‹ Histoire naturelle des balénoptèresChapitre 8 sur 20 · CES · texte numérisé non relu

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GENÉRALITES.

Au commencement du siècle, en creusant les bassins d'Anvers, les ouvriers terrassiers mirent au jour des rostres de Cétacés véritablement pétrifiés ; vers la même époque, sur les bords de la Méditerranée, on découvrit une tête légèrement mutilée, plus où moins fossile, avec un rostre solide; ne pouvant la rapporter, pas plus que les rostres d'Anvers, à un Cétacé vivant des collections, Cuvier proposa pour les désigner le nom de Ziphius.

Ce nom de Ziphius avait été employé, par quelques auteurs du moyen âge, pour un Dauphin qu'ils n'ont point clairement déterminé.

Les Ziphius, disait Cuvier, ne sont ni tout à fait des Baleines, ni tout à fait des Cachalots, ni tout à fait des Hvperoodons; ce sont, dit-1l, probablement des restes d’une nature détruite et dont nous chercherions en vain aujourd’hui les origines.

La Cétologie à fait bien des progrès depuis le jour où le orand naturaliste a écrit ces lignes, mais ses prévisions ont recu

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une éclatante confirmation : le genre Ziphius est devenu le type d’une famille dont quelques espèces, encore en vie, errent à l'aventure dans les divers Océans comme s'ils n'avaient plus de patrie. Ils sont originaires des régions chaudes, mais ils se rendent indifféremment vers le nord ou vers le sud, fréquentant le pôle arctique comme le pôle antarctique. On trouve, en effet, le Cachalot dans les eaux du Groenland et du Spitzherg comme dans celles de la Tasmanie et de la Nouvelle-Zélande.

Blainville qui avait également au plus haut degré le sentiment des aflinités, avait distingué de bonne heure les Cétacés, qui se groupent autour des Ziphius, sous le nom de Heteradontes.

Eschricht avait fort bien reconnu les aflinités des Ziphius avec les Hyperoodons et les Micropterons; il proposa de nommer les premiers Chænocetus, Entenwall, d’après un ancien nom danois. Ces travaux d'Eschricht ont donc à leur tour confirmé l’opinion de Cuvier 1. Le savant professeur de Copenhague réunit différentes espèces autour des Ziphius, et il propose de les désigner sous le nom de Rhynchoceti. I prend l'Hyperoodon pour type et fait remarquer que le régime de tous ces animaux est le même; tous se nourrissent de Céphalopodes.

En 1850, un Ziphius vint échouer sur la plage des Aresquiers, non loin de Frontignan. Paul Gervais profita de cette occasion pour montrer que le Ziphius cavirostris se trouvait encore parmi les espèces vivantes ; il proposa de réunir certains Cétacés, intermédiaires entre les Dauphins et les Cachalots, sous le nom de Ziphioïdes.

Duvernoy, qui avait à cette époque la direction des collections d'anatomie comparée du Muséum, fût chargé par l'Académie des sciences de faire un rapport sur le mémoire de Gervais; il passa en revue les nombreux squelettes conservés dans les galeries du

1 « Der Entenwall (Hyperoodon) und der Kleinflosser (Micropteron) stellem

sich uns deinnach als spärliche Ueberbleibsel eincr vorwellchen grossen Abtbeilung der Wallthiere dar, und warscheinlich stchen sie eben deswcgen jetzt so isolrrt da :, dit Escnricar.

Muséum et plaça le Cétacé de la plage des Aresquiers, non dans le genre Zîphius, comme Gervais l'avait fait, mais parmi les Hyperoodons; les Cétacés étaient partagés en cinq familles par Duvernoy etilréunissait, sous le nom de Hétérodontes, les genres vivants et fossiles que nous regardons comme Ziphioïdes. On né connait bien dans cette famille des Hétérodontes, ajoute Duvernoy, que les espèces du genre Hyperoodon 1.

Le professeur Flower s'exprime, comme Cuvier et Eschricht, au sujet de l'ancienneté des Ziphioïdes : la rareté de ces Cétacés à l’époque actuelle contraste singulièrement avec leur abondance à l’époque de la formation du crag, et fait croire, ajoute le savant Directeur du British Museum, que les Ziphioïdes actuels ne sont que des survivants d'anciennes familles ?,

Dans la liste des Cétacés du British Museum, publiée en 1885, M. Flower admet, à côté de la famille des Balénides, une famille de Cachalots dans le sous-ordre des Cétodontes et réunit dans une sous-famille les Ziphiinæ, les Hyperoodon, les Ziphius, les Mesoplodon et les Berardius.

Nous ne comprenons pas les motifs de cette séparation des Cachalots; ces Cétacés partagent, avec les autres Ziphioides, les mêmes caractères et le même genre de vie. La taille seule diffère.

Nous avons depuis longtemps exprimé Pavis qu'il n’y a pas de raisons de séparer les Cachalots des véritables Ziphioïdes, bien qu’ils aient de nombreuses dents au maxillaire inférieur.

Les Cétacés forment à notre avis trois familles distinctes parfaitement caractérisées, par toute leur organisation, et spécialement par leur squelette, par leur genre de vie, comme par leur répartition géographique.

! Ann. scienc. nalur., o' série, t, IV, 1851.

? «This comparative rarity at the present epoch contrasts greatly with what once obtained on the. earth, especially in the period of the deposition of the Crag formations, and leads to the belief, that the existing Ziph'o'ds are ihe survivors of an ancient family... » W. H. FLower, On the recent Ziphioid Wales, Trans. Zoo. Soc. or Loxpox, vol. VIII, 1871.

Chez les Ziphioïdes, les os de la face s'allongent pour former un véritable rostre; les yeux sont placés fort en arrière; la fente buccale est petite; les narines s'ouvrent à gauche et forment un croissant dont la convexité est en avant; la tête est peu symétrique, surtout les os qui encadrent les fosses nasales : le crâne s'élève parfois tout droit et surplombe souvent audessus des orifices des narines.

En général, les os lacrymaux ! et mastoidiens sont séparés; les mandibules sont toujours symphisées sur une grande longueur.

Il y a souvent. quelques dents rudimentaires non alvéolées à l’une ou à l’autre mâchoire; dans le Cachalot elles sont cachées sous la peau au palais et complètement déformées.

À la mâchoire inférieure elles sont alvéolées et varient quant à leur nombre, quant à la place qu'elles occupent et enfin quant à leur forme.

Les os de l'oreille ont des caractères communs à toutes les espèces de cette famille : les Baleines, les Balénoptères et les Mégaptères ont l’apophyse qui les attache au crâne insérée sur le rocher; les Ziphioïdes ont cette apophyse insérée sur la caisse tympanique même; les Cétodontes n’ont pas cette apophyse développée. Chez ces derniers, la caisse ne tient au crâne que par les parties molles.

Le corps de los hyoïde ainsi que les cornes sont très larges.

Les vertèbres sont allongées et peu nombreuses (45 à 50); les nageoires pectorales, fort petites, sont en disproportion avec la taille de l'animal; les doigts sont au nombre de cinq; les côtes s’articulent au sternum par des cartilages, comme le professeur Flower la fait observer en premier lieu chez les Cachalots, les Hyperoodons, les Ziphius et les Berardius.

Les dernières côtes sont seulement insérées sur les apophyses transverses, comme dans tous les Cétacés.

Entre l'estomac et l'intestin, il y a une suite de six compartiments.

? Is n'existent pas séparément dans les Cachalots.

Le tube digestif présente une muqueuse, diversement alvéolée selon les genres, et une portion de l'intestin suflit pour distinguer l’espèce dont il provient. Le cœcum manque.

Plusieurs Ziphioïdes présentent des différences sexuelles très grandes : les Cachalots diffèrent entre eux surtout par la taille, les Hyperoodons par la conformation de la tête, les Micropterons et les Ziphius, par la dimension des dents.

Jusqu'ici on ne connait guère le spermaceti que dans les Cachalots ; nous avons tout lieu de croire que tous les Ziphioïdes en produisent ; nous en avons reconnu depuis longtemps dans les Hyperoodons, et nous venons d'apprendre qu’un mâle de Berardius, capturé en 1862 dans le port de Porirua (Porirua harbour), d'une longueur de 27 pieds, a produit, outre 210 gallons de fine sperm oil, une quantité considérable de spermaceti logée dans la partie supérieure de la tête.

La famille des Ziphioïdes se distingue non moins bien par le régime: depuis longtemps Eschricht a fait la remarque que ces Cétacés poursuivent surtout les Céphalopodes, et il a proposé de les appeler Theutophages, de Theutis, Calmar. On trouve, eu effet, toujours des becs et des cristallins de ces Mollusques dans leur estomac.

Vrolik a trouvé jusqu’à dix mille becs dans lestomac d’un Hyperoodon 1. Jul. v. Haast a ouvert l'estomac d’un Berardius qui contenait un demi bushel de becs cornés d’Octopus, tous de la même grandeur 2.

Parmi les caractères propres aux Ziphioïdes, on peut encore citer les sillons qu'ils montrent sous la gorge et qui correspondent avec la longue symphyse de leur mandibule,

Blainville avait déjà observé chez le Micropteron, et Haalland chez l’'Hyperoodon, deux paires de sillons sous la gorge entre les deux maxillaires.

Plusieurs Ziphioïdes gémissent ou beuglent quand ils sont échoués sur la plage : la femelle de Micropteron qui est venue

? VROLIK, loc. cit. 2 V. Haasr, Ann. 4. Mag nal. hist. Octobre 1870.

à la côte à Ostende, poussait de véritables gémissements. L'Hyperoodon qui a péri sur la côte en Bretagne, à Hillion, en 1880, beuglait de manière à effrayer la nuit les habitants à une grande distance 1. Le Ziphioïde dont Jul. Haast a parlé dans une notice, reproduite par M. Flower, et qui se rapporte sans doute à un Berardius, beuglait par moments comme un taureau (bellow like a bull). |

Ces animaux vivent généralement par schools composées surtout de femelles. Les Cachalots capturés isolément ou échoués sont généralement du sexe mâle.

Les Ziphioïdes vivent surtout dans les mers profondes des régions équatoriales, où ils rencontrent en abondance les Céphalopodes. On compte que ces Mollusques figurent dans ces eaux pour 65 pour cent; dans les régions tempérées, ils ne sont qu’à. 30 pour cent, et dans les régions froides, on n'en compte plus que 6 pour 100. Ces Mollusques, à l'exception des poulpes, vivent toujours au large. La différence de conformation du corps indique bien l'animal pélagique et lPanimal côtier.

Les Ziphioïdes qui ont été signalés dans les mers d'Europe sont : le Cachalot, l'Hyperoodon, le Ziphius cavirostris, le Micropteron de Sowerby. On ne connaît qu’un seul individu de l'espèce qu'on à nommée Micropteron europæus.

Les Kogia que l’on a signalés d’abord au cap de Bonne-Espérance, puis en Australie, ont été trouvés dans ces derniers temps dans la mer des Indes, au Japon, et dans l'Atlantique sur la côte de New Jersey et à l’est des Florides.

Les Berardius signalés d’abord à la Nouvelle-Zélande, puis au nord du Pacifique, ne sont représentés en Europe qu’à l'état fossile.

À en juger par les ossements de Cétacés que Stejneger a rapportés du nord du Pacifique, surtout de l'Ile de Behring, les Cétacés Ziphioïdes ne doivent pas être rares non plus dans ces parages ; le courageux voyageur que nous venons de citer,

& Bulletins, 2: sér., & XLIX, 1580.

a rapporté, au Musée de Cambridge, des restes de Berardius, de Ziphius et de Micropteron.

Nous ferons remarquer aussi que parmi les descendants des Ziphioides, autrefois si abondants à la fin de l'époque tertiaire, dans FAncien comme dans le Nouveau Monde, plusieurs semblent s'être réfugiés particulièrement dans les eaux de nos antipodes.

11 semble y avoir un contraste entre les Cétacés vivants des régions chaudes et des régions froides ; les premiers, habitant des régions équatoriales, sont généralement cosmopolites : le Cachalot visite le Groënland comme la Nouvelle-Zélande; le Ziphius que nous avons d’abord cru propre aux Indes est le même que celui que Cuvier avait cru fossile et qui visite encore la Méditerranée; le Micropteron de Sowerby, reconnu d’abord sur les côtes d'Angleterre et de Belgique, se retrouve également aux antipodes, tandis que les espèces véritablement polaires, comme la Baleine franche, le Narval et le Beluga, ne quittent jamais les glaces. On dirait que ces derniers ont fait leur apparition après les autres et qu'ils hantent seuls les régions glacées des pôles.

Les Ziphioïdes sont généralement mal représentés dans les Musées, et il n'y a qu'un petit nombre de bons dessins des animaux et de leurs squelettes.

Les Ziphioïides n’ont pas été assez souvent étudiés en chair, dans des conditions favorables, pour connaître leurs commensaux et leurs parasites.

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