perfide, de Walckenaer ; c'est une des plus grosses araignées de France ; sa taille dépasse un centimètre ; sa couleur générale est d’un noir violacé ; les mandibules cependant ont l’épiderme d’un vert brillant et métallique qui, suivant M. Lucas, se retrouve jusque sur les dépouilles que l'araignée laisse à chaque mue ; le corselet et les pattes sont d’un noir uniforme, l'abdomen, regardé de près, est noirâtre, et présente cinq triangles renversés d'un noir plus profond. Tout le corps est velu, et de longs poils sont disposés de chaque côté des pattes comme les barbes d’une plume. Il existe des variétés chez lesquelles le fond de la coloration est un gris assez pâle ; d’autres -qui sont, au contraire, d’un noir uniforme ; d’autres enfin dont les mandibules sont ternes et brunes.

Rossi, qui le premier décrivit cette aranéide, la trouva aux environs de Florence et lui donna le nom de cette ville ; mais elle paraît habiter toute l'Europe tem-

pérée et méridionale : Walckenaer, Koch, M. Lucas et moi l'avons prise et observée sur presque tous les points de la France et de l'Allemagne.

« Gette ségestrie, dit Walckenaer, file dans les trous des «murs, un tube de soie blanche, terminé à l'extérieur «par un grand nombre de fils divergents, qui sont autant «de piéges tendus aux insectes dont elle fait sa proie.

«Lorsque le trou qu'elle a choisi est étroit, la couche « de soie dont elle le revêt en prend la forme ; dans le cas «contraire, elle proportionne l'ampleur de son tube à la «grosseur de son corps, et elle le fixe par des soies nom- «breuses aux parois du mur. Au lieu d'être étroit, ce « tube renflé au milieu, étroit à l'ouverture, en pointe à «l'extrémité inférieure, prend alors exactement la forme « d’une nasse de pêcheur. C'est de cette espèce d'embus- «cade, les six premières pattes en avant, et les yeux at- «tentifs, que la ségestrie guette les insectes qui osent «approcher de sa retraite. Elle se tient toujours à une «assez grande distance de lorifice, sans doute pour ne «recevoir que faiblement les rayons de la lumière, car «ses habitudes sont nocturnes, et c’est lui faire violence «que de l'obliger à sortir de son tube pendant le jour. Le «soir, au contraire, il est commun de voir les ségestries «sortir d’elles-mèmes , et courir de côté et d'autre dans «le voisinage de leurs habitations. »

Le mâle, que Walckenaer n'a jamais trouvé dans un tube qui lui soit propre, file cependant et se construit une demeure tout aussi bien. que sa compagne ; mais il en sort plus souvent, et mène une vie plus vagabonde ; dès que le soleil se cache, il l'abandonne, rôde autour des lieux habités par les femelles, et pénètre dans leurs appartements tubiformes. Par une rare exception, sa taille

est supérieure à celle de la femelle ; il s'en distingue nettement par la différence que nous avons déjà signalée, dans la longueur relative des pattes, et la singulière conformation de l’article terminal des pattes-mâchoires.

Cette espèce est une des plus brusques dans son attaque ; elle se jette étourdiment sur toute espèce de proie, sans en avoir d’abord mesuré la force. M. Lucas en a pris une grande quantité aux environs de Mantes , en agitant les fils extérieurs de leur tube avec un brin d'herbe.

C’est en même temps une des plus sobres, une de celles qui souffrent le moins des jeûnes les plus prolongés. Une ségestrie, enfermée dans une boîte, peut y vivre plus de trois mois sans prendre aucune nourriture; voici bientôt un an que je garde une femelle en captivité, et, pendant cet intervalle, sa consommation alimentaire ne s’est pas élevée à plus de quatre ou cinq mouches.

Plus ou moins longtemps après la fécondation, souvent à plusieurs mois de distance, la femelle dépose à l’extrémité inférieure de son tube et au fond du trou qui lui sert de refuge, une cinquantaine d'œufs gros, jaunes et transparents, qu'elle retient au moyen de fils, et qu’elle enveloppe ensuite d’un cocon, dont l'étoffe blanche et satinée est légère et presque transparente. Ce précieux cocon est fixé aux parois du tube et à la pierre par des filaments blancs, nombreux et floconneux. Lorsque les jeunes sont éclos , comme M. Lucas l’a observé, ils sont entièrement blancs, mais ils ne tardent pas à se revêtir insensiblement de teintes de plus en plus obscures ; la couleur verte des chélicères n'apparaît que dans un âge plus avancé, lorsque l’araignée a déjà subi une ou deux nues,

Walckenaer rapporte que la ségestrie a une frayeur

instinctive de la fourmi, et que la vue de ce petit insecte lui fait abandonner son tube et fuir précipitamment; je crois, avec M. Lucas, que si Walckenaer eût fait quelques expériences à ce sujet, il n’eût point admis cette idée qui me parait erronée et invraisemblable.

La France possède une autre ségestrie, tout aussi commune, surtout dans les environs de Paris, c’est la ségestrie sénoculée de Walckenaer; cette araignée, que Dugès croyait être une jeune de la ségestrie perfide, est moitié plus petite que sa congénère, ses mandibules sont brunes, son abdomen est gris clair, et relevé par une ligne longitudinale de petits triangles noirs et bien marqués. Je l'ai trouvée très-communément dans le bois de Meudon, sous l'écorce des arbres.

DYSDÈRE. 105

\ 16° GENRE. DYSDERE, Dysdera, Walckenaer.

(dus, particule augmentative ; dngrs, combat.)

Synonymie : Harpactes, Agores, Conops, Koch.

Yeux: six, égaux; deux de chaque côté au-dessus l’un de l’autre ; deux intermédiaires placés sur la même ligne que les latéraux supérieurs.

Lèvre, allongée, un peu plus large à sa base, à sommet tantôt arrondi, tantôt carré ou échancré. «

Mâchoires, droites, allongées, très-dilatées, portant les palpes sur une dilatation ou une apophyse de la base, digital du mâle effilé, renfermant un conjoncteur globuleux et pédiculé.

Mandibules, grandes, pouvant être portées dans le sens horizontal; à tiges coniques, s’amincissant beaucoup à l'extrémité, où elles portent un crochet d’une extrême longueur, très-aigu, presque droit, se repliant au côté interne.

Corselet petit, large, ovalaire, pointu en avant.

Abdomen ovale, fort étroit, allongé, souvent deux ou trois fois comme le corselet.

Pattes fines, de longueur médiocre, la quatrième et la première sont les plus longues, elles sont terminées par deux griffes seulement.

Stigmates : quatre.

Couleur : corselet et pattes glabres, luisants, rouge corail ou noir vif; abdomen incolore, blanchâtre.

Taille: la plus grande a près d'un centimètre ; quelques espèces restent petites et n’ont pas plus de 2 à 4 millimètres.

Habitudes : aranéides se renfermant dans des retraites soyeuses tubiformes, sous les pierres ou dans les cavités des murs,

ESPÈCES

D. Érytbriue, D. erythrina (1), Walckenaer, France. D. Id. var. Rubicundaougermanica Koch, E.S, Allemagne, Belgique. D. Id. var. Mandibularis, Eug. Simon, Belgique. D. safrandine, D. crocata, Koch, Grèce.

D. large, D. lata, Reuss, Égypte.

D. adroite, D. solers, Walckeuaer, Amérique.

D. de Homberg, D. Hombergii, Olivier, France. D. jolie, D lepida, Koch, Europe méridionale. D. ponctuée, D. punctala, Koch, Grèce.

D. élégante, D. elegans, D. spinipède, D. spinipes, Lucas, Algérie.

D. rétrécie, D. angustata, Lucas, Algérie.

D. artificieuse, D. insidiatrix, Savigny, Égypte. D. belle, D. pulchra, Templeton, Angleterre.

D. florissante, D. virens, Nicolet, Chili.

D. longipède, D. longipes, Nicolet, Chili.

D. douteuse, D. incerta, Nicolet, Chili.

D. resserrée, D. coarctata, Nicolet, Chili.

D. américaine. D. umericana, Nicolet, Ghili.

D. rouge, D. rubra, Nicolet, Chili.

(4) Le premier groupe des dysdères est, comme le fait remarquer Walckenaer, très-uniforme, quant à la couleur et à la taille des espèces qui le composent; de sorte qu’elles sont difficiles à distinguer ; je crois que c’est pour cette raison que les entomologistes français n’en accordent qu’une au nord de l’Europe. J'ai recueilli l'été dernier un grand nombre d’aranéides de ce genre. En: étudiant leur bouche et leurs yeux au microscope, j'ai remarqué des différences notables, qui me semblent assez spécifiques. J'ai reconnu l’une d’elles pour étre la dysdera crocata que M. Koch a trouvée en Grèce, et dont Walckenaer a transcrit la description sans la connaitre. Son corselet plus étroit, moins élevé et plus allongé, est d’un jaune orangé; ses pattes antérieures sont plus foncées que les postérieures, ses yeux supérieurs sont plus gros que les latéraux et sont parfaitement arrondis; les latéraux sont plus divergents et placés plus bas, les antérieurs sont plus rapprochés sur la ligne médiane et se touchent presque. Je n'ai jamais pris en Belgique la dysdère typique, elle y parait remplacée par une dysdère un tiers moins grande, dont le corselet est d’un noir rougeûtre, et dont les yeux supérieurs sont plus petits et plus élevés que les latéraux. Je pense qu’il faut confondre cette espèce avec l’erythrina et l’appeler dysdera erythrina rubicunda Koch ou germanica, E. S.

C’est encore à l’espèce typique qu’appartient une variété curieuse que j'ai appelée mandibularis, à cause de la longueur de ses mandibules, et dont j'ai pris deux individus sur la frontière de la Prusse (Spa, MazmEDY). La dysdera Hombergü est en outre plus commune en Belgique qu'aux environs de Paris.

L'Est à ÈS

DYSDÈRE. 107

Le genre dysdère est le seul de la tribu qui soit commun dans nos environs, et qui se rencontre à Paris; aussi a-t-il été souvent considéré par les auteurs, comme type des ségestriens et des araignées tubicoles. Ce genre est inséparable du genre ségestrie, car il a de commun avec lui quatre stigmates et six yeux; cependant je ne crois pas ces deux groupes aussi voisins que Walckenaer le pensait, et ils me semblent former deux types éminemment différents. Chez la dysdère, en effet, les mâchoires, au lieu d’être étroites, droites et très-allongées, s’étalent et entourent la lèvre ; le corselet, au lieu d’être très-grand et ovale, est très-petit et arrondi en arrière; les filières, au lieu d’être peu visibles, font une saillie à l'extrémité de l'abdomen ; les pattes, au lieu d’être longues, robustes et velues, sont courtes, faibles, glabres et luisantes comme le corselet. Le genre dysdère appartient incontestablement à la famille des drasses; il y a plus d'incertitude pour les ségestries, et sans l'existence des caractères que j'ai indiqués plus haut, je n'aurais pas hésité à placer ces deux genres dans deux familles différentes. La dysdère se rapproche encore des drasses par ses mœurs qui sont nocturnes et exclusivement lapidicoles; ses mandibules fortes et horizontales, annoncent des habitudes chasseuses et féroces.

Dysdère érythrine. — D. de Homberg.

Deux espèces de ce genre se rencontrent dans les environs de Paris; l’une d'elles, la dysdère érythrine est répandue dans toute la France, et se trouve communément ; la couleur rouge de son corselet et de ses pattes, la teinte

blanc de lait de son abdomen, en font une des plus belles araignées de notre pays; elle se rencontre sous les pierres, dans les caves et les lieux obscurs; là elle file un tube d’une soie blanche, d’un tissu serré, souvent très-long, appliqué verticalement, quand elle le tisse le long d’un mur, et horizontalement, lorsqu'elle le place sous les pierres ; dans ce cas, le tube est toujours accolé sur la pierre et non sur le terrain.

L'ouverture de cette demeure est tantôt à la pâte supérieure, tantôt à la partie inférieure. Pendant tout le jour, la dysdère reste enfermée dans son tube, immobile et sans mouvement, la tête tournée du côté de l’ouverture ; mais le soir, elle en sort et court après les insectes nocturnes. Elle est d’une intrépidité et d'une férocité excessives; et comme ses armes sont très-puissantes, elle fait la guerre aux autres araignées, mange les plus petites, et arrache aux grosses les proies qui se sont prises dans leurs fils.

Cette espèce est l'ennemi le plus acharné des fourmis ; elle établit sa demeure non loin des fourmilières, se place sur le passage de leurs habitants, et en détruit une quantité considérable. 11 arrive souvent qu’on la trouve installée à l’intérieur même de ces fourmilières, suffisamment protégée des atteintes de ses nombreux adversaires, par l'épaisse bourre de soie dont elle a soin de garnir l'intérieur de sa coque : elle fait de grands ravages, et décime ces peuplades industrieuses qui logent ainsi au milieu d'elles un hôte si redoutable.

L'autre espèce est la dysdère de Homberg; elle se reconnait au premier coup d'œil à sa taille beaucoup plus petite, à son corselet noir profond, à ses pattes annelées de taches alternativement brunes et blanches, à son ab-

DYSDÈRE. 109

domen encore plus long et cylindrique. Gette espèce, beaucoup plus rare que la précédente, est connue depuis moins longtemps. M. Dufour l’a observée dans le royaume de Valence; d'autres observateurs l'ont rencontrée dans plusieurs parties de la France. Je l'ai trouvée à Paris et même en Belgique, beaucoup plus communément que Walckenaer; celles que j'ai prises avaient construit, sous des planches humides et à moitié pourries, des coques très-blanches, assez semblables à celles de la clubione soyeuse, plus grandes, mais non en forme de tube comme la demeure de la dysdère érythrine.

Les mœurs de la dysdère artificieuse paraissent un peu différentes : « on la rencontre dans les maisons d’'Alexan- «drie, dit M. Savigny ; elle seretire dans des trous, elles’y «renferme dans un tube de soie, et à la circonférence que «forme l’ouverture de ce tube, elle fait aboutir des fils di- «rigés en tout sens, de même que les ségestries. »

Les dysdères enveloppent leurs œufs qui sont jaunes, d’un cocon léger et transparent, qu'elles placent dans une cellule soyeuse close, d’un tissu très-blanc. Elles s’y tiennent immobiles, jusqu’à ce que les jeunes naissent et se répandent dans cette coque destinée à les garder tous, quelque temps en compagnie de leur mère, avant leur dispersion.

Cest tout à côté de la dysdère qu'il faudra placer un genre remarquable qui n’est connu que par une description incomplète de Schiot (1). Cette araignée, découverte dans les grottes de Carniolles, est totalement privée des ‘ organes de la vision, comme la plupart des animaux qui habitent les cavités souterraines.

(1) Scmor, Fauna subterranea.

3° TrIBU. DRASSIENS.

Deux stigmates, — yeux le plus souvent au nombre de huit, égaux , brillants, — pattes courtes et fortes, la quatrième la plus longue, — abdomen déprimé, ovale, allongé.

17° GENRE. NOPS, MVops, Mac-Léay.

(vn, privatif, oi, vue.)

Yeux : deux, égaux entre eux, placés sur une ligne transverse, et reculés sur le derrière de la tête.

Lèvre plus longue que large, arrondie à son extrémité. Mâchoires, à côtés parallèles, entourant la lèvre, coupées obliquement à leur côté interne.

Pattes allongées, la quatrième la plus longue, l’antérieure ensuite, la troisième est la plus courte.

Mandibules courtes, verticales, coniques; crochet pointu, petit, courbe.

Couleur : corselet glabre, rouge; abdomen brun rougeûtre, sans tache.

Taille : longeur de quelques millimètres.

Patrie : la seule espèce connue a été rencontrée dans le nouveau monde, dans l’Archipel des Antilles, surtout à Cuba.

ESPÈCE

N. guanabacoa, N. quanabacor, Mac-Leay, Cuba.

Ce genre est une anomalie dans l'ordre des aranéides ; en eflet, il est le seul qui n'ait que deux yeux. Son extrème rareté empêche qu'il soit parfaitement connu. M. Mac-Leay en a pris plusieurs individus à l'ile du Guba: ils paraissent appartenir à des espèces différentes.

DÉSIS. 111

18° GENRE. DESIS, Desis, Walckenaer.

(déaie, lien; sw, enchainer.)

Yeux : huit, sur deux lignes; l’antérieure courbée en avant, figurant un croissant; yeux du carré intermédiaire plus gros que les latéraux, qui sont portés sur un tubercule peu élevé.

Lèvre allongée, à côtés parallèles, fortement échancrée à son extrémité.

Mâchoires droites, divergentes, dilatées à leur base, pointues à leur extrémité.

Mandibules longues, fortes, dirigées en avant, aussi longues que le corselet.

Corselet déprimé, aussi long et aussi large que l'abdomen.

Pattes fortes, propres à la course; les antérieures plus allongées que les postérieures, la première paire la plus longue, la seconde ensuite, la troisième est la plus courte; trois griffes.

Couleur : corselet, mandibules, poitrine, palpes et pattes d’un rouge corail luisant; abdomen gris pâle, uniforme.

Taille : un centimètre.

Patrie : Amérique du Sud, Brésil.

Habiludes inconnues.

ESPÈCES

D. dysdéroïde, D. dysderoides, Walckenaer, Brésil. D. brévimane, D. brevimanus, Koch, Bahia au Brésil.

Le désis dysdéroïde ressemble beaucoup à la dysdère érythrine, surtout par l'aspect et les couleurs. Mais le nombre des yeux, des griffes et des stigmates, l’éloigne de ce genre et le place dans la tribu des drassiens; il établit un passage naturel entre cette tribu et la précédente.

19° GENRE. MACARIE, YNacaria, Koch.

(uäxaptos, heureux.)

Synonymie : Drassus, Walckenaer.

Yeux : au nombre de huit, égaux et très-petits, sur deux lignes

Fig. 40, d'égale largeur, fortement courbées en avant; les

intermédiaires antérieurs plus rapprochés entre

Q » eux qu'ils ne le sont des latéraux; les intermé-

2 mare ES 4 + 4 p

Er diaires supérieurs plus rapprochés des latéraux qu'ils ne le sont entre eux.

Lèvre courte et étroite, ayant la forme d'un demi-ovale.

Pattes-mâchoires : à coxopodites étalés, médiocrement allon-

Fig. 41. gés, larges et dilatés à la base, un peu échancrés = au côté interne, élargis graduellement vers leur

SR extrémité qui est arrondie, infléchie en dedans et enclave complétement la lèvre , — à premier article du tarse, armé dans le mâle d’épines qui forment une couronne autour d'un article terminal assez gros et globuleux.

Corselet assez grand, arrondi en arrière, diminuant graduellement jusqu'à sa partie antérieure, où il est bombé et se termine en pointe.

Abdomen étroit et allongé, souvent un peu étranglé dans le milieu comme celui des saltiques ; à pédicule fort long ; à filières terminales et saillantes.

Pattes longues, la quatrième paire dépassant toujours les autres; hanche et cuisse toujours renflées; jambe et tarse d’une gracilité extrème.

Couleurs métalliques, bronzées ou argentées.

Taille, ne dépassant pas 3 millimètres.

Patrie, le nord de l'Afrique et l'Europe orientale sont la patrie par excellence de ces pêétits drassiens.

Habitudes, aranéides vives, se réfugiant sous les pierres, construisant dans les herbes, une coque relativement grande, en forme de coupe, pour y déposer un cocon hémisphérique et floconneux.

MACARIE. 113

ESPÈCES

M. brillante, M. festiva, Walckenaer, France. M. fastueuse, M. fastuosa, Koch, Allemagne.

M. lugubre, M. lugubris, Walckenaer, Europe.

M. resplendissante, M. nilens, Koch, Allemagne. M. dorée, M. aurulenta, Koch, Région dn Danube. M. éclatante, M. fuigens, Koch, Grèce.

M. à petitestaches, M. guttulata, Koch, Région du Danube. M. belle, M. formosa, Koch, Deux-Ponts {Princip.). M. de Lister, M. Listeri, Savigoy, Égypte.

M. de Schæffer, M. Schæfferii, Savigny, Égypte. M. clubionoïde, M. clubionoïdes, Savigny, Egypte. M. maculée de blanc, M. albomaculata, Lucas, Algérie. M. à ceinture blanche, M. albovittatn, Lucas, Algérie. M. resserrée, M. coarctata, Lucas, Algérie.

M. pallipède, M. pallipes, Lucas, Algérie.

M. fourmi, M. formicaria, Lucas, Algérie.

M. à tarses jaunes, M. flavilarsis, Lucas, Algérie. M. à tête rouge, M. erythrocephala, Lucas, Algérie. M. intrépide, M. valida, Lucas, Algérie.

M. rougeûtre, M. rufescens (1), Eng. Simon, Belgique.

Walckenaer avait subdivisé facilement son genre drasse en quatre groupes, bien nettement distincts et caractérisés par des particularités anatomiques importantes, relatives au placement des yeux, à la forme de la lèvre, au volume du corps et des membres, etc. M. Koch, frappé

(1) J'ai trouvé daus les plaines incultes qui environnent Spa, une macaria, qui, je crois, n'a encore été décrite et figurée dans aucun ouvrage; je lui ai donné le nom de macaria rufescens, à cause de sa couleur orangée. Ce qui distingue surtout cette curieuse espèce, c’est la disposition et la forme des yeux de la seconde ligne, qui, au lieu d’être placés tout à fait sur le rebord du front, comme dans la #acaria festiva, sont plus reculés sur le haut de la tête, de sorte que c’est la ligne antérieure qui occupe cette position. Les yeux intermédiaires de la seconde ligne, au lieu d'étre ovales et inelinés, sont tout à fait ronds, -— ies machoires et la lèvre sont plus courtes et plus ramassées, — le corselet, le plastron, la bouche et tous les membres sont d’un jaune orangé uniforme, sauf le carré oculaire qui est noir, — l'abdomen est d’un gris argenté brillant, plus foncé vers la partie postérieure. Quoique l'unique individu soit femelle, ses pattes sont relativement plus longues que celles des autres espèces du genre : sa taille est de deux millimètres.

de la dissemblance de ces groupes et de la physionomie spéciale de chacun, crut devoir en faire quatre genres, que j'ai adoptés à son exemple. — Le premier, qu’il appela macarie,et dont le type est le drasse brillant de Walckenaer, se distingue des autres, surtout par la courbure de ses deux lignes d’yeux, l'écartement de ceux de la seconde, la gracilité des membres, la petitesse de la taille. — Les macaries ont une physionomie spéciale, une taille et des couleurs reconnaissables ; ce sont de petites araignées qu'il n'est pas rare de rencontrer au printemps, en soulevant les pierres, dans les bois comme dans les champs; leur couleur bronzée et leur excessive vivacité les font souvent prendre pour des fourmis.

Ce genre compte une vingtaine d'espèces, mais toutes se ressemblent au point qu'elles sont difficiles à distinguer, je me contenterai d'en décrire le type.

ESPÈCE PRINCIPALE

Macarie brillante {Drasse brillant W.).

La macarie brillante est sans contredit l’espèce la plus

Fig. 42. belle etla plus intéressante de la famille des % drassiformes; elle se reconnait à sa taille très- . petite, à ses couleurs bronzées et métalliques, et aux petits chevrons dorés qui ornent son abdomen ; ses pattes sont noires à la base, et jaunes à l'extrémité.

Walckenaer décrit de la manière suivante les mœurs remarquables de cette araignée :

«Le drasse brillant, dit-il, construit dans l'herbe ou «dans les cavités des pierres, une tente formée d’une «toile fine et serrée, ovale, et ayant deux issues. Cette « toile en renferme une autre d'un tissu plus fin et encore

MACARIE. 115

«plus serré. Gette seconde tente a la forme d'une voûte. « C’est sous cette voûte qu'elle place son cocon, qui à «environ une ligne trois quarts de diamètre, et est « composé de deux parties : l’une est hémisphérique ou «en forme de coupe profonde, d’une blancheur écla- « tante et formée d’une pellicule mince, à tissu aussi « serré qu'une pelure d'oignon. C’est dans cette coupe « qu'elle dépose une ou deux douzaines d'œufs rougeà- «tres, isolés, qui sont bien loin de remplir toute la ca- «vité du cocon. Elle ferme ensuite ce cocon avec un «opercule ou feuillet plat, qui n'est que collé sur les «bords de la coupe, et peut s'en détacher. C'est dans «cet endroit et sur ce cocon qu'elle se tient ; mais aupa- «ravant elle recouvre la cavité de la pierre d'une toile «d’un tissu lâche et transparent, ce qui lui forme, au- « dessus de la voûte, une seconde chambre qui commu- « nique avec la première. Cette espèce, ajoute-t-il, court «avec beaucoup de vivacité ; on commence à en rencon- « trer dans l’herbe, à la fin d'avril; c'est en juillet qu’on « la trouve avec son cocon. »

Le 25 juillet, Walckenaer prit une femelle, l’enferma dans un tube de verre, et la vit travailler immédiatement et sous ses yeux, à la construction de sa tente et de son

cocon ; elle pondit vingt-deux œufs d’un beau rougeorangé.

20° GENRE. MELANOPHORE, Melanophora, Koch.

(Wéh2YOs, Noir; wEcw, porter.)

Synonymie : Drassus, Walckenaer, Lucas.

Yeux, huit, un peu inégaux, sur deux lignes parallèles, trèsfaiblement courbées en avant; les quatre Fig. 43. antérieurs petits, ronds etéquidistants;les + intermédiaires supérieurs ovalaires, plus *,2 © à gros et plus rapprochés des latéraux qu'ils gp: ne le sont entre eux.

Lèvre, courte mais large, ayant la forme d'un demi-cerele.

Pattes-mâchoires, de longueur médiocre; coxopo- pig. 44. dites étalés, peu allongés, arrondis à leurs . angles, aussi larges à la base qu'à l'extré- : mité, un peu resserrés au niveau de l'insertion de la cuisse, très-inclinés sur la lèvre; premier article du {arse armé d’une forte épine qui protége un article terminal, ovalaire, assez renflé et pointu.

Corselet, moitié moins long que l'abdomen, déprimé et glabre, pointu en avant, arrondi en arrière.

Abdomen, étroit et allongé, déprimé en dessus, à filières saillantes.

Pattes renflées, de longueur médiocre, la quatrième paire est la plus longue.

Couleur, le plus souvent d’un noir mat, profond et uniforme. Taille. ne dépassant pas 5 millimètres.

Patrie, presque toutes habitent l'Europe centrale et orientale.

Habitudes, aranéides filant sous les pierres des coques blanches, tubiformes; construisant des cocons en forme de disque plat, d'un tissa serré et imperméable.

MÉLANOPHORE. 117

ESPÈCES (1)

M. noire, MH. atra, Latreille, Europe.

M. faible, M. pusilla, Koch, Allem.,Belgique(E.s. M. violacée, M. violacea, Koch, Allemagne.

M. d’Argos, M. Argolinensis, Koch, Grèce.

M. de Lyonuet, M. Lyonetii, Savigny, Egypte, Grece.

M. pédestre, M. pedestris, Kocb, Allemagne.

M. des pierres, M. petrensis, Koch, Grèce.

M. noirûtre, M. fusca(Oblonga,Koh) Walckenaer, Égypte, Grèce.

M. souterraine, M. subterranea, Koch, Europe.

M. naine, M. pumilia, Koch, Région du Danube. M. à deux taches, M. bimaculala, Koch, Grèce.

M. choisie, M. electa, Koch, Région du Danube M. petite, M. parvula (Drassus), Lucas, Algérie.

Le genre mélanophore, fondé sur le drasse noir de Latreille, et sur quelques espèces nouvelles qui lui sont voi-

(1) Ce que j'ai dit plus haut de la dysdère, est tout à fait applicable aux mélanophores; ce sont des araignées dont les couleurs sont semblables, dont la taille est la même, et qui pour cela sont très-difficiles à distinguer. Je crois néanmoins qu'il existe plusieurs espèces qui sont généralement confondues avec la drasse noire de Walckenaer, et qu’il faut séparer. M. Koch, qui a fait une belle étude des drasses de la Grèce et de ceux qu’il a trouvés sur les bords du Danube, a su distinguer un nombre assez grand d'espèces dont il serait utile d'étudier la synonymie, afin de décider si ce sont de simples variétés de later, ou des espèces légitimes. Celles qu’il nomme melanophora electa et bimaculata (Walckenaer les regarde comme des variétés de son drassus fuscus) et dont il donne les figures, me paraissent suffisamment caractérisées ; leurs couleurs tranchées ei leur habitat éloigné de celui de l’ater ne laissent point d'incertitude. Quant à la melanophora subterranea que Walckenaer condamne sans la connaitre, je suis certain qu’elle est distincte ; j'en ai recueilli plusieurs individus en Belgique; et en les comparant à l’ater de Paris, j’ai reconnu que les yeux antérieurs et latéraux n’ont ni la même forme, ni la même direction ; le cocon de cette espèce, au lieu d’être rosé, est d’un rouge écarlate. J'ai également trouvé la #2el/anophora violacea : je pense qu'il est prudent de classer cette espèce parmi les variétés constantes de later ; ses yeux ont la même disposition; le bord de ses mâchoires, ainsi que le dernier article du tarse est d’un brun plus clair que le thorax, le plastron est doré; l'abdomen quoique noir a un reflet violacé ; quant aux espèces grecques, on ne peut rien décider à leur égard, avant qu'un plus grand nombre d'individus soit connu, afin de pouvoir les comparer entre eux et avec les espèces occidentales. L'espèce ou la variété typique est la seule chez laquelle le noir s’étende jusqu'à l'extrémité des pattes et le bord des mächoires,

sines, à pour caractères, ceux que Walckenaer assignait à sa famille des drasses cachés; c’est-à-dire que les deux lignes d'yeux sont parallèles, que les intermédiaires supérieurs sont plus gros et plus distants que les antérieurs, que les mâchoires sont courtes, très-inclinées, et aussi larges à leur base qu'à leur extrémité. Ces espèces se font facilement reconnaître à leur belle teinte noir-satiné généralement uniforme, et à un facies spécial, dû à la petitesse du corselet, et à l'habitude qu’elles ont de relever leurs pattes au-dessus de leur tète, comme les ségestries : de plus, toutes construisent des cocons d’une contexture serrée, et qui ne ressemblent point à ceux des autres genres de la famille.

Walckenaer ne connaissait que deux espèces de mélauophores; il a eu le tort de les rapprocher des quelques drasses (nocturne, rouge), qui appartiennent à un autre type.

ESPÈCE PRINCIPALE

MHélanophore noire (Drasse noir Latr.)

La mélanophore noire est une petite araignée, dont la longueur ne dépasse pas trois millimètres, qui est entièrement d’un noir d'ébène mat et profond; les pattes, qui sont de la même couleur jusqu'à leur extrémité, sont courtes et renflées, le corselet est fort petit et pointu en avant. Cette espèce est nocturne, comme l'indique sa couleur ; elle habite sous les grosses pierres.

Walckenaer la décrivit d’abord d’après un exemplaire que lui remit Latreille; mais il eut plus tard l'occasion de voir par lui-même cette araignée dans le bois de Boulogne. Je l'ai prise d'abord à Marolles, près Arpajon : plus

MÉLANOPHORE. 419

récemment je l'ai trouvée en grand nombre, dans le bois de Meudon, et à Spa, en Belgique.— Cette espèce choisit, pour établir sa demeure soyeuse, les trous qui se trouvent dans le terrain recouvert par les pierres ; là, elle file une grande coque, d’un tissu très-blanc, très-serré,. à la fois doux et solide, assez semblable à une pellicule d’oignon. A la partie supérieure, qui est évasée, cette coque est fixée à la pierre qui en forme comme le plafond; à sa partie inférieure, qui va en diminuant, est une ouverture, qui permet à l’araignée d'entrer et de sortir. Lorsqu'elle a pondu, elle construit autour de ses Ris, œufs un cocon aplati, d'abord jau- 7Æ nâtre, mais qui ne tarde pas à devenir rosé; elle va l'attacher en (GR %ù haut de sa coque sur la pierre qui le recouvre ; lorsqu'il est fixé, elle == séplace dessus, y reste immobile, ‘Coton dei mélanephore noire toute prête à le défendre, si on voulait le prendre ; il contient de trente-huit à quarante-cinq œufs: les jeunes sont tout à fait blancs.

Cette araignée est peu craintive, si en enlevant la pierre sous laquelle elle se trouve, on l’entraine en même temps qu'une partie de sa coque, loin de chercher à fuir, elle se remet immédiatement à l'œuvre pour réparer le dommage.

21° GENRE. PYTHONISSE, Pythonissa, Koch.

{(r00wv, devin, (Mythologie.)

Synonymie : Drassus, Walckenaer, Lucas.

Yeux, huït, presque égaux et semblables, sur deux lignes divergentes, c’est-a-dire courbées en sens pig, 46. inverse; les deux intermédiaires anté- é v rieurs très-rapprochés et noirs, les lat £<o raux antérieurs plus avancés, les intermé- ; 5 © € diaires supérieurs brillants et assez écar- s tés, les latéraux supérieurs gros et plus reculés.

Lèvre, allongée, plus étroite à sa base, renflée dans son milieu, se rétrécissant graduellement jusqu’à son extrémité, où elle se termine en pointe.

Pattes-mâchoires, à coxopodites étalés et fort longs, très-étroits à la base, s’élargissant insensible- Fig. 47. nent jusqu'a l'insertion de la euisse, de là ils s'infléchissent en dedans et se terminent brusquement en ligne droite; ilsenelavent complétement la lèvre; premier article du tarse enveloppant, par une dilatation cornée, la base d'un article terminal assez étroit et effilé.

Corselet, moitié moins long que l'abdomen, déprimé et glabre, pointu en avant et déprimé en arrière.

Abdomen, ovalaire, fortement déprimé en dessus, à filières saillantes.

Pattes, courtes et renflées, la quatrième paire la plus longue.

Couleur, noir mat et soyeux ; membres souvent rouges ou noir brillant.

Patrie, Europe méridionale et nord de l'Afrique.

Habiludes, aranéides nocturnes; établissant leur coque dans les lieux sombres et cachés; filant, autour de leurs œufs, un cocon d’une contexture peu serrée, épaisse et très-blanche.

Dé

FYTHONISSE. 121

ESPÈCES

P. lucifuge, P. lucifugu, - Walckenaer, Europe. P. lugubre, P. lugubris, - Koch, Grèce.

P. enfumée, P. fumosa, Koch, Bavière.

P. cachée, P. occulla, Koch, Allemagne.

P. tricolore, P. tricolor, - Koch, Grèce.

P. bicolore, P. bicolor, Koch, Grèce.

P. brune, P, fusca(Montanus-murinus), Koch, Allemagne. P. ornée, P. exornata, - Koch, Grèce, P. grisâtre, P. fuliginea, Koch, Haute-Saxe.

P. nocturne, P. nocturna (Variana Koch), Walckenaer, Europe. P. gnaphose, P.gnaphosa (Maculata, Koch), Walckenaer, France et Allemagre. P, naine, P. nana, Koch, Bavière.

P. nyctalope, P. nyctalopa, Walckenaer, ? ? ? P. riche, P. dives, Lucas, Algérie.

P. fastueuse, P. fastuosa, Lucas, Algérie.

Les pythonisses sont des drasses, dont les quatre yeux intermédiaires ont la même disposition que dans les macaries, c’est-à-dire que les antérieurs sont plus rapprochés entre eux que les supérieurs : mais dont les yeux latéraux des deux lignes difièrent beaucoup, ceux de l'antérieure sont plus avancés, ceux de la supérieure sont plus reculés, de sorte que les deux lignes paraissent courbées en sens inverse ; les mâchoires, comme on l’a vu, se distinguent de celles des genres précédents par leur longueur et leur moins d'inclinaison, elles sont étroites et verticales à la base, larges et inclinées à l'extrémité, sur une lèvre qui est plus haute que large; les pythonisses sont pour la plupart des drasses dont la taille dépasse la moyenne, dont les couleurs sont foncées et tranchées ; elles recherchent les lieux obscurs pour y fixer leur demeure. Deux espèces sont communes dans nos environs.

| à 122 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES.

ESPÈCES PRINCIPALES

Pythonisse lucifuge, — P. nocturne.

Le drasse lucifuge est une belle araignée dont la taille atteint presque un centimètre, le corselet est noir luisant, l'abdomen est noir mat et velu, et les membres sont rouges à la base, noirs à l'extrémité.

Ce drasse , quoique répandu dans toutes les parties de l'Europe, ne se trouve jamais en grand nombre dans une même localité ; l'été, il faut le chercher sous les pierres, où il établit sa coque blanche, qui a la forme d'un tube comme celle de la dysdère; l'hiver, il se réfugie dans le creux des arbres ou sous les écorces, où il fabrique une coque formée d’enveloppes épaisses et superposées. À l’époque de la ponte, il file un cocon arrondi et d'un tissu serré, autour de ses œufs qui sont libres et secs.

Lorsque cette espèce est jeune, elle à une teinte rougeûtre.

La pythonisse nocturne est une espèce aux formes lourdes et ramassées, dont le corselet est d’un brun rougeûtre, et l'abdomen d'un noir-satiné. Elle habite les caves et

sous l'écorce des vieux arbres.

Sal : den CE le it

DRASSE, 123

22° GENRE. HBRASSE, Drassus, Walckenacr.

(àp4ssw, saisir.) Synouymie : Filistata, Reuss et Wider; Clubiona, Walckenaer (part.),

Yeux, un peu inégaux et sur deux lignes, l’antérieure courbée, c'est-à-dire que les intermédiaires sont Fig. 48. plus avancés que les latéraux; la supérieure droite, les deux yeux intermé- ® diaires de cette ligne sont les plus gros, de forme ovalaire, et très-rapprochés l'un de l'autre.

Lèvre, ovale, large, assez allongée, légèrement arrondie à l'extrémité.

Pattes-mâchoires, à coxopodites étalés, allongés, presque droits, étroits à la base, s’élargissant gra- pig. 49. duellement jusqu’à leur extrémité qui est carrée et faiblement infléchie en dedans, de manière aentourer incomplétement la lèvre; article terminal du mâle remarquable par son peu de largeur et son extrême longueur, renfermant un conjoncteur petit et surmonté d'un crochet effilé.

Corselet, presque aussi long que l'abdomen, déprimé, plus étroit en avant qu’en arrière.

Abdomen, ovalaire, allongé, à filières longues et visibles.

Palles, robustes et peu allongées, la quatrième paire la plus longue.

Couleur, corps couvert d'un duvet soyeux fauve clair uniforme.

Taille, de 3 à 10 millimètres.

Patrie, elles se trouvent dans toutes les parties de l’Europe, en Afrique et plus rarement en Amérique.

Habitudes, aranéides filant, sous les pierres ou les écorces, de vastes coques de soie blanche, au milieu desquelles elles déposent leurs œufs enveloppés d’un cocon léger et transparent.

ESPÈCES, D. soyeux, D. sericeus, Walekenaer, France.

D, noirâtre, D. faseus, Walckenaer, France.

D. grisätre, D. murinus, Walckenaer, Snède.

D. lapidicole, D. lapidicola, Walckenaer, France.

D. gris, D. cinereus, Koch, Bohème (Carlsbad) D. signifer, D. signifer (1), Koch, Bohème (Carisbad). D. sévère, D. severus, Koch, Grèce.

D. troglodytes, D. troglodytes, Koch, Danube.

D. livide, D. lividus, Walckenaer, France.

D. jaunätre, D. lutescens(\)(Cl.livida), Koch, Grèce.

D. rouge, D. rufus, Koch, Allemagne.

D. lenticulé, D. lentiginosus, Koch, Grèce.

D. obscur, D. obscurus, Lucas, Algérie.

D. à pieds rouges, D. rufipes, Lucas, Algérie.

D. cortical, D. corticalis, Lucas, Algérie.

D. crassipède, D. crassipes, Lucas, Algérie.

D. distinct, D. distinctus, Lucas, Algérie.

D. de Maillard, D. Maillardi, Vinson, Ile de la Réumiou.

Le nom de drasse, si connu des auteurs, et dont Walckenaer s'est servi pour désigner toutes les araignées que j'ai décrites sous les noms de macarie, de mélanophore et de pythonisse, est, comme on vient de le voir, réservé aujourd'hui à un petit nombre d'espèces, dont le type cest la clubione lapidicole. Cette aranéide , il est vrai, et celles qui s’en rapprochent, semblent, par leur couleur, se confondre avec les clubiones soyeuse et accentuée, etc. Mais, si on les étudie, on reconnait que le caractère spécifique de toute clubione, c'est-à-dire la divergence des mâchoires, fait défaut, et que les yeux supérieurs, au lieu d'être écartés, sont rapprochés sur la ligne médiane et se touchent.

M. Koch s'est servi du placement des yeux pour ca-

(1) Ce n’est qu'avec doute que j'inscris les noms des drassus lutescens et rufus que Walckenaer pense n'être que des variétés de sa clubione livide. Le drasse signifer est dans le même cas, et parait être établi sur un jeune lapidicole. .

Cependant les yeux de Ja ligne supérieure sont un peu plus écartes dans le rufus que dans le lutescens, et les yeux intermédiaires antérieurs sont plus élevés dans le lapidicole que dans le signifer, de sorte que le jugement de Walckenaer ne paraît pas très-fondé et laisse encore des doutes.

DRASSE. 125

ractériser les nombreuses espèces qu'il décrit, aussi quoiqu’elles se ressemblent beaucoup, je crois que toutes sont distinctes. Plusieurs habitent les environs de Paris, et ont les mêmes mœurs ; je ne décrirai que la clubione lapidicole de Walckenaer.

ESPÈCE PRINCIPALE

Drasse lapidicole.

Le drasse lapidicole (clubiona Walck.) est sans contredit le drasse le plus vulgaire de notre pays ; c'est une grosse araignée, dont le corps est recouvert d'un duvet fauve clair uniforme ; elle habite dans les champs comme dans les bois, sous les grosses pierres, où elle file une toile blanche et serrée. C'est d'après Walckenaer que je décrirai ses mœurs intéressantes.

«Cette espèce, dit-il, se tient sous les pierres, et «construit une toile qui forme une nappe, tenant à la « fois à la pierre et au sol sur lequel la pierre repose. Des « fils aboutissent à cette toile, et y arrêtent des carabes, « des hannetons d'été, et d'assez gros insectes. Lors de « la ponte, l'araignée file un sac de soie pour y construire « SON COCON ; ce sac est souvent placé dans la cavité de « la pierre. L'aranéide recouvre toujours son cocon de « feuilles sèches qui le cachent, et qui ont l'air d’être « agglomérées par hasard. Le cocon, renfermé dans l’in- «térieur du sac, est rond, aplati, sans cependant être «lenticulaire. Lorsqu'on le garde assez longtemps pour « que les œufs se transforment en jeunes araignées, celles- « ci le font enfler. Ce cocon paraît alors comme globuleux, «mais cependant c'est encore une boule déprimée ou « aplatie. Il est du blanc le plus éclatant, lisse à sa surface

126 HISTOIRE NATURELLE DES Sonde «inférieure, mais à sa surface extérieure, il présente de «petites éminences rondes, formées par les œufs qui «sy trouvent renfermés. Le cocon a cinq lignes et demie « de diamètre ; il contient environ soixante-dix œufs iso «lés et non agglutinés entre eux. Le tissu qui les enferme «est très-serré, et ressemble à une pellicule d’oignon , «très-blanche. Lorsque l'aranéide est dans le sac qui «contient son cocon, elle est très-agile et court avec une «grande rapidité. »

C’est en juillet que Walckenaer les a trouvés avec leurs cocons ; au mois d'août, en Belgique, les œufs n'étaient pas encore éclos. Ce drasse n'abandonne son sac de soie que quelque temps après la naissance des jeunes, qui cohabitent avec leur mère.

Voici le nom des drasses rapportés du Chili par M. Nicolet, et qui n'ont point encore été décrits.

D. gracieux, D. venustus, r Nicolet, Chili.

D. spinifère, D. spinifer, Nicolet, Chili.

D. Iycasoïde, D. lycosoëdes, Nicolet, Chili.

D. longipède, D. longipes, Nicolet, Chili.

D. élégant, D. elegans, Nicolet, Chili.

D. semblable, D. similis. Nicolet, Chili.

D. allié, D. affinis. Nicolet, Chili.

On peut ajouter le drasse clubioniforme de M. Lucas, originaire de la Tasmanie, et dont je ne connais point les caractères.

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