‹ Histoire naturelle des cétacés des mers d'EuropeChapitre 5 sur 51 · OSSEMENTS TROUVÉS SUR LES COTES · texte numérisé non relu

OSSEMENTS TROUVÉS SUR LES COTES

On trouve assez fréquemment des ossements de cette espèce épars le long des côtes qui étaient fréquentées autrefois par animal : en Europe sur les côtes d’Espagne et de Portugal, de France, de Belgique, des Pays-Bas, d'Angleterre, de Danemark et surtout au nord de la Norwège, où on leur faisait régulièrement la chasse à l’époque de la grande pêche; en Amérique on en découvre également surtout sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre.

Depuis longtemps on en a recueilli à Biarritz jusque dans les caves de vieilles maisons, et plusieurs d’entre eux sont heureusement déposés aujourd’hui au Muséum d'histoire naturelle à Paris, grâce aux soins de M. le Dr Fischer.

Le marquis de Folin de Biarritz a communiqué au Dr Fischer un fragment de côte recueilli dans ces parages, qui dépasse de beaucoup en épaisseur les côtes correspondantes des Mysticetus, des australis et des antipodum.

Le Musée de La Rochelle (Charente -Inférieure) possède quelques ossements de cette espèce, entre autres des vertèbres et un humérus, que nous avons tout lieu de croire recueillis dans les environs de cette ville. Nous avons reproduit le dessin de l’humérus de grandeur naturelle dans le Bulletin de l'Académie 1. Nous avons vu à Bordeaux une côte de Balæna biscayensis, recueillie à Verdun (Gironde) sur les dunes S'-Sébastien.

A Paris, on voit au Muséum d'histoire naturelle plusieurs ossements séparés recueillis dans les environs de Biarritz et qui ont été donnés, comme nous venons de le dire, par le D: Fischer.

! Bulletin de l'Acad. roy. de Belgique, 5° série, t. IV, 1882.

Le Musée de Haarlem possède les os trouvés dans la rue Dauphine à Paris et dont la description se trouve dans les Recherches sur les ossements fossiles, par Cuvier. Ce sont sans doute les os d’un Mysticetus, rapporté du Nord par quelque baleinier. Nous avons vu une omoplate au Musée de Lisbonne, à l’École polytechnique, trouvée sur la plage, couverte de jeunes huitres encore attachées à sa surface et qui provient sans doute de la Baleine des Basques. Au Musée de St-Sébastien et à Gijon, Jovellanos Institut, on conserve des os isolés, trouvés à Deva, dans le sable.

Nous conservons à Louvain une omoplate d’un Baleineau d’origine inconnue. Nous savons seulement qu’elle a été longtemps exposée dans une abbaye comme objet de curiosité. Elle provient d’un animal vivant et nous avons tout lieu de croire qu'elle a été recueillie sur nos côtes. Nous possédons également à Louvain trois vertèbres provenant de la collection de Paret de Slykens, collection qui a été presque entièrement formée avec des objets recueillis sur les côtes d'Ostende ou dans les dunes. À Gand existent deux vertèbres trouvées dans les décombres d’une ancienne abbaye des environs d’Alost.

Une mandibule dont lorigine est inconnue est exposée au Musée de Marseille. Le Musée de Vannes renferme une vertèbre caudale qui avait été abandonnée sur la plage. La côte trouvée dans un terrain sablonneux à Montreuil-sur-Mer, à la profondeur de 12 pieds et à 2 lieues de la mer, dont parle Cuvier dans ses Recherches sur les ossements fossiles, provient sans doute de cette même Baleine. On conserve à Bordeaux une autre côte qui a été recueillie sur la plage en 1876.

Nous l'avons déjà dit, M. l'ingénieur Debray a fait mention à la Société géologique du Nord 1 de trois vertèbres fort intéressantes, découvertes près de Dunkerque, dans les déblais, à côté de coquilles marines encore vivantes (Cardium, Lutraria, Donax, Tellina, Pholas), et qui appartiennent aussi sans

1! Ann. Soc. géolog. du Nord, vol. HI, 16 févr. Lille, 1876. — GossELET, vol. X, 1885.

doute à la Baleine qui nous occupe. Les vertèbres ont été trouvées dans les fondations de la culée aval du pont établi sur le Madyk-gracht pour la traversée du chemin de fer de Calais à Dunkerque, entre Bourbourg et Dunkerque. Elles se trouvaient à 0,24 au-dessus du niveau moyen de la mer à Calais; ces vertèbres gisaient sous la seconde couche de tourbe ; la coupe du terrain indique trois couches d'argile grise et bleue séparées par deux couches de tourbe.

On a trouvé depuis à Calais, en 1880, dans les fortifications, des ossements de Cétacés, parmi lesquels nous avons reconnu la Balæna biscayensis et le Globiceps melas. Nous devons ces renseignements à M. Debray, ingénieur, qui a bien voulu nous envoyer plusieurs vertèbres et une côte.

On a mis à nu également dans les environs de Lille, dans les tourbières de la commune de Guemps, à 3 mètres de profondeur 1, une côte ou plutôt un fragment de côte qui a tous les caractères d’une côte de Baleine.

Il est à remarquer que dans la couche de tourbe qui recouvre ces ossements de Baleine, on rencontre des restes de Cerf, de Cheval, d'Écureuil, de Castor, etc., etc., avec des ossements humains et des objets de l’industrie humaine, arc, canot, etc. Nous en avons signalé également à Furnes, qui étaient enfouis à plusieurs pieds de profondeur dans le sable marin.

Le Dr de Man, de Middelbourg, a figuré dans une Notice sur le Mammouth pêché dans les environs de la Zélande (Zeeuwsch Genootschap der Wetenschappen, p. 114, 1875), une vertèbre de Baleine de sa collection (une sixième dorsale) qui provient sans doute de la Balæna biscayensis. Elle est couverte d’une petite balane. Le D' de Man a bien voulu nous en envoyer le contour. Dans une autre province des Pays-Bas, à Leeuwaarden on a recueilli également de grandes vertèbres qui n'ont pas d'autre origine.

Il en existe aussi en Angleterre dans l'argile qui repose sur

1 Etude géologique el archéologique de quelques tourbières du littoral flamand et du département de la Somme, pp. 27 et 25. Paris, 1875.

le: crag. On a parlé d’une colonne vertébrale de Baleine, de 31 pieds, découverte dans l'argile qui recouvre le sable, audessus du Crag rouge, à 8 pieds de profondeur. Le professeur Flower à examiné ces os, mais le savant directeur du British Museum rapporte les vertèbres de la région cervicale plutôt à la Baleine franche et les lombaires à la Balænoptera musculus. Il n’est pas impossible que la région cervicale ait été rapportée par quelque baleinier et que les autres os proviennent de quelque animal échoué sur les côtes f.

Dans le Forest Bed des falaises de Norfolk on est tombé, dit Lyell, sur des vertèbres de deux Baleines distinetes accompagnées d’ossements de Morse et de Narval 2.

Il paraît que, à l'Est comme à l'Ouest du cap Nord, il persiste de nombreux vestiges de l’ancienne pêche qui se faisait dans ces parages. Dans une des îles du nord de la Norwège M. Guldberg, conservateur du Musée zoologique de Christiania, a trouvé des ossements de Baleine qui ne laissent point de doute sur leur nature; ce sont des os des membres avec l’omoplate, des vertèbres réunies de la région cervicale, un morceau de maxillaire supérieur qui se rapportent positivement à la Baleine des Basques. M. Guldberg en possède un humérus qui est tout à fait semblable à celui du Musée de La Rochelle que nous avons figuré dans le Bulletin de l’Académie. Ces restes de Balæna biscayensis sur la côte de Finmark proviennent très probablement de l’époque où les pêcheurs qui n'étaient pas suffisamment outillés pour se livrer à la grande pêche au Spitzberg s’arrêtaient au Cap Nord pour faire la chasse au Nord-Caper.

Sur les côtes de Loffoden, M. Rabot a dégagé d’une épaisse couche d'argile des ossements de Baleine, à 800 mètres de la plage actuelle et à une altitude de 10 mètres $.

1 Brit. assoc. Rep. 1868, Trans. sect, p. 61. PREsSTWwICH, traduit par Mourlon, p 62.

? LyELL, Ancienneté de l'homme, trad. p. 224.

5 Revue scientifique, décembre 1884, p. 784. En corrigeant celte épreuve, je reçois le n°167 du Quarterly Journal of the Zoological Sociely, er j'y trouve une note intéressante de M. G. T. Newton, sous le titre : À contribution to

A diverses reprises on à mis au jour des ossements, même des squelettes, gisant assez loin des côtes actuelles et qui proviennent évidemment de la Baleine qui nous occupe; nous en avons cité plusieurs dans notre Ostéographie et nous avons eu l’occasion d'étudier à Upsala un squelette presque complet, que le professeur Lilljeborg a fait connaitre sous le nom de Balæna Svedenborgii. H à été déterré en 1705 à 80 lieues de la côte et à 330 pieds au-dessus du niveau actuel de la mer, en Gothland (Suède); parmi d’autres ossements se trouve une tête plus ou moins complète.

Des découvertes ont été faites dans les mêmes conditions en Amérique, au Canada. J. W. Dawson 1 a trouvé dernièrement des fragments de squelette de Baleine dans un bon état de conservation à 400 pieds au-dessus du niveau actuel de la mer. Il sera fort intéressant de comparer ces os avec ceux de espèce qui nous occupe.

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