‹ Histoire naturelle des cétacés des mers d'EuropeChapitre 4 sur 51 · HAS · texte numérisé non relu

HAS

J. B. Holder figure la tête avec les fanons, pendant en dehors de la mandibule, et il donne un dessin de l’animal complet vu de profil et d'en haut, de la tête avec la bouche ouverte vue de face, du squelette complet et de la région cervicale séparée.

M. Holder cite un passage de John Smith, extrait des Annals of Salem (Mass.\, d’après lequel la pêche de la Baleine sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, c’est-à-dire la capture le Iong des côtes, serait antérieure à 1614; que vers 1660 les baleiniers ont commencé à se rendre dans les eaux profondes et que ce n’est qu'en 1700 que l’on a poursuivi jusqu’au nord la pêche de la Baleine franche.

M. Guldberg, conservateur au Musée zootomique de Christiania, a communiqué une Notice, publiée dans le Bulletin de l’Académie royale de Belgique (1884), sur la présence, aux temps anciens et modernes, de la Baleine de Biscaye sur les côtes de Norwège. A l’ouest du Cap Nord, il a recueilli, au milieu de plusieurs ossements, un humérus semblable à celui que nous avons trouvé au Musée de la Rochelle et dont nous avons fait mention dans le même Bulletin. M. Guldberg a reconnu des noms hollandais, qui sont conservés sur différentes côtes du nord de Finmarken, depuis l’époque de la pêche du Nord-Caper dans ces parages.

Les naturalistes qui s'occupent de l’histoire des Cétacés ne seront pas peu étonnés d'apprendre que la Baleine des Basques, autrefois si commune sur les côtes d’Espagne, est loin d’être aussi près d'être exterminée qu’on le supposait; le professeur Mariano de la Paz Graells a exploré la côte, depuis le département maritime de Ferrol jusqu’à la frontière française et il fait remarquer qu’en 1869 on en a vu encore à la fin du mois d'avril dans les eaux de Biarritz.

Dans une lettre que je viens de recevoir, mon savant confrère de Madrid m'informe que ces Baleines visitent encore régulièrement les rades et les estuaires de ces parages ; qu'en 1884 un de ces géants est entré dans le port de Saint- Sébastien, jetant l’épouvante dans l'âme des baigneurs, et

qu'après une courte visite le monstre a pris paisiblement le large et a disparu.

Pendant une exploration océanique de ce même département en 14882, à bord d’un vapeur de l’État, notre savant confrère a rencontré fréquemment ces Cétacés. Ce ne sont pas les Baleines qui manquent, dit M. de la Paz Graells, ce sont les pêcheurs qui ont signé une paix inexplicable avec ces géants de la mer.

L'année dernière, une tentative a été faite par les pêcheurs de Zarauz pour relever cette antique industrie : ils ont essayé de harponner celles qui viennent à la côte, mais ils n’ont, paraît-il, ni le courage ni l'adresse de leurs fameux ancêtres.

M. Mariano de la Paz Graells fait aussi mention dans sa lettre d’un de ces Cétacés qui est venu échouer vers 1880 à la Via d Vigo, à l'endroit qu’on appelle Son. Les pêcheurs s’en sont emparés et, après en avoir utilisé l'huile et les fanons, ils l'ont vendu à l’Université de Santiago pour le squelette qui est complet: notre savant confrère l’a examiné en place au Jardin botanique de l'Université de Galice.

SYNONYMIE

La Balæna biscayensis d'Eschricht c’est le Sletbag (Baleine à dos lisse) des anciens baleiniers islandais, le Nord-Caper des baleimiers hollandais, la Sarde des baleiniers français (Du Hamel). Nous ne croyons pas que les baleiniers anglais aient donné un autre nom que celui de Blackwhale, sous lequel ils désignent encore aujourd’hui diverses espèces.

C'est le même animal auquel le professeur Cope de Philadelphie a donné le nom de Balæna cisarctica et le professeur Capellini celui de Baleine de Tarente, Balæna tarentina {Balæna Van Benediana). La Balæna Svedenborgii aussi est synonyme de cette espèce {.

1 LiLLyEBORG, On two Subfossil Whales, discovered in Sweden. Upsala,

Le mot Nord-Caper a été introduit dans la science à une époque où les espèces étaient fort mal connues et ce nom a donné lieu aux confusions les plus singulières. Nous pouvons dire aujourd’hui que le Nord-Caper est la Baleine du Gulfstream comme le Mysticetus est la Baleine des glaces polaires.

CARACTÈRES

La Baleine des Basques est plus petite que la Baleine franche : la tête est proportionnellement moins volumineuse ; ses fanons sont plus courts et leur surface est moins lisse, ce qui leur te de leur valeur commerciale. La peau de la tête surtout se couvre de Cirripèdes {Coronula), ce qui n’a jamais lieu pour la Baleine franche.

On trouve des caractères distinctifs dans chaque os du squelette et particulièrement dans la caisse du tympan. Il y a

:56 vertèbres. Les côtes sont au nombre de 13, en général très épaisses, surtout à leur extrémité inférieure.

Cette Baleine des Basques est aussi plus farouche que la Baleine franche, pius difficile à capturer et fournit moins d'huile. La taille atteint une cinquantaine de pieds.

ORGANISATION

On peut consulter pour le squelette le mémoire du professeur Capellini, celui du professeur Gasco et la notice que vient de publier le docteur Holder sur le squelette conservé à Charleston. Nous ferons remarquer que dans la notice du docteur Holder le carpe, tel qu'il est figuré, est entièrement artificiel ; 11 y a évidemment des pièces qui ne lui appartiennent pas. On voit par les épiphyses que le squelette provient d’un jeune animal.

Dans l'Ostéographie des Cétacés, que nous avons publiée avec

la collaboration de feu notre ami Paul Gervais, qui s’est chargé des Ziphioïdes et des Delphinides, nous avons consacré plusieurs pages à l’histoire et à la description des os connus de cette espèce! et nous avons reproduit par le dessin quelques-uns de ceux qui lui sont attribués. Depuis lors nous connaissons le squelette de lindividu qui est venu se perdre dans la Méditerranée et les squelettes de ceux qui ont été capturés sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre.

Il existe aujourd’hui dans les Musées des États-Unis d’Amérique quatre squelettes de cette Baleine, et le docteur Holder les a comparés entre eux; il a trouvé le même nombre de côtes (quatorze) et de vertèbres ; en comparant les omoplates il a remarqué une légère différence dans la hauteur et la largeur, ce qui peut dépendre de l’âge et du sexe, comme le dit le professeur Flower. Dans la figure publiée par M. Holder les fanons sont placés de manière que l'extrémité inférieure se trouve en dehors des mandibules : c’est une erreur qui a été commise également à Paris quand on a monté le squelette de la Balænu antipodum dans la cour du Muséum.

Le professeur Cope a eu l’obligeance de nous envoyer de Philadelphie une caisse tympanique avec le rocher d’un animal adulte, et sur notre invitation le professeur Reinhardt la comparée à celle du squelette de Pampelune qui est à Copenhague. Quoique le premier os soit d’un animal adulte et le second d’un jeune animal, il n’est pas douteux, d’après le professeur Reinhardt lui-même, que ces os ne présentent entre eux d’autres différences que celles provenant de l’âge. Ce qui saute également aux yeux, c’est la grande différence qui sépare cette caisse tympanique de celle du Mysticetus et sa grande ressemblance au contraire avec la caisse des autres Baleines des régions tempérées.

Les os et les fanons du côté droit sont, paraît-il, sans exception plus larges que ceux du côté gauche (be Luca, Comptes rendus, 9 septembre 1878).

1 Ostéographie des Cétacés, p. 90, pl. VIT.

MOEURS

Les mœurs de ces animaux sont encore bien incomplètement connues. On ne possède que quelques renseignements sur Ja pâture et sur les rapports des sexes entre eux. Tous ceux qui ont eu l’occasion d'observer les deux sortes de Baleines s'accordent à dire que la Baleine du Sud, c’est-à-dire le Nord-Caper, est plus agile et plus dangereuse à capturer que celle du Nord, la Baleine franche.

L'espèce qui nous occupe ne se nourrit, comme toutes les vraies Baleines, que de mollusques de petite taille et de Crustacés de même dimension, qui se propagent par nuages en pleine mer 1.

Fréd. Cuvier reproduit en toutes lettres l'erreur commise par plusieurs naturalistes au commencement de ce siècle, d’après laquelle la Baleine appelée Sarde, c’est-à-dire le Nord-Caper, ne serait qu’une Balénoptère mal décrite. Cest en confondant la Baleine des Basques, le Nord-Caper, avec les Balénoptères, que l’on a pu croire le Nord-Caper ichthyophage.

Nous avons tout lieu de croire que les Baleines sont appariées pendant l’époque des amours. En effet, la plupart des captures faites sur les côtes d’Espagne consistent en deux individus, lun mâle et l’autre femelle, et souvent on trouve un baleineau avec la femelle. La même observation a été faite sur la Baleine franche, capturée au nord de la mer de Baffin. Nous nous sommes donné la peine d’annoter les sexes des individus capturés, jour par Jour dans le détroit de Barrow et le golfe de Boothia, et nous avons remarqué qu'après une

! Nous savons depuis peu que certaines Balénoptères, comme la Balænoptera Sibbaldii, se nourrissent exclusivement de Crustacés et, comme l'espèce qui forme sa pature ordinaire a fait défaut cette année (1885) sur les côtes de Finmarken, on n'a capturé qu'un très petit nombre d'individus de cette grande Balénoptère. Par contre, on a vu arriver en graud ombre une des deux petites espèces, la Balænoptera borealis.

femelle, qui est le plus souvent la première prise, on capturait généralement un mâle. Il en résulte que les Baleines vivent par couples et l’on n’ignore pas jusqu'où va ensuite l’amour mater nel de ces animaux : les baleiniers savent parfaitement que si l'on s'empare d’un Baleineau on prend pour ainsi dire sûrement la mère. Celle-ci ne connaît plus le danger du moment où son Baleineau se trouve en péril.

Il paraît que ces Cétacés à fanons ne sont pas plus muets que les Cétacés à dents. Ambroise Paré dit en parlant de la Baleine des Basques : « Quand elle crie on peut lentendre d’une lieue » 1.

DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

La Baleine des Basques est propre à l’Atlantique boréale et la limite qu’elle atteint au Nord était déjà connue en 890 dans le premier voyage au Cap Nord par Octher, puisqu'il y est dit que l’on a navigué encore trois jours au delà du point d’où les Baleines retournent.

Toutes les recherches faites depuis les travaux d’Eschricht ont confirmé les observations du savant cétologue de Copenhague, à savoir que la Baleine du Spitzherg est une espèce différente qui n’a été connue des naturalistes qu’au commencement du XVIE siècle. Cest un des principaux mérites de feu notre ami d’avoir soutenu, à l'encontre de Cuvier et de Scoresby, que la grande Baleine n'avait pas fui devant les pêcheurs pour aller se réfugier au milieu des glaces polaires et d'avoir fourni la preuve, avec son savant collègue le professeur Reinhardt, que cette espèce ne quitte jamais les eaux glacées.

Ces Baleines visitent encore aujourd’hui assez régulièrement les côtes des États-Unis d'Amérique.

On peut dire que la Baleine des Basques est la Baleine du Gulf-stream ; au nord elle se rend à travers l'Atlantique jusqu’à

! Histoire naturelle des Célarés, dans les suites à Buffon, p. 508.

l’île des Ours, à peu près au point où le courant polaire fait sentir ses effets, tandis que la Baleine franche, au contraire, ne quitte pas le courant polaire 1.

La Baleine des Basques ne quitte pas plus le Gulf-stream que la Baleine du Japon n’abandonne le courant noir (Kurosiwo) du nord du Pacitique, et toutes les deux se rendent du sud au nord jusqu’à la limite méridionale atteinte par la Baleine franche. La limite méridionale de lune est en effet la limite septentrionale de l’autre, au nord de l'Atlantique comme au nord du Pacifique.

Tout en vivant dans le voisinage l’une de Pautre, ces espèces ne se mélent pas plus au nord du Pacifique qu'au nord de l'Atlantique. C’est ainsi que les baleiniers hollandais, allant au Spitzhberg chasser la Baleine franche, rencontraient au Cap nord la petite espèce, le Nord-Caper, et les baleiniers américains, en poursuivant au nord du Pacifique la Baleine du Japon, y rencontrèrent l'espèce des régions polaires, c'est-àdire le Bowhead, qu'ils sont allés chasser ensuite dans le détroit de Bering, puis dans la mer Arctique. Le Bowhead est bien la Baleine franche répandue sur toute la calotte polaire et qui pénètre, soit dans la mer de Baflin, soit dans les eaux du Spitzberg, soit dans le détroit de Bering.

Si ces Baleines ne portaient déjà un nom, on pourrait, comme nous l'avons déjà dit, appeler la Baleine des Basques Baleine du Gulf-stream, la Baleine du Japon Baleine du courant noir et la Baleine franche la Baleine polaire. Ces animaux étaient très abondants et très confiants à l’époque où l’on a commenté à les poursuivre; la guerre sans trêve qu’on leur a faite en à partout diminué le nombre; dans plusieurs parages on les à même à peu près exterminés. Ce qu'il y a de remarquable, c'est

‘Au nord de Jean Mayen et de l’île des Ours l’eau est plus froide que le poiut de glace. Un voyageur qui se rendrait en janvier de Philadelphie au Cap nord de l’Europe se maintiendrait toujours sous la même latitude isothermale de 2 à 5 degrés. En allant directement au nord, dans la baie de Bafio, il trouverait sous le même parallèle une température moyenne de — 25 degrés. (Éisée Reczus, Nouvelle Géographie universelle., p. 15, vol. IV.)

que là où quelques individus se sont conservés, ils font encore leur apparition à la même époque de l’année et dans les mêmes conditions qu'autrefois. Cest ainsi que l’on en voit apparaître encore de temps en temps sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre depuis le cap Cod jusqu'aux îles Bermudes et, en Europe, dans le golfe de Gascogne depuis Biarritz jusqu’à la côte de Galice : ce sont des lieux de prédilection correspondant sans doute avec l’époque des amours et de la parturition.

Un fait qui paraît acquis aujourd'hui, c’est que la Baleine des Basques apparaît dans le golfe de Gascogne en hiver, mais ilne paraît pas aussi bien démontré qu’elle fasse son apparition en été sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. Des deux côtés de l'Atlantique il y a toutefois un endroit préféré. La saison du passage des Baleines sur les côtes de la Guienne et de Biarritz commence, disait l’auteur des Coutumes de la mer, après l’équinoxe de septembre et dure presque tout l'hiver.

Dans l'Atlantique australe vit également une Baleine qui ressemble beaucoup à la précédente et qui passe également d'un côté de lAtlantique à l’autre; elle porte le nom de Balæna australis. On sait que les Baleines ne passent pas la ligne, comme le font les Mégaptères et les Balénoptères.

En faisant le relevé des observations recueillies dans l’Atlantique méridionale sur l’époque de l’apparition de la Baleine australe, il paraît que ces voyages à travers l'Atlantique se font de la même manière, c’est-à-dire d'Afrique en Amérique et d'Amérique en Afrique, avec cette différence toutefois que, pendant que la Balæna biscayensis se dirige de l'est à l’ouest pour gagner Terre-Neuve, la Balæna australis va de l’ouest à l'est pour gagner le cap de Bonne-Espérance.

Il ne sera pas hors de propos de faire remarquer que certaines dénominations anciennes ne permettent point de douter que des Baleines visitaient autrefois régulièrement des parages qu’elles ont depuis longtemps à peu près abandonnés.

En Espagne on reconnaît encore aujourd’hui, sur différents

points du littoral, des restes de tours qui servaient autrefois de vigie, et des fours pour fondre le lard. Il n’y à pas moins de six villes sur les côtes d’Espagne, notamment Fontarabie, Guetaria, Matrico, dont les armoiries représentent des Baleines, et quelques-unes d’entre elles montrent mème le harpon et le câble. C’est bien un signe de l’ancienneté de cette industrie. À Lequeitio, province basque, la devise de la ville est une Baleine en pleine mer, harponnée…. et l'on conserve à la fabrique de l’église un registre qui indique le nombre des Baleines capturées depuis 1517 jusqu'à 1661. Il résulte de cette liste que les seules dates indiquées pour la capture sont aux mois de janvier et de février, que la plupart des captures consistent en deux individus, sans doute mâle et femelle, et que les femelles sont souvent accompagnées de leurs jeunes f.

Dans les Asturies il existe encore, à Llanes, des Casas de Ballenas, où l’on s’occupait surtout des affaires concernant les Baleines, et à Gijon 1l y a encore une rue appelée Whale-Lane.

Parmi les Sceaux des Flandres nous en trouvons un sous lequel on lit : Biarritz et sur lequel figure un Dauphin à la place d’une Baleine.

Le sceau de Fontarabie représente une barque montée par des pêcheurs qui harponnent une Baleine.

On trouve également encore des traces de cette pêche au nord de la Norwège. Hammerfest est située au fond d’une baie sur une île déserte appelée Kvalo, c’est-à-dire Ile de la Baleine. La crique de Rosekop (Norwège) était la Baie de la Baleine; les habitants conservent encore des os abandonnés sur la plage.

Léopold de Buch fait mention du cimetière de Hasnik (Laponie), qui était entouré d’une barrière formée d’ossements de Baleines.

Au nord-ouest du Spitzherg on connaît le Biscayers Hoek (coin des Basques). On parle également de la Baie des Franchois où pêchaient les Basques de Saint-Jean de Luz.

1 MarkHa, Proceedings of the Zoo'ogical Society of London, 1881, p. 971.

PÉCHE

On parle généralement de la pèche de la Baleine comme s'il n'y avait qu'une seule espèce que lPon eût commencé à chasser sur les côtes d'Espagne et qui eût fui successivement jusqu’au milieu des glaces du pôle devant les Baleiniers. C'est là, comme il est reconnu maintenant, une erreur : il s’agit de deux pêches différentes, et celle du nord n’a commencé qu'après qu’on eût découvert la Baleine franche en cherchant le passage par le nord-est.

Les deux espèces ne se rencontrent jamais dans les mêmes eaux; nous l’avons déjà dit, les limites septentrionales de lune sont les limites méridionales de lautre. Ces limites sont si bien tranchées que, pendant tout un siècle, pas un Mysticetus n’a dépassé dans la mer de Baftin le 64 degré. Les Baleines qui se rendent de la côte Ouest du Groënland à la côte Est doivent faire le tour par le nord. Elles ne doublent pas le cap Farewell, On n’a jamais vu la Baleine franche dans les eaux de l'Islande.

Le Norwégien Octher, dont nous avons déjà mentionné le voyage, dit avoir vu pratiquer la pêche de la Baleine près du cap Nord ; il a navigué, dit-il, encore trois jours au delà du point où les Baleines retournent et il a vu des Morses dans ces nouveaux parages. Il doit avoir été tout près de Pile des Ours. Cette expédition date du IX° siècle. Les Islandais s'étaient établis déjà à cette époque sur les côtes ouest du Groënland, et 11s connaissaient par conséquent la Baleine franche.

Dans divers chapitres des Grägäs, il est question de certains droits réservés pour le cas où une Baleine, déjà attaquée par des pêcheurs, est capturée par d’autres et pour celui où l’on découvre un cadavre en mer ou sur la plage 1.

! Codeæ juris Islandorum antiquissimus qui nominatur Grägäs, in-4e. Havnia, 1829.

Les Islandais n’ignoraient pas que la Baleine franche, leur Nordwall, ne portait pas de Coronules sur la peau comme leur Hauswall et ils ne pouvaient par conséquent pas confondre ces animaux. Les Islandais avaient également un nom pour désigner les diverses espèces de Balénoptères ainsi que la Mégaptère. Leur Baleine était fort commune dans rAtlantique septentrionale et ils n’ignoraient pas qu’elle avait une station en Europe dans le golfe de Gascogne, aux États-Unis d'Amérique, au cap Cod et jusqu'à la Caroline du Sud. Avant d’avoir été l’objet d’une pêche régulière au harpon, ces Baleines étaient communes des deux côtés de l'Atlantique. Il est à remarquer que les pêcheurs des côtes visitées par ces animaux à l'époque de leur abondance sont devenus en Europe comme en Amérique les premiers baleiniers. Il en a été de même de la Baleine des Japonais, qui à formé les premiers baleiniers au nord du Pacifique.

Au XIIIe siècle, Albert le Grand et Vincent de Beauvais nous transmettent le récit de la pêche de la Baleine par les habitants de la Basse-Allemagne. Les chroniqueurs rapportent qu’en 1004 plusieurs navires périrent dans la Manche par le choc de Baleines 1.

Nous allons passer en revue les principales phases par lesquelles a passé cette industrie.

Comme nous venons de le voir, au XIIe siècle, les deux Baleines étaient fort bien connues des Islandais, qui avaient même un nom distinct pour les deux espèces : ils appelaient l'une Hushval (Hauswall) Baleine de la maison, c’est-à-dire de chez eux, ou Sletbag, Baleine à dos lisse, par opposition à la Baleine du Groënland qu'ils appelaient Nordwall. C'était en effet le Nordwall pour eux. Depuis le IX® siècle cette pêche avait lieu dans le golfe de Gascogne et les Basques en ont eu le monopole jusqu'au commencement du XVII siècle. Ce n'est qu'à cette époque, 1608, que l’on a découvert la Baleine franche.

Les animaux étaient tellement abondants pendant ces pre-

! Fiscuer, Cétacés du sud-ouest de la France, p. 25 (1881).

miers siècles de chasse, que les habitants du littoral dans le golfe de Gascogne faisaient des clôtures de jardin avec leurs côtes et leurs mandibules. Rondelet, en consignant cette observation, y ajoute la remarque qu’en hiver les marins et les pêcheurs font le guet pour voir venir ces animaux.

On se formerait difficilement une idée de l’état florissant de cette industrie à ces époques reculées, et de sa décadence rapide, dit le D' Fischer : jusqu’au milieu du XVII siècle, 1l partait tous les ans de S'-Jean de Luz vingt-cinq à trente vaisseaux, du port de 25 à 500 tonneaux, équipés de cinquante à soixante hommes, et, vers le milieu du XVITE siècle, St-Jean de Luz n'avait plus un seul navire baleinier. Ce n’est plus qu’à de très longs intervalles que l’on voit encore de temps en temps une de ces Baleines apparaître sur les côtes d'Europe.

Vers la fin du XIVe sièele (1372) les Basques cinglèrent vers l'Ouest jusqu’au golfe S'-Laurent et virent le nombre de ces animaux augmenter notablement en approchant des bancs de Terre-Neuve. Un pilote de Zarauz, Matias de Echeveste, est le premier Espagnol qui ait visité les bancs de Terre-Neuve, et, d’après les mémoires écrits par son fils, il a fait de 1545 à 1599 (année de sa mort) vingt-huit voyages. D’après quelques écrivains, la première expédition des Basques au cap Breton pour la pêche de la Baleine n’aurait eu lieu qu’en 1594. Un baleinier rapporte cette année sept à huit cents fanons de la Baie S'-Georges.

La petite ville de Lequeitio est habitée encore aujourd’hui par de nombreux pêcheurs et d'excellents pilotes; elle l’était il y a deux siècles, par des baleiniers qui ont laissé des archives intéressantes, dont nous avons parlé déjà, sur la présence de la Baleine dans les eaux de leur voisinage. Nous trouvons dans l’exploration scientifique des côtes du département de Ferrol, par M. Mariano de la Paz Graells, publiée en 1870 et dont nous avons parlé plus haut, divers renseignements intéressants sur le Cétacé à fanons qui nous occupe.

Les côtes de Galice étaient également visitées périodiquement par la même Baleine. I paraît qu'au mois d'avril 1855, le secrétaire de la commission permanente de pêche Fr.-Xav.

de Salas a vu encore cinq Baleines dans ces parages. M. Mariano de la Paz Graells assure qu’à la fin d’avril 1869 l’une d'elles s'est montrée dans les eaux de Biarritz.

La pêche de la Baleine franche n’a commencé que dans les premières années du XVII siècle.

Les Anglais, ayant rencontré des Baleines au nord de File des Ours en 1607, ont commencé l’année suivante la pêche du Mysticetus qu'ils ne connaissaient pas; ils engagèrent des Basques comme harponneurs.

Les Hollandais, qui avaient découvert l’île des Ours, n’ont commencé cette même pèche qu’en 1612, en s'adressant, comme les Anglais, aux Basques pour apprendre à harponner. Barendtz a fait mention, dans son journal de bord, de la rencontre d’une Baleine morte deux jours avant d’avoir découvert la terre du Spitzberg.

On ne peut dire au Juste à quelle époque la pêche de la Baleine a commencé sur les côtes des États-Unis d'Amérique. On sait seulement que c’est surtout au Cap Cod que ces Cétacés se rencontraient le plus abondamment et que ce sont les pêcheurs de ces parages qui sont devenus les premiers baleiniers. On se bornait d’abord, comme en Europe, à les poursuivre le long de la côte et insensiblement à leur faire la chasse en pleine mer. On peut donc dire que la pêche a commencé par quelques chaloupes , mais la profusion des Baleines permettant de réaliser un bénéfice considérable, on a vu jusqu’à sept cents navires montés par quinze mille marins se hvrer à cette Industrie.

A la fin du XVI: siècle, les parages de Terre-Neuve étaient visités par des baleiniers de toutes les nations et, l'on y voyait jusqu’à trois cents vaisseaux, parmi lesquels se trouvaient des anglais, des français, des espagnols et des portugais.

Le capitaine Maury a publié, en 1852 1, une carte dans laquelle 11 figure les lieux où l’on a capturé des Baleines, et

1 Whale chart of the World, 1852.

il représente mème le nombre relatif d'individus capturés aux diverses époques de l’année. On y trouve non seulement lindication de leur abondance ou de leur rareté dans chaque endroit, mais aussi l’époque de l’année pendant laquelle elles sont le plus abondantes.

Une seconde carte, publiée en 1853 1, par le capitaine Maury, représente en même temps les parages visités par les Cachalots et par les Baleines. On y voit très distinctement que les Cachalots sont des animaux des régions tropicales, tandis que les Baleines qui nous occupent ne hantent que les eaux tempérées.

Maury n’a pas tenu compte de la Baleine franche ou des glaces, que l’on ne pêche plus guère au Spitzberg et que de rares baleiniers écossais poursuivent encore dans la mer de Baffin. Il représente comme moyenne équatoriale de la Baleine une ligne qui part du détroit de Gibraltar, passe devant l'île de Madère, atteint le 34 degré, puis se dirige au devant de Terre- Neuve jusqu’au golfe de S'-Laurent. L'auteur n’envisage cette question qu'au point de vue des baleiniers, sans se préoccuper de l'espèce de Baleine qui habite cette partie de l'Atlantique 2. Il est évident, pour tous ceux qui se sont occupés de la question au point de vue zoologique, que cette Baleine n’est autre que la Black whale des Américains, la Sarde des Français, le Nord-Caper des Hollandais, la Balæna biscayensis du premier cétologue de l’époque, Eschricht.

Un autre travail remarquable a été entrepris par la commission de pêche des États-Unis d'Amérique en 1878; nous y trouvons l’histoire de la pêche de la Baleine sur ces côtes depuis le début. Après l'introduction, l’auteur, Alexander Starbuck, divise cette histoire en différentes périodes : la première de 1600 à 1700: elle commence par le Cap Cod; la deuxième de 1700 à 1750 ; la troisième va jusqu'à 1774; la quatrième jusqu'à 1816 et la dernière période jusqu’en 1876.

1 À chart showing the favorite resort of the sperm and right hate, 1855, ? Maury, Courants et mouvements généraux de la mer.

L'auteur, traitant cette question uniquement au point de vue industriel, ne fait pas de distinction entre la pêche de la Baleine et la pêche du Cachalot. Tous ceux qui s'intéressent à cette question trouveront dans ce rapport des renseignements du plus haut intérêt.

CAPTURES ET ÉCHOUEMENTS.

Quoique très souvent on ne sache reconnaitre dans les récits, même ceux des zoologistes, si les Baleines dont ils font mention ne sont pas des Balénoptères ou des Mégaptères, nous pouvons cependant signaler quelques captures sur les côtes d'Europe qui ne laissent point de doute sur la nature de l'espèce.

En Europe le lieu le plus fréquenté par la Balæna biscayensis est le Golfe de Gascogne; en Amérique c’est la côte Est des États-Unis, depuis le Cap Cod jusqu’à la Caroline du Sud.

Nous signalons ici les captures et les échouements qui ont eu lieu durant les derniers siècles, particulièrement depuis l’époque où la pêche de cette Baleine était presque complètement abandonnée.

C'est probablement d’une Balénoptère qu'il est question dans divers auteurs qui parlent d’une vraie Baleine de 100 pieds qui aurait péri sur le littoral de Corse en 1620; à en juger par la taille et la quantité de lard que l'animal a fournie (73 barriques), il est à supposer que c’est une Balænoptera musculus. On n’a pas encore vu de Balænoptera Sibbaldii dans la Méditerranée 1.

Vers la fin du XVII siècle (1680) Segnette, médecin de La Rochelle, fait mention d’une Baleine véritable échouée à La

{ Du Hamez. Bonnaterre et Lacépède parlent de cet animal qui avait donné 75 barriques d'huile. La Balænoptera Sibbaldii en produit de 80 à 90, la Baleine franche de 150 à 200, la Mégaptère de 55 à 40.

pointe des Baleines, près du Phare du même nom, au nord-ouest de l’île de Ré, au mois de février ; elle avait, dit-il, #7 1/9 pieds et la tête surtout était couverte de Coronules. On sait que les Balénoptères ne portent Jamais les parasites 1.

M. Southwell, dans la liste des mammifères de Norfolk, mentionne une femelle, accompagnée de son petit, qui aurait fait son apparition en 1682, en Écosse à Peterhead. Le Baleineau, parait-il, a été seul capturé,

Du Hamel, dans son livre sur la pêche, dit qu'il en parait presque tous les ans sur la côte de Bayonne et même jusqu’au cap Finistère. Du Hamel n'ignorait pas qu'en Amérique elles apparaissent pendant l'été. En 1741 on en aperçut une, à une lieue au-dessus de Pont-Saint-Esprit 2. En 1764 une autre vint échouer avec son petit sur la côte de Saint-Jean de Luz 3.

Le 8 juillet 1784 un jeune animal a péri près de Yarmouth; malheureusement rien n’en a été conservé, dit M. Southwell qui fait mention de cette capture dans la liste des mammifères de Norfolk dont nous parlons plus haut.

D’après le même auteur, en octobre 1806, une autre femelle accompagnée de son Baleineau aurait péri sur les côtes d'Écosse.

En février 1811, une Baleine entièrement pourrie, mais sans tête, fut jetée par la mer sur la plage de l'Herbaudière #,

En 1844 on en a harponné une en vue de Zarauz, mais elle s’est sauvée avec deux harpons et trois lances dans le corps.

Le 25 juillet 1850 une autre s’est aventurée près de Guetary, mais elle a également échappé aux poursuites des baleiniers.

Une autre Baleine décapitée a échoué sur la côte du département de la Gironde (entre la pointe de Grave et le vieux Soulac) le 24 février 1852. Le corps a été brûlé par ordre de M. Haussman, alors préfet de Bordeaux. Il n’en a été conservé

1 SEGNETTE, Zodiacus medico-gallicus.

? Du Haez, vol. Ill, p. 9.

Du HameL, vol. II, p, 25.

F. Pier, Recherches sur l'ile de Noirmoutiers, 2° édil., 1865, p. 243 (Dr Fiscner).

qu'un fragment d’une épiphyse vertébrale. Il paraît qu’elle avait 15 mètres de longueur. Eschricht devait cette communication à M. Muset, directeur d’un Institut, à Toulouse 1.

Le Dr Fischer rapporte que, à la fin de décembre 1853, une Baleine avec le dos couvert de coquillages à été aperçue au large par le gardien du phare de Biarritz 2.

La capture la plus importante est celle de 1854. C'était au mois de février : une femelle, accompagnée de son Baleineau, s’est montrée sur les côtes de Biarritz, et le Baleineau seul a été capturé. La mère, ce qui est bien rare, a échappé. Feu notre ami Eschricht est allé étudier ce squelette, à Pampelune, et c’est au savant distingué de Copenhague que l’on doit la connaissance de cette intéressante Baleine des Basques. Le squelette est conservé au Musée de Copenhague.

D’après M. H. Drouët, l’on a capturé aux Açores deux ou trois Balemes prétendues franches : on sait que cet archipel est fréquenté régulièrement par des baleiniers américains et açoréens 3. On entend également par baleiniers ceux qui se livrent à la chasse au Cachalot : c’est surtout, si pas exclusivement, ce dernier qu’on y capture.

M. Markham a vu, vers 1860, un maxillaire provenant d’une Baleine trouvée morte sur la plage, à Luyando, village de pêcheurs, sur les côtes des Asturies.

Thiercelin rapporte qu’en 1862 il a observé près des îles du Cap Vert une Baleine Nord-Caper #; mais 1l serait difficile de dire qu'il s’agit ici d’une baleine véritable. A en juger par ses évolutions et sa sortie de l’eau, il est plus probable que ces prétendues Baleines sont des Mégaptères.

D’après M. Southwell, que nous venons de citer, une Baleine aurait fait son apparition sur les côtes d'Écosse en octobre 1872. Nous avons ainsi trois échouements sur ces mêmes côtes

1 Escaricar, Soc. linn. de Bordeaux, 1°* juin. 1859, t. XXII, 4 livraison ÉMPISCHER, (OC. CUL., p:111e

Éléments de la faune Açoréenne, p. 113. (1861).

4 Journal d'un baleinier, vol. p. 58 (1866).

d'Écosse (1682, 1806, 1872); deux femelles dans les mêmes conditions dans la baie de Peterhead, toutes les deux au mois d'octobre. Le témoignage des baleiniers qui ont aidé à les capturer ne laisse guère planer de doute sur la nature de Pespèce 1.

Un véritable événement pour les cétologistes fut lapparition en 1877 d’un Nord-Caper dans le golfe de Tarente. Le 9 février dans la matinée, une Baleine de 12 mètres s’est échouée dans cette baïe. Elle a été l’objet de deux mémoires importants, l’un de la part du professeur Capellini de Bologne, l’autre du professeur Gasco de Gênes. Capellini supposait d’abord que c’était un animal égaré venant du Sud de PAtlantique. Le professeur Gasco a fait le voyage de Copenhague pour comparer la Baleine de Tarente à celle de Pampelune et il est résulté de cette comparaison que les deux individus appartiennent bien à une seule et même espèce, la Balæna biscayensis.

Le fait de la présence d’une Baleine dans la Méditerranée n'est pas du reste un fait unique. Le D' Fischer, dans son intéressant mémoire sur les Cétacés de l’ouest de la France, signale la capture faite par Robert Guiscard ? d’une autre Baleine au XIe siècle également dans la baie de Tarente. Guillaume Apulla, en parlant de cette capture, signale la ressemblance qu’elle présente avec celle que Pon harponnait alors sur les rivages de la Normandie ; mais elle était Imconnue aux pêcheurs italiens.

Il y a tout lieu de croire que ces animaux sont venus sur nos côtes d'Europe à l’époque ordinaire de leur migration, et que les derniers, au lieu de se rendre dans le golfe de Gascogne, ont pénétré le détroit de Gibraltar. Il est reconnu maintenant

! Taom. SOuTHWELL, On the occurrence of the Atlantic Right Whale on the East Coast of Scolland, PROGEEDINGS NATIONAL HISTORY SOCIETY OF GLASGOW, febr. 1881.

* Robert Guiscard, gentilhomme normand, un des fils de Tancrède de Hauteville, devint duc de Pouille et de Calabre (Dr Fischer).

que ces animaux, tout en étant presque exterminés, reviennent encore périodiquement dans les mêmes eaux.

Le squelette de la Baleine échouée en 1877 est interné au Musée de Naples. C'est le premier squelette que l'on possède en Europe d’un animal adulte.

Nous avons vu plus haut qu'en février 1878 on a capturé encore un Nord-Caper sur les côtes d'Espagne entre Guetary et Zarauz, dont le squelette de 48 pieds de long avec les fanons en place est conservé au petit Musée de Saint-Sébastien. Guetary est le lieu de naissance de Sébastien del Cano, qui a fait le premier voyage autour du monde.

Vers 1880, un cadavre de cette espèce a échoué sur les côtes de Galice et son squelette est conservé au Musée de Santiago. M. Mariano de la Paz Graells l’a examiné en 1882. Il est exposé au Jardin botanique de cette ville. Il a 18 mètres de long.

Le même auteur aflirme avoir rencontré en 1882 plusieurs Baleines sur les côtes de l'Océan; comme nous lPavons dit déjà, il a même pu les suivre avec le vapeur qu'il montait, afin de les observer de plus près.

En 1884 les baigneurs de Saint-Sébastien ont vu pénétrer dans la rade un de ces géants de la mer; mais Panimal n'a pas tardé à prendre de nouveau le large.

M. Mariano de la Paz Graels dit qu’en 1885 les pêcheurs de Zarauz, voyant les fréquentes visites des Baleines à leurs côtes, ont essayé de les harponner, mais sans résultat, soit qu'ils aient perdu leur ancienne adresse, soit qu'ils n'aient plus le courage de leurs ancêtres.

De l’autre côté de l'Atlantique, on signale également dans les mêmes parages qu’autrefois leur apparition et plusieurs échouements ou captures.

Les Baleines étaient abondantes à l'embouchure du fleuve Delaware, dit le professeur Cope, et il ajoute qu’en 1633 on en captura onze dans ces parages.

De 1770 à 1780, les baleiniers américains ont fait avec avantage la chasse des Nord-Capers dans le Brede-Fiord et à Faxe- Bay, sur la côte ouest de l'Islande.

Eschricht cite également l'exemple d’un Nord-Caper qui a été harponné en 1783, entre Terre-Neuve et l'Islande, par un baleinier danois f.

Sur les côtes des États-Unis d'Amérique, des individus de la même espèce vont échouer de temps en temps ou se faire capturer exactement comme dans le golfe de Gascogne. Ce sont les eaux favorites de ces Cétacés, et leur apparition périodique dans ces parages est la cause de l’origine de cette pêche des deux côtés de Atlantique. En Europe les Basques en ont eu pendant des siècles le monopole; en Amérique ce sont les pêcheurs des côtes de la Nouvelle-Angleterre qui ont les premiers pratiqué cette pêche. Le nombre de Baleines y a diminué comme en Europe, mais tous les ans, là aussi, on en voit paraître encore de temps en temps.

Il n’est pas sans importance de faire remarquer que, dans les environs de Terre-Neuve, divers endroits portent encore des noms de différentes localités du pays des Basques, notamment des environs de Bayonne, dit Cuvier ?.

M. Cope signale depuis quelques années trois captures sur les côtes Est des États-Unis d'Amérique : la première vis-à-vis de Philadelphie (vers 1868), une autre dans la baie de Rehoboth (Delawarre) et une troisième dans la baie de Mobvyack (Virginie). j;

Deux Baleines de grande taille ont été aperçues aussi sur les côtes de Maryland. Depuis on en a vu échouer une femelle de 39 pieds sur les côtes de Long-Island; en 1862 une autre est venu échouer non loin de là; on en cite également une capturée au cap Cod. L’avant-dernière est une Baleine de 50 pieds environ qui a été prise après une chasse improvisée, le T janvier 1880, à Charleston, Caroline du Sud et dont un journal illustré américain a longuement rendu compte. L'animal a été photographié, couché sur le dos, avec la nageoire pectorale

1 Escaricar et ReIXHARDT, On the Greenland Right Whale, p 45. ? Hist. des sc. natur., p. 269. Paris, 1841.

droite élevée. La disposition de la lèvre inférieure fait reconnaître que le rostre est en dessous 1.

Joseph Bassett Holder, comme nous venons de le dire, en a fait mention dans une notice insérée dans le Bulletin of the American Museum of natural history, vol. I, n° 4, 1883. M. Holder comme nous le verrons plus loin, à propos des collections où l’on conserve des restes de ces animaux, passe en revue, dans cette notice, les squelettes qui sont conservés en Amérique et accompagne sa notice de deux planches représentant l’animal et le squelette, et d’une planche reproduisant séparément la tête avec les fanons.

Il est question dans le Canadian Magazine, note 1, d’une Baleine échouée au milieu de septembre en 1823 dans le Saint- Laurent, vis-à-vis de Montréal. Elle avait 42 pieds 8 pouces.

! Trois remorqueurs, accompagnés de 50 ou 60 embarcations et de nombreux bateaux, ont donné la chasse au Cétacé. Gette chasse a commencé le matin Un harpon, lancé par une main habile, est venu frapper l’änimal à la queue, et s’y est logé; mais la Baleine a cherché avec une grande prestesse à s’en dégager et a entraîné l’embarcation qui tenait le harpon avec des cordes. Une autre embarcation lui lançait pendant ce temps des coups de harpon.

Ce fut ainsi que l'animal arriva près du fort Johnston, James-Island, où les eaux sont basses. Il fallut couper les cordes du harpon, tant l'animal faisait d'efforts vigoureux, lesquels eussent anéanti l'embarcation. La Baleine resta ainsi dans les eaux bass®s toute l'après-midi, où l’on tenta une seconde fois de s'emparer d'elle. Un remorqueur, après l'avoir harponnée,tàcha de la tirer à lui; mais la corde cassa. Tous les bateaux et vapeurs, en passant près du monstre, lui décochaient des coups de harpon, ou lançaient des cordes autour de ses nageoires. L'animal faisait des bonds désespérés et des culbutes effrayantes : il s'enfonçait la tête dans l’eau; sa queue seule dépassait de 4 ou 5 pieds la surface de l’eau.

Il s’avança ainsi jusqu'à White Point Garden, où il se trouva sur la vase. Le schooner Mi inehala, passant près de lui, essaya de le prendre à la corde ; mais l’animal exécutant le mouvement que nous venons de décrire ,-agitait sa queue au-dessus de l'eau. À chaque coup que l'animal frappait sur l'eau, on eùt dit un coup de canon, le navire en tremblait, puis il reparaissait à la surface pour respirer et lançait d'énormes jets d’eau de ses narines.

La poursuite se continua ainsi jusqu'au soir, où l'un des matelots, le même qui avait lancé le matin le premier coup de harpon, porta un coup mortel à l'animal.

Enfin on fait encore mention d’une femelle de 48 pieds qui est venue mourir au printemps de 1882 sur les côtes de New-Jersey et dont malheureusement le squelette n’a pas été conservé.

Page 1