L. géométrique, L. geometricus, Koch, Allemagne
Le genre latrodecte, établi par Walckenaer, paraît inséparable des théridions, quoique cet auteur l'en ait éloigné.
Ces genres sont même tellement voisins, et les particularités qui les distinguent sont si difficiles à saisir, que plusieurs auteurs les ont confondus. Cependant chez les latrodectes, les coxopodites des pattes-mächoires, au lieu d'être anguleux à leur extrémité, sont fortement arrondis ; les yeux latéraux sont relativement un peu plus écartés, etc. Quant aux mœurs, elles ressemblent à celles des théridions-phrurolithes. Les latrodectes sont des aranéides qui, comme ces derniers, tendent des fils sous les pierres et dans les inégalités de terrain; leur cocon, néanmoins, au lieu d’être léger et floconneux, est épais et imperméable, comme celui des mélanophores parmi les drasses. Leur morsure est redoutée de tous les peuples parmi lesquels ils vivent, et on lui attribue partout des effets terribles, même pour les vertébrés.
LATRODECTE. 179
ESPÈCE PRINCIPALE
Latrodecte malmignathe.
Le latrodecte malmignathe est une araignée trèscommune dans le midi de l'Europe, en particulier dans l'Italie, l'Espagne et la Corse : elle na cependant été décrite que dès l'année 1785. On la reconnait à sa couleur noire, à son abdomen orné de taches rouges en lunules. Cette aranéide vit par terre, elle habite les enfoncements de terrain, le dessous des pierres, les creux des vieux murs, etc.; là, elle tend de nombreux fils, d’une couleur gris sale et irréguliers, qui se croisent en tous sens, et qui dans certains points paraissent renflés comme une corde à nœuds. Ces fils sont assez solides pour retenir les plus gros insectes.
Elle ne s’élance pas ordinairement sur sa proie, mais elle la garrotte d’abord de ses fils gluants, avant de la percer de ses crochets venimeux et de s’en repaître quand elle est privée de vie.
Les débris de tous ces gros insectes, des sauterelles, des grillons, etc., sont répandus cà et Ià dans le champ, et signalent de loin la présence du latrodecte, qui, dans certains cas, emploie ces matériaux cornés pour consolider le tissu de sa toile.
Cette araignée est toujours en guerre soit avec des individus de son espèce, soit avec une autre araignée que l'on appelle araignée d’or (clotho) en Toscane, soit encore avec le scorpion qui est son plus redoutable adversaire.
La morsure du latrodecte malmignathe est regardée comme venimeuse, partout où il se trouve; les Italiens, en particulier, racontent sur les effets de cette morsure beaucoup d'histoires, de morts même qu'elle avait causées. M. Raikem, en résumant le long et intéressant mé-
moire qu'il publia sur ce sujet, dit : «Dans cette araignée,
la vésicule ou glande vénénifère, dont on doit la connaissance à M. Lambotte, offre un développement supérieur à celui qu'elle offre chez d’autres araignées de la même famille. Cet organe sécrète, comme on le sait, une humeur délétère, déposée à l'instant de la morsure dans la petite plaie opérée. De là elle est rapidement absorbée, entraînée dans le torrent de la circulation, et va exercer son action nuisible, d’une manière spéciale, sur le système nerveux et musculaire.
« Les phénomènes morbides qu'il détermine chez l'homme sont analogues à ceux qui succèdent à la morsure dela tarentule dans la Pouille ;: ces accidents, qui consistent dans des troubles des fonctions animales, sont plus imposants par leur apparence que graves et dangereux en réalité. Ils se dissipent ordinairement au bout de trois à quatre jours; il est fort douteux que la piqûre d’un seul malmignathe puisse être mortelle pour l'homme adulte. Les effets que produit cette morsure chez les laphis, les chiens, les pigeons, ressemblent beaucoup à ceux qui ont lieu chez l'homme; ils en diffèrent cependant par la terminaison qui peut être fatale pour les animaux.
« En général, cette araignée ne pique l'homme que quand elle est irritée ou excitée par quelque cause mécanique. C'est surtout pendant la saison d'été, au mois d'août, que la malmignathe est à craindre. Dans les autres saisons, quand elle a été longtemps privée de nourriture, et que plusieurs jours se sont écoulés depuis le temps de sa captivité. les accidents que produit sa piqüre sont peu ou point marqués, et nullement redoutables. »
« Le cocon du latrodecte, dit Walckenaer, est fort gros
LATRODECTE. 181
«eta la forme d'un sphéroïde pointu par un bout, de « couleur de café clair, d’un tissu si fort et si serré qu'on « ne peut l'ouvrir qu'en le coupant avec un canif. Il y a « compté 220 œufs, d'un fauve pâle; ils n'étaient ni « agglutinés entre eux ni entièrement libres, mais liés « les uns avec les autres par des fils fins et presque im- « perceptibles, de sorte que si l’on en tirait un, on entrai- « nait les autres en chapelet. » |
Le nombre de ces cocons n'est pas limité, dit M. Raikem; il y a des femelles qui n’en font qu’un, tandis que d’autres en font plusieurs, mais jamais plus de quatre. Selon lui, le nombre des œufs contenus dans les premiers cocons serait beaucoup plus grand que celui que renferment les deux derniers. Il y en aurait toujours 200 à 250 dans ceux de la première ponte, tandis que ceux de la seconde n'en renfermeraient d'ordinaire que 45 à 50. Cette araignée, dit-il, vit plusieurs années, et elle se retire pour passer l'hiver dans les creux des vieux murs; elle est alors dans un état d’engourdissement, et ne reprend vigueur qu’à la belle saison. Le mâle est beaucoup plus rare que la femelle, il s'en distingue par sa forme plus grêle, par son volume moindre, par sa teinte plus rouge, et d'autres caractères qui lui sont propres.
L'île de Madagascar, suivant M. Vinson, nourrit deux espèces assez curieuses, dont la morsure est aussi re-= doutée des insulaires, que celle de la malmignathe est redoutée des Italiens. On les nomme vancoho ou ménavodi. La couleur de l’une d'elles, la latrodecte ménavoude, est noire, tranchée de bandes rouge vif.
C'est peut-être uniquement à cette couleur noire et rouge, réputée diabolique, que les latrodectes doivent leur mauvaise réputation.
34° GENRE. ÉRO, Ero, Koch.
(Etcw, nouer.) |
Synonyimie : Fheridio, Waïckenaer.
Yeux, égaux, les latéraux se touchant, sur la même ligne que les deux yeux antérieurs du carré intermédiaire, qui est presque régulier.
Lèvre, assez courte, presque ovale, ou plutôt ovale-triangulaire.
Mâchoires, amincies à leur extrémité, étroites, inclinées sur la lèvre, l'entourant, se touchant en avant.
Corselet, fort petit, épais, circulaire, bombe.
Abdomen, très-globuleux, quatre fois plus gros que le corselet, portant sur sa partie antérieure et supérieure quatre tubercules mousses, globuliformes, dirigés en avant.
Pattes, fines, peu allongées, eomme il suit :1,2,4,3; illya une grande dispropertion entre la longueur de la de mière paire et celle des autres.
Couleur, variée de fauve doré, de brun foncé et de blanc.
Taille, excessivement nfinime, les plus grandes atteignent 2 ou 3 millimètres.
Patrie, les espèces peu nombreuses n’ont été trouvées qu'en Europe.
Habitudes, aranéides vivant sur les feuilles des arbres ou à l'intérieur des maisons, y construisant une toile de peu d'étendue et irrégulière.
ESPÈCES, E. tuberculeuse, E. tuberculosa, Koch (ther.aphane, Walek.), France. E. variée, E. variegata, Koch, Allemagne.
Ce genre a été établi par M. Koch pour le théridion aphane de Walckenaer, à cause des tubérosités de son abdomen, afin de rendre l’étude des théridions et des
latrodectes plus facile, en restreignant le nombre de Jeurs
ÉRO. 183
espèces. J'ai conservé le mot d'éro qui a été employé par Koch et qui est connu de quelques auteurs.
ESPÈCE PRINCIPALE
Ero tuberculeuse.
L'éro tuberculeuse est la seule espèce bien connue : c'est une araignée très-petite et assez élégante, dont l'abdomen est orné de taches jaune doré. Je ne l'ai trouvée qu’une fois sur une feuille de chêne, au bois de Boulogne ; Walckenaer l’a prise, à la fin d'août, sur un gazon à Paris et dans le bois de Vincennes; Koch nous apprend qu'à PRatisbonne, elle n’est pas rare et se trouve à l'intérieur des maisons et des villas. Pour établir sa toile, elle relève les deux bords opposés d’une feuille, et les unit au moyen de fils plus ou moins obliques ou horizontaux. Elle se tient au milieu de ces fils irréguliers sur le ventre, guettant sa proie. De Geer a décrit ainsi son cocon :
« Cette araignée suspend son cocon aux planchers et aux poutres des maisons, par un fil très-délié; au point d'attache, ce suspensoir est fixé par cinq ou six fils séparés qui se réunissent ensuite en un seul (1). Ge cocon est ovale ou globuleux, mais composé d’une soie si mince qu'au grand jour on voit les œufs au travers. Chaque cocon renferme 10 à 12 œufs, très-petits, luisants, sphériques, gris brun; ils sont placés au milieu, dans une bourre de soie fine, et reposent ainsi isolés mollement et chaudement. De Geer avait pris des cocons au commencement de janvier, les jeunes sont éclos en mai. »
(1) Cette industrie rapproche l’ero de l’épéire brune (Voir Koch, Ubers. des Arach.).
35° GENRE. UPTIOTE, Uptiota, Walckenaer.
Ortirns, couché, nonchalant.)
Synonymie : Mithras, Koch.
Yeux, au nombre de huit, presque égaux; disposés sur quatre lignes, formées de deux yeux chacune; la première et surtout la troisième très-courtes, la seconde plus large; les deux yeux de la ligne supérieure sont les plus gros, ils sont très-écartés et rejetés sur les angles latéraux du front.
Lèvre, triangulaire, large et tronquée à sa base, pointue à son sommet.
Müächoires, droites, longues et larges à leur extrémité, entourant la lèvre et se rencontrant en avant.
Corselet, fort petit, triangulaire, élargi et arrondi en arrière.
Abdomen, énorme, globuleux, trois fois plus long que le corselet, tronqué et tuberculeux en arrière.
Pattes, courtes, mais fortes, la première paire, puis la quatrième, est la plus longue et la plus robuste ; les deux autres paires de pattes sont beaucoup plus faibles ; lx troisième est la plus courte,
Couleur, fauve clair, avec des taches de poils roux et noir.
Taille, 2 millimètres.
Patrie, elle ne se trouve qu'en Europe.
Habitudes, araignée tendant des fils irréguliers entre les branches des jeunes arbres, dans les bois.
ESPÈCE
U. mithras, U. mithras, Walckenaer, France et Allemagne.
Le genre uptiote est un des plus curieux parmi les genres européens, mais la petitesse de l'unique espèce qui le compose et son excessive rareté empêchent qu'il ne soit encore biën connu. M. Doumerc, le premier, la trouva dans le bois de Boulogne, à la fin d'août, sur des fils très-lâches, qu'elle avait tendus entre deux arbustes
UPTIOTE. 185
d'épine; plus tard, en Allemagne, plusieurs entomologistes l'ont rencontrée et l’ont décrite sous des noms diffé rents (mithras, pollys, uptiote, etc.).
Sa taille ne dépasse pas un millimètre et demi, ét sa couleur est rousse ou blanche, mais elle est élégamment ornée de poils blancs, qui lui donnent un aspect tigré. L'abdomen est fort remarquable, en ce qu'il porte sur sa partie postérieure de petits tubercules cornés, rangés régulièrement. On ne connait point ses mœurs.
Les aranéologues sont encore incertains, sur la place que ce genre doit occuper dans la classification; Walckenaer, ne lui ayant reconnu que six yeux, l'avait d'abord classé à côté des scytodes, ceux de la seconde paire étant placés au centre d’une tache noire et luisante, lui avaient échappé; M. Koch, forme, pour cette araignée, une famille particulière, mais elle me semble appartenir à la mème division que les théridions, bien que la force de ses pattes et les épines de son dos la rapprochent des épéires (1).
(1) C’est tout à côté du genre vptiote, que Koch classe une aranéide fort singulière, originaire de Singapore, et à laquelle il donne le nom de poltys. Comme on n’en connait qu’un seul individu mutilé, je n’ai pas cru devoir lui consacrer un tableau. Je donnerai néanmoins ici la traduction des principaux caractères qui lui sont assignés par Koch. — Son corselet est ovale en arrière, mais prolongé au delà de la bouche en une longue pointe horizontale, dont la partie terminale est séparée du thorax par un sillon profond. Cette extrémité, qui est couverte de poils laineux, porte quatre yeux disposés en carré, dont les antérieurs sont placés sur la partie verticale. À moitié de la longueur de cette pointe, est placée la troisième paire; plus loin, à l'endroit où le corselet s’élargit, se trouve la quatrième paire d’yeux. — Les pattes-mächoires sont grandes, longues, épaisses et brillantes, de forme cylindrique, insérées loin de l'extrémité de la tête, — le plastron est petit, plat et velu, — les pattes sont robustes, la première paire est la plus longue, la troisième est la plus courte. — La couleur du corps est un brun olivâtre uniforme.
Le seul individu que l’on connaisse est une femelle. (Koch die arachniden.)
36° GENRE. DIC'TYXNE, Diclyna. Koch.
{Aixtuva, Diane présidant à la chasse aux filets.)
Synonymie : Drassus, Theridio, Walckenaer ; Ergatis, Black Wall.
Yeux, au nombre de huit, presque égaux, sur deux lignes courbées en avant; les quatre intermédiaires Fig. 73. formant un quadrilatère, dont le côté anté- A "à vb rieur est le plus large; les latéraux rap- 7 OV prochés entre eux, mais non-éloignés des intermédiaires.
Lèvre, assez étroite, presque aussi longue que les mâächoires, ayant la forme d’un triangle dont le sommet est ou pointu ou arrondi.
Paltes-mâchoires, à coxopodites larges, droits extérieurement, fortement inclinés au côté interne, entou- pig. 74. rant la lèvre, un peu rétrécis à la base ainsi qu’à l'extrémité; organe copulateur très-renflé, creusé d’une cupule dont les bords sont membraneux et denticulés, renfermant un long crochet tourné en spirale, élargi a son extrémité en forme de petite palette.
Corselet, petit, voùté, presque carré quoique plus étroit en avant.
Abdomen, ovale, renflé chez la femelle.
Pattes, courtes et.fines, la première paire est la plus longue, la seconde ensuite, la troisième est la plus courte, le tarse a trois griffes.
Femelle, théridioniforme, mâle érygoniforme.
Couleurs, brun foncé, vert ou jaune, élégant.
Taille, minime, les plus grosses ne dépassent pas 2 millimètres.
Patrie, la plupart des espèces se trouvent en France.
Habiludes, arantides construisant sur la surface des feuilles, une toile fine et blanche, transparente, à tissu serré
ou lâche, et sous laquelle elles se tiennent, mais dont elles sortent pour chasser.
DICTYNE. 187
ESPÈCES
D. bienfaisante, D. benigna, (theridion, Walck.), France, Paris. D. cachée, D. latens, France.
D. très-verte, D. viridissima, ‘drassa, Walck.), France. D. jaune, D. flavescens, France. D. épisinoïde, D. épisinoïides, Blackwall, Angleterre.
C'est à l'exemple de M. Blackwall que je rapproche dans un même genre les drasses phytophyles et les théridions-dictynes de Walckenaer : seulement j'ai cru devoir changer le nom d'ergatis que l'entomologiste anglais leur avait donné, pour celui de diclyne, employé depuis plus longtemps en Allemagne par MM. Hahn et Koch.
Si les femelles de ces araignées ont pu être considérées comme des théridions, à cause de leur forme et de leurs habitudes sédentaires, les mâles ne peuvent être éloignés des érygones dont ils ont le genre de vie et l'aspect général. Le genre dictvne forme donc un passage naturel entre ces deux grands genres; il participe à la fois de l’un et de l’autre, non-seulement par sa forme et ses mœurs, mais encore par ses yeux qui, étant équidistants, se rapprochent fortement de ceux des érygones, et par ses mâchoires qui, étant droites et creusées, les affilient intimement aux théridions. Je crois cependani que c’est avec le premier de ces genres que les dictynes ont le plus de ressemblance.
ESPÈCES PRINCIPALES, Dictyne bienfaisante. — D. verte. — D. jaune.
La dictyne bienfaisante (théridion bienfaisant. W.) est une toute petite araignée de couleur sombre, chez laquelle l'abdomen dela femelle est très-gros et présente dans son
| à 188 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES.
milieu une figure foncée, qui se détache sur un fond de couleur grise.
C'est une des araignées les plus communes; elle se trouve particulièrement dans les jardins et les vergers, où elle choisit, pour faire son nid, les feuilles des plantes et des arbres peu élevés, les fleurs du rosier, du sureau,
Fig. 75. du lilas, etc., les interstices des grains de raisin, la superficie des poires, des pêches, etc. Elle unit les deux bords opposés d’une feuille, ou tapisse la surface d’un fruit, de fils lâches et irréguliers, qui se croisent dans tous les sens, et au milieu desquels elle se tient, les pattes relevées et la tête regardant en haut. 11 n’est personne qui, au mois d'août, en mangeant du raisin, n’ait re- Toile et cocons du, arqué et même peut-être avalé quel-
bienfaisant (dietyna). ques-unes de ces petites araignées, car il n’est aucune grappe qui n'en loge plusieurs individus, avec leurs toiles et leurs cocons.
La dictyne est d’un courage excessif, et malgré sa petitesse, elle attaque et retient les plus grosses mouches.
Le nom de bienfaisante, que porte cette petite araignée, paraît singulier au premier abord, mais il s'explique facilement lorsqu'oy la voit prendre dans ses filets imperceptibles, les mouches et les insectes destructeurs qui viennent se poser sur les fruits ou sur les végétaux pour les dévorer ou y déposer leurs œufs; elle rend de cette manière un service signalé aux agriculteurs.
Le mâle diffère beaucoup de la femelle, et par sa forme et par ses mœurs; en eflet, tandis qu'elle a l'abdomen globuleux et gris, les pattes courtes, et vit sédentaire,
DICTYNE, 189
il est entièrement noir, a les pattes allongées et ressemble à une fourmi; de plus, il est toujours errant et saisit les insectes à la course.
Au mois de juillet, il se choisit une femelle, il entre alors dans sa toile, construit de concert avec elle, une espèce de coque très-fine et tellement transparente qu'elle ne gêne en rien l'observateur qui veut avec une loupe, suivre tous leurs mouvements.
Les deux sexes ne se font aucun mal; le mâle, après l'accouplement, reste encore quelque temps sur la toile, puis il s'éloigne et reprend sa vie vagabonde.
Peu de jours après sa sortie, la femelle, dont l'abdomen est alors le double ou même le triple de ce qu'il est ordinairement, pond des œufs assez gros et en nombre considérable ; elle en forme cinq ou six paquets qu'elle entoure séparément d'une bourre de soie très-épaisse, dont la superficie externe est jaune, et dont l’intérieur est du blanc le plus éclatant; ces cocons ont la forme de disques très-aplatis et sont collés sur la feuille.
La dictyne verte (drasse vert. W.) est une araignée fort élégante : elle se reconnaît à sa petite taille, à sa belle couleur verte qui est finement piquetée de blanc sur l’abdomen. Elle est fort commune à Paris : on la trouve au mois de mai et au mois de juillet, mais elle reparaît plus abondamment à la fin de septembre. :
Cette araignée vit sur les plantes, particulièrement sur les feuilles du lilas, du chêne, du rosier, de la vigne, etc.; là, elle relève les deux bords opposés de la feuille de manière à lui donner la forme d’un bateau, puis elle établit d’un des bords à l’autre, une petite toile horizontale, semblable à un pont, d’un tissu encore plus serré, plus fin et plus blanc que la toile des
tégénaires, mais cependant de mème nature. Les deux extrémités de cette petite toile sont ouvertes, l’araignée se tient toujours dessous, dans l'espace compris entre la feuille et la voûte soyeuse, sur le dos, se retournant de côté et d'autre, prête à se jeter sur les insectes, qui se posent ou tombent par hasard sur sa demeure. Il n’est pas rare de voir la petite dictyne retenir avec ses mandibules des mouches trois ou quatre fois plus grosses qu'elle. Au mois de juillet on trouve le mäle sur la même toile que la femelle, dont il ne diffère alors que par sa taille plus petite ; à toute autre époque, il habite sa toile propre, et en sort très-souvent.
Lorsque cette espèce a pondu ses œufs, qui. ne sont qu'au nombre de vingt environ, et de couleur jaune, elle les enveloppe de fils très-lâches, peu épais et transparents, qui forment un cocon assez gros, aplati, et dans lequel les œufs sont libres, c’est-à dire non agglutinés ensemble,
La dictyne jaune est une espèce très-voisine de la dictyne verte, et qui a été confondue avec celle-ci; elle se’ distingue à son abdomen jaune foncé et à son corselet rougeâtre. Elle a les mêmes habitudes, se trouve dans les même lieux, mais est un peu plus rare.
ÉRYGONE. 191
37° GENRE. ERYXGONE, Erygona, Savigny.
(£o0w, défendre; ydvos, progéniture.)
Synonymie: Argus, Walekenaer; Theridio, Wider; Linyphia, Sundew al.
Yeux, presque égaux entre eux, placés sur deux lignes parallèles un peu courbées en avant : les quatre intermédiaires figurant un quadrilatère plus où moins régulier.
Lèvre, courte, bombée, tronquée à son extrémité.
Pattes-mâchoires, à coxopodites d'une brièveté remarquable et d'une largeur qui dépasse plus de deux fois la longueur, arrondis à leurs extrémités et très-inclinés sur la lèvre; deuxième, pig. 77. troisième et quatrième articles armés en dessous d’apophyses dentiformes, dans les deux sexes; article terminal très-globuleux dans le mâle et couvert en dessus de tubérosités et d'épines.
Corselet, grand, allongé, ovalaire, bombé antérieurement.
Pattes, de longueur médiocre, très-fines, leur longueur relative varie suivant les sexes; la première et la quatrième sont toujours les plus longues.
Couleur, brun rouge, uniforme, luisant.
Taille, excessivement petite, 4 à 2 millimètres.
Patrie, la plupart des espèces se trouvent en France.
Habitudes, aranéides errantes, courant après les insectes pour s'en emparer.
ESPÈCES
E. vagante, E. vagans, Savigny, Europe, Afrique. E. longimane, E. longimana, Sandewal, Suède.
E. brillante, E. serotina, Kocb, Allemagne.
Le genre érygone, que l’on réunit communément, aux micryphantes, qui le représente dans la tribu suivante, ne renferme qu'un très-petit nombre d'araignées, toutes remarquables par l'exiguité de leur taille, qui atteint rarement 3 millimètres de long.
Il appartient à la tribu des théridions proprement dits, et il en réunit tous les caractères, c'est-à-dire que ses mâchoires, quoique plus courtes et beaucoup plus larges que dans les genres précédents, sont inclinées êt non divergentes; que ses yeux sont égaux, et presque équidistants, etc. Des caractères très-apparents, quoique de seconde valeur, il est vrai, donnent à ces araignées un aspect qui les rapproche singulièrement des wicryphantes : c'est-à-dire, que leur corselet est énorme et proéminent en avant, que tout leur corps est luisant et d'un noir poli, que leurs pattes sont d’une remarquable finesse et d’ane couleur rouge corail.
Elles possèdent cependant quelque chose de particulier et d'unique, c'est la forme de leur palpe qui, dans le mâle, est d'une longueur considérable, dont le second article est coudé, dont les autres sont garnis au côté interne, d’une pointe cornée, et dont l’article terminal est renflé, bilobé et fendu dans son milieu,
Les habitudes de ces petites araignées sont errantes, c'est-à-dire, qu'elles ne font aucune toile, et qu’elles courent constamment avec beaucoup d'agilité, dans les champs, sur le tronc des arbres, sur les murs, etc., et saisissent dans leur course les insectes très-petits, surtout les pucerons. Les mœurs des érygones n’ont, comme on le voit, rien de remarquable et qu'un intérêt fort médiocre ; aussi, sans m'y arrêter davantage, je me contenterai de citer une espèce comme type du genre : elle se trouve dans toute l’Europe, aussi bien qu'en Égypte et en Algérie : c'est l’érygone vagante ou dentipalpe, qui est très-commune sur les portes des jardins, aux mois de mai, de juin et de juillet.
Le cocon d'aucune desespèces n'a été observé et décrit.
MICRYPHANTE. 193
3° TriBu. LINYPHIENS.
Mächoires divergentes ou simplement droites, — yeux inégaux ou presque équux, Sur deux lignes, équidistants, — aranéides filant des toiles à mailles irrégulières, mais assez rapprochées pour constituer une trame ou nappe.
Cette tribu renferme les genres : Wicryphante, agélène, lachésis, tectrice, tégénaire, linyphie, pachygnathe, bolyphantke.
38° GENRE. MICRYPHANTE, Zicryphantus, Koch.
(pxodc, petit; oavôeus, brillant.)
Synonymie: Argus, Walckenaer; Walckenaera, Neriena, Blackwall.
Yeux, un peu inégaux et brillants, disposés sur deux lignes sur le sommet du front; les quatre intermédiaires formant un carré qui est souvent porté au sommet d'une protubérance du corselet, les quatre yeux latéraux quelquefois pédiculés.
Lèvre, courte, plus large que haute, tronquée ou arrondie à son sommet.
Pattes-mâchoires, à coxopodites forts, dilatés, creusés à leur base interne, enclavant la lèvre, mais carrés et divergents à leur extrémité.
— 3° et 4° article ayant la forme de petits capuchons se recouvrant l'un l’autre, — Organe copulateur énorme et ovale, à surface feuilletée, ayant l'apparence d'une petite pomme de pin.
Corselel, grand, déprimé, élargi et arrondi en arrière, plus étroit, mais élevé et souvent tuberculeux en avant.
Abdomen, globuleux, terminé par des filières longues et visibles.
Paltes, de longueur médiocre, très-fines et glabres, la première
Où la quatrième plus longue, mais cette longueur varie suivant les sexes.
Couleur, noir ou rouge luisant; pattes jaune clair, non annelées.
Taille, ce genre renferme de très-petites araignées ; leur taille ne dépasse pas 1 à 3 millimètres. à
Patrie, presque toutes les espèces ont élé trouvées en Europe.
Habitudes, aranéides filant de petites toiles, tendant des fils, courant après les insectes pour s'en emparer.
Fig. 79.
1° sous-genre. — MicryPHANTus. — Front simplement élevé, — corselet aplati en arrière, — yeux placés régulièrement sur deux lignes, l’antérieure courbée en avant, la supérieure courbée en arrière et suivant la courbure du rebord frontal, — mandibules à crochets longs.
M. à palpes bruns, M. fuscipalpus, Wider, Allemagne.
M. rouge, M. rufus, VWider, Allemagne.
M. rufipalpe, M. rufipalpus, Allemagne.
M. campagnard, M. rurestris (1), Allemagne.
M. à palpes épais, M. crassipalpus, Kocb, Allemagne.
M. à deux points, M. bipunetalus, Eug. Simon, Belgique (Spa). M. phœpe, . phæpus, Bavière.
M. à sac, M. alutacius (2). Allemagne.
M. poilu, M. villosus (”), Allemagne.
M. à tète rouge, M. erythrocephalus (”), Bobème, Bavière.
(1) La liste des espèces est considérable, beaucoup des noms admis devront être effacés, car il est certain que des espèces s’y trouvent plusieurs fois sous des noms différents; j'ai marqué de ce signe (*) celles dont la synony mie est la plus douteuse.
(2) La Belgique, comme les contrées du Nord en général, nourrit un grand nombre de mieryphantes. L'espèce que j'y ai rencontrée le plus souvent a le corselet et l'abdomen noirs, les pattes d’un rouge foncé, la tête plus élevée dans le mâle que dans la femelle, sans pour cela être tuberculeuse; cette espèce, que j'ai trouvée sous presque toutes les pierres, avec son petit cocon rose, me semble être ou le æicryphantus rubripes ou le snicrassipalpus décrits et figurés par Koch. Dans le nombre des individus que j'ai recueillis, il se trouve une femelle dont les deux yeux supérieurs sont plus rapprochés sur la ligne médiane, et qui porte de plus deux points blancs au-dessus des opercules branchiaux, N'ayant rien trouvé de pareil ni dans les descriptions de Koch ni dans celles de Wider, je lui ai donné le nom de bipunctatus, pensant qu’elle n’avait pas encore été décrite. Il est également à noter que le ». tessellatus, qui n’est que l'argus graminicole de Walckenaer, y est fort commun, comme dans
pe LT Dee | A
MICRYPHANTE. 195
M. marqueté, M. tessellatus, L Allemagne.
M. graminicole, il. graminicolis, Walck. (Rubrip), Europe.
M. à palpes petits, M. parvipalpus, (Ovatus)Wider, Allemagne. M. d’Albertine, M. Albertinæ, Walckenaer, France.
M. formivore, M. formivorus, Walckenaer, France.
M. égal, M. œqualis, Allemagne.
M. laminé, M. laminatus, Koch, Bavière.
M. panthérin, M. pantherinus, Allemagne.
M. à taches jaunes, M. flavomaculatus, Allemagne, M. isabelle, M. isabellinus (*), Allemagne.
M. épineux, M. histericus, Koch, Bavière.
M. à chevelure, M. comatus, VWider, Allemagne. M. allié, M. affinis (*), Wider, Allemagne.
M. longipalpe, M. longipalpus, Wider, Allemagne. M. à dent, M. denticulatus, Wider, Allemagne. M. terrestre, M. terrestris, Wider, Allemagne. M. bref, M. brevis, Wider, Allemagne.
M. quaterne, M. quaternus, Wider, Allemagne.
M. de Mathilde, M. Mathilde, Walckenaer, France.
M. olivacé. M. olivaceus, Wider, Allemagne.
M. dysdéroïde. M. dysderoüdes, Wider, Allemagne.
2° sous-genre. MELICERTUS (u£Atx, pique; xeoaç, Corne). — Les quatre yeux de la ligne antérieure gardent Fig. 80.
leur position, les latéraux de la se- 2 < | conde sont placés au sommet d’un tubercule large et obtus que porte le
conde sont plus élevés et plus rapprochés, les intermédiaires de la se-
corselet, dans le mâle. Ce tubercule peut être fendu par un sillon, sans rien changer à la disposition.
M. acuminé, M. acuminatus, VWider, Allemagne. M. élevé, M. elevatus, Wider, Allemagne.
M. bicuspidé, M. bicuspidalus, Allemagne.
M. bituberculé, M. bilubereulatus (), Wider, Allemagne. M. ocré, M. ochropus, Allemagne.
M. de gazon, M. cespilum, Allemagne.
M. à front sillonné, M. sulcifrons, Wider, - Allemagne. M. chélyter, M. chelyfer, Wider, Allemagne.
toutes les parties de l’Europe ; on trouve souvent dans l'herbe d’autres « micryphantes plus petits, qu’on pourrait facilement rapporter aux ovatus, rubripes et æqualis de Koch; mais toutes ces espèces ne me semblent être que les différents âges du {essellatus. J'ai trouvé plusieurs fois une espèce bien distincte, non par ses couleurs, mais par la forme de son corps qui ressemble à celle d’un théridion, c’est le #1. erythrocephalus. Je n'ai pris qu’une fois le camelinus, qui parait fort rare en Belgique.
M. bicorne, M. bicornis (”,, Allemagne.
M. parallèle, M. parallelus, Koch, Ratisbonne. M. petit, M. pusillus, Wider, Allemagne.
Voici les noms des micryphantes décrits par M. Blackwall sous le nom de Walskenaera, et qui ne me paraissent pas différer assez des sousgenres micryphante ct mélicerte pour en être séparés :
M. ponctné, M. purctatus, Blackwall, Angleterre. M. gonflé, M. lurgidus, Blackwall, Angleterre. M. noir, M. aler, Blackwall, Angleterre.
M. à deux fronts, M, bifrons, Blackwall, Angleterre. M. faible, M. parvus, Blackwall, Angleterre.
M. humble, M. humilis, Blackwall, Angleterre. M. mitré, M. apicalus, Blackwall, Angleterre. M. nain, M. pumilus, Blackwall, Angleterre.
M. couleur de poix, M. picinus, Blackwall, Angleterre. M. forestier, M. nemoralis, Blackwall, Angleterre.
3e sous-genre. PéLécorsis. E.S. (rfan£, casque ;"èWus, front). — Les Fig. Si. quatre yeux de la ligne antérieure gardent leur position, l’œil externe de la ligne supérieure est placé à côté du plus externe de l’antérieure, de manière à prolonger cette ligne en largeur; les deux supérieurs sont placés dans le mâle, sur un tubercule qui a la forme d’un petit casque.
P. inégal, P. inwqualis, Koch, Allemagne.
4° sous-genre. NERIENEUS, Blackwall (veut, corde, fil; evn, le soir). — Yeux et tubercule oculaire semblables à ceux des mélicertes, — corselet renflé à sa partie postérieure, et dont le renflement est divisé en deux par un sillon.
N. luisant, N. mundus, Blackwall, Angleterre. N. errant, .N. errane, Blackwall, Angleterre. N. routier, N. viarius, Blackwall, Angleterre. N. sombre, N. pullus, Blackwall, Angleterre.
N. grèle, N. gracilis, Blackwall, Angleterre. N. minime, N. minimus, Blackwall, Angleterre, N. anormal, N. abnormis, Blackwall, Angleterre. N. varié, N. variegalus, Blackwall, Angleterre. N. douteux, N. dubius, Blackwall, Angleterre. N. gibbeux, N. gibbosus, Blackwall, Angleterre. N. rugueux, N. tuberosus, Blackwall, Angleterre. Fig. 82. 9° sous-genre. Viperius, E. S. — Les quatre
yeux de la ligne antérieure sont normaux, les deux yeux latéraux de la ligne supérieure sont placés chacun à l'extrémité d’un long pédicule horizontal. Les deux yeux supérieurs ont la même position que chez les mélicertes,
MICRYPHANTE. 197 V. capuchonné, V. cucullatus, Koch, Allemagne. V. tibial, V. libialis, Koch, Allemagne.
6° sous-genre. ARRECERUS, E. S. (appnv, male; xeeac, corne). — II n'y a rien de régulier dans le placement des yeux du Fig. 83.
mäle, le corselet présente en avant une longue
pointe, à l'extrémité de laquelle se trouvent les deux
yeux intermédiaires de la ligne supérieure; un peu
au-dessous et de chaque côté, les latéraux de Ja
même ligne; ceux de la ligne antérieure sont placés ) à la base de cette corne, au-dessus l’un de l’autre et
écartés entre eux.
A. camélin, A. camelinus, Koch, Europe centrale. A. monoceros, À. monoCeros, Wider, Allemagne.
Rien n’est plus difficile que de déterminer cette foule innombrable de petites araignées, et surtout d'établir la synonymie de toutes celles dont les descriptions sont disséminées dans un grand nombre ke mémoires français, . anglais et allemands.
Walckenaer, dans sa grande division des argus, avait réuni non-seulement les micryphantes dont je viens de donner la liste, mais encore toutes les petites araignées brillantes qu'il trouva, comme les érygones, les petits théridions, les petites linyphies et agélènes, etc.; mais ce genre, uniquement caractérisé par la taille minime de ses espèces, n'était pas naturel; plusieurs habiles arachnophiles Pont compris, et MM. Koch et Blackwall en particulier, se sont occupés d'établir une classification, qui, malheureusement aujourd'hui, est encore incomplète. M. Koch, réduisant cette division à sa juste valeur, a réuni dans un genre qu’il a appelé micryphante, c'est-àdire petit insecte brillant, les espèces que je viens de citer, et dont M. Blackwall a depuis fait deux genres :les Walckenaera et les Nerienea. Ce genre se caractérise par l'inégalité de ses yeux et les tubercules qui ordinairement chez le mâle seul, et quelquefois dans les deux
sexes, les supportent, par le creusement de ses mächoires et la finesse de ses pattes.
Ce sont des araignées longues d’un millimètre, dont le corps, dépourvu de poils, est d’un noir brillant comme s’il était verni, et dont les pattes très-fines et très-délicates sont jaunes et luisantes.
Les mœurs de toutes les espèces étant les mêmes, ne peuvent être traitées séparément ; je me contenterai de donner quelques généralités sur le genre.
Les habitudes de ces araignées naines sont errantes ; elles courent avec agilité à terre ou sur le tronc des arbres, saisissent avec beaucoup de force les pucerons ou les petits coléoptères qui se rencontrent sur leur passage ; quelques-unes tendent de longs fils, d’une ténuité telle, que plusieurs observateurs ont avancé que plusieurs millions de ces fils réunis n’égalent pas en épaisseur le diamètre d’un cheveu ordinaire; d'autres filent de petites toiles, dont elles sortent souvent pour chasser, ou se contentent de s’emparer des toiles abandonnées par des araignées d’autres genres, telles que celles de très-jeunes linyphies, de dictynes, etc.
Au premier abord, on pourrait prendre ces araignées pour des fourmis, car leur démarche et leur couleur ont beaucoup d’analogie avec celles de ces hyménoptères. Mais il est inutile de dire que jamais les micryphantes ne vivent en société; au contraire, quand deux individus d’un même sexe se rencontrent, ils ne manquent pas de se déchirer à coups de mandibules, et le vainqueur dévore le vaincu sur place.
C'est chez ces petites araignées que le palpe du mâle acquiert son maximum de développement et de complication.
MICRYPHANTE: 199
Les micryphantes font toujours plusieurs pontes successives et construisent plusieurs cocons ; ils les déposent généralement sur la surface inférieure des grosses pierres. Ces cocons, dont la grosseur est proportionnée à celle de l’araignée qui les pond, ont l’aspect de ceux des théridions ; le tissu en est cependant plus blanc et parait plus moelleux.
ESPÈCES PRINCIPALES
Micryphante formivore. — M. graminicole. — M. terrestre. — M. biluberculé. — M. camélin.
Plus de trente espèces habitent nos environs, elles sont toutes semblables pour la couleur et la forme. Je n’en citerai que quelques-unes. Celle qui a été le plus étudiée est le micryphante formivore. Walckenaer dit de cette espèce : «Elle contrefait la morte quand on veut la prendre; elle file sous les pierres, dans les bois, une toile irrégulière assez grande pour sa grosseur; elle est l'ennemie des fourmis, dont elle fait un grand carnage; ses œufs sont enveloppés dans un cocon entièrement sphérique, qu’elle compose d’une soie lâche et peu serrée. Elle entoure son cocon d’une autre bourre de soie plus lâche, dans laquelle elle enveloppe des nymphes et des chrysalides de fourmis qui servent de nourriture à sa postérité, lorsqu'elle vient d'éclore. Presque toujours elle fait deux pontes et fabrique deux cocons. Elle est lente dans ses mouvements et se laisse prendre facilement; lorsqu'elle est sur son cocon, elle ne bouge pas : celuici contient une trentaine d'œufs. »
Les micryphantes terrestre et graminicole ont des yeux sessiles, et forment de petites toiles en nappe.
| à 200 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES.
Parmi les espèces dont les yeux sont pédiculés dans le mâle, et sessiles dans la femelle, on doit citer le micryphante bituberculé. Enfin le micryphante camelin, et rig. sa Quelques autres n’ont qu'un seul tubercule aussi Je long que le corselet, qui a la forme d’un phare
ou d'une corne, à l’extrêmité de laquelle sont juchés les huit yeux.
Cette singulière espèce parait étrangère à la France : Wider et Koch sont les seuls aranéologues qui l’aient trouvée en Allemagne : je l'ai prise cette année aux environs de Spa.
r La 39° GENRE. TEGENAIRE, Tegenaria. Walckenaer.
(rsyn, toit; «po, élever.) Synonymie : Tegenaria et Philoica, Koch.
Yeux, au nombre de huit, occupant tout le devant du corselet, disposés sur deux lignes de quatre Fig. 85.
yeux chacune, faiblement courbées en avant.
Lèvre, grande, échancrée à son extrémité, aussi large que haute, presque carrée ou un peu amincie vers son extrémité (fig. 3).
Pattes-mâchoires, à coxopodites très-grands, droits, allongés, arrondis à leur base, un peu élargis à Fig. 86. leur extrémité, anguleux au côté interne 2 et arrondis au côté externe; à organe AD).
copulateur ou digital du mâle peu renflé, renfermant un conjoncteur unique et épais, plissé à sa base, effilé à son extrémité, enveloppé d’une petite
membrane qui vient former une sorte de lèvre sur les bords de la cupule.
Corselet, grand, en forme de cœur, élargi et arrondi en arrière, plus étroit et coupé carrément en avant.
Abdomen, ovale, globuleux, plus long que le corselet.
Pattes, fines et allongées, la première ou la quatrième est toujours la plus longue, la troisième paire toujours la plus courte.
Couleur, obscure, brun ou gris foncé ; corps très-velu.
Taille, grande et forte, dépassant 2 centimètres.
Patrie, quoique peu nombreux, ce genre a des représentants dans les cinq parties du monde.
Habiludes, aranéides sédentaires, filant dans les lieux obscurs de grandes toiles en forme de nappe, dont le tissu est serré, et qui se terminent par un tube de soie, où elles se tiennent immobiles. Cocon globuleux, protégé par la mère avec une industrie admirable,
202 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES, J Fig. 87.
1 sous-genre. TEGENARIA, Walckenaer. — Yeux s * des deux lignes également espacés, toutes deux légè- 9 rement courbées en avant. — Aranéides ne sortant jamais de leur immense toile nappiforme.
T. domestique, T. domeslica, Linné, cosmopolite. Te var. pelrensis, Koch, Allemagne.
T. de Guyon, T. Guyonii, Guérin, Algérie, T. arboricole, T. arboricolis, Abbot, Géorgie américaine. T. veloutée, T. murina, Walckenaer, France, Allemagne. TS var. saxalilis, Koch, Allemagne.
T. longipède, T. longipes, Fuess], Italie, T. villageoise, T. pagana, Koch, Grèce, Morée. T. des étables, T. slabularia, Koch, Grèce.
» À T. agrestis, Walckenaer, | ELREreSe, T. campestris, Koch, }'Furape, T. forestière, TT. nemorensis, Walck{Abbot), Géorgie. T. africaine, T. africana, Lucas, Algérie.
T. longipalpe, T. longipalpis, Lucas, Algérie. 2° sous genre. Pniroica, Koch (#£fhoc, qui aime; Fix, 88, utxos, maison). — Yeux de la ligne antérieure rappro- à chés entre eux; ceux de la supérieure beaucoup plus 0-0 écartés; les deux lignes parfaitement droites. — Ara- ; néides sortant souvent de leur toile, qui est légère et de peu d’étendue. F P. civile, P. civilis, Walckenaer, France.
P. campestre, P. campestris, Walckenaer, France. P. noirâtre, P. atrica, Koch, Grèce.
P. notée, L. notata, Wid.(clubiona), Allemagne. P. étrangère, L. advena, Koch, Italie.
P. privée, L. cicurea, Koch, Allemagne.
P. linotine (1), L. linotina, Koch, Grèce.
(1) Comme on vient de le voir, la subdivision du genre tégénaire diffère beaucoup de celle établie par Walckenaer; en effet, cet aranéologue s’était servi, pour caractériser ses familles, de la longueur relative de la première et de la quatrième paire de pattes, mais ce caractère est fort peu sensible, et se modifie même quand les individus sont très-vieux. J'ai suivi les indications de Koch pour faire une classilication nouvelle, qui a le triple avantage d’être fondée sur un caractère réellement anato-. mique, d’être en rapport avec les mœurs, et de permettre de distinguer les espèces avec certitude. C’est ainsi que si Walckenaer eût soigneusement examiné les yeux des fegenaria campestris et civilis, il eût reconnu que la première a les yeux des deux lignes fort rapprochés, ne doit vivre que dans son tube, et ne recevoir la lumière que de face; que la se”
- conde a ceux de la ligne supérieure beaucoup plus écartés, et doit par
Espèces exotiques encore non classées.
T. sénégalienne, T. seneyalensis, Sénégal.
T. australienne, T. australiensis, Quoy et Gaymard. Nouvelle-Zélande. T. insulaire, T. insularia, Cuba.
T. resserrée, T. coarctata, Léon Dufour. Espagne.
Peu de genres sont aussi nettement circonscrits et aussi bien caractérisés que celui-ci; cependant aucun n'a été plus différemment classé par chaque auteur. Walckenaer, le premier, forma le genre tégénaire pour l’araignée domestique de Linnée et quelques espèces voisines; il le plaça d’abord à côté des clubiones, des ségestries, des sparasses; ensuite entre les latrodectes et les pholques. M. Koch le considéra d’abord comme un dérivé du type drasse, mais pensa plus tard qu'il devait appartenir à une petite famille particulière dont l’agélène serait le type.
Je considère la tégénaire comme n’étant ni une drassiforme, ni un type à part; mais bien comme réunissant tous les caractères et les particularités propres à la famille qui nous occupe; ses mâchoires droites, sa toile fine et serrée, son cocon léger et transparent, ses mœurs sédentaires, ses mouvements brusques, la rapprochent singulièrement des linyphies; cependant la tégénaire à
conséquent chasser souvent hors de sa toile. Les {egenaria pagana, stabularia et cicurea, si habilement décrites par Koch, et que Walckenaer ne pensait être que des variétés de la murina, sont certainement distinctes et ne se rapprochent de cette espèce que par le dessin de leur abdomen. Leur habitat éloigné de celui de la murina en est la preuve ; l'examen de leurs yeux prouve de plus qu’elles n’appartiennent pas toutes au même sous-genre. Quant aux fegenaria petrensis et saxatilis, je crois avec Walckenaer que ce ne sont que des variétés, la première de la domestica, la seconde de la murina. En effet, aucune particularité anatomique spé- Seite n’est propre à ces prétendues espèces. Néanmoins, ceci est encore outeux.
quelque chose dans la disposition de ses veux et la forme de son corselet qui lui est propre, ou du moins quine se retrouve que dans quelques petites araignées microscopiques qui le suivent,
ESPÈCES PRINCIPALES
Tégénaire domestique. — T. champêtre. —T. agreste. — T. civile.
La tégénaire domestique, type de ce genre, est la plus grande araignée des environs de Paris; sa taille atteint parfois, mais rarement, 1 centimètre 1/2 ou 2 centimètres de long; sa couleur est grise et obscure, mais présente sur l'abdomen une bande rose bordée de taches jaunes; cette coloration n’est bien visible que chez les jeunes individus, où elle n’est pas sans élégance; mais elle se ternit à mesure que la tégénaire vieïllit, et
elle finit par disparaitre.
Cette araignée doit nous intéresser d’une ménièré toute particulière, puisque c’est elle qui vit dans la demeure de l’homme, qui recherche sa société, qui est la plus commune partout, et par cela même la mieux connue de tout le monde.
La toile qu’elle construit dans les angles ou dans les intervalles des murailles, est grande, horizontale, d'un tissu fin mais serré, qui Vu au micoscrope paraît COmposé d’une quantité de fils argentés qui se croisent dans tous les sens. Cette toile est relevée sur les bords, enfoncée dans le milieu, soutenue en dessus et garnie aussi en dessous de longs fils isolés; ce qui la fait ressembler à un hamac qui serait suspendu et garanti du balancement par un grand nombre de cordes en haut et en bas: