‹ Histoire naturelle des araignées (aranéides)Chapitre 52 sur 211 · C. rose, C. rosea, Abbot, Géorgie · texte numérisé non relu

C. rose, C. rosea, Abbot, Géorgie

Le genre claste, qui est placé en tête de la nombreuse série des aranéides latérigrades , s’éloigne, en effet, fortement de leur genre type (thomise). Dans les espèces qu’il renferme, les yeux sont inégaux et placés sur deux lignes courbes; les mâchoires sont droites et d’une grande longueur. La forme générale de leur corps, leur corselet court , leur abdomen ellipsoïde, leur donnent de nombreux rapports avec les philodrômes qui vont suivre, et aussi avec les oxyopes que nous avons déjà étudiées. Leurs mandibules ont cela de particulier, qu’au lieu d’être verticales et cunéiformes, comme dans la plupart des latérigrades, elles s’allongent et prennent une direction presque horizontale.

Les pattes des clastes sont faiblement inégales; la première, puis la quatrième paire sont les plus longues.

ESPÈCES PRINCIPALES

Claste de Freycinet. — C. d'Abbot.

La claste de Freycinet est une jolie araignée, dont la taille est assez grande, dont la couleur est fauve avec des taches rouges : elle habite l'archipel malais, la Nouvelle-Guinée, et, en particulier, l’île de Guam.

La claste d'Abbot, quoique aussi rare, a été observée par le voyageur Abbot, dont elle porte le nom; cet arachnologue donne sur ses mœurs les quelques lignes suivantes :

CLASTE. 395

« Gette araignée ne fait pas de toile, mais tend des « fils, épie et chasse après sa proie, et se cache dans « les feuilles et les fleurs de différentes plantes. » On voit par ces quelques mots que les clastes appartiennent sûrement à la famille des latérigrades, et que leurs mœurs les rapprochent des thomises, type de cette grande division.

Le fond de la couleur de cette espèce est vert, mais les taches du dos sont rouges.

Abbot, qui a également découvert les clastes ‘verte et rose, a trouvé leur cocon ; celui de la claste verte est brun, et a la forme d’un pain de sucre, mais présente un cône moins allongé et moins pointu ; celui de la claste rose est brun foncé et a la forme, dit-il, d’un bloc de chapeau. Ce cocon est multiple, c'est-à-dire, formé de plusieurs masses d'œufs séparées et distinctes.

77° GENRE. SPARASSE, Sparassa. Walckenaer.

(srapassw, déchirer.)

Synonymie . Micrommate, Dugès, Dufour (ptxpd<, petit; duuara, yeux).

Yeux, huit, très-apparents, presque égaux, sur deux rangs, l'antérieur plus court, formant une ligne courbée en avant, le postérieur composé de quatre yeux placés sur une ligne transverse.

Lèvre, fort courte, large, semi-ovalaire ou ellipsoïde.

Patles-mâchoires, à coxopodites écartés, droits, Fig. 158. à extrémité arrondie, à côtés parallèles ; dernier article du mâle large et ovale, à conjoncteur roulé en spirale, canaliculé et tranchant sur les bords.

Mandibules, verticales, renflées.

Corselet, assez petit, élargi en arrière, élevé et étroit en avant.

Pattes, allongées, fortes, souvent étalées latéralement, peu inégales entre elles.

Couleurs, fraiches et claires, le plus souvent vert-émeraude et rose.

Taille, de 1 à 3 centimètres. - Patrie, presque toutes sont d'Europe.

Habitudes, aranéides coureuses, construisant de grandes coques sur les feuilles ou sous les pierres pour y déposer leurs œufs.

ESPÈCES

S. émeraude, S. smaragdula ? , rosea 6 , France.

S. ornée, S. ornafa, Europe.

S. d'argélas, S. argelasia, Léon Dufour, Europe méridionale. S, de Walckenaer, S. Walckenaerii, Savigny, Egypte.

S. punctipède, S. punctipes, Nicolet, Chili.

S. de Desjardin, S. Dcsjardinii, Nicolet, Chili.

S. de Fontaine, S. Fontanii, Nicolet, Chili.

SPARASSE. 397

S. ligurienne, S. ligurina, Koch, Grèce.

S. brésilienne, S. brasiliensis, Nicolet, Chilr. e S. brune, S. fusca,

S. à jambes épineuses, S. spinica, L. Dufour, Espagne.

S. vêtue, S. vestila,

S. des Moluques, S. moluccana, Lucas, iles Moluques.

S. ammanite, S. ammanila, L. Dufour, Cochinchine.

Les sparasses sont, pour la plupart, de belles aranéides, moins franchement latérigrades que les olios et que les autres genres qui composent avec elles la tribu des philodrômiens. La femelle se rapproche singulièrement des drassiformes, surtout des anyphænes, par sa forme et par la configuration de ses mâchoires ; mais la direction de ses appendices , la disposition de ses yeux et aussi la forme des pattes et du palpe chez le mâle, montrent que Walckenaer ne s’était pas trompé en classant ce genre parmi les latérigrades. |

Le seul caractère que les sparasses aient en propre et qui servira toujours à les distinguer, est l'extrême réduction de la pièce antérieure du sternum qui a la forme d'un petit croissant.

Toutes vivent au milieu des jardins, errant de côté et d'autre ; leurs couleurs claires indiquent qu'elles sont destinées à chasser en plein jour. Au moment de la ponte, elles deviennent plus sédentaires et filent comme les dolomèdes une vaste coque de soie, pour y déposer leur cocon.

ESPÈCES PRINCIPALES

Sparasse émeraude. — S. ornée. — $S. d'Argélas.

La Sparasse émeraude est une des plus belles aranéides de France : comme son nom l'indique, sa couleur est du

É à 398 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES.

vert tendre le plus beau, relevé, chez le mâle, par une barfde couleur de pourpre qui s'étend sur le dessus de l'abdomen. Gette espèce, qui n’est pas commune, recherche les grandes forêts ; là, on la trouve par terre, courant avec rapidité après les insectes, et attaquant les plus vigoureux. Elle se mêle aux bandes de lycoses , et dévore celles de ces petites araignées qu'elle peut saisir à la course.

C’est dans la forêt de Saint-Germain , au mois de mai, que j'ai trouvé la sparasse émeraude mâle et femelle, très-adulte, en compagnie de dolomèdes admirables et de lycoses de toute espèce, On la rencontre aussi sur les gazons où elle se plaît à sauter d'herbe en herbe, attrapant ainsi les mouches et les insectes ailés, au moment où ils s'élèvent de terre.

Quand la femelle est près de pondre, elle abandonne sa vie vagabonde et errante, elle monte sur un arbuste ou sur un buisson ; là elle rapproche deux ou trois feuilles qu'elle roule avec art et qu'elle unit au moyen de ses fils, afin que, par leur réunion, elles concourent à former l'édifice, berceau de sa progéniture.

« J'ai trouvé une fois, dit Walckenaer, cette espèce, le °7 juin, dans l'allée couverte d'un bois, entre les feuilles qu’elle avait rapprochées. Elle venait probablement de pondre ses œufs, car ils étaient renfermés dans un sac globuleux, gros comme une petite noisette, formé d’une toile fine et transparente. Ils étaient plus gros que ceux de l’épéire diadème, non agglutinés entre eux, d’une couleur verte, couleur qu'ils gardent encore lorsqu'ils sont écrasés. » Gette ponte était tardive, car, le même jour, il vit plusieurs jeunes de la même espèce et assez gros.

SPARASSE. 399

Clerck a compté cent quarante œufs dans le cocon de la sparasse émeraude. Kummer dit qu'aux environs de Paris, elle fait deux pontes : une au printemps, l’autre en septembre.

Le mâle se distingue de la femelle par ses couleurs rouges, son abdomen plus petit et plus grêle, ses palpes extraordinairement renflés et à articulations armés d’éperons, et enfin pat ses pattes beaucoup plus longues. Il est plus rare que la femelle; il était anciennement regardé comme une espèce distincte que Fabricius appela araignée rose.

La sparasse ornée se distingue à ses couleurs rouges dans les deux sexes; cette belle espèce, fort rare, n’a encore été trouvée à Paris que par Walckenaer.

La sparasse d’'Argélas est une grande espèce de couleur brune que ses mœurs éloignent des deux précédentes, comme on va le voir par les détails que je vais emprunter à M. Dufour, qui l’a observée dans le royaume de Valence, où elle habite sur les montagnes les plus arides.

«Cette aranéide, dit-il, court avec vélocité, les pattes « étendues latéralement ; la conformation de ses pelotes « onguiculaires lui donne la faculté de s’accrocher sur «les surfaces les plus lisses, les plus verticales et d’y «circuler comme un trait dans toutes les directions. Elle «établit à la face antérieure des fragments de rochers, «une coque qui a beaucoup d’analogie, par sa contex- «ture, avec celle du clotho de Durand.

«Elle s’y loge pour se mettre à l’abri des rigueurs de «la saison et de ses ennemis, ou pour y pondre et «couver ses œufs. Cette coque est une tente ovale de «près de > pouces, appliquée contre la pièce à peu près

«comme les patelles marines. Son contour n'offre point «les échancrures de celui du clotho. Elle se compose : «1° d’une enveloppe extérieure, d’un taffetas jaunâtre «très-fin ; 2° d’un fourreau intérieur plus souple, plus « moelleux, ouvert aux deux bouts. C’est par ces ouver- «tures munies de soupapes, que cette araignée sort de «son appartement pour faire des excursions. Ce cocon «renferme environ soixante œufs.» *

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